UV. III. CB. 111. LES VILLES LIGUEUSES RESSERRÉES ÈTROITEMEKT
mois <1e juin, et il en fit l'iisage le plus intelligent et le plus décisif, dès qu'il eut reçu , le 3 juin, la réponse des Etats qui repoussaient ses propositions de conversion et ' de trêve. Son plan fut de resserrer partout les grandes villes de la Ligue, et de leur faire essuyer les rigueursde la guerre d'une manière plus sensible et plus poignante. n avait déjà intercepté toutes les provisions que le cours de la Marne apportaità Paris, en bâtissant le fort de Gournay. Le 8 juin, il commença le siège de Dreux, ville dn pays chartrain, alors d'une extrême importance, comme étant l'entrepôt principal des vivres que Paris pouvait encore recevoir du cAté du midi. H étendit en même-temps aux provinces ces moyens de coercition. H ordonna à Lougueville et A Bouillon de rassembler un corps d'armée en Thiéracbe pour presser les ligueurs de Picardie, «n même temps que pour faire tête aux Espagnols s'ils tentaient de rentrer eu France. D fit commencer par ses lieutenants le blocus de Poitiers. Cependant continuant de joindre la conciliation à la force, et de tendre les bras k son peuple , il confirmait l'engagement d'abjurer, el ofl'rait incessamment une trêve générale par l'inlermédiaire de ses députés à la confinée de Surène '. Après avoir poussé les travaux dn siège de Dreux avec une telle ardeur, qu'en une circonstance il passa deux jours et
a m'aucommoder de deux cent mille escns couiplant, oultre la levée et t> enlrelenement des dicU SuîBies... Par ce moyen,'je pourray réduire i> la ville de Parla en ti tirief temps qu'en aurez prond couteutemeot, M comme plus particulièrement vous apprendrez du sieur de Gondy. ■ t Pour Dreux et les villes de Picardie, Lettres miss, an duc de Mevers, en date du S juin; au duc d'Epemon, en date du 10 juin, L m, p. 7B3, 79*, SOI. — Pour Poitiers, Lettre de Duplessis à Buieuval, du 1S juin, 1. v, p. 460. <i Nous sommes venus à bloquer Poitiers. ■ — Leilre miss. & la dale du SS juin, où eat relaie nu- échec essuyé par le ligueur Biissac, t m, p. Bl)9. — Pour l'engagemeiit d'abjurer prochainement, Lettres missives au marquis de Pisany, à BenoLît, curé de Suiul-Eustache, k d'EpernoD, des S et 10 juin, t. m, p. TRS-TH, T9B, 800, SOI.
DoiifccbvGoogle
PRISE DE LA VILLE OB DREUX. PARTIS POUSSES IDSQU'a PARIS 4-37
deux nuits sans dormir, il prit la ville le l^juin. Latour Grise et le château résistaient encore, mais il les pressait avec vigueur, et l'on prévoyait déjà le moment où ils seraient contraints de se rendre. Mansfeld, qui avait amené des Pays-Bas un corps d'armée, n'osa jamais franchir la frontière dej*icardie, et se retira précipitamment sur la nouvelle que le roi marchait à sa renconire. Henri fut dès lors en mesure de tout entreprendre contre Paris, et poussa, le 26 Juin, des partis jusque sous les murs de la ville. Dans les provinces, ses lieutenants obtinrent divers avantages : Lesdîguères défit les Savoyards et les Espagnols dans la vallée d'Oulx, avec une perte pour eux de six cents hommes et de leurs deux chefs; les royaux qui bloquaient Poitiers firent essuyer un autre échec aux ligueurs et à Brissac qui les commandait '.
Ces succès du roi et de ses lieutenants réagirent d'une manière puissante et heureuse sur la situation, et donnèrent aux Politiques et auxLigueurs ^nçaisde tous ordres, clergé, hommes d'État, Chambre de la noblesse dans les Etats, Parlement de Paris, les moyens et le courage de s'opposer k l'élection d'un roi et de conjurer ce grand danger public.
