LIV. I, CH. 1. CHEFS DÉFECTIONNAIRES
Ceux qui infligèrent à leur patrie ces effroyables épreuves, furent les chefs défectionnaires, qui, d’un même coup, enlevèrent au parti royal sa supériorité, et de l’autre donnèrent à la Ligue le moyen de se relever. Plusieurs chefs, appartenant aux deux cultes contraires, couvrant leurs desseins d’usurpation de prétextes religieux, mirent leur retraite sur le compte de leurs serupules. Le duc d’Envernon, de la faction des catholiques ardents, prétendit que sa conscience ne lui permettait pas de servir un roi hérétique. Il se retira dans son gouvernement, emmenant avec lui les forces de 'Angoumois et de la Saintonge, qui montaient à 6,000 hommes de pied et 1,200 chevaux. Son projet était de se rendre indépendant dans son gouvernement : dès qu'il y fut rentré, 1l usurpa tous les pouvoirs de la royauté, et notamment celui de lever la taille et les autres impôts !. Divers autres seigneurs catholiques allèrent dans leurs terres attendre les événements. Tous quittèrent le camp de Saint- Cloud sans avoir signé la déclaration et le serment, sans avoir reconnu le roi. Les défections furent aussi nombreuses, aussi éclatantes du côté des réformés que du côté des catholiques. Parmi les huguenots, le plus considérable alors était La Trémoille : il partit avec neuf bataillons de réformés qui formaient toutes les forces du Poitou. C'étaient.aussi de prétendus scrupules de conscience qui éloignaient celui-là : il mettait en avant qu'il ne pouvait plus servir celui qui venait de s’engager à protéger l’idolâtrie catholique. En réalité, il allait dans son duché de Thouars et dans le Poitou, essayer de s’y constituer une principauté calviniste, à côté de la principauté catholique de d’'Epernon en Angoumois et en Saintonge. Il ne son—
1 La Force, Correspondance, t. 1, p.237. — Lettres missiv., t. III,
p. 84, 85, 125, 126, aux dates des 21 novembre 1589 et 25 janvier 1590, — P, Cayet, L 1, p. 170 B, |