MATENNE PROPOSE UNE ALLIANCE AU TIRRS-PARTI : DANS QUEL BUT
» que le royaume ea demeure obligé à ladite cour <. » Ni Mayenne ni Philippe II ne se tinrent pour vaincus. Revenus de leur première stupeur, ils cherchèrent à réparer par des intrigues nouvelles l'échec qu'ils venaient d'essuyer, rassemblèrent leurs forces, et livrèrent un combat désespéré Unxt à la fois au; Politiques et à leurs propres rivaus dans la Ligue. Ce fut leur suprême effort, et le dernier assaut sérieux qu'essuya la cause Jiationale. Mayenne, poursuivant son projet de vaincre les répugnances de Philippe II à son égard à force de défaites, et de l'amener à partager le trône avec lui , usa de son ascendant dans les Etats pour infliger au roi catholique une nouvelle humiliation. Conformément à la dernière décision de la commission , il répondit le i juillet dans une assemblée générale à la troisième proposition des Espagnols : « Les Etals estiment qu'il serait non-àeulement hors de propos, mais périlleux pour la religion et pour le royaume, de faire élection et déclaration d'une royauté, dans un temps où la Ligue est si peu fortifiée d'hommes et de moyens '. » A cette déclaration , Mayenne donnait pour commentaire l'arrêt du Parlement, et pour appui les succès du roi qui, sous les yeux des Espagnols, achevût la conquête de Dreux, prenait la' tour Grise le 3 juillet, el réduisait le château aux dernières extrémités. Mayenne battait ainsi ses ennemis les uns par les autres. En même temps il leur cherchait un nouvel adversaire. Dans les derniers jours de juin, il entrait en négociation avec le jeune cardinal de Bourbon, et lui envoyait un projet de traité à signer. 11 luioQraitde le faire reconnaître roi par les Etats, et lui présentait comme garantie de ses promesses Soissons et quelques autres places fortes, sous la condition que le cardinal passerait à la Ligue avec ceux
460 UV. Ut. CH. m. !■ PBOPOSITIOK : LB DUC DB SUISB BT L'iKTAKTE.
des seigneurs et des villes du Tiers-partt qu'il pourrait eutralner. Il espérait faire mieux ses affaires avec ce prince qu'avec les autres compétiteurs, c'est-à-dire leurrer plus facilement sa faiblesse de promesses sans effet au sujet de la royauté; ou s'il était contraint de lut tenir parole, du moins ne lui céder que la royauté nominale, et conserver la souveraineté effective avec la lieutenancegénérale. La défectioD du cardinal devait affaiblir le parti du roi, porter le trouble le p\as grave dans ses iU faires , lui enlever tous les avantages obtenus depuis le commencement des conférences de Surène jusqu'à l'arrêt du Parlement. Elle devait enfin donner un concurrent redoutable pour la couronne au candidat des Espagnols '. Les ministres de Pbilippe II mirent leurs soins à déjouer cette intrigue de Mayenne, et à regagner les ti&is qu'ils avaient remplis de mécontentement et de défiance, en rejetant la condition qui garantissait le partage de la couronne à un prince français. Dans de nouvelles réunions où assistaient le légat, les commissaires des trois Chambres, les membres du conseil d'Etat, les princes et principaux seigneurs de la Ligue , ils proposèrent d'élire rois en commun et sur-le-champ, et d'unir par un mariage, le duc de Guise et l'Infante d'Espague. L'élection du duc de Guise annulait la candidature du cardinal de Bourbon : la désignation nominative et l'élévation immédiiite du duc devaient convaincre les Étals que la France aurait, selon leur vœu, un roi indigène. Il restait aui
* Villeroy, Apol. ol dise., t. n, p, 207. A el R. — D'Aubian^,!. ni, e. il, p. i91. — Sull;, (EcoD. ro;., c. (I, p. 117 A. — l^^toite, soiu le ( jiiîUct, p. IhS It, 156. — Uéui. de Groulort, c. t, t. xi, p. U>. — ; Tliuimus, 1. cvii, ^ 3, 6, t. V, p. 383, 190. lU témoigneDt loiu de^ intriuue» liées «Dire MnyeaDe, le cardinal de UourbnD i>t le Tier$-]iarlt. ViU^roy en parlicalier dit : • Ctd passa $i avant que l'ou escrivit el u St-oQ signer des articles audit duc, qui farent baillez à nu persoDii^ » d'boaueur pour en estre porteur au cardinal.... je pr^voyoidquc te ■ dit cardinal Beroil trompé. »
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IVANTIGES OFFERTS A VATENHB QUI LES ACCEPTE D'ABORD, fôl