La portion du clei^é de Paris restée fidèle aux doctrines gallicanes et à la cause nationale, les curés de Saint- Eustache, d« Saint-Merri, de Saînt-Sulpice, Guincestre, nouvellement converti à ces principes, prêchaient hardiment la paix et la soumission au roi, s'il se faisait catholique. Le curé de Saint-Sulpice en particulier, prenant à partie ceux qui accusaient d'hypocrisie la conversion de ce prince, dit que Dieu seul sondait les cceurs et les cons-
> Thnanus, 1. 107, t. v, p. 179-181. — Lettres misùves des 19, tt; 16 juin, 1. III, p. gO(, SdS-Sll. — Sulty, (Econ. ro;., c. 40, 1. 1, p. liS ' B. — Lettre des députés royiku:^ à la conférence de Surène, en date du 13 joiu, indiquant la prise de Dreux comme au fait accompli (Regitt. dn clergé, p. 036).
^oiizccbvGoogle
i38 LIV. III. CH. III. LE CLERftË ROÏALISTG. VUXEHOY SORT DE PUIS.
ciences, et nu'il fallait être bien hardi pour se substituer à lui (27 juid). Cette protestation en faveur des droits de Henri avait lieu en face des proposition.s faîtes chez le légat en faveur de l'Infante et d'un prince lorrain '.Villeroy, l'homme d'Etat et le négociateur de la Ligue française, avait sans cesse travaillé, depuis 1589, à obtenir du roi qu'il abjurât, et de Mayenne qu'il traitât. Sou programme était : 1^ royauté catholique, la légitimité des Bourbons et la résistance à l'Espagnol. Il s'y montra fidèle dans les graves circonstances où l'on était arrivé. Dès qu'il se vit hors d'état de traverser les préludes sérieux d'un accord entre Mayenne et Philippe II au sujet de la couronne , il déclara qu'il ne voulait se trouver en lieu où l'on fit si bon marché des lois et de l'honneur de la nation, de l'indépendance du royaume, et il protesta par son départ. 11 quitta Paris le 28 juin, à quatre heures du matin : sa retraite Ht la plus grande sensation, et avertit la Ligue française que le salut du pays était en danger *.
Les corps de l'Etat montrèrent le même courage, la même résolution que les particuliers, avec undegréd'autorité plus grand. Eclairée par La Chastre, la Chambre ' de la noblesse était revenue peu à peu sur son vote du 20 juin, qui permettait l'élection de l'Infante et d'un prince français. Le 27, la noblesse de Bourgogne déclara qu'elle voulait « ne point opiner pour traiter avec les » étraDgers,etquetelIeavoitesté toujours son intention.»
' Lest-iile, p. m, 149. •
* Villeroy, Apol. et (Bm,, t. si, p. Ï07 A. — Manascrit T> ciU eo Dolo dans le regbt. du Tiers, p. 29S, iB6. n M. de Viliero; s'ea alla à - » quatre heures du matin, teluady S8 du mois de juin, et eoiuiue ou a dt9oit aws dire adieu; ce qui donna à penser qu'il ae faisoit quel- » que chose conire les lais tondameutales du rojeume, parce qu'il H Avoit t^jujoura esié eslimé disirant le bien du rojaump, n'affec- » Uonnani l'estranger, oiaia désiraol la réunion de Unu les bon* » Francis eusemble. »
^oiizccbvGoogle
. LA CHAIIBttE DE LA NOBLESSE REVIENT SDH LE yOTE DD 20 JUIN. 139
te 28, le matin, le président RabuUn-Delavau alla trouver extraordinairement Mayenne et lui déclara, au sujet de l'élection, a que beaucoup d'entre eux disoient leur » pouvoir ne porter si avant que d'entrer en esleclion H d'aucun prince, et nommément de faire eslectionde » femme ; que tous eatoient d'accord qu'ils ne pouvoient •> donner leur suffrage à persomie à eux incognue , et » sonbs le choix de Sa Majesté catbolique '. n Par cette déclaration, la noblesse arrêtait court, non-seulement l'usurpation espagnole, mais même l'élection, mais même la négociation entamée entre Mayenne et Philippe II, puisqu'elle portaitsur les termes mêmes danslesquels Mayenne présentait en dernier lieu le traité au roi d'Espagne. L'opposition de la noblesse s'est éclipsée et perdue dans des actes plus tranchés et plus significatifs que fit alors le Parlement, mais elle mérite d'être tirée de l'oubli dans lequel elle est tombée. En effet, elle agit fortement sur l'opiaiou publique, sut- les déterminations de Mayenne, et elle donna un utile appui à l'arrêt même du Parlement qui se trouvait ainsi d'accord avec l'une des Chambres des États.
