‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 102 sur 158 · DU COTE DU PARTI ROYAL, PAR LES EFFORTS D · texte numérisé non relu

DU COTE DU PARTI ROYAL, PAR LES EFFORTS D

ruine de Henri comme probable, ils voulaient, si le cardinal de liourbon leur était préféré, retenir du moins le trdne.dans leur maison et garder leur haute position de princes de la famille royale. Ainsi les quittre princes du sang se portaient pour antagonistes de IleDri. Le rang qu'ils occupaient dans l'Etat, le nombre des seigneurs qui s'étaient déclarés pour eux dès l'année précédente ', les forces et les ressources qu'ils pouvaient tirer de la Normandie, gouvernement dont le duc de Montpensier avait obtenu la survivance à la mort de son père arrivée le 3 juin 1592, étment déjà un sérieux danger pour Henri*. Toute une classe de seigneurs se disposait à se joindre au Tiers-parti, à lui donner une consistance nouvelle et une force désastreuse. C'étaient les anciens serviteurs du roi Henri III, Bellegarde, Saint-Luc, de Tbermes, d'Epernon et beaucoup d'autres, qui regrettaient le teOips et le régime précédents, qui étaient à bout de leur constance, comme il arrive toujours dans les luttes prolongées, et qui imputaientau roi la durée indéfinie de la guerre. Ces seigneurs menaçaient de s'unir d'une part aux princes du sang, d'une autre aux catholiques ardents, d'O, Manou, Rieux, Chateauvieux, Entragues, Sourdis, lesquels avaient déjà entraîné dans leurs rangs le duc de Nevers, LongueviUe, son gendre, le comte de Saint-Paul, frère de ce dernier, le maréchal d'Aumont. Le motif religieux, la raison politique incroyablement entendus, l'intérêt personnel entraînaient ces seigneurs, appartenant aux

< Voir (j^^desBus p. B35.

» Davila, 1. sur, t. m, p. 403 et »7Î. — Sully, Œcon. roy., ch. fiS, t. I, p. 215. V Qu'elle (la priacesse CatheriDej u'igoorolt pa« des DM* B Dées et pratiquer que le comte de Soissous aruit tant de tempa jg conlinuépi, pour furmtr le Titrs-pariy, croyant que son frère tàmi > élout d'Eglkte, il eeroit déclaré chef des armas. » Sur les projets et lea luenâes des quatre priuces du saug, le discours de Henri IV il Botaj, datw las OËcoD. roy., eh. sg, p. 100 B. : on le tionvera cité ci-après.

3,a,l,zccbvG00gIf

3S8 UV. m. en II. HËCONTENTEHENT ET PLAINTES DES SEIGNEURS.

diverses fractions, aux diverses nuaDces du parti royal, vers les idées et les projets de défectioD, qui devaient mettre en péril la cause nationale.

Par sa déclaration du 29 janvier précédent, le roi avait annoncé l'intention de ré;iiiser, par les plus prompts moyens, ses promesses d'abjuration et de conversion, Oa ne conçoit donc pas d'abord quel motif religieux pouvaient avoir les seigneurs de se séparer de lui. Hais à un examen plus attentif, on voitquellepri, n'ayant pris dans sa déclaration aucun terme prélJx ni déterminé pour sa réconciliation avec l'Eglise; n'ayant pas indiqué à quel moyen il recourrait, depuis qu'il avait vu son ambassade repoussée par le pape, et qu'il avait perdu l'espoir d'opérer sa conversion par l'intermédiaire du Saint-Siège, les seigneurs avaient regardé cet engagement comme n'ayant rien de sérieux, avaient imaginé qu'il n'était pas plusdisposé maintenant que depuis trois ans et demi à quitter sa croyance et sa secte. Aussi se pliign aient- ils de lui voir différer sa conversion qu'ils désiraieot ardemment, et qu'il leur avait si souvent promise. Ils ciiaient hautement que son obstination donnait occasion aux lilspagnols de faire éclater leurs intrigues et leur audace. Que tous les délais étaient enfin expirés, et les prétextes allégués par le roi épuisés ; qu'il ne savait plus lui-même quelle raison donner. Qu'il était fasciné par les artificesde ses ministres calvinistes, et opiniâtrement attaché à la doctrine de ces hérésiarques. Qu'il était temps de pensera leurs àines, à la religion, à leur salut, à celui de leurs entants, et ne pas travailler à se damner eux-mêmes avec leur postérité. Qu'il fallait laisser ce prince se perdre avec ses huguenots désespérés, sans entraîner avec lui tout le reste du royaume. Au motif de la religion et de l'intérêt politique, se joignait de près l'intérêt particulier. Chacun détestait les f itlgues et le poids de la guerre. Chacun déplorait ses propres