Espagnols à désarmer l'opposition de Mayeune, à obtenir son assentiment et son concours pour la nouvelle combinaison, yui l'excluait lui et son fils de la royauté, et qui ne lui laissât même pas la lieuten an ce -générale. En échange de tout ou partie de la souveraineté du pays, ils lui ol&irent la souveraineté de plusieurs provinces détachées de la monarchie française et de la monarchie espagnole. Le duc de Guise et Philippe II s'engageaient & lui abandonner en toute propriété la Normandie, la Bourgogne, la Franche-Comté, la principauté de Joinville, les villes de Baint-Dizier et de Vitry : ils promettaient en outre d'assurer à son fils le gouvernement de Champagne. Ces nouvelles propositions occupèrent et agitèrent le parti de la Ligue du 5 au 20 juillet. Soutenues par le légat, les prédicateurs, les Seize; adoptées avec enthousiasme par la lie du peuple et par la garnison espagnole, elles furent même accueillies avec faveur dans les Chambres et dans lu conseil d'État par beaucoup de ceux qui, jusqu'alors, s'étaient montrés hostiles aux prétentions exclusives des Espagnols : ils se laissèrent séduire en faveur du jeune duc de Guise, par leur enthousiasme pour le père et par r idée que le pays aurait un roi français. Le duc de Guise fut salué roi par la multitude, et vit tous les seigneurs de In Ligue, hormis trois, abandonner son oncle pour se ranger autour de lui et lui former une cour. Mayenne lui-même, soit qu'il crAignit d'être eutralné par le Qot de la faveur populaire, soit qu'il fût séduit par les offres magnifiques qu'on lui adressait, et qu'il écoutât plus la cupidité que l'ambition, donna un moment la main à la combinaison hispano-ligueuse. Les 9 et 10 juillet, il signa avec un secrétaire d'Etat l'engagement de favoriser l'élection et le mariage du duc de Guise et de l'Infante, sous la condition qu'il recevrait satisfaction et assurance pour ce qui concernait ses intérêts particuliers. Seul des
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453 LIV. ni. CH. III. IL REVIENT SUR SA PAHOLB. LA COMBIN. ECBOOE .
hommes d'État du parti, depuis le départ de ViUeroy, La Cbastre combattit la nouvelle proposition avec une inébranlable fermeté. 0 soutînt qu'elle n'était qu^une ruse des Espagnols pour obtenir sur-le-cbamp une élection et une royauté de l'Infante ; que quand elle serait faite, ils ne tiendraient leurs promesses ni au duc de Guise, ni à Mayenne; que Pbilîppe ne marierait jamms sa fille qu'à un prince de la maison d'Autriche; que la facilité avec laquelle ses ministres avaient en quelques jours changé au sujet de l'Infante, de l'archiduc Ernest, du duc de Guise, accusait de reste et le peu desérieux qu'ils avaient mis dans leurs propositions, et le peu de fond qu'on devait faire sur leur parole.
Les réflexions de La Chastre, et te mot divulgué des do4;teurs de Sorbonne au légat qu'il fallait hardiment tout promettre k Mayenne, sauf ensuite à ne lui rien tenir, ramenèrent Mayenne de l'entraînement et de la sécurité à la défiance : bientût le dépit de se voir préférer son neveu pour la royauté , fortement entretenu et excité chez lui par sa femme et par la duchesse de Monipensier, domina tous les autres sentiments , et il traversa dès lors, même avec passion, les ouvertures et les propositions des ministres espagnob. Dès le 20 juillet, la nouvelle combinaison avait échoué : le projet d'élection , de royauté et de mariage du duc de Guise et de l'Infante, était évanoui comme tous les précédents. Le 20 juillet, dans une réunion où se trouvaient les chefs de la Ligue et les délégués des Etats, et où furent appelés ensuite les ministres de Philippe II, Mayenne présenta au duc de pértala réponse àla dernière proposition des Espagnolsdélibéréeetarrétéepen auparavant par les membres de la réunion. Elle portait ; « Que Mayenne rendoit de très humbles grâces au roi » catholique pour l'honneur qu'il avoit fait aux princes » de sn maison ; mais que n'ayant aucunes forces pour
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» résister à l'ennemi, qui venoit de prendre Dreux , il » étoit obligé de suspendre L'élection. » Le 22, Mayenne convoqua en assemblée générale les princes lorrains, les membres du Conseil, les trois Chambres des États, pour leur notifier ce résultat : il était déjà si connu, et la combinaison du mariage de l'Infante et du duc de Guise tellement morte, qu'elle ne donna même pas lieu à une discussion au sein de l'assemblée. Le 24, les Etats se formèrent encore en assemblée générale; Mayenne, après avoir rappelé l'impossibilité actuelle de l'élection , invita les députés à sanctionner l'ajournement, en concluant une trêve avec le parti royal '.
