‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 112 sur 158 · LA TRÊVE EST VOTÉE PAR LA NOBLESSE ET LE TIERS. 4S · texte numérisé non relu

LA TRÊVE EST VOTÉE PAR LA NOBLESSE ET LE TIERS. 4S

seul. Cette opjnion l'emporta dans la Cbambre da Tiers et dans celle de la noblesse, et il fut décidé que les Etats resteraient et liélibéreraient à Paris. Le 24, ils agitèrent la question de la trêve : la Noblesse et le Tiers la résolurent affirmativement, toujours en contradiction avec la Chambre du clergé qui s'y opposa mais en vaiu. En conséquence de ce vote, et ijuelques jours plus tard, Mayenne conclut la trêve pour trois mois avec Henri le 31 juillet, et la fit publier à Paris , le 1 " août < .

Ce traité n'était pour Mayenne qu'un répit et un expédient : tout accommodement sérieux avec Henri et le parti royal, toute mesure propre à donner la paix au pays, étaient à mille lieues de sa pensée. La veille même . du jour où il se faisait autoriser par les Chambres à traiter avec te roi, il concluait contre le roi un nouveau pacte avec les Espagnols, et préparait le renouvellement de la guerre civile. Il avait amené les ministres espagnols, battus quatre fois par lui dans la poursuite de la couronne, à ajourner leurs différends avec lui sur ce point, pour s'associer à ses complots contre Henri, et pour arrét«r les progi'ès de ce prince, leur commun ennemi. Le 23 juillet, ils se promirent et jurèrent sur l'hostie, la croix et l'Evangile, en présence et avec le concours du légat, de ne pas faire actuellement de royauté catholique, et de la différer à un temps plus opportun; de maintenir inviolablement la Ligue et ce qui était contenu sous ce nom, et de ne s'en départir jamais pour aucune cause ; de ne jamais consentir de paix avec le roi de Navarre, quelque acte de catholicisme qu'il fit ; de lever une forte armée , composée de milices françaises et de quatorze mille Espagnols, laquelle serait soudoyée pendant

> Regislre du Tiers, p. SI3-319, 316-S31. — Manuscrit P cité daiu le regislre du Tiers, à la iiotede la page M6. — RegietKda la Noblesse, p. 6lD-6tl, — Leatuile, p. IM B. — P. Cayetj 1. v, p. tSS-SOO.

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456 LIV. III. CB. m. KOirVEAV PACTE DE MàTENNB AVEC LES EWiGHOLS.

quelque tempe par le roi d'Espagne ; de procéder à l'élection d'un roi catholique dès que les circonstances le permettraient, et à cet effet d'assurer la continuation des États-généraux. H était dit que le nouveau pacte avait pour but de défendre la religion et d'extirper l'hérésie, grand prétexte dont on continuait jusqu'au bout à couvrir toutes les ambitions et à légitimer toutes les fureurs'. Mayenne parvint à joindre le pape au roi catholique : il attira le Saint-Siège dans la coalition par une concession inouïe, dans une matière soumise depuis plusieurs mois à la discussion des États-généraux. Dès le 8 mars, la Chambre du clei^, dont les sentiments hostiles à la société poUtique et civile du pays étfùeiit encore animés par les st^gestions du légat et du cardinal Pelevé, avait annoncé au Tiers-élat la résolutiou qu'elle avait prise d'accorder la réception en France du concile de Trente. Le Tiers résolut de soumettre la question à une sérieuse délibération avant de se décider. L'avocat du roi, d'Orléans, quoique zélé ligueur, fit aussitôt des réserves en faveur des droits de la couronne, des franchises et libertés de l'Eglise gallicane, et s'en référa aux mémoires et instructions laissés par Cappel, son prédécesseur. Uue commission, à la tète de laquelle se trouvaient d'Orléans et Lemaistre, fut nommée pour examiner de nouveau lesdispositions du concife et en faire un rapport à la Chambre (10 mars). Un mois plus tard, le travail fut terminé et présenté aux députés du Tiers par Lemaistre et Du Vair [9 avril). Les commissaires concluaîeut à la non-acceplation et pubUcation du concile dans le royaume, parce qu'il contenait vingt-trois articles contraires à l'autorité de la

< Lettre de Ha^enne an roi d'Espagne, dans Ca^pet, l. v, p. 4S3A.— vaierdy, Apol, et Disc,, t, ii, p. !1«, ÎIB. — Lestoile, Suppl., p, n» A, B. — Sully, CEcon. roy-, c *8, L i, p. U* : il traite ce serment d*exécrable.

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a PAIT VOTtiR U RECEPTION DU CONCILE DB TRENTE. 157

couronne, à celle des Parlements et des autres cours eouveraines, au droit et aux maximes de France, aux libertés de l'Eglise (gallicane, aux décrets des conciles précédents, à la liberté des opinions qui , au lieu d'être contenues par le pouvoir civil, tombaient sous l'inquisition des évèques. Le rapport des commissures, où le patriotisme se montre servi par l'érudition, est un excellent travail, utile à consulter en tout temps : on le trouve consigné i( la fin du livre cv de de Thou, et dans le registre du Tiers-état nouvellement publié.

