‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 117 sur 158 · INSTRUCTION DD ROI · texte numérisé non relu

INSTRUCTION DD ROI

rèrent éloiiaés et embarrassés quelque temps de donner une solution satisfaisante à ses questions, de répondre à ses objections. L'un d'eux, et des principaux, dit le lendemain qu'il n'avait jamais vu bérétique mieux instruit en son erreur, et qui la défendit mieux. Sur quelquesunes des matières débattues, leurs réponses n'ayant pas porté la conviction dans son esprit, il garda des doutes, et les angoisses de sa conscience éclatèrent alors. Après avoir reçu les explications relatives à l'Eucbaristie et à la présence réelle, il leur dit : « Vous ne me contentez » pas bien sur ce point, et ne me satisfaites pas comme » je ledésirois, etme l'étois promis par votre inatruction,. » Voici, je mets aujourd'bui mon àme entre vos mains. Je » vous prie, prenez-y garde, car là où vous me faîtes en- » trer, je n'en sortirai que par la mort, et de cela je vous H le jure el proteste. En acbevant ces mots, les larmes lui » sortirent des yeux, n Ainsi donc, au moment où il leur annonçait qu'il passait à leur croyance, que sa ferme intention était d'y vivre et d'y mourir, il leur montrait le déchirement de son cœur. Mais il réprima cette révolte de ses convictions, imposa silence à ses doutes, revint promptement à son point de départ, à son motif déterminant d'abjuration. Après avoir écouté les nouvelles raisons qu'ils lui donnèrent, les nouvelles autorités qu'ils lui alléguèrent, il se déclara satisfait de leurs explications, . de l'exposé de leurs doctrines, et il leur dit : « Qu'il les remercioit de lui avoir appris ce qu'il ignoroit jusqu'à présent; qu'il songeroit plus sérieusement à ce qu'ils lui avoient enseigné, afin de prendre sur leurs pieuses instructions une résolution salutaire pour lui et four son Etat ', n Passant sur-le-cbamp à l'exécution , il ajouta :

■ Thnanus. 1. cm, g 1 , t. v , p. S93. n Ct ex ipsorum prscepUonibiu

» salutare ûl>i, ac regno aille consiliam caperet. a

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480 uv. m. CH. IV. profession de foi dressée bt discutée

« Qn'il regrettoit de n'avoir pu donner jusqu'à présenta ses sujets catholiques le contentement qu'ils désiroieotik lui, et s'unir à eux en même religion; qu'il ne voidoil plus différer davantage ; qu'il désiroit être reçu dès Ir dimanche suivant en l'Eglise, aller à la messe, et avoir pour cet effet l'abjuration qui lui étoit nécessaire. Qu'ils eussent en conséquence à dresser la profession de foi telle qu'ils estimeroient qu'il la lui faudroit faire , et à la lui porter dès le soir, pour qu'il pût la voir et déclarer son intention à la compagnie. » En quittant le roi, les prélats et les docteurs se réunirent, rédigèrent une profession de foi conforme à celle qu'on avait dressée par ordonnance du concile , et envoyèrent l'archevêque de Bourges, les évêques du Mans et d'Evreux la porter à Henri. Elle avait été surchargée d'une multitude de détails ; elle dépassiiit infiniment les points et les articles essentiels à la foi catholique. Au lieu de l'accepter avec la complaisana de l'indifférence et du scepticisme, il la discuta tout le samedi avec les prélats, demandant qu'on en retrancbM tout ce qui répugnaitàsaconviction, dans ce qu'elle avait d'éclairé et de légitimement résistant. Les présidents de Harlay et Groulart, venus k Saint-Denis pour l'abjuration, et le chancelier Chevemy, intervinrent pourqu'il oe fût pas forcé dans sa conscience : les prélats et les docteurs cédèrent tout ce qu'ils pouvaient ahandonner sans altérer la foi : la profession de foi fut changée et adoucie. Délivré de ce poids, il ne le fut pas de ses regrets. Lesamedi, les ministres calvinistes étant venus prendre congé de lui, il leur dit en pleurant : « Qu'ils priassent bien Dioi pour lui, qu'ils l'aimassent toujours, qu'il les aimeroit, se souviendroit d'eux, el ne permetlroit Jamais gu'iUeur /ûl fait tort, ni violence aucune à leur reliff ton. t> Gespanfles méritent d'être relevées. C'était l'assurance de la liberté de conscience qu'il donnait aux réformés : c'était le pré-

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EENTJMENTB BU ROI BN QUITtANT Bà RELIGION. Ml

ambule de l'édit de Nantes qu'il proclamait; et comme garantie de ses promesses,' il refusait de comprendre, dans sa profession de foi et dans la formule de sou abjuration; l'engagement de niiner les hérétiques de son royaume. Le dimanche , avant de se lever, il s'entretint quelque temps avec le ministre La Faye, ayant la main sur son col, et il l'embrassa deux ou trois fois. Telle était la violence qu'il se faisait, qu'alors et pendant sept ans encore, au rapport du calviniste d'Àubigné, il n'abordait pas un réformé sans lui dire : « Qu'il s'était fait anatbème pour » tous à l'exemple de Moyse et de saint Paul. ' n

Ce ne fut donc pas sans d'amères incertitudes, sans de ftoignants regrets, qu'il se sépara du culte de sa mère, de la religion dans laquelle il avait été noucri et avait vécu. Il tint bon cependant : il alla jusqu'au bout de son sacrifice, parce qu'ainsi qu'il l'avait déclaré aux prélats, la considération des misères de son peuple emportiùt la balance dans son âme ; parce que la liberté de conscience pour la Réforme, menacée à la fois par la Ligue et par l'Espagne, y était également attachée. Dans la conférence

