‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 10 sur 158 · PRÉFACE. XXIX · texte numérisé non relu

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suivante, en verlu de pouvoirs nouveaux dont les circonstances avaient investi ces corps ; la déclaration du clei^é de France, assemblé à Chartres en 1591, la déclaration de tfayenne, du 24 décembre 1592, et celle du roi du 39 janvier 1593 ; les actes de la conférence de Suresne, et la discussion , soutenue avec tant d' éclat et tant d'eiïet dans son sein ; les délibérations des Elats-généraux de la Ligue ; leur vote Tameux du 20 juin ; la mention des sommes qu'ils reçurent de mois en mois, tirée du registre du tiers-état, et formant preuve contre de récentes allégations qui peuvent étonner; enfm, l'arrêt du parlement de Paris, du '25 juin 1593, dont le prélude et l'explication se trouvent dans l'arrêt de celte même cour, en date du 22 décembre précédent. Nous avons présenté une analyse nouvelle et complète de ces pièces importantes, qui contiennent la pensée même et le mobile des partis ; nous nous sommes attaché à en saisir le véritable sens et à en donner la pleine-intelligence.

Les caractères des particuliers durant cette période, la conduite et la moralité des partis, l'état de l'opinion publique, les doctrines politiques et religieuses soutenues de part et d'autre, ont été pour nous l'objet d'autres études, et nous avons donné une particulière attention' à ce qui concernait la Noblesse, te parti des Politiques, l'Eglise de France. Profondément distincts des t^nds seigneurs, avec lesquels ils n'ont de commun que la naissance , les* nobles et les petits seigneurs, que les contemporains nomment les gentilshommes depuis deux mille livres de rente jusqu'à dix et douze mille, vivent dans leurs terresf et n'en sortent que pour accomplir, un devoir envers le souverain et envers le pays, pour payer une dette à l'honneur de leur nom , au péril de leur vie et aux dépens de leur fortune. La presque totalité d'entre eux n'a en vue ni les gouvernements de provinces, ni les gouvernements de villes, ni même les grades militaires, puisqu'ils viennent prendre rang, comme simples soldats, dans la cavalerie. Cette cavalerie n'a pas d'action souveraine sur les événement^ pour deux raisons : d'une part, l'infanterie a déjà repris sa grande importance dans les armées; d'une autre, le duc de Parme et le prince d'Orange ont fait de la guerre ime guerre savante, où

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les opérations s'enchatneni el se prolongent, et les gentilshommes servant à leurs frais, ce service gratuit est de toute nécessité irrégulier el court. La noblesse ne peut donc rien décider ni contre les factions intérieures, ni contre l'étranger. Hais elle parati à tous les champs de bataille et à tous les sièges, depuis Arques et Ivry, où elle est de moitié dans les défaites de l'armée de la Ligue, jusqu'à Fontaine-Française et à l'attaque des lignes d'Amiens, où elle repousse presque seule l'Espagnol du territoire. Elle ne peut faire triompher la royauté, mais elle la soutient et la perpétue; et sans f autorité royale, il n'y a actuellement pour le pays qu'anarchie ou domination étrangère : elle ne peut élever le trône sur les débris des factions et de la puissance de Philippe II, mais elle y place une dynastie qui doit donner à la France Henri IV el Louis XIV, avec Richelieu pour intermédiaire. Nous avons dressé, et placé parmi les Documents historiques, la liste de ceux qui ont pris une part active aux événements militaires de cette héroïque époque. C'est le registre d'honneur,, et en quelque sorte le livre d'or de la France : on y trouvera inscrits les noms de tous ceux qui ont bien mérité de la patrie ; tous les dévouements y reçoivent leur consécration.

