‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 89 sur 636 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Première campagne de Henri IV depuis son entrée en Normandie jusqu'à l'occupation de la position entre Arques et Dieppe. (20 août- 8 septembre 1589.)

Henri entre en Normandie, — 11 prend Gournay et Gisors et de là se rend au Pont- Saint-Pierre. — Il est reconnu par Durolet, gouverneur du Pont-de l'Arche : loyale et généreuse conduite de Durolet. — L’armée royale occupe Darnetal près de Rouen, et engage des combats d’avant-postes contre la garnison de cette ville. — Henri laisse le commandement de l’armée devant Rouen à Biron, et se rend avec une escorte à Dieppe, dans le but d’affermir le dévouement du gouverneur de Chastes et des habitants, et de reconnaître la côte. — Etat politique, religieux et militaire de Dieppe : rentrée récente des Réformés proscrits à Dieppe : de Chastes et la population dévoués au parti des Politiques : Arques et son château récemment soumis par les Dieppois. — Désintéressement et dévouement de de Chastes : réception enthousiaste faite au roi par les habitants de Dieppe. Henri les délivre des attaques de la ville ligueuse de Neufchâtel : dé-

faite des Catillonnais, paysans insurgés. — Le roi reconnaît la position entre Arques et Dieppe, et le parti qu’on peut en tirer pour recevoir les secours étrangers, et pour faire une guerre de défensive. — Il recoit à Dieppe la confir-

mation de l'adhésion de Caen qui met sous ses lois toute la Basse Normandie. — |l retourne au camp de Darnetal et dirige des attaques contre Rouen pour attirer l’armée de la Ligue sur ce point. — À la nouvelle de l'approche des Ligueurs et de Mayenne, il conduit son armée à Arques, pour occuper la position entré Arques et Dieppe.

Le temps que le duc employa à ramasser des troupes et à les conduire sur le théâtre de la guerre, le roi le mit à profit pour faire de remarquables progrès en Normandie. Il entra dans cette province le 20 août. À son approche, Gournay et Gisors, qui se trouvent à l’extrème frontre du côté du Be braie, lui ouvrirent leurs portes. Il laissa le sieur de ROBE Mie dans Gournay, avec sept enseignes du régiment de Picardie. De là 1l se dirigea au village du Pont-Saint-Pierre, où 1l attendit le premier effet des promesses des Normands. Si pour Rouen ils ne purent faire ce qu’ils avaient espéré et annoncé, 1ls tin rent, en ce qui les concernait eux-mêmes, scrupuleuse-

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ment leur parole, et l’on peut s’étonner des termes dans lesquels Sully parle de leur conduite, quand on songe qu'à se prononcer alors pour le roi, l’on risquait tout, l’on exposait sa fortune, sa tête, sa famille. Henri, pen— dant son séjour au Pont-Saint-Pierre, envoya un gentilhomme à Durolet, gouverneur du Pont-de-l'Arche, pour traiter avec lui (22, 23 août). Durolet ayant lu les lettres du prince, qui le laissaient maïtre des conditions de sa soumission, pour toute réponse commanda à la garnison de sortir de la ville, la rangea en bataille dans une prairie, fit prêter serment aux capitaines et aux soldats de servir le roi, et dit à ce gentilhomme : « Qu'il retournât » trouver le prince, et lui rapportät ce qu'il avoit vu ; qu’il » n’avoit jamais oui dire qu’un sujet dût capituler avec » son roi. » L'exemple donné par le gouverneur du Pontde-l’Arche provoquait d’autres adhésions, et la place qu'il livrait à Henri avait une véritable importance. Cette ville, située au bord de la Seine, devait concourir avec Meulan à rompre les communications entre Rouen et Paris, et priver Paris du commerce qu’il faisait avec la Normandie, des approvisionnements qu’il en tirait !. Henri quitta le Pont-Saint-Pierre le 24 août, et

mettant toute l’armée en bataille, 1l la fit marcher tou— jours en ordre jusqu’à Darnetal où il logea. Ce détail de tactique, qui était un perfectionnement de l’art militaire, et que nous verrons sans cesse se reproduire, est relevé et signalé par les historiens du temps faisant profession des armes. Darnetal, situé à un quart de lieue des fau— bourgs de Rouen, était dès lors un bourg considérable.

1 D’Angoulesme, Mém. p. 71. — Discours au vrai, dans les Mém. et corres. de Du Plessis, t. v, p. 7. — Matthieu, Hist. de Henri IV, 1. 1, p. 12, 13. — Sully, Œcon. roy., c. 28, p. 72 A. — La lettre du roi, adressée à la reine d'Angleterre, le 24 août, est datée du camp du Pont-St-Pierre, au moment où Henri quitte ce séjour, Lett. missiv. É. IL, p. 27.

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