Douze. bvGoOgIf

i\£ SB DISPOSENT A SB JOINDRE AU TIERS-PARTI. 389

malheurs, les maux de sa famille, le délabrement de ses affaires domestiques, les dépenses dans les({uelles il était entraîné et qui ne trouvaient point de fin. Cliacun désirait le repos et soupirait nprés la paix. D'O se plaignait d'être sur-inlendnnt des finunces d'un roi dont les cotfres étaient vides. Bellegarik, Saint-Luc, de Thermes, d'Epernon et tous les autres Serviteurs de Henri III déploraier] t leur mauvais destin qui, d'un roi d'or qu'ils avaient aupiiraviint, leur avait donné un roi de fer. En elfet, disaient-ils, Henri III avait coutume de répandre sur eux l'or et l'argent à profusion, tandis que son successeur, réduit à l'étroit, et naturellement économe, ne leur proposait pour récompense que des guerres, des sièges, des combats. Ils prolestaient qu'ils ne pouvaient plus soiitetenir les fatigues itisupportahles de la guerre,' ni demeurer continuellement enchâssés dans leurs cuirasses, comme des tortues dans leurs écailles. Qu'ils ne pouvaient servir plus longtemps un roi accoutumé comme les huguenots à courir jour et nuit, à vivre de rapine, de ce qu'on trouvait dans les chaumières des malheureux paysans; à se chauffer au feu d'une maison incendiée, à coucher parmi les chevaux et dans les étables infectes des viilag'eois. Qu'ordinairement on faisait la guerre quelque temps pour parvenir à la paix ; mais qu'ils servaient actuellement un prince qui, ne se lassant jamais des travaux de la guerre, n'avait d'autres délices que les arquehusades, les blessures, le carnage, les batailles. Ces plaintes, accompagnées tantôt de jurements et de blasphèmes, tantôt de reproches et de plaisanteries, étaient si publiques qu'elles venaient jusqu'aux oreilles du roi. Tels étaient les sentiments et.les discours de toute cette classe de seigneurs, d'après l'un des contemponùns. Un autre, et c'est la cal- ' viniste M™ Du Plessis, reproduisant les • impressions et le jugement de son mari si bien placé pour juger de l'état

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390 LIV. m. GB. U. PLAN ET PROJETS DU TIEBS-PiRTI.

des choses, accuse en ces termes la gravité an i»o^ : a Le roi se trouva surpris et comme opprimé de ce soudain et inopiné changement. 11 voyoit les visages et les ' cœurs des siens aliénez de luy. Il étoit adverli à toute heure des gouverneurs et des places ou que l'on praticquoit, ou qui se divertissoient de luy. » Cédant aui passions religieuses, aux passions égoïstes, à la lassitude, ces diverses classes de seigneurs d'une part s'abouchèrent et s'entendirent avec les princes du sang ; d'une autre ils se concertèrent avec les seigneurs et lesecclésiastiquesde la Ligue qui répugnaient à la royauté espagnole et à la domination étrangère. Parmi les seigneurs, les uns étaient déjà engagés dans le Tiers-parti ; les autres étaient près de s'y aifiticret de lui donner de formidables proportions : tous ensemble formaient le dessein de passer à la Ijgue. et conjuraient pour une révolution ',

Leur plan était d'écarter Henri, de reconnaître pour roi le cardinal de Bourbon , de désintéresser Philippe II, en faisant épouser l'Infante, sa fille, au cardinal de Bourbon relevé de ses vœux par le pape. Les agents du prince s'abouchaient avec Villeroy et Jeannin pour persuader à Mayenne de favoriser cette combinaison , sous promesse d'immenses avantages qui lui seraient. faits : le cardinal entrait personnellement en négociation avec le sieur de Villars qui command^ùt dan^ Rouen. Le dessein des princes du sang et des seigneiu's qui se jetaient dans le Tiers-parti, était aussi insensé que désastreux. La suite

> Discours da roi à Rosny dans les (Econ. ro;., ch. 38, p. tM B. M Voiu scavez assez que mea uousiaa le^ princes du sang, et UM. de n Sesers, de Longuevillo, BiroD, d'O, Rieux, Manou, Cbateauiieui,

» Anlrogues, Sourdis et beaucoup d'autres, mais surtout Epernou

'» me pressent incessamment de me taire catholique, ou qu'ils torme- B root un Tiers-part;, et se joindront à la Lgue.» — D'Aubigné, t. m, I. ni, c. M, p. MB. — Davila, 1. Illl, p. t03, *04 et 487. — M— Doplesais, Mém., t. i, p. 156.

