MAYENNE PROPOSE ON PRINCE FRANÇAIS BT L INFANTE
intolérables souffrances, et qui pouvait devenir une cause finale de son asservissement. Le 20 juin, Mayenne porta aux Chambres un projet de réponse aux Espagnols, contenant deux parties distinctes. La première exprimait le refus voté la veille par les états de la royauté de l'archiduc Ernest et de l'iofante. La seconde renfermât le passage suivant :
• S'il plaisait i Sa Majesté calhotique avoir pour agréable le choix çtti (eca fait de /'un de not princet pour être roi, et l'honorer de laat, pour )e bien de. la chrétienté et de ce rojaunie, que de lui donner en mariage la sérénissime Infante sa fille, nous lui aurons inGnies obligalioDs, et pourrons espérer par ce remède, moyennant la grâce de Dieu, de mettre quelque jour Ga i nos misères, avec la conservation de la religion et de l'État '. ■
La proposition de Mayenne fut acceptée sans difficulté par la Chambre du clergé et par celle de la noblesse. Dans la Chambre du Tiers, elle excita de vives réclamations de la part de quelques bons citoyens qui siégeaient dans cette Chambre. Thielement, secrétaire de la Chambre, et Du Vair, conseiller au Parlement, distinguèrent la proposition relative à la royauté d'Ernest et de l'Infante, déjà étouffée sous la réprobation universelle, de la proposition tonte nouvelle concernantrélection d'un roi, lesquelles avaient été adroitement mêlées et confondues. Ils remontrèrent énergiquement que l'élection, en rompant tous les projets et toutes les tentatives d'accord avec le parti royal, entraînerait la France dans un abîme de malheurs, et la réduirait à un épuisement qui la livrerait selon toute apparence à l'étranger ; que les députés de l'Ile-de-France n'avaient ni cahier ni pouvoirs pour consentir une pareille résolution; qu'avant de la prendre, ils devaient consiiulter le corps de la ville de Paris. Du Vair
1 l'orthographe du
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iti Liv. ui. CH. lu. Tore du 30 juin, dAcidant L'ÈLECnon n'en noi.
demanda acte de son oppositioa et sortit de l'asseniblée. Ils n'entraînèrent à leur opinion que les provinces de. rile-de-France et de Bourgogne, et les villes de Chaumont en Baâsigny et d'Orléans. Tout le reste vota pour la double proposition, et l'avis de l'élection passaàlaatajoritédans la Chambre du Tiers. Les trois Chambres se trouvèrent alors d'accord sur ce point capital '.
Les prétentions exclusives de Philippe II étaient tunà renversées : la France ne devait avoir pour souverain ni l'Infante seule, ni l'Infante et un prince de la maiscm d'Autriche ; par ce côté , Mayenne faisait essuyer au roi catholique un second et rude échec. Par l'élection , la succession à la couronne des Valois se trouvait ouverte; la déchéance était prononcée contre Henri IV, puisque l'élection avait pour objet de conférer la royauté à on prince actuellement catholique : l'exclusion s'étendit aux autres princes de la maison de Bourbon, non pas en drwt mais en fait, puisque l'élection était remiser à des Étatsgénéraux où l'immense majorité appartenait à Mayenne et air jeune duc de Guise, ou bien à Philippe II. L'Infante devenait reine de France, non pas comme épouse du roi seulement, mais comme propriétaire pour moitié de la couronne. Si sur ce point, il restait quelque incertitude dans la proposition que venait de faire Mayenne, le doute fut levé au profit de l'Infante par une décbion que prirent, le 26, Mayenne et la commission des Ëtats. Une étrangère était donc admise au partage de la souveraineté nationale *. Outre cette honte, il y avait un grave danger
t Pour CES deux paraizraphes, regUt. du Tiers, p. 38t-SSS ; du clergé, p. SîS, 5i6; de la noblesse, p. 631.633. Utlre de Henri mi\ ÉtiisgAnl^raux des Paye-ItaE, 20 juin 1S93, dans les LeU. miss., t. m, p. SM. ■ Je puis bien voiu asseurer que l'assembliic de Paria a tellement B advanué l'eslecUon d'un oouTeau ro;, qu'elle semble du tout int- » vitable h moins d'un eitresme remède, n
■ Dans ce que propose et fait TOter Mayenne les M et Ifi jain, il j
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con8êQ[;eim:b8 raon matbnne bt pour le pays. iî3
pour l'indépendaDce du royaume, parce que Philippe H se trouvait immiscé à toutes les affaires de l'Etat, et en cas de mort du roi, en position de réclamer la totaliU de la royauté. Mayenne n'était pas appelé au trône, puisqu'il.était marié; mais il entendait y porter son fils, et garder pour lui l'immense pouvoir de la lieutenancegénérale ' . Tel était l'état précis des affaires après le vote mémorable du 20 juin. L'anarchie, la guerre civile entre la Ligue et le parti du roi toujours debout, continuaient, et recevaient même mi nouvel aUment par l'élection d'un com[>étiteur de Henri ; l'étranger restait menaçant, l'avenir était gros de périls. Mais actuellement, présentement, Mayenne fermait l'accès du trâne à l'Infante seule, et l'ouvrait à 50D propre fils : fidèle à ses précédents, il était satisfait et s'applaudissait du succès de sa politique tortueuse.
