LIV. IV. CH. V. LES LIGUEURS FONT DE CHASTEL UN SAINT. LA
Chastel subit son supplice aux flambeaux le 29 décembre. Il prononça l’amende honorable avec un air de mépris qui montrait qu'il persistait dans ses sentiments, et qu’il ne se repentait nullement de son crime. Pendant le temps de son supplice, son esprit et son corps parurent également insensibles aux tourments ; 1l ne donna aucune marque de douleur, il ne jeta pas un cri : 1l était soutenu par un invincible fanatisme. Quelques ligueurs firent de l’assassin un martyr, comme 1ls avaient fait de Jacques Clément un saint, et témoignèrent une fois de plus en ce temps jusqu’à quel point la mauvaise religion avait égaré les esprits, faussé les consciences ”.
Après le supplice de Chastel, le Parlement acheva les poursuites commencées dès le premier Jour contre la famille de l’assassin, et contre quelques Jésuites, que la perquisition faite à leur collége avait désignés aux juges commissaires comme coupables de-délits particuliers, indépendants des délits généraux reprochés à leur Société. La mère et les sœurs de Chastel furent mises en liberté. Son père, Pierre Chastel, ancien ligueur, et passionné ligueur, avait recu la confidence du projet de régieide de son fils. L’on reconnaissait qu'il l'en avait détourné, et on lui pardonnait de ne l’avoir pas dénoncé; mais on lui reprochaït de ne pas avoir surveillé assez exactement ses démarches pour l’empêcher de le mettre à exécution, quand il y était revenu. Le Parlement bannit Pierre Chastel pour neuf ans du royaume, et à perpétuité de Paris et de ses faubourgs : il le condamna en outre à deux mille francs d’amende, et à la destruction de sa maison, située près le Palais de Justice (7 janvier 1595). Cette maison où le crime avait été concu et arrêté fut rasée : sur son emplacement, on éleva une pyramide aux quatre faces de laquelle on lisait l’arrêt du Parlement
1 Thuanus, 1. cx1, $ 18, t. v, p. 448. — Lestoile, p. 253 A.