CURÉS. DÉFENSE DES JÉSUITES. APPRÉCIATION DE CETTE DEFENSE
fense tenait mal contre un examen sérieux, comme on peut en juger en prenant au hasard quelques points de leur apologie. Aïnsi pour se soustraire au reproche d’un dévouement sans bornes au roi catholique, ils prétendaient que leurs généraux n'avaient pas été tous espagnols, ou sujets de l'Espagne, puisque leur premier général, Ignace de Loyola, était Navarrois et non Espagnol, et que le quatrième était sujet de l’évêque de Liége, souverain de cette principauté, et non sujet du roi d’Espagne. Mais Ignace de Loyola appartenait à la partie de la Navarre conquise par l'Espagne, et avait consacré sa jeunesse au service de cette puissance : l’évèque de Liége et ses sujets, restés Indépendants de nom, étaient de fait tellement dépendants du roi d’Espagne que tous les hommes politiques du temps rangeaient Liége parmi les possessions de Philippe IE aux Pays-Bas '. Les Jésuites affirmaient que leur provincial Odon Pigenat n’était entré dans le Conseil de l’Union qu'avec l’assentiment de Mayenne, et pour modérer les excès des Seize. Or personne dans le Conseil de l’Union n'avait poussé plus vivement que Pigenat, en décembre 1589, au protectorat de la France que poursuivait Philippe If, et Mayenne, pour rompre cette trame, avait été obligé de casser le Conseil?. Ils mettaient en avant que jamais les Seize n’avaient tenu de conciliabules dans leurs colléges de Paris ; et le 13 mars 1594, neuf Jours avant la réduction de la capitale, une partie de Paris les avait vus ouvrir encore leur maison aux Seize. «Ge jour, dit Lestoile, les Seize » s’assemblèrent au moulin, près de la porte Neufve; mais
1 Sully, Œcon. roy., ch. 72, t. 1, p. 202. « Le roy vouloit estre es- » clairey par la bouche de M. de Bouillon par quels défauts il avoit » manqué à l’exécution de tant hauts desseins et importantes entre- » prises, qu'il luy avoit asseuré d’avoir sur les principales et plus fortes » places des provinces de Luxembourg, Liége, Hainault et Namur. »
2 P. Cayet, L. 1, p. 1914 A.
624 LIV. IV. CH. V.EFFORTS DES PARTIS POUR LES JÉSUITES : LEURS MENÉES.
» estant descouverts, 1ls s’escartèrent, et se rassemblèrent » aux Jésuistes !.» Quant aux protestations contenues dans leur défense d’être prêts à accepter les libertés gallicanes et le droit public de la France, de reconnaitre l’autorité du roi, leurs propres actes et leurs écrits, dans tout le cours de l’année qui suivit, montrèrent quel fond on devait faire pour le présent sur leur parole, et pour l’avenir sur leurs promesses.
Ges promesses séduisirent cependant bien des gens, et les efforts des partis expirants, les illusions d’un zèle religieux peu éclairé, l’intérêt privé achevèrent de tout disposer en leur faveur. Dans le principe, les quatre Facultés de l’Université n’avaient eu qu’un sentiment et qu'une voix pour demander leur expulsion. Les menées et les intrigues de quelques factieux entamèrent cette unanimité : la Faculté de théologie déclara tout à coup qu'à la vérité elle était d'avis qu'on obligeat les Jé- . suites à se conformer aux statuts et à la discipline de l’Université, mais non qu’on les chassät du royaume. Les ennemis du roi dans son parti prirent fait et cause pour eux. Les chefs du Tiers-parti, le jeune cardinal de Bourbon et d’O, alors encore vivants, présentèrent une requête au Parlement pour être recus parties intervenantes dans le procès, et parties adverses de l’Université. Le duc de Nevers se prononca également pour les Jésuites, non en haine et en opposition à l’autorité de Henri, mais par suite de sa conviction que ces Pères, qu’il avait établis à Nevers, étaient les meilleurs ouvriers qu’on pût employer contre la Réforme. Les Jésuites agirent avec une activité et une adresse prodigieuses, et avec succès, sur les gens du roi et sur les membres du Parlement. Auprès des uns, 1ls firent valoir la raison qui déterminait le duc de Nevers; auprès des autres, ils se réclamèrent de la pa-
1 Lestoile, p. 214 B.