LIV. III. CH. IIU POUVOIRS RECONNUS A MAYENNE PAR LES ETATS
n aurait désiré ardemment satisfaire la grande ambition du Parlement, qui était d'étendre incessamment son pouvoir politique, afin de trouver l'appui de ce coi'ps au moment où il poursuivrait la souveraineté pour lui on pour son fils. Ce fut un compromis entre eux qu'il tenta, mais saos succès. Lors de la convocation des Etats de la Ligue, il avait appelé li^ délégués du Parlement à j &iéger. Après les premiers jours de la session, nousavons vu les délégués perdre le droit de voter dans les Ltats, et ne plus conserver que le privilège d'y assister et d'y donner leur avis sous forme de conseil; encore leur présence était-elle souvent contestée par leurs adversaires. Du 25 au 31 mai, Mayenne travailla activement par lui-même et par son conseU à régulariser la position des magistrats, et à créer au profit du Parlement une quatrième Cbambiv au sein des btats. Il fut battu sur ce point par le vote du 31 mai : les Etats mmntinrent l'ordre ancien et le nombre de trois Chambres. Mais il eut l'avantage sur deux autres points. D'une part, il fut convenu et reconnu que Mayenne et les princes de sa famille, dans toutes les questions importantes , jouiraient du droit d'ezamen concurremment avec les États, et du droit de vote ; que les États requei^ raieut seulement, et que Mayenne , représentant le roi, déciderait et résoudrait avec le (^nseil ; que le lieutenantgénéral et les États ne feraient rien que de parfaite intelligence entre eux, promettant les Etats de ne jamais dévier d'avec lui, pas plus que les membres avec le corps. D'un autre côté, Mayenne réserva au Parlement le droit, dont il jouissait effectivement depuis les Barricades, de vérifier et d'entériner tout ce qui serait résolu par les deux pouvoirs '. De la sorte, il était à peu près impossible que les Etats prissent aucune décision favorable à l'Espagne,
^oiizccbvGoogle
LES ÉTATS fiLlTDENT LES DEUX PROPOSinONS DU RDI. 4|7
et s'ils la prenaient, le lieutenanlr-géoéral pouvait toujours l'annuler.
Ainsi fortiSé de tous côtés contre Philippe II, Mayenne se tourna contre Henri, et se flatta de lui ravir d'un coup et en un moment le terrain qu'il avait gagné depuis six mois, et notamment depuis les déclarations des 16 et 17 mai. Sous Soa inspiration et par ses intrigues, les États de la Ligue firent la réponse suivante aux propositions du parti rayai et à la promesse d'abjurer que Henri y avait iijoutée (5 juin) ; u Pour la conversion du roi de Navarre, les royaux auront à se pourvoir par devers 8a Sainteté , à qui appartient de l'absoudre et de le remettre au sein de l'Eglise, Quand la conversion sera approuvén par le Saint-Père, les ligueurs auront à se consulter pour les sûretés nécessaires à prendre pour conserver la religion catholique dans le royaume. Les ligueurs ne pourront traiter de la trêve avec les royaux que quand ils conn^tront leurs intentions sur les deux points précédents ' . » Le pape, esclave de Philippe U et circonvenu par la Ligue, devait refuser à tout jamais l'absolution à.Heun, et Henri rester hérétique malgré lui , incapable d'être accepté pour roi par la Ligue. Mayenne espérait avoir éltivé ainsi une barrière infranchissable entre le roi et les peuples de l'Union, au moment où Henri les attirait à lui par son retour au catholicisme. Ainsi tout moyen sérieux d'accommodement avec le roi était repoussé, et la religion Servait à ce résultat politique.
Dans le même temps que Mayenne amenait les Etats à rendre cette réponse au parti royal, il les disposait à renverser les prétentions et les desseins des Espagnols. L'avarice forcée ou calculée des ministres de Philippe If lui vint merveilleusement en aide. Grand nombre de députée
41S UT. iU. CH. in. DEUXIEME PKOPOSITION DBS ESPAGNOLS :
étaient pauvres et avides : ils recevaient si peu de cltose de l'Espagne, qu'ils se plaignaient, le l^juia, àMayeime, de leur extrême nécessité, et qu'ils demandaient la ddture des États ou une aumône qui leur permit de ûéga plus longtemps '. Philippe, prétendait ne les pajer qu'après le service rendu : ils vouldent eux, au contraire, être largement pensionnés et n'avoir pas le couteau sur la gorge *. Leurs votes se ressentirent de leur mécontenleDjient. Les agents espagnols se flattaient de les entraîner par la force des circonstances extérieures et par les autres moyens dont ils disposaient, moyens sur la puissance desquels ils se faisaient illusion. Ils comptaient que la présence de leur garnison intimiderait tous les partis; Us employaient le légat et avaient regagné la moitié du clergé ligueur; ils mettaient en mouvement les Seize et une partie du bas peuple. Enfin ils ne désespéraient pas de se défaire du roi comme ils s'étaient débarrassés du prince d'Orange, par un assassinat. La plupart des prédicateurs publiaient déjà en cbaire que l'on n'aurait D) paix ni trêve, et s'appuyaient de la parole et de l'aulorilé du légat. Les Seize et plusieurs ecclésiastiques de la Ligne préseutèrent requête aux États pour qu'ils eussent à élire un roi. et à rompre la Conférence jusqu'à ce que le pape consulté sur la conversion de Henri , eût prononcé. £d même temps le curé de Saint-Jacques endoctrinait deux scélérats pour sortir de Paris le jeudi de la Pentecôte, et aller tuer le roi {6, 7, 8 juin). Les Espagnols se promettaient tout de ce concours de circonstances, et ils demeuraient sourds à l'avis indirect que leur donnait Boucher. Boucher, député aux Etats, instruit des sentiments de cette assemblée, jugeait très justement que Philippe H
• RegUt. du Tiers, p. Î07, 4*7.