Le Parlement de Paris était rentré dans sa liberté à l'égard de Mayenne et des États , et pleinement rendu à son rôle de défenseur des lois du royaume et de l'indépendance nationale, depuis que le vote des btats. en lui refusant l'honneur déformer une quatrième Chambre, l'avait affranchi à l'égard de tous des ménagements et des capitulations. Du 23 au 28 juin, Lemaistre, Du Vair, Mole parmi les Politiques, Mîuillac parmi les Semonneux et les zélés ralliés, travaillèrent activement à réunir le^ Chambres du Parlement et à préparer les esprits. Mayenne pouvait traverser leur assemblée «t leur résolution : ils échappèrent à ce danger, en publiant qu'ils ne s'occupe-
■ Hegist. de la nobleau, p. 636, 6S7.
UO Liv, iii. CEI. III. AnnfcT m t>AiiLEiiBNT Dtt tS om.
raieot que de la trêve àlaquelle Mayenne était favorable'. 1.16 lundi 28 juin, toutes les Chambres, assemblées depuis le matin jusqu'à onze heures, rendirent un arrêt longtemps connu sous le nom d'arrêt du président Lemaistre, parce que ce magistrat, à la fois député aux États et membre du Parlement, y prit une part plus lai^ et plus active que tout autre *. L'arrêt était conçu en ces termes: ( La cour, toutes le» Chambres assembla, n'ajani, comme elle n'a jamais eu, aulre intentioD que de maiotenir la religion catholique, apostoUque et romûoe, et l'Etat et couronne de France sous la protection d'un roi très chrétien, catholique et françoîs, a ordooo^ et ordonne que des remontrances seront faites cet aprés-dtner.' par H. le président Lemaistre, assisté d'un hou nombre de conseillers de ladite cour, i M. le duc de Mayenne . lieutenant-général de l'Etat et couronne de France, étant présent en cette ville, i ce que aucun Iraîlé ne se fasse pour tnntfiret la cowaane en la main de princt ou prineetse êirangert ; que ]et lait fondamtniale* du 'royaume nitmt gardée*, et le» arrêt» donne'i par iadite cour pour la déclaration tTim roi catholique et françoie exiaitét : qu'il ait i employer l'autorité qui lui est conBée. pour empêcher que, sous le prétexte de la religion, la couronne ne se transfère en main étrangère, contre les lois du royaume, et pourioir le plus proinptement que faire ee pourra, au re~ pos du peupla, pour l'extrême nécessité en laquelle il est réduit. Et néanmoins dèê à prêtent, a, ladite cour, déclaré et déclare tout traîlét fait» oit à faire ci-aprit pour têtablittemeat de prince ou de prineetie étrangère, nuit et de nul effet et valeur , comme failt au préjudice de la loi Salique et autret lait fondamenlalet de ce rvgaume >. •
Cet arrêt -demande explication, car jusqu'il présent tt n'a été qu'imparfaitement compris. H contient deux dispositions très distinctes. La première est une résolution du Parlement d'adresser des remontrances à Mayennesar les règles qu'il doit suivre, siu'les lois qu'il doit faire observer dans l'établissementd'unroi. Si le Parlement 3' ar-
t Mémoires de Marillac, t. 11, p. 943 B, S(t A.
