LIV. IV. CH. V. LES DERNIERS LIGUEURS, ET LES AMBITIEUX
régiments qu’on conduisit en Languedoc, où la guerre continuait contre la Ligue, Ôta ainsi aux insurgés leur principale force. Ce mélange de condescendance et d’adresse désarma les Croquants : les peuples mutinés rentrèrent dans le devoir. L’insurrection, qui durait encore le 3 août 1595, fut étouflée à la fin de cette année, et la paix fut rendue aux provinces du Midi !.
L'effet principal de cette pacification fut de comprimer l'anarchie et la désorganisation sociale : l’effet accessoire, mais considérable encore, fut d'enlever un dangereux appui aux factions contraires. Les chefs de la Ligue dans les provinces méridionales avaient vu avec épouvante plusieurs villes, Périgord et Sarlat en Périgord, Rodez en Rouergue, Agen, Villeneuve, Marmande en Agenois, échapper à leur parti, et rentrer sous la loi de Henri au mois d'avril et au commencement du mois de mai 1594. Joyeuse, le plus puissant d’entre eux, était entré en traité avec le roi pour la réduction de Toulouse et du Languedoc occidental, et avait signalé ainsi leurs craintes et leur découragement. Le soulèvement des Croquants changea leurs dispositions et leurs idées : ils se flattèrent d'y avoir trouvé une occasion de réparer leurs échecs, de prendre une revanche : Joyeuse rompit tout-à-coup les négociations commencées, et revint à la guerre. Mais les calculs des Ligueurs furent trompés. La prudence et la bonté de Henri, l’habile conduite des gouverneurs dissipèrent les masses populaires sur le concours desquelles 1ls avaient compté pour empêcher le rétablisse-
1 La relation dans P. Cayet, 1. 1v, p. 574 B, 576, 577. — D'Aubigné, t. if, 1. IV, ©. 14, p. 384. — La lettre du roi à M. de Bourdeille du 3 août 1595, t. IV, p. 388, 389. « J'escris à mon cousin le mareschalde » Matignon sur l’assemblée des peuples en mon pays de Périgort, que
» je ne veux pas estre supportez en leur désobéissance, non plus que » violemment traictez, pour le péril qu'il y auroit en l’un et l’autre. »