PRÉFACE. XXV
Pour échapper au danger de [iroduire des faits d'une certitude douteuse, de présenter les faits sous un Jour (aux, de mal Juger les hommes el les partis, voici quelles régies Dous avons suivies. D'abord nous n'avons accepté de témoignages que ceux de coiitetnporains qui commandent la conviction, tout à la fois par leur pusitiori, leurs lumières, leur probité; et sur tout événement de quelque importance, nous ne nous sommes pas arrêté à un seul témoigna^, nous avons entendu et pesé plusieurs témoignages, rendus par les écrivains de sentiments et de partis entièrement opposés. Par exemple, nous n'avons ni composé l'histoire de la Ligue, ni Jugé la Ligue sur les seules dépositions du politique Lesloite, du roy^isle de Thou, si grave, si modéré que soit de Thou à l'égard des divers partis, mais sur leurs assertions confrontées avec celles de Villeroy et de Marillac, alors ligueurs, et d'après les actes publics encore subsistants aujourd'hui, que nous produisons. Sur les diverses fractions, les diverses nuances du parti royal, Politiques, Noblesse, Grands seigneurs, qu'il faut bien se gardée de confondre avec le corps de la noblesse, Tiers-parti enfin, nous ne nous en -sommes pas rapporté uniquement à ceux qui ont vécu parmi eux, au roi Henri IV dans ses lettres et ses discours, à d'Angoulëme, Groulart, Sancy, Sully, dans leurs mémoires; nous avons recouru de plus aux histoires, aux mémoires, aux pamphlets mêmes du parti adverse. Nous n'avons pas cherché la vérité sur les projets et les plans des Réformés, sur leur ligne de conduite depuis 15^)4, en consultant uniquement les récits du catholique impartial de Thou, mais en les comparant à ceux de trois calvinistes, de M"« du Plessis-Momay, de d'Aubigné, de Sully. Après avoir recueilli sur les hommes et sur les partis les témoignages ou divers ou contraires des contemporains, nous avons recherché quel a été sur eux le sentiment des écrivains des siècles suivants, les plus remarquables soit par leur savoir et la rectitude de leur Jugement, soit par la supériorité de leur génie; et dans plus d'un point d'une haute importance , nous avons pu appuyer les idées el les Jugements auxquels nous nous sommes arrêté de l'opinion de Bossuel el de Voltaire.
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XIVI PRÉFACE. '
En second lieu , nous avons apprécié les acles des hommes et des partis, non d'après des principes arbitraires, mais, seloD lus sujets, d'après le droit public laïque de la France ; d'après son droit public ecclésiastique, constant, continué pendant une suite de siècles, resté pur de l'invasion et de la violence des partis; d'après les lois étemelles de la morale et de l'Iionneiir, et d'après les préceptes de l'Evangile et des Pères de l'Eglise ; enfin toujours d'après les grands intérêts nationaux clairement établis. Dès le début de notre livre, nous avons employé celte méthode d'exposé et de discussion des doctrines, seul moyen donné à l'histoire de ne pas soutenir indifféremment le pour et le contre, le vrai et le faux; méthode qui est celle du grand historien Polybe, seulement appliquée par lui à d'autres sujets et à d'autres matières. Notre soin s'est borné, au point de vue de l'art, à placer ces expositions dogmatiques dans tel lieu, et à les restreindre dans telle mesure, qu'elles ne vinssent pas embarrasser le récit des faits, et en alanguir l'intérêt. Nous n'avons pas perdu de vue qu'une histoire n'est pas une dissertation ; mais nous avons voulu qu'elle ne tint rien de la fantaisie en fait de doctrines, comme rien du roman en fait d'exposé. En employant les deux procédés dont nous venons de parler, nous avons essayé de lui donner, ou peu s'en faut, le caractère d'une science exacte et la rigueur mathématique.
Nous allons signaler maintenant quelques-uns des sujets sur lesquels notre travail a dû porter spécialement dans chacune des trois périodes dont se compose le règne de Henri IV, et indiquer d'une manière générale le caractère par lequel chacune d'elles se distingue el se délaclie des autres.