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COSPLOT DU TIEIIÏ-PAIITI CONTRE L'AUTORITB ET LA VtB DU ROI. 391

montra que Philip|)e II et Mayenne ne se départireot pas un moment du projet d'assurer la couronne à eux-m^nies ou à leijrs enfants; que tes paroles dont ils obusèreut le cardinal et le.s seigneurs, étaient autant de leurres et de ruses pour les détacher du parti de Henri et les lui donner pour ennemis. Quant à l'idée de forcer la main ou de tenir tét« à Philippe II et h Mayenne, si on les trouvait hostiles, avec l'incapacité du cardinal de Bourhon et la médiocrité militaire du comte de Soissons, elle tenait de la folie. Les chefs de cette intrigue complotaient contre la liberté et les jours du roi, les plus modérés opinant à se saisir de sa personne et à le jeter en prison, les plus violents demandant e.t préparant sa mort. L'amiral de Biron, fils du maréclial, qui prétendait ne s'être affilié au Tiersparti que pour s'opposer à ses fureurs , affirmait plus tard qu'à un moment donné il avait empêché le roi d'être assassiné '. Henri fut contraint, pour sa sûreté, d'appeler un corps de troupes anglaises, et de le loger dans Limay, faubourg de Mantes. En supposant qu'il échapp&t à ces trames odieuses, il suffisait encore que le Tiers-parti en vînt à un.éclat, à une rupture ouverte avecJui, à la division du parti royal en deux camps ennemis, pour miner entièrement ses affaires, et jeter le pays dans une confusion dont nulle main humaine n'eût pu le tirer. Henii disait à ses plus confidents serviteurs « que le Tiers- » parti quelque mal f.iil qu'il fust, en périssant, feroit « périr l'Estat. » Et les contem|>orains qui en jugeaient comme lui ajoutaient que « c'étoit pour mettre la France » au dernier soupir et pour lui fmre perdre jusqu'au nom » de monarchie. » Toutefois ce n'était là encore que la moitié des dangers du moment. Depuis qu# Henri avait

' Discour» de Biron au chancelier, lors de son procès : n Le royno I) sa BOUTient-il plus de la conjuration de Maates et du danger qu'il a eût couru, ai je ne me fusse entendu avec les conjursteuraî a

39S UV III. CB. U. CRAINTES DBS CALVINIETES : INTRIGUES DES OHEFS.

fait un pas vers les catholiques par l'envoi de Gondy«t de PisaDy à Rome, et par k déclaration du 29 janvier, les meneurs et lea ambitieux, parmi les seigneui;^ reformés, poussaient à la révolte le corps des calvinistes français. Ils leur répétaient que la persécution commencerait contre eus le jour de l'abjuration du roi ; qu'ils devait-nt pourvoira leur sûreté en rétablissantleui-scon^fi/f et leur protcclorat, c'est-j'i-dire leur gouvernement républicain, abolis depuis l'avènement de Henri IV. De la sorte, le roi perdait tout pouvoir sur la partie de la nation, sur la classe de citoyens qui professait la Réforme : ce pouvoir passait à Bouillon ou à la Trémoille, qui briguaient le protectorat, correspondant an stattioudérat des Provinces-L'oîes '. L'unité nationale était brisée de ce câté, le pays livré & la continuation du terrible antagonisme que la Ligue lui avait déjà fait essuyer. Ainsi les ambitions particulières, en exploitant les passions et les erreurs des masses, tiraient violemment de deux calés le parti royal, le parti national, pour le diviser et le dissoudre.

Au milieu de ces nouveaux et pressants dangers, Henri agita succes^vement le parti qu'il avait à prendre, les

> Voyez, à l'appui de cea faita, leâ discours de Houri IV, dansSully, (EcoD. roj , c. 38, p. 108 B, 109 B; c. S9, p. 1)1 A : 1* sur le Tiereparli : « VU ne soulplu^ retenus que d'une seule dilTicullè, qui est de D Savoir ce qu'ils Teront de ma personne, les uns diwot qu'il s'en » fuut saisir et a^iseurer, et les autres, plud malins el audacieux, qu'il D me faut despestlier, adjoutaot que ae tels oiseaux que moy oe va- H lent lien en inlle,.Dy à garder en caiie. d 1° Sur les chefs de; calvinistes : R if fçais de certain que MM. de Turenne et de la Trémoille, ■ et leur séquelle, sollicitent joiirnpllemenl de toules pnris, afin que » si je xaù fais catholique, il soit dcmoudé une assemblée pour eeui » d" la religion, pour foire résoudre un proleeltar, el un estnbliise- D meut de constih, subsistans dans les provinces. » — Tous les faits dont argue Heuri, au sujet du Tiers-parti cl dea priocipaux calvinistes, sont conflnnés [lar Groulart. Vojoges pn cour, I. Xi de la collection, p. aS9 A; — par P. Cayel, 1. v, p. ((S A ; — par d'Aubigné, I. Ul, «. 11, p. IDD ; — par M" Duplessis. Mém., t. I, p. 355, IBG.