Dans une solennelle circonstance,- à l'ouverture de l'assemblée des Notables réunis à Rouen, Henri IV, rappelant les moyens que la Providence lui avait donnés de sauver le pays de là perte, b'ignalait, outre l'épée de sa brave et généreuse noblesse, « les prières el les bons conseils de ses serviteurs, » qui ne faisoient profession des armes. » Ces serviteurs étrangers à la profession des armes. Étaient dans l'ordre laïque les Politiques ; dans l'ordre ecclésiastique , les prélats du Clet^ gallican restés fidèles à ses anciennes doctrines. Bien que les gentilshommes suivant le drapeau de Henri fussent des politiques, on a particulièrement aiïecté cette dénomination aur magistrats et aux bourgeois prononcés pour le roi dans les villes royales, et même dans quelques villes soumises à la Ligue. Les magistrats politiques sont les deux cents membres du Parlement, et des autres cours souveraines ,' transférés à Tours, qui ont pour représentants Achille de Harlay, La Guesie, d'Ëspesses, Servin, de Thon, Pasquier, Fauchet. Ce sont dans

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les provinces les présidents el conseillers qui soutiennent l'autorité du roi contre les Parlements ligueurs : entre eux, on distingue le grand citoyen Groulart, premier président du parlement de Rouen, transféré à Caen '. Ce sont, enfin, dans le Parlement demeuré à Paris, Edouard Mole, du Vair, Lemaistre ; et dans la bourgeoisie, d'Aubray, Langlois, Uiuillier, les avocats Antoine Amault et Dollé, Lestoile, les deux Pithou, les auteurs de la Mênippve. Le parti des Politiques se compose donc de ce que la France a de plus vertueux, de plus savant, de plus éloquent, de plus spirituel tout ensemble, et la supériorité des hommes doit se retrouver nécessairement dans leurs principes el dans leurs actes. En politique , ils demandent le concours dans les aflaires publiques des assemblées nationales et des grands corps de l'Etat, purgés-de l'esprit de sédition; ils professent le re^ecl des lois fondamentales qui séparent la rltonarcliie du despotisme, l'usage modéré de la prérogative, la bonne administration, tout ce qui fait la juste liberté et le bonheur du peuple. Mais ils veulent en même temps une royaulé, une première magistrature du pays qui soit forte, une royauté légitime, une succession Intime et établie d'après des lois, invariables, comme indispensahlement nécessaires pour dominer et mater les factions, tenir les ambitions en bride, déjouer les usurpations. Leurs principes en religion sont la liberté de conscience et de culte, qui laisse Dieu seul juge des croyances, et qui seule peut faire vivre en -concitoyens, faire concourir à la prospérité publigue, des hommes acharnés depuis un tiers de siècle à leur commune ruine et à celle de la France, Leurs principes sont encore la séparation des. deux puissances et l'entière indépendance de la puissance temporelle à r%ard de la puissance spirituelle en général, en particulier'à l'égard de la puissance du Pape, souverain étranger; les droits du prince à la souveraineté mis complètement en dehors de sa croyance; la défense des lois el des prérogatives du royaume dans ses rapports avec la coiir de Rome , et le maintien des libertés et privilèges de l'Eglise gallican», consi-

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(lérés comme noire pallatiitirn ; l'obligation enfin imposée à Iods les pouvoirs et à tous les corps de l'Etat < de se précautionner, » à l'exemple de leurs généreux ancêtres, contre les entreprises > et les usurpations des étrangers; > et de les empêcher de s'immiscer dans les affaires intérieures et politiques de la France.