*Lesloiie, p. ti9 B.
* Eitraii des registres dn Parlement dana le r«giiitre du clergi, Éleld-généraux de 1193^ p. 5(6-9(8. — Uém. de la l.^e, l. v, p. 37T. — P. Cayet, I. v, p. 4«0.
^oiizccbvGoogle
EXPLICATION DE L'ARRËT. 441
rétait là, il ne donnerait qu'un avertissement; il n'exercerait qu'une autorité morale SUT la politique du moment, sur les grands événements qui s'accomplissent. Mais la seconde partie de l'arrêt du 28 juin renferme une décision. Là, le Parlement n'exhorte plus, il agit, et agit souverainement : il prononce la cassation, l'abrogation de certains actes législatifs déjà accom^is, de certaines mesures politiques déjà adoptées : il rend son autorité et son empire au droit public ébranlé, et l'impose comme règle suprême aux individus et aux corps politiques. L'arrêt proclame que, dans l'établissement d'un roi, on se conformera à la loi Salique et aux lois fondameatales du royaume. Or la loi SaliquCj comme on la compreoait depuis le xiv* siècle, comme on l'avait appliquée à l'avénemeat des Valois directs, des Valois Orléans, des Valois Angonlème, loin dé permettre l'électioa quand un rameau ou une branche de la famille royale venait à s'éteindre, appelait au trône le prince le plus rapproché paile sang du dernier roi. L'arrêt frappe donc de nullité la décision des Etats du 20 juin, qui ordonnait l'élection d'un roi ' . En défendant rétablissement de prince e( princesse étrangers , te Parlement écarte clairement Philippe n, l'Infante, l'archiduc Ernest, tous les princes espagnols etautrichiens.Ildonneaussil'exclusionàMayenne, à son fils, à son neveu le jeune duc de Guise. Ce sont deux contemporains versés dans le langage des lois et dans la politique du temps, de Thou et le duc de Nevers, qui nous apprennent que par le mot de princes étrangers l'arrêt du Parlement atteignait et écartait du trône les princes de la maison de Guise, parce que la qualification
' <r Les opÎDioDa se portèrent noo k remonstrer, mais k casser ce qui le faitoil aux Ksiats contre la lo; Ssliqiie. u Dieu n'est plus formel, et c'est Marillac, l'un des auteurs de l'arrêt, qui l'expUqufi (Mémoires de UariUac, t. xi, p. StB B).
^oiizccbvGoogle
i42 LIV. m. CH. ut SUITE DB L'SXPLICATION DE L'ARRET.
d'étrangers s'appliquait à tous les princes qui n'étaîeat pas du saog royal et qui étaient issus àe musons étrangères, en supposant même qu'ib fussent nés eu France et régoicoles '. L'exclusion ex.plicite prononcée contre eux par ce mot de l'arrêt est le complément de l'exclusion implicite et génétale résultant du maintien ordonné de la loi Salique. Enfin, l'arrêt attaquant l'usurpation dans ses actes consommés et dans ses tentatives à venir, déclare nuls et de t)ul effet les traités entamés par Mayenne A par les ministres de Philippe II pour le partage de la soaveraineté, et les pactes qu'ib pourraient conclure dans la suite. En résumé, l'arrêt du Parlement contient la reven* dication la plus haute, la sauvegarde la plus entière des droits de la maison de Bourbon à la couronne, et en pai^ ticulier des droits de Henri IV. Les historiens modernes