DEUnÈRB DÉUBÉRATION DU ROI SUR L'tBJURATlON. 393

mesures qu'il avait à adopter, avec trois hommes sur la fidélité, les lumières et l'expérience desquels il pouvait compter, le chancelier de t'.heveruy, le comte de Schomberg et Rosny. Il leur posa à la fois la question religieuse et la ijuestion politique, mit en présence ses scrupules, les répugnances et les dernières hésitations de sa conscience, la considération de son salut, avec les exigences de la situation et de l'intérêt public. Les deux protestasis Schoniberg et Rosny , comme le catholique Cheverny, opinèrent pour la conversion, et pour la conversion à court délai, comme seul moyen de prévenir ia fatale scission du parti royal et la ruine du pays. Sur la question religieuse, le huguenot Rosny lui dit : « Je tiens pour infaillible que de quelque sorte de religion dont les hommes fassent profession extérieure, s'ils meurent en l'observation du Décalogue , et créance au Symbole ; s'ils aiment Dieu de tout leur cœur, ont charité envers leur prochain , espèrent en la miséricorde de Dieu, et d'obtenir salut parla mort, le mérite etla j ustJce de Jésus-Christ ; qu'ils ne peuvent faillir (Vêtre sauvés, parce que dès-lors ils ne sont plus d'aucune religion erronée, mais de celle qui est la plus agréable à Dieu. De quoi j'ay autrefois discouru avec quatre ou cinq de vos ministres, à sçavoir, M.M. de la Roche-Cliandieu, de Vaux, d'Espérieus, Gardes! et de Nord, lesquels se trouvoient bien empeschez à blâmer cette opinion. — .Que s'il vous plaisoit de la prendre, vous résoudre de la mettre en pralîcque tout le temps de vostre vie, et que Dieu vous en tilla grâce, je ne douterois point de vostre salut, quelque profession extérieure que vous fassiez de la religion catholique. > Uosny traitant ensuite la question politique, et sondant la disposilion des esprits, le présent état des choses, ajouta : « Il vous sera impossible de régner jamais pacifiquement, tant que vous serez de profession extérieure d'ime religion qui est en si

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891 LIT, tu. CH. II. ENGAGEHeNT DE CONTBRSION PRIS PAR LB ROI.

graade nversïon à Ik plupart des grands et petits de vostre royaume; sans laquelle tranquillité universelle, il ne vous faut point entreprendre ni espérer de le mettre en l'opulence, splendeur, richesse et félicité de peuples, dont je vous ai vu souvent faire le projet ' . » Tout était là : au changement de religion de Henri étaient attachés le salut et la pacification de la France ; le salut et la liberté de conscience de la Réforme elle-même, que le roi seul était capable de protéger contre l'hostUité de la Ligue et l'înqïiisitîon de l'Espagne.

Décidé par l'avis de ses trois serviteurs , Heuri prit l'une de ces vigoureuses et décisives résolutions qui entraiiient les masses, et donnent un subit déuoùDaent à la situation, tandis que les factions délibèrent et se perdent dans leurs intrigues croisées. En premier lieu, il renversa les calculs et les moyens de succès du Tiers-parti, raffermit dans robéissaiicu et daus le dévouement à sa cause les catholiques royaux de toutes les nuances, attira irrésistiblement à lui la Ligne française, pardes engagements si publics et si solennels de changement de religion, que lui-même n'avait plus à se dédire, ni personne à douter de sa procUaiiie conversion. Le 2fi avril, il promit par écrit au duc de Toscane, en foi et parole de roi , de faire déclaration et profession de la religion catholique dans les deux mois qui suivraient un traité avec le duc de Lorraine, que l'on croyait alors sur le point de se conclure. Le 28 avril, le roi annonça la même résolution à l'ar-

• Sully. QEcon. roy., ch. SB, t. i, p. 110 A, n. — Davila, I. XIII , p. (0(. «Il était enr.ore prp^ sHnatesse pur les avis sérieux du romte » dfi SclioiDberB. n — Cheverny, Méni-, p. Bli, bîa. Après avoir m^otrA que la conversion pouvait seulu donner au roi les moyens d'assun-r su couronne et de résister an Tiers-parti, il ajoute .' «Tontes ces raiu aons et iuDnies autres, qui luy furent repréaent^es à diverses occai> sioDS, A quoy je puid dire n'avoir pas peu servy, fireol enfin tant ^r » son hon jugement, que noDobstaot loulea leâ oppositions, sa Majesté » ne Iwssa de ae résoudre à se foire instruire en la religion catholique.'