Du 20 au 26 juin , le heutenant-général et les ministres de Philippe II luttàrentavec acharnement, le premier pour garder la position qu'il venait d'enlever, les seconds pour l'en chasser. Les agents espagnols crurent pouvmr ressaisir l'avantage, en substituant à l'ambition f];3nche et insolente qui leur avait mal réussi, la corruption et la ruse. Ils résolurent donc d'acheter les députés et de tromper les États et Mayenne, par un traité qui en apparence appellerait au partage de la souveraineté un prince £ran— çais, en comprenant les Guises parmi les princes, mais , qui effectivement, et en dernier résultat, livrerait le royaume à Philippe seul.
Dès le 21 juin, ils adressèrent aux Chambres réunies
a si bien partage de la souveraineté pour l'Infante, que le tS jniQ, la Chambre de la noblesse, qui a «té éclairée sur son propre vote, vient lui déclarer que beaucoup d'eutre eux ne veulent consentir à faire tsltclion de femme, et que l'arrêt du Parlenaeut parle de Xestablmement de prince ou princeiie ettrangert au détriment d» ta loi Satiqu4. 1 LMtoiU, Supplément, p. IÏ4 B.
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i24 uv. m. CH. III. rnouiBHe proposition DeseePACHOLs -. L'ËLEcnon
leur troisième proposition qui se réduisait à ces deux points : Les Etats déclareront sur-Ie- champ rois projtfiétairesdelacouronne et solidairement (mso/i<^um]rTQfaate Isabelle et l'un des princes français, en y comprenant ceux de la maison de Guise : Philippe, dans l'espace de deux mois, déclarera celui d'entre eux qu'il choisira pdhr gendre. Contre la décision du 27 janvier, le légat fut admis à siéger et à parler dans les Ltats. [1 exalta la nouvelle proposition des Espagnols , annonça que le Saint- Siège lui donnait son entière approbation, et pressa les Etats de l'accepter '.
Après avoir employé l'influence religieuse, les ministres espagnols tentèrent la voie de la corruption. Le 22 juin, le lendemain de leur nouvelle proposition, ils firent distribuer entre les trois Chambres une somme de 8,000 écus, 24,000 livresde ce temps- là, environ 88,000 hrancs du nôtre*. Ils renonçaient ainsi au système absolu de leur maître de ne rien donner qu'après le service rendu. Mais la somme qu'ils livraient était tellement au-dessous des prétentions et des espérances des députés, qu'ils n'eu acquirent pas un aux nouveaux projets de Philippe II. Les députés trouvaient que pour la quantité d'argent qu'ib recevaient, ils en avaient assez fait , en votant l'élection
■ Registre ilu Tien, actes de rassemblée, texte de la propodilion d^s E.4|>ai{nol8 et du discours du \tgal, p. SB6-S90; du clerjié, p. SSfi- B*ï; de la noblesse, p. 884. — Lesloile, p. 147 B. — Villoroy, Apol. et dise, p. me B.
* Voyez la diatributioD <\e l'argent à la date du ii juin, daus le registre du Tiers-I^tat, p. Î9I. « Eu:i retirez, sot la proposition faicte par » MU, Lebesque et Gella à ce qu'il pleust à la ctiambre comraeltre » de cliasciine province telles personnes qu'elle verroil bon eslre pour n diilributr les 8,700 escus deitinez pour ladiclc chambre, Lauglois, 0 Remon, Lebarbier, ont esté commis, u L'ari;ent étoit promis depuis plusieurs jours, comme le prouve la boutense dispute des trois . Ch'ambrcs, au sujet du partage, dans les séances des li ^l 18 juin {registre 3a Tiers et du clergé, p. ii9, i7S, MIJ. Mais l'argeul ne fiit livré et distribué que le SI juin.
