‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 603 sur 636 · SUITE DU PLAIDOYER D'ARNAULD. MÉFAITS DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

SUITE DU PLAIDOYER D'ARNAULD. MÉFAITS DES JÉSUITES

au Saint-Siège par un serment particulier, et ils s’annonaient comme devant attaquer deux principes, qui avaient prévalu quelque temps dans l’Europe entière, au milieu du xv° siècle, et que la France avait soigneusement conservés dans les libertés gallicanes. Le premier de ces principes était que les papes, chefs de l'Eglise, n’en étaient pas les maitres, et que l’autorité des conciles l’emportait sur la leur. Le second était que les papes n'avaient aucune puissance sur le temporel; qu’ils ne pouvaient excommunier les rois et les peuples, et livrer la souveraineté des Etats à quelque ambitieux étranger.

Favorisés à la fois par le roi d’Espagne, par les papes, qui s'étaient montrés à leur égard libéraux ou plntôt prodigues de privilèges, les Jésuites avaient fait une rapide et prodigieuse fortune; avaient acquis une puissance qui devait servir d'autant plus efficacement les desseins de leurs protecteurs. Leur ordre approuvé par la bulle du pape Paul HE, l’an 1540, avait été limité alors à soixante membres, qu'ils ne devaient pas dépasser ‘. En 1594, ils s'étaient multipliés jusqu’à sept ou huit mille, avaient élevé deux cent vingt-huit maisons ou colléges, avaient fait bâtir quatre cents résidences. Ils possédaient deux millions d’or de revenu, tenaient en Espagne et en Italie, outre de riches bénéfices, des comtés et des baronnies sinon comme seigneurs, au moins Comme propriétaires. Ils étaient devenus inquisiteurs de la foi, évêques, cardinaux : en moins d’un demi-siècle, ils avaient atteint un degré de grandeur auquel les autres ordres religieux n’étaient pas parvenus deux cents ans après leur premier établissement, quoiqu'ils eussent des saints pour fondateurs.

1 La date de cette bulle est du 27 septembre 1540, suivant les Bénédietins, Art de vérifier les dates, t. 1, p. 334 de lédition in-folio, et du 3 octobre 1540, suivant de Thou, livre xxxvi. La différence est sans aucune importance.

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