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tES SBISNEtlRS CATHOLIQUES RAHENÉS PAR CET EHfiAGEWeNT. 99S

cbevètpie de Bourges , au moment où ce prélat partait pour la Conférence de Siirène, avec charge de présider le parti royal et de parler en son nom. Henri en informa également d'C, et les autres chefs du Tiers-parti.

Un grand et subit changement eut lieu alors. Beaucoup de seigneurs qui s'étaient joints un moment au parti des princes du sang s'en détachèrent ; ceux qui se disposaient à y entrer, furent retenus : on voit peu après Nevers dans l'ambassade de Rome, Bellegarde et Saint-Luc dans la réduction de Paris, servir Henri avec chaleur et lui rendre les plus utiles services. Ainsi la plupart des seigneurs qui avaient projeté d'abandonner le parti royal, y étaient ralliés. Toute ta I..igue française était gagnée. Ces deux classes étant jointes aux Pohtiques, qui n'avaient jamais fait dépendre leur obéissance de la religion du roi, Henri s'emparait fortement de la majorité dans la nation. 11 n'avait plus qu'à attendre les soumissions successives des chefs et des villes de la Ligue, que le t«mps et l'occasion devaient amener, [)Our étendre sa bienfaisante autorité sur les cinq sixièmes du territoire. En second lieu, il pourvut à ce que la paix, obtenue par cesmoyensdu parti catholique, n'engendrât pas la révolte et la guerre du tété calviniste. Dans son passage d'une religion à une antre, il avait à prendre à l'égard des Huguenots, des mesures de prudence etdejusticetoutensemble.il ne faillit ni aux unes ni aux autres. Avant d'abjurer, il ]irit soin de réunir auprès de lui, à Mantes, le duc de Bouillon et la plupart des chefs calvinistes, prévenant et empêchant ainsi toute tentative et toute provocation de leur part auprès des églises réfor- . mées. Dans la démarche décisive qu'il allait faire, il se - ménagea l'assentiment et le concours de? seigneurs protestants qui suivaient les principes des Politiques, entre autres de La Force, de Sancy, de Rosny. Il s'assura qu'il obtiendrait des seigneurs catholiques les garanties propres

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396 UT m. GB. H. PRÉCAUTIONS PRISES A L'toARD DES RÉFORIÉS.

à rassurer les calvinistes sur leur liberté religieuse et leiir liberté civile '. Ainsi an iQoment de Touverture de la conférence de Surène, Henri avait pourvu avec une prudence et une habileté consommécsàtoutes les éventualités qu'elle devait ouvrir.

La Conférence de Surène commença le 29 avril 1 593. L'ouverture même de la Conférence donna lieu à uiie éclatante manifestation des désirs ut des besoins du peuple. Quand les députés de la Ligue sortirent de Paris, un grand peuple, amassé à la Porte-Neuve, leur cria tout baiit : n La paix ! la paix ] Bénis soient ceux qui la pro- » curent et qui la demandent ! maudits et à tous les diables » soient tous les autres ! » Caiux des villages, par où les députés passèrent, se mirent à genoux, et leur demaodèretit ta paix à mains jointes.

Les trois premières séances de la conférence (29, 30 avril, 3 mai), furent employées aux préliminaires de la vérification des passe-ports et des pouvoirs, aux sûretés données de part et d'autre, à la convention d'une suspension d'ormes pour dix jours, à quatre lieues autour de Paris et quatre lieues autour de Surène. Cet armistice, quoi<{ue restreint et précaire, excita chez les habitants de Paris une joie impossible à rendre : ils goûtaient avec dé-

< LPltre du roi au graad-duc de Toscane, en date da i6 avril, dam les LeU. mijaiv., t. in, p. 763. « J'ai voulu et veux de plus vous pron mettre, coiimie je faid en toy et parole de roj, par lu présente a e^rripte et sif^n^e de ma maiu, de bire déclaration et profession B publique de la religion catholique, comnif ont faict les ro.iis de B France mes prédéce^eurs, daos deux oioid aprË^ que mon coiuio B le duc de Lorraine aéra tombé d'accord avec moy par juste ei con- ■ vpuabiB conipoiliiou. » — Discours de Henri IV à d'O, et autre* ehefi du Tiers-parli, et à l'archevêque de Bournes le 28 avril, veille de l'ouverture de la conférence de Surène, dans P. Csj.-t. I. v, p. 44S. — Sully, ORcon. roy,, c, 39, p. 110 B. — Dupleasii, corresp., t. y, p. (05. On voit par leurs tâuioigna^cs réunis, qu'à la date du 39 avril, les chefs des calvinistes, Tureune (Bouillon), Sancy, Salignac, Constans, Morlai, Solette, sout réuni) auprès de Henri IV a Uanteg.