La décision de cette grave affaire resta suspendue jusqu'au temps où nous sommes parvenus. Mayenne voulait à tout prix engager le pape dans k coalition, s'autoriser de son nom, se servir de son appui et de ses secours, et pour les obtenir il sacrifia honteusement l'honneur et les intérêts de la France. Son parti dans les Etats s'unit au parti des zélés et à celui des ecclésiastiques : tous ensemble ils formèrent une majorité , et les Chambres votèrent le 30 jiùllet l'acceptation pure et simple et l'observation dans le royaume du concile de Trente. La Ligue française, vaincue après une longue et mémorable résistance, fut réduite à une protestation ' . Mayenne , bien qu'il eût chagriné et aigri le légat dans la question de la trêve, n'en avait pas moins, par l'acceptation du concile de Trente, gagné le Saint-Siège. lien acquitbientôt la preuve. Dans une circonstance solennelle. Clément Vfll ayant à se prononcer entre le parti de Henri et celui de Mayenne, fit éclater sa prédilection pour ce dernier. « Je tiens, dit- » il, pour déserteurs de la religion et de la couronne les » catholiques qui ont suivi le parti du roi ; ils ne sont

I Regîslre du Tiers, p. 77, 78, 8(1, 14S-1SS, BÎ5. — Begiât. du Clergé, p. 899, HO. — Thuanus, I. cv, g îl, t. v, p. ÎB9-Î4Î. — P. Cayel, 1. t, p. SOO B. n Le duc de Mayenne adfUa de faire publier le coDcile de n Trente pour contenter ie pape, a — Lesloîle, p. 163 B, tB9 B, .178 B.

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i58 UV. m. CH. UI. IL PROROGE LES ETATS LE 8 KOOX.

» qu'eufonts bâtards de la servante : ceux de la Ligne n sont les vrais eafants légitimes, les vrais arcs-boutants. H et même les vrais pilicrâ de la religion catholique '. ■ Sur cette déclaration, Mayenne put s' applaudir de an ruses et de ses complaisances pour le Saint-Siège. Dans la faveur du pape, il balançait au moins Philippe II : il n'avait plus it craindre que , dans une clrcoustaDce donnée et décisive, le pontife prononçât contre lui pour les Espagnols. Il n'avait pas non plus à redouter qu'il se laissât fléchir et qu'il mollit en faveur de Henri, tout le temps du moins que la Ligue partagerait encore la France et tiendrait la fortune incertaine.

n ne restait plus à Mayenne, pour satisfaire à ses derniers engagements avec les ministres de Philippe II et à sa propre ambition, qu'à tenir les Etats de la Ligue prêts à s'assembler, dans le cas où l'occasion favorable de l'élection d'un roi catholique viendrait à se présenter , mais en plaçant les députés hors de la portée et de l'influence des Espagnols. Sa politique cauteleuse résolut ce problème. Dès le 17 juillet, au temps oïl il était le plus sérieusement question de la royauté de l'Infante et du dnc de Guise , il avait autorisé, si ce n'est provoqué, le départ de Delavau-Rabutin, président de la Chambre de la noblesse. Chaque jour il se faisait presser par les trois Chambres de leur accorder leur congé après une session de sept mois, avec menace de le prendre, s'il ne le leur accordait pas. Le 2 août, il fut décidé que les Ltats seraient non pas dissous, mais prorogés; qu'un député de chaque ordre et de chaque province resterait à Paris auprès de Mayenne, lequel pourvoirait à leurs besoins; que les députés qui obtiendraient un congé s'engageraient à revenir à Paris au moment de l'expiration de

RERXBNT OU IL TIRE DES DEPUTES AVANT LEUR DBPAfIT. i59

la trêve. Le 8 août, Mayenne leur flt prêter un serment qui contenait, putre la promesse du retour, l'engagemenl de demeurer unis pour la défense de la religion, de ne rien consentir à l'avantage de l'hérésie, d'obéir aux décrets et ordonnances du Saint-Siège en ce qui concernerait la religion : ce serment fut suivi de l'acceptation solennelle du concile de Trente. Le lendemain , les députés quittèrent Paris pour retourner dans leurs provinces, à l'exception de ceux qui étaient convenus de demeurer auprès de Mayenne , et de rester comme pierre d'attente pour la réunion d'une nouvelle assemblée complète des États-généraux '.

Ainsi tandis que Mayenne traitait avec Henri d'une trêve dont il avait besoin, il formait en même temps une nouvelle alliance contre ce prince avec les Espagnols et le pape. De plus, il maintenait la Ligue par le serment qu'il tirait des Ltats , et dans la personne de leurs représentants il obligeait les provinces à combattre comme hérétique le roi qui venait d'abjurer, tant que le pape n'aurait pas approuvé sa conversion, car le serment prêté par les Etats avait réellement ce sens et cette portée : or Mayenne et Philippe II tenaient enchaînée la volonté du pape. Telles étaient les conséquences des derniers actes et des dernières intrigues de Mayenne. Quunt au résultat général de la campagne politique qu'il achevait en ce moment, il semblait l'avoir rendu pleinement favorable à ses intérêts. En effet, il gardait la lieutenance-générale. c'est-à-dire la souveraineté de la moitié de la France : il avait prouvé dans une longue session des Etats-généraux que ni l'Espagne ni aucun autre parti ne pouvait la lui ravir, sans lui olTrir en échange la royauté au moins

' BegUlre du Tiers, p. U9, 810, 3IS, SI9, Biî-3t6; regiat. de la Noblesse, p. eB9, 6t3.«i5, 64B. — M^noireB de la tjgue, L v, p iog.dS, — Lutoile, Suppl., p. ITi, m. — P. Ca;et, I. v, p. Soi) B, SOI, AOX.

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