AVERTISSEMENT. VII
diffère essentiellement de celui des historiens modernes, et même dans une mesure considérable de celui des historiens du xvre siècle. Dès que notre travail s’est porté sur ce sujet, nous nous sommes convaincu que l’exposé vrai des faits militaires de ce règne était à refaire après les historiens contemporains de Henri IV, et qu’il y avait moyen de le refaire. L’assertion qui peut surpréndre, se justifie complétement par un fait. A côté des historiens officiels, écrivant dans leur cabinet, loin de l’action et de son théâtre, avec plus ou moins d'intelligence des choses de la guerre, 1l y a des hommes, témoins et acteurs dans toutes les grandes journées de ce règne, qui ont écrit sur tout ou partie de ces actions des lettres, des discours, des mémoires, subsistants aujourd’hui. En comparant les uns avec les autres, on se convainc bien vite que les historiens du xvie siècle sont des guides insuffisants; qu’en fournissant çà etlà quelques précieux détails, ils sont loin de donner l’ensemble, et surtout le fond des choses; que pour trouver la pensée militaire, et bon nombre de détails, parfois les plus importants, 1l faut les chercher chez ceux qui ont donné leurs impressions et leurs souvenirs, sans faire métier d'écrire. Deux raisons ont empêché les historiens du xvre siècle de profiter des secours que leur fournissaient les volontaires de l’histoire. D'abord ils n’ont pas eu à leur disposition une partie considérable des documents que nous venons d'indiquer, les uns n’ayant vu le jour que longtemps après eux, les autres même que de notre temps. En second lieu, ils n’ont fait souvent qu’un usage incomplet de ceux qu’ils ont consultés, y ont laissé ce qui s’y trouvait de plus important. Henri IV, pour les combinaisons de la grande guerre, comme l’ont reconnu les écrivains militaires postérieurs; pour l'emploi des ressources que fournit le génie militaire, pour l'emploi plus étendu de l'artillerie à chaque campagne, comme les faits se chargeront de l’établir, était tellement en avance sur les gens de son temps en France, que les historiens du xvie siè-