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Ir* SÉANCE BE L^ CONFÉR. HANIFESTAnON DU PEUPLE POni LA PAIX. 397

lices le relâche aux maux présents, et l'espoir de la paix les transportait. La voix du peuple pour k paix se renforçait de moment en moment, dit un contemporain, et il ajoute les détails suivants. Dès (jn'il leur fut donné de (Quitter les murailles, qui depuis si longtemps leur ser-, vaient de prison, ils se précipitèrent presque tons dehors. Les champ» étaient noirs d'une multitude allant visiter ses héritages hors de Paris, faire ses dévotions à Notre- Dame-des-Vertus, se mêler dans Saint-Denis aux serviteurs du roi dont cette ville était pleine. Les 8eize et les prédicateurs de la Ligue essayèrent vainement de s'opposer à cet entraînement. 11 n'y avait plus d'écoutés que les vertueux curés de Saint-Eustache, de Saint-Merri, de Saint-Germain, de Saint-Sulpice, qui, invaiiablement fî'tèles h l'esprit de l'Evangile et à la cause nationale, après avoir résisté aux fureurs de la Ligue, durant sa puissance, prêtaient maintenant'!' appui de leur parole et de leur autorité an rapprochement des partis et aux vœux de la Ligue française. Paris se calmait et s'épurait en les entendant répéter du haut de leur chaire : « Qu'il falloit embrasser l'hérétique se convertissant, qu'il falloit aller au-devant de lui pour le recevoir; que ceux qui demandbient la paix, demandoient une chose bonne et sainte ; que ceux qut l'empeschoient étoient des méchants et des enfants du diable '. »

Les premières séances de la Conférence de Surène avaient toutes été remplies par les formes. Dans les séances des 5 et 6 mai, on en vint aux affaires, et l'on traita les grandes questions de la religion, du gouvernement, des dangers publics. L'archevêque de Bourges, parlant au nom du parti royal, exposa d'abord que la paix était dé-

■ Lestoile, p. IST, isi B, 133, 133, 135 A, B, 143 A, Itt D. Regist. dn Tierd.éiat, p. 173-177. — Les acl^ de la CoAtérencd, dans P. Cayel 1. V, p. 447-i49 B.

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SOS UV. iU. CB. I. RBVUiaClBLE DISCUaStAN fiAR3 U CONTâftOKe

aormais la coudition d'existence pour la France, codob» pour les particuliers. Il établit en principe que lu royauté de neori était un droit; que ni la religion du prince, ni les décisions de l'Eglise, n'avaient pu porter atteinte à ce droit, parce que les rois de France étaient complélemeot indépendants du Saint-Siège en ce qui regardait leur puissance temporelle. Il ajouta que dans la pratique lïenri pouvait faire des concessions volontaires au sujet de la religion, pour satisfaire au vœu de la majorité de ses sujets et pour faciliter la paix, mais que ces concessions auxquelles il était disposé, étaient de sa part une condescendance, le droit demeurant intact. Il pressa les ligueuis de reconnaître Ilenri. de mettre fin à la guerre civile. e( de donner ainsi au pays qui périssait le seul moyen sérieux de salut qui lui restât.

D'£spinac, chef du parti contraire, convint et des dangers [lublics et de la nécessité de reconnaître un roi pour y mettre fin. Mais il ajouta que les suffrages des ligueurs ne pouvaient se porter que sur un prince très chrétien de nom et d'effet, qu'ils ne voulaient même pas entendre parler de la reconnaissance du roi de Navarre, et qu'ils mourraient avant d'obéir h un hérétique. 11 invoqua les Pères do l'Eglise, les canons, l'autorité des ^x derniers papes, pour établir la pureté de cette doctrine et la légitimilé de cette résolution. Dans la seconde partie de son discours, il déplo}'a beaucoup d'éloquence et d'adresse pour prouver que le véritable moyen de pourvoir à la sûreté de la religion et de l'Etat tout ensemble, était, non que les ligueurs désertassent la cause qu'ils avaient suivie jusqu'alors, mais que les catholiques déclarés jusqu'alors pour Ueuri abaudonnaseeut ce prince béréUque ; que tous les catholiques réunis désormais dans un grand parti, prissent, d'un commun accord , un chef et un roi avoué par l'Église.