' Thuanue, I, xcnn, § î, t. V, p. 840. a Id a reliquiia wnatus parii> siends, qui Luteli» esl, nuper pronuDcialom fuisse. Decrelo aulem im g kalend. Jnl. facto quid aliud sibi eosdem voluUse T... Nimirnin n« » exlranei in regnam auccederenl, et Domine extmneorum otmeM com- » prtlien^iiK qui ex tanguint regio.prognali non tiient, tieei in Gatlia a nali, eliam bona ac forlunas in ea collocassenl. a — Discoars que fit M. de Neverà dans son voyage à Rome, dam les Uém. de Nevera, t. ni, p. (09, tlO, ÎQ-foUo. « Il De se pouvoit eslire un roy de race n estrangi^re au préjudice des princes du sang, vrais liêritiers de I* » couroDoe, Cest ce que de reste le Parlement resté à Paris avoit faict M coi^oidtre par l'inlerprétaUon du mot d'eslection. Cela a esté deu puis conSnné par un autre arrest du $S juin dernier, donne sur H telle uomÎDation de l'iofaute et de l'archiduc Emesl, cl puUdu duc u de Guise, in lolidum. Il fust ordonné par le dict Parlement qu'il ne » seroit point esleu de prince eatranger, et que la loy Salique Eenût n gardée, ayant faict paroistre par ces deux arrealâ qu'il n'esloit loi- Il sible de proc:(der & aucune esleclion, et moins en û personne d'un n prince ou d'une personne estrongire. En cetle déclaration /mil » compris, et l'ont esté de liât lem/is. ta princes larlii detttnaitoiu a estningèra, hifn qu'ils feasseni habitués en France et régnicoles.w Ce discours fut prononcé par le duc de Nevers, le îî novembre iSÎJ, avant qu'aucune dèreclioii dans la Li^e ae fût opérée en. faveur du roi. Ce n'est doue pas une explication forcée, faite après coup, de l'arrêt du Parlement, dans l'iutérët du principe monûchique qui i triomphé. (P. Cayel, I. y, p. 61*, 516.)
^oiizccbvGoogle
PUISSANCE DE L'aRBËT : L'ELECTION D'UN ROI PROHIBÉE. 143
ii'ont VU dans cet acte célèbre que l'appui donné à l'indépendance nationale contre les attaques de Philippe II : ils n'ont aperçu ni le coup porté aux hiais de la Ligue, ni Kentrave mise aux prétentions des Guises et aux efforts de Mayenne. C'est diminuer l'arrêt des deux tiers, et le réduire dans sa portée et dans ses conséquences. ' Après lui avoir rendu sa véritable signification, il faut examiner quelles étaient sa force et son autotité : on a vji ce qu'il voulait, cherchons ce qu'il pouvait. Etait-ce la protestation de quelques magistrats pour lé maintien des lois, généreuse mais vaine, mise un jour en lumière pour rentrer le lendemain dans la poudre du greffe; ou bien un acte politique capable d'arrêter et de changer le cours des événementst Les faits bien étudiés répondent à cette question . Tout récemment, à la fin du mois de mai, le conseil d'Élat de la Ligue, Mayenne, les I^tats-généraux, consacrant les prétentions élevées par le Parlement depuis plusieurs années et reproduites avec plus de force au moment de l'ouverture des Etats, avaient reconnu à ce corps le droit de vérifier leurs actes léRisIalifs, d'accorder ou de refuser à ces actes une sanction qui leur donnait utie autorité définitive, ou les frappait de caducité '. Le Parlement était devenu corps politique en même tem|^ que cour de justice : à la puissance judiciaire il avait joint une part de pouvoir législatif, et même la part la plus décisive. Son arrêt était donc un veto opposé à l'élection d'un roi, à la décision des États-généraux, aux transactions de Mayenne et des Espagnols ; un £mpéchement politique et légal ji ce que l'ordre de la succession auftràne fill troublé. Dans une ville où Mayenne commandait àla force militaire, où les espagnols avaient une garnison et
' Voyez ri-des^us. le» délibérations du conseil d'Élal, de la commistion des ÊUta et de« Etats-lténéraux des ST, 98, 10 mai, p. 41S-ilt et les arrâls du Parlement des 3S et U janvier lïSS, ralat&i page 3BS.
