LIV. IV. CH. V. LEUR BUT ET LEUR MAUVAISE POLITIQUE
et politique, mais même ne pouvaient invoquer contre elle la loi religieuse, les décrets et les canons de l'Eglise : en connaitre, en réclamer l'application, était de leur part usurpation et impiété. Les Jésuites et autres ordres religieux sujets du pape, ne relevaient que du pape, restaient indépendants des rois dont ils habitaient les États, de la société civile au milieu de laquelle ils vivaient : quoi qu’ils fissent, le magistrat civil ne pouvait sévir contre eux sans encourir l’excommunication et ses terribles conséquences : c’étaient des ennemis d’une espèce particulière, quiavaient le droit d'attaquer, sans qu’on eût le droit de se défendre. On voit bien où tendaient les Jésuites, dans quel intérêt ils mettaient en avant ces maximes : ils voulaient donner soutien à la Ligue dans son déclin; tenir en armes contre Henri des soldats, des rebelles, des assassins, au profit du grand catholique Philippe If, et en même temps mettre les rois et les États aux pieds te papes. Mais leur conjuration contre l’indépendance nationale, repoussée en tout temps par une partie de la Ligue elle-même, était odieuse à la majorité de la France. Leur maxime au sujet de l’autorité des papes, exhumation des prétentions et des aberrations théocratiques du moyen-âge, toujours combattue par l'Eglise gallicane, avait soulevé la résistance de la société civile depuis trois siècles, avait entrainé la moitié des princes de l’Europe dans la Réforme, et elle invitait +les autres au protestantisme ou au schisme. Avec leur proposition relative aux rois déclarés tyrans et usurpateurs, les factieux pouvaient incessamment dans chaque ‘tat mettre le régicide et l'anarchie à l’ordre du jour. Cette doctrine était donc arriérée, impolitique au point de vue de lintérèt, au moins sérieux et durable, de la cour de Rome, souverainement révolutionnaire, également immorale, tous les citoyens étant appelés à exercer l’assassinat comme un droit.