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SUR LA ROTAUTË, LBS DEUX KJISSANCBB, LES UBBHTtS CAUICAHES. 999

L'archevêque de Bourges reprit une ii uqe lea doctrines de son adversaire, le suivit à la fois sur le terraiu de la religion et de la politique, ne laissa pas un seul de s^s argiunents sans réponse et sans réfutation. Aux passages des Pères de l'Lglise et des canons, il en opposa de contraires, et invoqua l'autorité de l'I-^vangile comme interprétation souveraine des sentiments des Pères et comme règle absolue des opinions, en ce qui concernait la puis^ sauce des princes. Dans la suite de la discussion, l'un des députés royaux perçant à travers le luxe de l'érudition de d'Espinac et les adresses de son éloquence pour aller au fond des chose», lui dit que dans la grande querelle, qui divisait la France, la religion n'était qu'un prétexte et qu'un nom; que les royaux n'avaient jamais combattu la religion, qu'ils combattaient seulement pour l'Etat contre ceux qui voulaient l'usurper. A ce concis et lumineux exposé de la question par le bon sens, les autres députés du même parti ajoutèrent plus tard que ce n'était pas ea France qu'il fallait parler d'élire et de rejeter les rois; que la couronne était héréditaire, et que cette sage coutume prévenait les rivalités ambitieuses et les gueiTes qui ruinaient les empires ; que fermement attachés aux Libertés gallicanes en ce qui concernait l'ttat, comme en ce qui . touchait à la religion, ils ne laissetiiient jamais les papes s'immiscer dans la succession au trûne et provoquer une élection par bulles; autorité qui ne leur appartenait dans aucun cas, et qui, lorsque les pontifes étaient asservis par les ennemis de la France, ouvrait la porte à l'usurpatiou du royaume par les étrangers. Les députés royaux terminèrent en exhortant les ligueurs à men aviser avant de faire leur prétendue élection; car le roi n'était pas homme à fuir devant leur élu, et ne manquerait pas de servitenrs pour défendre la couronne qu'il tenait de sa naissance et de Dieu.

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400 Liv. m. ca. i. les-ucdeuiis bomiiés de DteLtREB

Ainsi les discours de l'arcbevêqDe de Bourges rqtoduisaient dans leur pureté et leur vigueur les doctrines gallicanes déjà hautement professées par les prélats de i'assemldée de Chartres, et par la déclaration de 1591. Les discours des autres députés soutenaient et continuaient les salutaires principes des Politiques. Les députés royaux à la confi'rence de Surène ne s'étaient donc laissé entamer par aucun côté. Ainsi plus de la moitié des plans et des e^prances de Mayenne, relativement à la Conf<rence, se - trouvait renversi^e; il était décidé dès lors que le lieiitenanl-gi'-ni^ral ne parviendrait pas à entraîner les catholiques royau.v dans le parti de la Ligue, et à affaiblir ainsi le roi d'une manière irrémédiable.

A la séance du 1 0 mai, les députés royaux dirent qu'il n'y avait plus lieu aux discours et aux disputes, qu'il fallait en venir aux résolutions. En conséquence, ilssooimërent les ligueurs de s'expliquer sur le parti qu'ils prendraieut dans le cas où le roi se convertirait, et de diMïIarer s'ils voulaient se joindre à eux pour le presser d'abjurer, D'Espinac répondit qu'ils fai.'iaicut des vœux à Dieu pow que le roi se convertit et se fit bon catholique, mais qu'au cape seul appartenait de juger et de décider ce point, et qu'ils étaient résolus à ne se départir jamais del' avis «tde l'autorité du Saint-Siége.^Mayenne etd'Lspinac doutaient encore que Ileori bravât les dangers attachés à sa conversion eu ce qui concernait les réformés, et s'exposât à l'abandon des protestants de France et de l'Europe entière. Toutefois ils se mettaient en garde contre les éventualités de sa conversion â l'égard des catholiquesde la Ligue. Il était sur que le pape placé entre les menaces du roi d'Espagne et les obsessions de la Ligue, n'absoudrait pas le roi de Navarre. La réserve faite par l'archevêque de Lyon était doue un moyen ménagé à Mayenne d'attaquer en nullité la conversion de Henri par le défaut d'absolution du pape;

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QUBL PAftn ILS PRENDRONT SI t,B ROI SB FAIT CATHOUQUK. 401

de l'attacher et de le river à son hérésie en dépit de luimême '.