DiailizccbvGoOgIf
U4 t.iv. iii.,CH. m. siGNiric&TiON DE l'arhAt a HATENNE.
le bras des Seize, assassins de Brisson, l'opposition da Parlemeat pouvait être vaincue par un coupd'Ët^etpar la violent;e '. Mais le Parlemeot et son arrêt avaient pour appui daos Paris le dernier vote de la Chambre de la noblesse, la faveur des Politiques et de ta masse du peufde; au dehors, l'année et les succès du roi.
L'arrêt, rendu le 28 juin, fut signifié le lendemain à Mayenne par vingt conseillers qui lui adressèrent ea même temps des remontrances^ Lemùstre portait la parole. Daas la première partie de son discours , il élal^ît par une argumentation serrée et vigoureuse que la loi Salique, destinée à préserver la monarchie du gouvernement des femmes et de la domination de rélrangi>r, étût l'une de ces lois fondamentales qui ne pouvaient Hk prescrites par aucun temps, abolies par aucun pouvoir. Appliquée à chaque vacance du tr^ne, toujours vivante et puissante, elle avait reçu récemment une nouvelle consécration qui, sans rien ajouter à sa force, rappelait |^ns impérieusement la nation à son obéissance. Un arrêt du 22 décembre dernier, rendu par le Parlement en préseîice et avec le concours de Mayenne, et par conséquent faisant loi, portait que les États-généraux seraient assemblés pour la déclaration et l'établissement d'an roi catholique et français, suivant les lois du royaume : par ces termes mêmes , l'arrêt m&intenut à la loi Salique toute sa puissance, consacrait rhéré<fité, excluait l'élection. Le choix d'un roi, ainsi frappé d'illégalité dans son principe par le droit public de la France , se trouverut encore vicié par le petit nombre de députés présents aux btats, par t'insufiisance de leurs pouvoirs pour un acte pareil, par l'absence des représentants du Languedoc, du
■ UÉm. de Uorillac, t. xi, p. s(( A. « Dima ce temps, le pAiil éloU u tà évident qn'U hUoil t'expoeer à Uial« choie eitresme pour o»er > qDelqoa dioH de «etnblable. a
^lailizccbvGoOglf
REMONTBANCBS DU PAHLEKENT PAit L'QRGANE DE LEHAISTnE. . U5 '
Dauphiné, de l' Auvergneet d'autres provinces. La royauté nouvelle, si justement contestable , acceptée par les uns, rejetée par les autres, au lieu de Ënir k guerre civile, r éterniserait. Dans le cours des remontrances, Lemaistre nomma sans cesse, attaqua sans cesse l'Espagne, au nom de l'indépendance nationale menacée. C'était le seul en- Demi auquel les convenances Jui permissent de s'en prendre ouvertement et sans relâche. Mais en ménageant les coups contre Mayenne et la maison de Guise, ii n'épai^a pas davantage leurs prétentions, ne laissa pas plus de prise à leur usurpation. En achevant la première partie de son discours, il cita textuellement à Mayenne la déclaration du Parlement qui ordonnait l'étroite observation de la loi Salique et des autre^ lois fondamentales, et qui cassait tous les traités faits ou â faire pour l'étabhssement d'un prince étranger. Dans ta seconde partie des remontrances , Lemaistre pressa Mayenne de donner satisfaction au vœu et à l'extrême nécessité du peuple en concluant la trêve. Le légat du pape y faisait opposition ; mais la mesure ayait pour elle le vote des deux Chambres et l'instante prière 4u Parlement. Dépositaire de l'autorité des rois de France , le lieutenant - général devait suivre leur politique, dans ce qui concernait le temporel du royaume, ne reconn^tre d'autre supérieur que Dieu, s'affranchir de toute dépendance à l'égard de la cour de Rome. Ainsi, par une. combinaison profondément adroite ' et forte, le Parlement établissait la communauté, la solidarité entre la passion du peuple pour la paix d'une part, la défense des droits de la'fumille royale et du Parlement de l'autre.
