LIV. I. CH. I. SUITE DU PLAN DE CAMPAGNE DE HENRI
répit nécessaire par une diversion. Pour ces motifs divers et tous graves, par suite de ces calculs, à son départ de Méru, en Beauvaisis, il conduisit ses troupes sur la frontière de Normandie, et il y entra le 20 août”.
Ces larges vues, ces sages et belles combinaisons présentent Henri IV sous un jour tout nouveau, et réforment singulièrement les idées populaires à son égard. On trouve déjà en lui le grand capitaine et le grand politique, à côté du plus brave chevalier de l’armée, du rival de Crillon. Mais ce qui achève d'imprimer au plan de sa première campagne le cachet du génie, c’est le soin qu'il prit de relier entre elles, d’un bout de la France à l’autre, toutes les fractions du parti royal. Il s’assura de Nogent, d’Etampes, de Pithiviers, qui dans deux sens différents tra versent l’Orléanais et donnent passage jusqu’à la Loire : il nomma/un lieutenant de roi dans cette province pour tenir tête au gouverneur de la Ligue, Lachastre. Il s’établit fortement dans Tours, Blois, Beaugency, Jargeau, Gien, villes qui bordent la Loire et qui avaient presque toutes des ponts sur ce fleuve. Des garnisons entières ou des corps supplémentaires de troupes et des gouverneurs d'une fidélité éprouvée furent envoyés par lui dans toutes ces places *. De la sorte il tenait les communications ouvertes entre la France du Nord, et la France du Midi où 1l trouvait le parti calviniste, son ancien gouvernement de Guienne, ses principautés héréditaires de Navarre et de Béarn. Il empêchait, au contraire, presque complétement les Ligueurs des deux parties de la France de correspondre entre eux, de se secourir mutuellement,
1 Discours au vrai, dans les Mém. de Du Plessis, t. v, p. 6. — D'Angoulesme, Mém., t. x1, p. 71 A. — Sully, Œcon. roy., ©. 28, p. 72 A. — Matthieu, Hist. de Henri IV, 1. 1. p. 12.
2 D'Angoulesme, Mém,, t..x1, p. 70, — Madame Du Plessis, Mém., t. 1, p. 177, 178. — Sully, Œcon. roy., c. 28, t. 1, p. 71.
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puisque de Nantes jusqu’à Gien, à l'exception d'Orléans, il occupait tous les ponts et tous les passages de la Loire, et que la Loire coupe le royaume en deux ",
Pendant les seize jours écoulés depuis celui où Henri fut salué roi par les seigneurs jusqu’à celui où 1l pénétra en Normandie, la déclaration du camp de Saint-Cloud se répandit dans les provinces et y obtint un certain nombre de généreuses adhésions (4-20 août). Henri fut reconnu pour roi dans les localités et par les corps dont voici l’exact énoncé : Dans l'Ile-de-France, et la RGO de cette province alors nommée he dès le 4 août par Compiègne, Meulan, Etampes, Senlis, Pontoise, et autres villes de moindre importance restées fidèles à Henri IT, ou réduites dans les derniers mois de son règne. En Normandie, le 6 août par le gouverneur Aymar de Chastes, la garnison et les habitants de Dieppe; le 19 par le gouverneur La Verune, par la ville de Caen et par la portion royaliste du parlement de Normandie réfugiée en cette ville, à l’instigation du grand magistrat Claude Groulart ; presque en mème temps par Coutances et Saint-Lô. En Auverone, le 7 août par la cour des Aides de Mont-Ferrand, par les villes de Mont-Ferrand et de Clermont alors distinctes, par le gouverneur de la basse Auvergne, Rastignac. En Champagne, le 12 août par Langres et son maire Roussat, par Chälons et Château-Thierry. Dans les Trois-Evèchés par Metz, avant le 15 août. Dans
1 Mémoires de Nevers, t. 1, in-folio, p. 408. « La seule ville d'Or » léans servoit de passage à ceux de la Ligue sur la rivière de Loire, » qui traversoit, voire divisoit presque tout le royaume de France ; » tous les autres ponts et passages qui estoient sur la dite rivière » jusques à Nantes, estant en l'obéissance de Sa Majesté, ceux de la » Ligue n’avoient que le pont seul d'Orléans pour traverser d’une » part à l’autre de la France ; qui estoit peu, et beaucoup incom- » mode pour se secourir les uns les autres, quand le besoin requer- -» roit. »