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IMMÉDIATE, LB CHOIX. DU PRINCB AJOUANË. CORRUPTION TeNTÉg. 135
et ta possibilité pour l'Infante de partager le trône. Entrés à la solde de l'Espagne, depuis la distribution des deniers faite le 22 juin, ib y restèrent jusqu'à la fin de la session des États, mais sansabandonner le soutien des prétentions de Mayenne, c'est-à-dire le partage de la couronne pour son fils , et la lieutenance générale pour lui-même. On essaya d'abord de sauver leur misérable honneur en publiant que l'argent sortwtdes mains de Mayenne; mais on découvrit bientôt la véritable provenance, et personne ne put plus la révoquer en doute, quand quelques députés restés purs et dignes, tels que Thielement et Du Vair, eurent envoyé publiquement la part qui leur revenait à l'Hôtel-Dieu de Paris pour nourrir les pauvres '. L'éclat vint donc s'ajouter à la honte de l'action. Les Etats, déjà décrédités par leur composition , par leur petit nombre, par l«ur patience à recevoir les propositions des Espagnols, par leur intention d'admettre l'Infante au partage de la souveraineté nationale, tombèrent dès lors dans le plus profond mépris. Cette disposition des esprits aida merveilleusement les Ligueurs français dans le combat qu'ils livrèrent quelques jours plus tard au vote des Etals, au principe de l'élection et de l'usurpation.
L'élection donnait des chances à la royauté du fils de Mayenne et à la prolongation indéfinie de sa lieutenancegénérale : Mayenne voulait donc que l'on travaillât le plus promptenient possible à appliquer le principe de l'élection. Il voulait également faire ta part dans l'élection à Philippe et à sa fille, pour avoir l'appui du roi catholique au lieu de son hostilité ; mais il entendait ne pas se laisser duper par lui. Dans cette double disposition, il renvoya la troisième proposition des Espagnols à l'examen du conseil d'Ebit et des commissaires des Etats, sous sa présidence. Elle fut examinée dans les conférences qui
' Etegistre do Tien, p. lit, g S, ÎTS.
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426 Liv. m. CH. III. u nnse db la pnoposmoN itfcvoiLËe.
eurent lieu du 22 au 26 juin. La Chastre et ViUeroy la combattirent avec énergie et avec une profonde intelligence. Les Espagnols, disaient-ils, demandent pour l'Infante une élection et une royauté présentes, et n'oltieat qu'un mariage futur. Quand les Étals auront fait l'élection et déféré la souveraineté à la fille du roi d'Espagne, sous la condition du mariage, les Espagnols trouveront facilement, dans les deux moiï qui suivront, l'occasion de changer ou d'ôler tout-à-fait la condition. Les États seront alors séparés; ils ne pourront défendre leur décision , obtenir une exécution conforme à leur vœu et à leur vote : conséquemment l'infante jouira seule du bénéfice de l'élection, et ne contractera pas le mariage (»omis. Cependant la Ligue, par le fait de l'élection, se sera rendue irréconciliable avec le roi de Navarre, les autres princes du sang , tout le parti royal , et perdra tous ses autres moyens de salut. Dès-lors les Ligueurs tomberont à la merci des Espagnols, qui ne les traiteront plusenamis, mais en esclaves. La Chastre demandait que, si l'on voulait entrer dans cette voie, on contraignît du moins les Espagnols à nommer sur-le-champ le prince qu'ils choisiraient pour mari à l'Infante ; qu'en même temps on exigeât d'eux une armée et des sommes su£Ssantes pour appuyer l'élection et protéger la Ligue. Il ne s'en tint pas là : il rappela à l'assemblée que, quand même elle obtiendrait ces concessions, elle violeraitencore la loi Saliqueet les coutumes du royaume, et il posa courageusement la question si la Ligue ne trouverait pas plus de sûreté et d'honneur à traiter avec le roi de Navarre , dans le cas où il se ferait catholique. Les députés royaux à la Conférence de Surène essayèrent, de leur côté, de traverser l'élection, en écrivant aux Ligueurs une lettre éloquente dans laquelle ils leur démontr^ent que cette fatale résolution donnerait un nouvel aliment &n% troubles, ouvrirait une non-
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