Mayenne comprit sur-le-champ l'intention et l'importance de l'arrêt, qui, en rejetant l'élection, le repoussait du trône lui et son fils, et qui, en excluant l'Infante du partage de la coiu^nne, le privait à jamais de l'assenti-
^oiizccbvGoogle
' 446 un. Ul. CB. III. COHPLIT DE HAVBNHE ET DU PJkRLEIfEia.
ment et de l'appui de l'Espagne. Pendant que Lemûstre parlait, on le vit changer de couleur, et il laissa tomber deux ou trois fois son chapeau. Sa réponse fut courte et pleine de mécontentement. Le lendemain 30 juin, Lemaistre tit rapport au Parlement de ce qa\ s'était passé : les magistrats protestèrent alors tous de mourir avant de permettre que l'arrêt fùl rompu ou changé. Dans la soirée, Mayenne appela auprès de lui trois membres de la Cour, les pria de changer leur arrêt, et ajouta que s'ils ne cédaient à ses instances, il recourrait à la force, quwque à son grand regret. Il ne gagna rien : l'entrevue fiil toute remplie par les aigres propos que Lemaistre échangea avec lui et »vec l'archevêque de Lyon ; elle se termina par cette menace du lieutenant-général : Je verrai si j'ai la puissance de faire rompre votre arrêt. Pour réponse, le Parlement lui envoya, le 1" juillet, une seconde députation chargée de lui faire connaître leur serment de mourir avant de se départir de leur première résolution. Mayenne, furieux de voir ses desseins déjoués, se rapprochait des Seize, prêtait l'oreille aux violents conseils de Pelevé et des autres factieux, agitait dans le conseil d'Ltat s'il ne jetterait pas en prison vingt membres do Parlement. Mais l'avis de La Chastre l'arrêta, les dispositions de la bourgeoisie l'épouvanièreut, et il recula devant un conflit. Un colonel, Daubray sans doute, a^'sil mandé aux parlementaires qu'ils ne s'effrayassent pas ; que lui seul leur fournirait deux mille hommes armés ([u'il tenait prêts pour leur défense. Peu de jours auparavant, deux aulres colonels, Passart et Marchand, avaient parlé de se barricailer. En&n , d'après l'accord passé l'aonée précédente entre la bourgeoisie et le Parlement, tout faisait présumer que douze colonels sur seize, et presque tous les capitaines de la milice boui^;eoise, opposeraient vingt ou vingt-cinq mille hommes aux violences dont le
^olizccbvGoOglf
MAYENNE n'OSE HOKPRB l/ARRfcT. BRREUBS.SUR L'ARRËT. 447
Parlement était menacé. Il y avait donc chance que le mouvement boui^eois emportât du même coup l'autorité du lieutenant-général, les restesde la puissance desSeize, la domination des Espagnol?, après l'expulsion ouïe massacre de leur garnison. Mayenne n'aSronta pas ce danger, et n'osa toucher ni au Parlement ni à son arrêt ',
On lit, dans quelques histoires que Mayenne s'était concerté avec le Parlement pour lui faire rendre l'arrêt du 2S juin et traverser les desseins des Espagnols. Il n'y aurait quelque vraisemblance dans cette supposition que si l'arrêt n'avait pas en même temps confondu tous les projets de Mayenne. Cette assertion est réfutée par les faits mêmes que nous avons exposés, et par le témoignage unanime des hommes d'Etat des deux partis : Villeroy, le chancelier Cheveniy, Sully déposent, chacun de leur côté, que Mayenne, complètement étrangisr à l'arrêt, l'accueillit avec étonnement et colère *. Nous ne nous arrè-'
' < pour CEB deux paragraphes voyez : Extrait des registre» du Parlement et délibération du Parlement sur lej remontrances dans l'appeudice aux États de 1593, n* S p. 740-750. — aéra, de MarUlac, t. xt, p. &(3 B, S4t. — Lestoile, sous les dal«s dei !8, £9 juin et 1'' juillet, p. ISO A, B et 1!V5 A. — Lettre de Heori IV, du 1 juillet, dans Iv Lettres missives, t. ai, p. 849.