Pendant te temps de ta lutte contre la Ligue et contre Philippe II, la France est divisée en huit partis ayant chacun leur passion, leur intérêt, leur ligne de conduite ' . L'histoire de ces partis était presque entièrement à faire. La plupart d'entre eux n'étaient même pas nommés dans les histoires modernes de ce règne ; sur les autres , on ne trouvait que des rensei-
' On trouve d'ane pari la Li«ue guisarde ou parti de Mayennfi el des princes lorrains, la Ligue française, la Ligue espagnole, la Ligue républicaiue rormée des grandes Tilles qui prétendent se rendre indépendantes de tous les pouvoirs. On distingue, d'un autre cAté, le
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PRÉFACE. XSVtl
gnemeuts d'une exaclilude insuffisaole. On va en juger par deux exemples, tirés de deux ouvrages d'érudition assez récemment publiés. On lit dans l'un que, sous le règne de Henri IV, le parti des Politiques et le Tiers-parti ne (irenl qu'un; que ce fut une même chose sous deux noms différents. I) y a là erreur : eq ce temps, le parti des Politiques fut le plus ferme soutien, et le Tiers-parti, démembrement du parti rojal, l'un des plus dangereux ennemis de Henri : c'est ce qui est établi par toute l'histoire contemporaine, el dans le plus grand procès de l'époque, par la déposition et la défense de Biron. On trouve dans l'autre ouvrage que les Sermoneux, partisans du roi, firent des assemblées pour demander la paix. Il D'y a jamais eu de Sermoneux ; mais bien des Semonneus, ainsi appelés parce qu'ils voulaient semondre ou sommer le roi d'abjurer. C'est à tort qu'on les qualîlie de partisans du roi, i>i l'on s'en tient à la véritable signification de ce terme; ils appartenaient à la Ligue française : la Ligue française ne consentit jamais à reconnaître le roi que sous la condition qu'il se fît catholique, el tant qu'il ne le fut pas, elle le combattit. L'histoire de ces'partis a donc été jusqu'à présent mal connue : cependant elle est d'une importance évidente. D'une part, elle renferme la vive peinture des mœurs et de l'esprit du temps dans les diverses classes de citoyens; d'une autre, elle contient tout le secret des révolutions de ce temps. La guerre et les négociations n'hissent en effet que d'une manière secondaire sur les événements politiques ; ce sont les déterminations des partis qui en décident souverainement. Soutenu par les deux fractions du parti royal pur, qui se prononcèrent généreusement pour lui dès son avènement, par le corps de la Noblesse en forte majorité , et par la classe entière des Politiques, Henri IV parvint à se faire reconnaître, à établir sa royauté ; et c'était un point capital, parce qu'il était seul capable de sauver et de régénérer la France, parce que dans les circonstances données il était l'homme indispensable. Mais
parti To;al pur ou parti des Politiques, le Tiers-parli ou parti des princes du eaog cberchant à supplanter H«ori IV, le parti aiislocralique ou des grauds seigoeura s'efforçaut de rétablir la téodalilé, en- On le parti protestant.
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là s'arrêtèrent les résultats et les succès des premières aniiées de son règne. Il essap d'abattre la révolte de la Ligue , et de repousser les attaques de Philippe II, avec les seules forces nationales, et malgré les glorieuses journées d'Arqués et d'Ivry, il échoua. Il opposa ensuite à son double ennemi les forces nationales et les forces étrangères combinées ensemble, et il échoua. Il était à peine maître de la moitié du royaume, et n'était venu à bout de rien : la lutte à main armée n'avait conjuré aucun danger, parce qu'avec les ressources dont il disposait, il n'était donné à personne de surmonter les ennemis qu'il avait à combattre. A la fm de 1592 et en 1593, l'invasion étrangère avait fait de tels progrès, l'anarchie et la dissolution intérieure avaient pris de si formidables développements, qu'au jugement des hommes d'Etat de tous les partis, de Mornay et de Rohan, comme de Villeroy, la France touchait à l'une de ces catastrophes qui, outre tant d'autres peuples, ont aux deux limites extrêmes des temps anciens et des temps modernes, effacé l'Empire romain et la Pologne du nombre des nations. Henri IV ne tira le royaume de cet effroyable danger que par le désarmement des partis, acheté par de si durs sacrifices, mais opéré, entre 1593 et 1508: Ce soot, d'abord, et la concession indispensable dé son abjuration faite à la m^orité catholique de la France, et les traités consentis avec tous tes chefs de la Ligue, qui, en le débarrassant de la moitié de ses ennemis, lui permirent de combattre victorieusement le Tiersparli, et les Grands seigneurs s'elTorçant de ressusciter la féodalité; c'est, plus tard, l'édil de Nantes, lequel, en ce qui concernait l'état politique des Calvinistes, était un véritable traité avec eux. Ces transactions amenèrent, à leur tour, le traité de Vervins, et mirent fin aux attaques de l'étranger contre notre indépendance et contre l'intégrité de notre territoire. Tout cela se tient, s'enchaîne, se déduit l'un de l'autre.
Notre premier soin a donc été de composer une histoire complète des partis , depuis l'avènement de Henri IV jusqu'à l'entière pacification du royaume. Nous avons soumis à un attentif examen leurs actes principaux, la déclaration du roi et des seigneurs signée au camp de Saint-Cloud, le 4 août 1589; les arrêts des divers Parlements rendus cette année et l'année
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