Mayenne et ses conseillers sauvaient ainsi le principe de la révolte de la Ligue. Mais cette précaution de roués en politique n'aboutissait à rien, si dans la Ligue le peuple, ardent à mettre fin à ses misères en mettant fin à la guerre ; si les grands, crùgnant de se trouver bientôt dans un parti vaincu, ne se montraient pas difficiles sur la conversion du roi, et l'acceptaient pour catholique sans l'absolution du pape. A l'ouverture de la Conférence de Surène , le peuple avait fait éclater sa passion pour la pais. Les seigneurs de la Ligue ne se montrùent ni plus zélés ni plus fermes. Le gouverneur de Paris pour Mayenne, le comte de Belîn, disait publiquement que si le roi de Na-

' Actes de la conféreDce àa,ae P, Cayel, 1. V, p. (88, t6(. — Lettres missÎTeB de tff.ari IV, t. m, p. 76S. — La politique de Uayeane est supérieure ment saisie et exposte dans le passage suiTaut de la lettre de Henri IV au prince de Conti, en date du 10 mai : u Vous sçavez, ' B mon cousin, que la proposition de )a Conférence fut înlroduile paru mi les délibérations où l'on vouloit faire tomber l'assemblée de u Pariii, de procéder & l'élecLon d'un roi. Il se connoit que ce moyen Il a suspendu les esprits de plusieurs de ladite assemblée, qui ne toun droient tomber sous la domination de l'EspaKUoljà Ivpielle ils u voient qu'on les veut soumettre. Celte crainte, jointe k la néceswté n qu'iLj sentent de la longueur de la guerre, leur a engendré un » désir de s'accommoder avec moi, si j'étoia da leur religion, H Ceux qui ont autre intention, qui sont les chefs, montrent néan- » moins semblable intention, parce qu'ils ne veulent faire counottre u s'être nourris d'autre cause que de leur religion. Mais en faisant sem- B blant d'adhérer k la même opinion des autres, ils la traitent avec D termes qu'ils sont bien assurés ; former une impossibilité, quand ils u seroient pria au mot de ma conveiûon, la renvoyant, comme ils font, » au pape, qu'ils savent n'avoir eu cela mandement ni volonté que » celle du roi d'Espagne. Cela les a rendus plus libres à faire quelq<ie n démonstration de me vouloir reconnoltre, après que cette formalité » seroit intervenue, pensant tirer du refus que j'en Eerois, ou de la i> difficulté que j'y trouverois, quand je le voudrois tenter, une grande " conBrmation de leur préteite et crédit envers le peuple, et par là » le faire plus facilement condescendre à ce qu'ils désirent. » Nous n'avons changé que l'orthograpUe de ce passage, précaution qui nous a semblé nécessaire pour le rendre plas clair et plus intelji^le. I 26

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i02 UV. III. CH. 11. GRANDES ESPfiRtHCES DES MINISTRES DE PHILimn.

vBire se faisait catholique, il voyait la noblesse en bonne disposîtioa de le reconnaître '. Mayenne résolut d'arrêter le peuple et les grands sur cette pente glissante, et de les lier à la révolte par un acte politique qui rompît la composition et les accommodements, et rendit irréconciliables la Ligue et le parti royal. H se hâta de porter aux Ëtatsgént'raus la question de l'élection d'un roi.

Les ministres de Philippe H n'avaient é((t éclairés ni parla défaveur avec laquelle les Ltats avaient reçu leurs premières ouvertures, ni par l'inutilité de leur opposition à la tenue de la Conférence de Surène. Us n'avaient rien rabattu de leuE oi^eil et de leurs prétentions. Ils s'imaginaient que les chefs de la Ligue, au milieu de leurs dangers, étaient trop heureux de les trouver pour protecteui^, même à condition de les recevoir pour maîtres. Ils jugeaient leur position empirée et leur docilité plus nécessaire, depuis que les peuples inclinaient vers le rcà. Us comptaient enfin sur la présence de leur garnison à Paris, sur l'appui d'un certain nombre de prédicateurs, qui, pendant les premières conférences de Surène, n'avaient pas rougi de proclamer en chaire « qu'ils aimaient » mieux avoir un étranger catholique pour roi que non » pas un français hérétique ^. » Enfin les ministres espagnols s'en reposaient non sur les promesses que Mayenne leur avait faites dans la conférence de Soissons, mais sut ses nécessités, sur le besoin qu'il avait de leurs forces pour résister à Henri IV : ils attendaient son concours pour amener les États à céder et à les satisfaire. Mayenne les trouva donc espérant tout et demandant outre mesure.

Il était rentr<! à Paris le 6 mai. Le 1 0, il tint une séance solennelle des Etats, et il introduisit la question de l'élection en produisant les demandes des Espagnols : il annonça

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