* Villeroj, Apol. et Disc-, t. xi, p. iiS A et B. « Les Espagools creu- D rent que le due de Mayenne avoit poussé le Parlement à donner leur D arrestimaîB cela n'esloit point, car la dicte cour avoit pris ce conseil H d'elle-mesDie, meue de son honneur et di'voir. Il apparut aussi par H l'accueil que receut M. le président Lemaistre et ceu;^ qui l'assistoient u du duc de Mayenne, quand il luy porta le dictarrest et Stlaremonsa trance de la cour qu'Ù o'; avoit consenti et s'entendoit très-mal avec B icelle.)] — Sully, ŒcoQ. roy., c. 41, p. HBA. «Les peuples ont pris la u hardiesse d'approuver en quelque sorte l'arrest que les gens du Parlen ment restans à Paris se sont hasardés de donner pour la cotuervalion a dt la royauté en la maison royale, duquel M. du Maine s'est tant B irrité.!' — Mémoires du chancelierChevnrny, t. i,p. 5î3, 314, collect. Hichaud. « Ceux du parlement demeurez à Paris. . se resoleurenl pru- " demment par inspiration divine de s'opposer avec courage A ceste
u entreprise... Après la remonstrance Taictepar le dit président, ledit r dti Hayne, pour response, se plaignit grandement à
^lailizccbvGoOglf .
us LIV. m. CH. m. GUHDS EFFETS PRODtlTS PAH L'ARRfcT.
teroQS pas à celte supposition gui ne soutient pas un moment d'examen sérieus, et nous rechercherons queU forent les efFeLs de l'arrêt , comment il affecta les partis el la situation. Pour les Politiques de Paris, auxquels s'étaient ralliées récemment toutes les nuances de la ligue française, ce fut le' passage des résolutions aux actes, la première attai]ue coatre les prétendants espagnols et lorrains, le point de départ de la reconnaissance du m. Pour les Politiques des provinces , ce fut un manifeste qui leur traçait la conduite à tenir, et un signe de ralliement. Aussitôt après l'arrêt, le ligueur français Vitry se retira dans son gouvernement de Meaux, commença sm traité de 'réduction au service du roi, et fut bientôt suin de plusieurs autres, parmi lesquels il faut signaler La Chastre '. Ainsi, dans un moment où les esprits étaient troublés, les consciences et les résolutions incertaines, le Parlement traça à la Ligue française ce qu'elle avait à faire, lui donna pour règle de conduite politique un airfl qui avait alors force de loi, et opposa cette loi comiBe barrière aux efforts de l'usurpation qu'elle déniasqna et déconcerta. Le Parlement rendit ainsi un immense service au pays. « Cette action, dit Villeroy, fut d'an- » .tant plus louée que le péril était plus pressant : cer- » .tainemeut elle servit grandement, et il faut que je dise
u l'afTroDt qu'il disoit lui avoir eaté taU-l, de ijoiuier lel airest ft à> » telle conséquence, asm lay eu avoir auitaravant conu&uuiqué > ~ M. de Siiunondi, t. xxi, p. 1S6, et plusieurs hUtorieit: inoderaes, 9011I lorabés àaxa l'erreur qai- noud venons de réfuter, en suivant le t^moignsge d'im liietorieii étranger mèdi ocrera en l infonné des attaim de notre pays, et celui d'uu historien français qui ne donne que comme une conjecture l'accord de Maveune el du Parlement daus l'arrtt du 98 juin. Le UuioifiQaia du dernier a d'ailleur» mille fois moins de pcH<l> que celui de Villeroy, de Cheïerny et de Siilly réunis.
' Uém. de Marillac, t. \t, p. ïtt B, SiS. <c Cest arrest estant cou^dérë u donna grand eatonuement à tous ceux do la bclion, voyant ceOi j> compajinie opposée à leur dessein, el croyant que les Ftançai* «f jt rangeroient fort voloDtiers à Bon opinion (du Parlementj. a
:!,a,l,z..bvG00gIe