Tout cela est extrait textuellement des écrits des Politiques, et leur conduite répond aux maximes qu'ils professent. Calholiques sincères, mais libres de préjugés et guidés par une raison Terme, lors du grand débat qui, en 1585, après la mort du duc d'Alençon, s'est agité devant la France entière sur l'éventualité de la succession de Henri 111, ils se sont convaincus par la discussion , et par des précédents de neuf années en iNavarre et en Béam, qne Henri de Bourbon ne prétend qu'à garder sa religion ; qu'il n'a jamais pensé et qu'il ne peut songer à détruire le catholicisme, par la raison qu'il n'est ni persécuteur, ni insensé et disposé à tenter l'impossible. Dès ce moment, ils ont résolu de lui appliquer le bénéfice de nelre droit public, et de l'appeler à la couronne après Henri III. Ils ont des protestations aflichéesàRome contre la bulle de Sixte- Quint, qui prive le roi de Navarre de ses principautés héréditaires et de la succession au trône de France '. Ils ont des protestations contre l'usurpation du duc de Guise, adressées au duc lui-même et jetées à sa face. Après l'assassinat de Henri 111, ils portent Henri IV au trône ; ils le font reconnaître dans toutes les villes où ils sont maîtres, au sein de tous les corps où ils ont autorité, d'un commun consentement, d'un commun effort, et ils s'indignent de trouver « des âmes assez » foibles pour ne pouvoir gouster l'obéissance qui est due à * son prince, de quelque religion qu'il fasse profession. » Ils bravent pour lui la Conciergerie, la Bastille, le pillage de leurs maisons, l'exil, les chances de la proscription, si son parti

< La prolpstation affichée à Rome, le 6 novembre 1585. cootre la bullft de Sixle-Oiiinl, est rouvrajtc non d'un calviniste, mais du catlioliijue poiStique Lpstoile, corame ou le voit par sou ref;istre-journal du Tègne de Hcuri III, page 190 B, èdit. Uicliaud. n Au susdit escrit, fail « par l'auleur de» présents mémoires, on a fait faire du palais de Paris D un voyage à Romme, où on l'a mis, signifié et aQlcIié. n

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succombe. Ils le soutienoent de leurs arréls, de leurs déclaralions, de leurs discours, de leurs écrits, depuis son av^ement jusqu'à son absolution , jusqu'au moment où la Ligue et - la cour de Rome ont cessé de mettre son autorité en péril. A aucune époque peut-élre de notre bistoire, le courage civil ne s'est signalé par des actes aussi dévoués et ayant une semblable portée. C'est la gloire éternelle de la magistrature el d'une partie de la bourgeoisie.

Les prélats de l'Eglise gallicane suivent les mêmes maximes, la même ligne de conduite que les Politiques de l'ordre laïque. Dès la fm de 1589, sur cent dix-huit évëques et archevêques qu'on compte alors en France, cent adhèrent à la royauté du calviniste Henri IV. En 1501, dans leur assemblée de Chartres, ils Formulent la mémorable déclaration qui met ses droits à l'abri des coups que leur portent les bulles moniloriales de Grégoire XIV. En 1593, l'un d'eux, l'archevêque de Boui^es, dans la discussion de la conférence de Suresne-, soutient tout à la fois la légitimité de son pouvoir, les droits de sa couronne, et les doctrines protectrices de l'Eglise gallicane. Quelques mois plus tard, ils reçoivent son abjuration à Saint-Deiiis, le réconcilient avec l'Eglise, et en même temps avec la moitié de la France. La paix acquise, ils s'associent à ses travaux pour la prospérité du pays, pour le développement de l'industrie, et plantent des mûriers dans tous les évêchés du royaume. Enfin, on les trouve à la fin de ce règne, envoyant leurs missionnaires en Amérique, dans l'Acadié, au Canada, répandant l'agriculture el les bienfaits de la civilisation, prop^eanl chez les sauvages la foi par la persuasion, protestant par tous leurs actes contre' les cruautés et les dévastations des Espagnols , rendant à la religion de l'Evangile son esprit de charité et sa pureté sublime. Tous ensemble, ils tracent en caractères ineffaçables l'une des plus grandes el des plus belles pages de l'histoire de l'Eglise de France.

Quand on examine avec attention le corps des doctrines des Politiques en matière de gouvernement et en matière de religion ; quand on y trouve si fortement élalili ou sauvegardé tout ce que le souverain, le citoyen el l'homme ont de plus précieux, on voit bien ce que les deux siècles suivants ont souvent,

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