PUISSANCE DES PREÉDICATEURS. GOUVERNEMENT DE LA LIGUE
haine et dans leurs attaques contre Henri [V, commun ennemi du roi catholique et des princes lorrains. Ils portaient dans la chaire les événements du jour, les exposaient et les interprétaient à leur gré, en même temps qu’ils traitaient les questions théologiques. Ils remuaient donc à la fois les passions politiques et les passions relisieuses. Leur autorité fut celle tout ensemble d’orateurs de clubs dans les temps de révolution, et de prédicateurs chrétiens dans les temps de la plus vive croyance. Leur empire fut sans bornes sur les masses depuis 1589 jusqu’en 1592, et les résolutions prises dans l’intérieur des villes de la Ligue le furent toutes sous leur inspiration ou avec leur concours. Henri IV disait que tout son mal venait des curés et des prêcheurs. Le mot n’est que Juste quand on le restreint à la persistance dans la révolte, à l'opposition opiniâtre des populations ligueuses.
Un grand mouvement insurrectionnel contre Henri de Bourbon était produit à Paris, et s’étendait de moment en moment dans les provinces. Il s'agissait maintenant de donner une organisation à cette révolte, et un gouvernement au pays en opposition avec celui du roi. Mayenne agita avec sa famille et ses conseillers les résolutions à prendre. Il aspirait dès lors à la royauté, et il nourrit constamment cette ambition. Mais d’insurmontables obstacles s’opposaient à ce qu'il usurpät sur-lechamp la couronne.
Repoussé de Tours, 1l avait été sur le point de se voir forcé et écrasé dans Paris : général sage, mais malheureux, ses prouesses parlaient peu à l'imagination et laissaient le peuple très froid à son égard.
Un parti considérable dans m Ligue, le parti de la bourgeoisie, ou Ligue française, voulait pour roi le vieux cardinal de Bourbon, alors enfermé à Chinon et bientôt après à Fontenay. Le prince était cardinal, voilà qui don-