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l’Auxois, pays de la Bourgogne, par le lieutenant de la province Guillaume de Tavannes, la noblesse du pays, le président Frémiot et la portion royaliste du parlement réfugiée à Flavigny, aussitôt après la mort de Henri IT connue. En Anjou, par le gouverneur de la province La Rochepot, et par la ville d'Angers dès le 8 août; et peu après par la garnison du château et par le gouverneur Puicheric qui, resté quelques jours indécis € parce qu’en » protestant qu'il ne seroit jamais espagnol, 1l trouvoit » dur d’estre subject d’un roi hérétique, » se rangea bientôt à son devoir par réflexion et par conscience : en Anjou encore, par Saumur et par Loudun. En Poitou, par Niort et par Fontenay, le 11 août et les jours suivants. La plupart des reconnaissances en Poitou et en Anjou furent dues à l'intervention de Du Plessis-Mornay, dont quarante-neuf accès de fièvre tierce n'avaient pu abattre le dévouement et la prodigieuse activité. Dans le Blaisois, l’un des pays de l’Orléanais, par Blois et le gouverneur Montigny. En Touraine, par toutes les villes, y compris la capitale Tours, par le gouverneur de la province Souvré, et le 14 août par la portion du parlement de Paris transférée à Tours. Cette reconnaissance avait d'autant plus d'importance que le véritable parlement de Paris était alors à Tours. Déclaré seul légal, seul investi de la puissance judiciaire par les rois Henri IL et Henri IV, il se recruta chaque jour de nouveaux membres, et ne tarda pas à compter, en y comprenant les maîtres des requêtes, près de deux cents magistrats, ayant Achille de Harlay à leur tète : le parlement de Paris, ou parlement Brisson, ne conserva pas plus de soixante-dix-huit conseillers et maitres des requêtes. En Languedoe, le duc de Montmorency, à peine informé de l’avénement du roi, le fit reconnaitre par la ville de Carcassonne et par la partie du pays qui reconnaissait son autorité. Les pro-
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vinces ou gouvernements que nous venons d’énumérer ne sont qu'au nombre de douze, et 1l y en avait alors vingt-quatre, en comptant celui des Trois-Evêchés : en outre, dans la plupart de ces douze gouvernements, la Ligue occupait une portion du territoire et la ville capitale. Toutefois ces promptes et hardies reconnaissances donnèrent d’un bout de la France à l’autre un point d’appui solide à la royauté de Henri contre les attaques de la Ligue et de l'Espagne . if | Parmi les provinces qui accédèrent, nous ne comptons pas les Etats héréditaires de Henri de Bourbon, c’est-àdire ses pays souverains de Navarre francaise et de Béarn, n1 les vastes domaines qu’il possédait sous la suzeraineté des rois de France, parmi lesquels nous n’indiquerons ici que le comté de Foix, les duchés d’Albret, d’Alencon, de Vendôme, de Beaumont. Henri continua à y être obéi : il n'eut pas à y être reconnu comme roi de France, parce qu'il ne réunit pas sur-le-champ son domaine particulier à la couronne, selon l’usage de ses prédécesseurs. La justice et la politique le lui défendaient également. Il avait des comptes à régler avec sa sœur Catherine de Bourbon. Au milieu des extrémités où 1l se trouvait, 1l avait à se ménager des ressources, surtout des ressources finan—
1 Lettres missiv. du 11 au 19 août 1589, t. 11, p. 15-27. Dans la lettre du 11 août, p. 16, le roi comprend Bordeaux et Bayonne parmi les villes qui reconnaissent son autorité : on verra plus loin par le témoignage de de Thou, que ces villes et les autres dépendant du gouvernement de Guyenne restèrent quelque temps dans une sorte de neutralité. — D’Angoulesme, Mém., t. xI1, p. 70 B, 76. — Guillaume de Tavannes, Mém., t. Vilt, p. 486. — Madame Du Plessis, Mém., p. 176-178. — Mém. et corres. de Du Plessis-Mornay t. IV, p. 391, 392, 400, 405-409. On y voit que Puicheric, ou Puycharic, gouverreur du château d'Angers, hostile dès le principe à la Ligue, ne tarda pas à se déclarer ouvertement pour la cause royale. — P. Cayet, L 1, p. 193, 194. — Lestoile, regist., journ. de Henri IV, an 1594, p. 231 B. — M. Mourin, La Réforme et la Ligue en Anjou, €. 9, p. 240.