SUITE DU PLAIDOYER D'ARNAULD
serrer, ils les avaient promptement franchies : cette loi à laquelle ils devaient leur existence légale, ils l'avaient enfreinte. Ce n'avait été rien pour eux de conserver le nom de Jésuites, et d'obtenir des papes de nouveaux priviléges, notamment en 1584. Ils s’étaient mêlés de tout : bien plus du ministère ecclésiastique, empiétant chaque jour sur les évêques et les curés; bien plus de l’intérieur des familles et des affaires particulières, tenant par un bout aux affaires publiques, que de l’enseignement considéré par eux comme un moyen d'influence, mais seulement comme un moyen entre beaucoup d’autres. Ils avaient pénétré dans la société et en avaient fait le siége par deux côtés à la fois. Parmi ceux de leurs élèves quise destinaient au ministère, et parmi ceux des ecclésiastiques avec lesquels 1ls avaient lié des rapports, ils étaient parvenus à faire prévaloir les maximes suivantes : Qu'un pape une fois élu, füt-1l Espagnol de naissance ou d’inclination, füt-1l ennemi juré de la France, pouvait, par des excommunications, donner le royaume en proie à qui bon lui semblait. Que les papes et le clergé pouvaient délier les sujets du serment et de l’obéissance auxquels ils étaient tenus envers leur souverain légitime. Qu’un roi excommunié et gardant le pouvoir, devenait un tyran et un usurpateur qu’on avait droit de mettre à mort. Entrainée par eux, la majorité du bas clergé et des théologiens avait adopté ces doctrines dont on verra les conséquences tout à l'heure. Dans les rapports des Jésuites avec la société civile, les pratiques les plus adroites et les moins avouables avaient favorisé les rapides progrès de leur richesse et de leur puissance, leur avaient assuré l’ascendant sur une classe nombreuse de laïques. Ils avaient employé la promesse du paradis en échange des donations qui leur se— raient faites, la captation des testaments, la captation des personnes, arrachant par leurs suggestions les fils à leurs