LIV. IV. CH. V. SUITE DU PLAIDOYER D'ARNAULD
pères et les attirant à eux, toutes les fois qu'ils jugeaient ces sujets propres par leur fortune, leurs talents, leur position sociale, à accroître le patrimoine ou l'influence de la Compagnie. Entre les familles qui étaient devenues leurs victimes, on citait dans la magistrature et dans la noblesse celles de Pierre Ayrault à Angers, de Montbrun à Paris, de Goudran à Dijon, des Bollons, de Largebaston, de Canillac en Guyenne. Avec les produits des héritages détournés et au moyen de leur opulence, ils avaient pu rendre leurs lecons gratuites, attirer ainsi les élèves à eux, enlever une partie de l'instruction publique aux universités dans les principales villes de France , inculquer leurs principes à toute une classe de la jeunesse. Ils avaient répandu leurs doctrines parmi les hommes de l’âge mur à l’aide des confessions, des prédications, des livres. L’espionnage, établi sur une vaste échelle, leur avait permis dans chaque circonstance importante, de recourir aux voies les plus sûres pour pousser ou décider Les particuliers, pour diriger les événements. Il n’y pas avait de bonne maison en France où ils n’eussent introduit l'un de leurs agents, comme familier ou comme domestique, pour les informer de tout. Ils avaient dressé ce qu’ils nommaient le livre de vie, dans lequel ils consignaient tout ce qu'ils apprenaient par les confessions, s’enquerrant auprès des enfants et des serviteurs, bien moins des choses de la conscience, que de l'humeur, des dispositions, des discours de leurs pères et maîtres.
On avait vu avec épouvante dans les affaires publiques, quelle large prise ils avaient sur la société; avec quelle force ils étreignaient le clergé et les laïques; quelle part indirecte, quelle part directe et personnelle ils avaient eue dans les troubles. Leur père Claude Matthieu avait été l’un des architectes de la Ligue. Ils avaient changé et perverti l'esprit du clergé. Dans les temps précédents,