Sorti pour un temps de son conflit avec les Espag^iols
* Manuscrit V, cité en note du registre du Tiers, p. 907-Bi)9. — Hatthien, Hist. de Heuri IV, 1. 1, p. Ht, Paris, 16S1 : n Chacun commença B de jeter les ^eux sur le duc de Guise, comme si deajà le loy d'Es- 11 pagne l'eust choisi pour gendre. Les choses pasaérenl ai avant, que u j'ay en mùn un escrit de la main de l'atcbeTesque de Lyon, par le- II quel le duc de Mayenne promet au duc de Guiee, son neveu, de se H joindre avec luy pour poursuivre l'eiéculion de cesti; proposïtiou. »
— Lettres de Henri IV, du 1Î juillet, ft Gabrielle. « L'on ne parle icy » que de ceâle roynuté nouvelle, u 11 y a par erreur dans les Lettres missives, t. cii, p. 819 : « L'on ne parle icy. que de cestc beauté noun velle. B — Avis donné au conseil tenu à Paria, etc., par Glande de La Chastre, dans l'Appendice aux Etais de an, a' vu, p. TM, 730.
— Regist. du clergé, p. S5*-W6. — Hegist. du Tiers" et de la noblesse, p. 817, 6(0. — Villeroy, Apol. et dise, i.ïi.p. Ï07B, M8 A. — ThuanuB, I. cvii, i. V. — P. Cajet, 1. v, p. *92 B, *94. — Lestoile et son SuppL, p. ISH I), ISS, 165 B, 166. — U réunion du 30 juillet, où Mayenne donne la réponse an duc de Féria, est exposée en détail par le Supplément de Leatoile, p. 166 A. L'aseemblée générale du 31 <'st mentionnée en ces termes par la Relation de ce qui le passa atix Étalsgénérattx de 1593 par Odet Sorel, l'un des députés, page 606. n Le if Il jour du dit mois de juillet, il fut laict une aiiemblée générale, eu n laquelle les princes français se trouvèrent seulement avec les Estais 11 et ceux du Conseil [Kulanant veut dire que les ministres d'Espagne i> ne s'y Irouvéreot pas). 11 fut dict par M' de Mayenne à la compa- » gnie.... qu'il avoit pieu au roy catliolique donner sa fille ï M. de B Guise, son nepveu, au moyen qu'il fut esleu roy de France par les Il Estais ; mais qu'il n'estoit point encore propre de procedder à la rou yanté. n L'assemblée générale des Êlata dn It juillet est cousignËe
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454 LIV. III. en. III. HATENKE FORCE DE PROPOSER Lt TRÊVE Un ÈTtTG.
au sujet de la royauté , Mayenne se trouvait en présence des exi^nces de la Ligue française et de la multitude, de leur passion pour la paix, ou au moins pour une trêve, qu'il lui fallût satisEûre, s'il voulait conjurer un soulèvement.
Dès le 20 juillet, époque à laquelle la proposition relative à l'Infante et au duc de Guise fut virtuellement écartée, Mayenife reprit le projet de la trêve avec le parti royal, et le porta à la commission des délégués des Etats et des chefs de la Ligue. La commisàon adopta le principe, et la nouvelle d'une trêve prochaine se répandit aussitôt dans Paris. Le légat, fidèle jusqu'au bout à l'intérèt espagnol, ne voyant plus jour à donner le trdne i l'Infante, ^'efforça du moins de perpétuer la guerre civile et l'affaiblissement de la France. II publia une déclaration, et annonça l'intention de quitter Paris, et de se retirer à Soissonsouà Beims, si l'on passait outre à la trêve. L'atfairefut portée auxGhambresle 23 juillet. La Chambre du clergé opina pour que les députés, considérant ié légat comme le chef des Etats, le suivissent dans la ville où il chercherait un refuge, et continuassent à y tenir les États. Cette proposition ultramontaine fut combattue avec énergie et succès par le prévât des marchands et par Lemaistre. ïïs établirent que les députés ne pouvaient considérer le pape et le légat pour leurs supérieurs, que dans les choses purement spirituelles; dans les affaires d'Etat, ils ne devaient reconnaître que le souverain magistrat ceprésenté par Mayenne, et ne prendre avis que de lui
dans le« WRislres du Tiera-État et de la noblsase, p, 917, 8*(i. « Du n samedy it* juillet, en l'aasemlMe générale, au Louvre, M^ de Ua- D ycnnc auroit proposé qu'il eust bien iésiré ci-devant d'entendre A ce a qni cODcemoilMadamel'lDraDle d'Espagne; maù^u'i/ anoil etii jugé, » que l'on ne ponvoit, quant à présent, procedder à aucune ealecUoQ D de royauU, et qu'il eatoit d'avis d'entendre à la Ire^re reqiÛM pV n ceux du parti contraire. »
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