‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 583 sur 636 · PITIÉ QU'ILS INSPIRENT AU ROI · texte numérisé non relu

PITIÉ QU'ILS INSPIRENT AU ROI

avaient moins à souffrir encore de sacrifices au-dessus de leurs forces que de traitements les uns indignes, les autres atroces. Les soldats les pillaient et se servaient d’eux comme de bêtes de somme, les contraignant à porter leurs tambours, leurs doute leur po Les gentilshommes du parti royal, faisant la guerre à leurs frais, étaient entraînés dans des dépenses au-dessus de leurs revenus : beaucoup s’imposaient la gène ou s’appauvrissaient, mais d’autres exigeaient de leurs vassaux des redevances extraordinaires. 1 nobles de la Ligue, devenus la plupart des brigands, et des brigands dela pire espèce, leur enlevaient leurs blés et leurs troupeaux, se saisissaient de leurs personnes, les mettaient à rançon, et pour les contraindre à la payer ou à l’emprunter, leur infligeaient d’atroces tortures ; quelques-uns allaient jusqu’à leur percer les pieds avec des fers rouges ‘. Voilà dans quel état la guerre civile et la Ligue avaient mis les campagnes. Le roi, cachant une vérité sous une plaisanterie, disait au commencement de VPinsurrection des Croquants : « Qu'il vouloit en être, » comme d'un parti fort juste. » Lorsqu'ils eurent gâté leur cause par leurs excès , que le but et les proportions de leur soulèvement devinrent un danger pour le pays; que Henri fut contraint de permettre contre eux la répression , 11 leur conserva sa pitié, les soulagea de leurs charges les plus pesantes, usa tant qu’il put à leur égard des moyens de la conciliation.

Le soulèvement des paysans éclata au mois de fé-

1 La liste des chefs soutenant encore le parti de la Ligue dans ces pays est portée au chapitre 72, t. 1, p. 242 A, des Œcon., roy. de Sully, et au chap. 7, p. 378 de Duchesne. — La requête présentée au Conseil du roi par les députés des Croquants, dans P. Cayet, L. vi, p. 575, 576. — D'Aubigné, t. ur, 1. 1v, c. 14, p. 382. — Lestoile, p. 239 A rapporte un autre mot du roi sur les Croquants, identique pour le fond, quelque peu différent pour la forme. « Le roy dit en gossant à

» sa manière aecoustumée : que s’il n’eust pas esté ce qu'il estoit, et » qu’il eust eu un peu plus de loisir, il se fust fait volontiers Crocan.»

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