( Vojei ct-dewua p. tn, 375, la corresponduice de* agtnU da Philippe U et le Umoiniiage de ViUeroj. >
DiailizccbvGoOgIf
L'iNFUm ET l'aRCHIDDC EKNE3T ; NOUVELLE OPPOSITION. 419
échouerait quand il préteodrait mettre sur le tràoe sa Elle et l'un des princes de sa maison, à l'exclusion des princes Français. Devenu, au mois de juin^ l'ennemi de Mayenne, qu'il servait au mois d'avril, il invectivait en chaire contre le lieutenant-général, demandait qu'on changeât le Paiement et les oi&ciers de tous étals , allait en son nom et au nom d'une partie du clergé sommer Mayenne de donner un roi à la Ligue (9 juin]. Mais il se gardait bien d'indiquer Philippe II, rinfantesa fille, ou seule, ou avec un prince de la maison d'Autriche : il désignait le jeune duc de Guise '. Boucher suivait la même ligne de conduite politique que Rose.
Les agents espagnob ne tinrent pas compte de cette répugnance pour eux, que ressentaient même plusieurs des plus fougueux Ligueurs. Le 11 juin, les Étata décidèrent qu'avant de répondre à la demande de Philippe réclamant le tr6oe pour l'Infante , ils sommeraient se-s ministres de déclarer si l'intention de leur maître était de marier safille à hn prince français. Les Espagnols osèrent bien gourmander les Etats, au sujet de leurs scrupules pour le maintien de leur loi Salique en ce qui concernait l'exclusion des femmes, et leur reprocher leurs répugnances pour l'Infante. Us proposèrent ensuite la seule combinaison que Philippe pût accepter à défaut de la première : c'était de déclarer roi l'archiduc Ernest, fc«re de l'empereur, prince de la maison d'Autciche, et de le
I Étals de 1B93, p. 8, «61.— Lesloile, p. 112, 1(3: « Le curé de » Saint-GermBia... dit qu'il esloit bien adverti qu'où D'auroil ui paix ni B treufve; et que M. le légat lui avoit dit... te couseil de tuer le roy n aTuit esté let>u sur le curé de .SaLnt^Jacques ; et eu misl-on deux en u bPSongDB, qui dévoient partir le jeudi de la Peatccoile pour eswyer u W faire te coup. ■ — a 9 juin. Boucber là-doESua va trouver le duc « de Mayenne pour lui demander un roy, et le supplier de trouver » bon que ce «oit le duc de Guise, et qu'il esloil chargé de la pari des a ecclésiastiques de Iny porter celte parole... Ce mesme jour les Seize B g'assemblèrenl l'apréa-dtnÉe. »
420 UT. m. CH. m. la proposition est a&jbtbe par lks états.
marier à l'infante (13 juin). Dans la Chambre de la noblesse, La Chastre réduisit la proposition à ses véritables termes et l'attaqua ouvertement : « .Messieurs, dil-Q, l«s députations de quelques-uns d'entre nous permettent d'élire pour roi, si besoin est, un prince françois, boa catholique ; mais elles ne parlent nullement d'éUre une femme ni un étranger.» Ainsi chaque jour un plus grand nombre de citoyens répugnait à violer la plus importante des lois fondamentales, et à livrer la France à l'Espagne et à la maison d'Autriche : chaque jour l' opposition à la domination étrangère, dans ce qu'elle avait de plus général, gagnait et s'étendait. La déclaration de La Cbaslre fortifia ces sentiments! Les États trouvèrent dérisoire la concession des Espagnols, el la rejetèrent dans la séance du 1 9 juin, avec cette déclaration particulière de la Cham-
' bre de la noblesse « que c'étoit une chose à laquelle ib ne » pouvoient même toucher, et qui excédoit leurs pou- » voirs, pour estre contre les loix et ordres de la France. « Ed même temps, du 1 4 au 19 juin, Mayenne faisait voter par les deux Chambres de la noblesse et du Tiers-élat l'opportunité de la trêve en principe, tout en remettant l'exécution au lieutenant-général '. C'était un moyen et une menace de traiter avec le parti royal , dans le cas où les Espagnols se montreraient hostiles à la combinaisoD
. que Mayenne produisit dès le lendemain.
Mais si les Cliambres de la noblesse et du Tiers, poussées par quelques bons citoyens, parce que cela était honnête, et par Mayenne, parce que cela était de son intérêt, avaient voté contre la royauté pure de l'étranger, elles adoptèrent, dès le lendemain, sous la pression toute puissante de Mayenne, une résolution qui, d'abord, ranimait la guerre civile et infligeait au pays de nouvelles et io-
; repÉt. de la ao-
, DoiizccbvGoogle