< Lettres missives à la date do S3- juillet, t. m, p. 811. — Lestoile, p. 160, 161. QaelquesAiDB des tails curieux rapportés par [«stoile ont Ht relevés et employés avant nous par les aateura de la France protestante, t. V, p. 477, (78, — Procès-verbal des cérémonies, p. 90, 91. — Elle Benoit, protestant, Hist. de Fidil de Naolea, t. i, p. 9B, donne le détail qui est d'une si baute importance : n II est vrai qu'il ne voulut » jamais permettre la ruine des hérétiques de son royaume, que le H clergé lui vouloit faire jurer. » — SuUj, Œcon. roy., c. (1, t. I, p. 119, HO, pour te leite de la profession de foi de Henri. On voit par ce texte quels articles il jura. H. BeDii Martin, 1. 1, p. 331, tombe dans l'erreur quand il dit : a Les prélats voulurent lui taire signer une » confession de foi détaillée où se trouvoit exposée la croyance ron maine sur le purpaioire, les imaget, les indulgtneea, etc. // réaiala.u S'il avait résiste, surtout au sujet des images et du purgatoire, alors sa profession de foi n'aurait ptua été celle d'un catholique. La pièce rapportée pal Sully prouve absolument le contraire de ce qu'avance le moderne bisterien,

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48S LIT. m. CH. TV. ABJURATION BT JLBSOLDTION k SAIKT-DENIS.

avec Rosny, il s'était arrêté à l'idée que pour rhomme en ce inonde, la graode loi religieuse , l'obligation suprême étaient les œuvres '. Au tenne de la discussion sur les dogmes du calvinisme et du catholicisme, et au milieu des doutes qui l'agitaient, devant Dieu et devant la con»cience, comme devant l'honneur, il jugea qu'il avait à se guider et à se décider par le prîaàpe de la pratique et du dévouement.

Le dimanche 25 juillet, à huit heures du matin, il se rendit en grande pompe à l'église de Saint-Denis, précédé de ses gardes, accompa^é des princes, des officiers de la couronne, et d'une multitude de gentilshommes accourus de toutes les provinces. Arrivé au grand portail de l'église, il fut reçu par l'archevêque de Bourges, les neuf évêques, les docteurs et curés, et tous les rehgieux de l'abbaye de Saint-Denis. L'archevêque de Bourges qui officiait lui demanda qui ilétait. Il répondit : Je suis le roi/L' archevêque lui répliqua : Que demandez-vous? Je demande, dit Henri, à être reçu au giron de l'élise catholique, aposlohque et romaine. Le voulez-vous? dit Mf de Bourges. La réponse fut : Oui, je le veux et le désire. Et à l'instant le roi à genoux fit sa profession de foi ainsi conçue : « Je proteste et jure devant la face du Dieu tout-puissant de vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine, de la protéger et défendre envers tous an péril de mon sang et de ma vie, renonçant à toutes hérésies contrmres à ladite Eglise catholique, apostolique et romaine.» Gela fait, Henri reçut du prélat l'absolution et la bénédiction , fut conduit par les autres ecclésiastiques au chœur de l'Eglise, où il réitéra sur les Evangiles son serment et sa protestation, fit sa confession, entendit la messe, et fut alors pleinement réconcilié avec l'Eglise. Une révolution était alors commencée : l'abtme de la religî<m

' Sully, (Econ. roy., c, SS, 1. 1, p. 110 A, B.

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EFFETS DE L'ABJURATION SUR LES PEUPLES. i83

qui jusqu'alors avait séparé le roi des ligueurs de bonne foi, de la populatioa de presque toutes les grandes villes demeurées ea révolte, cet abîme était comblé. Le clergé de France haut et bas, séculier et régulier, du parti royal et du parti de l'Union , les archevêques et évêques, aussi bien que les curés de Paris, aussi bien que les religieux de Saint-Denis, usant de leur droit, venaient d'absoudre le roi, malgré les défenses et les meoaces du Saint-Siège, donnaient au corps de^ fidèles l'exemple de le reconnaître et de lui obéir. Les habitants de Paris, se passant des passeports que Mayenne leur refusait, fraDchissant les murailles delà ville alors qu'il en faisaitfermer les portes, tournant en dérision les excommunications lancées contre eux .par le légat ', étaient accourus en masse à Saint- Denis, et avaient assisté à la cérémonie, plus nombreux que les royaux eux-mêmes; remplissant les voûtes de l'Eglise de leurs cris de : Vive le roi! et versant tous, grands et petits, des larmes de joie. Henri reçut un pareil accueil des habitants des campagnes dans la plaine de Saint-Denis, dans la vallée de Montmorency et dans celle de Montmartre, quand il se rendit à l'église de Montmartre pour y faire ses dévotions ^. C'était une réconciliation morale du souverain avec la moitié de ses

1 Lestoile et son BDpplém., p. 163 A, 169 A. a Ce jour on quidam » aydut acheté la décïaratiOD du légat routre ceux qui iroieut ï Saintn Deuil à la mesie du roy, l'ayant veue, la déchire et pila aux piede u k Paria. — Ce jour un médecin nommé Thibault, sortant de Paris B pour aller à SaiDl-Deai*. tuât rencontré par M. de VUleroy, qui luy II demanda en riant s'il n'avoit point peur d'eatre escomoiunïé d'aller 4 à Saint-Denis. Au contraire, lui respoudit Thibault, j'y vais exprès u pour cela, afin de faire devenir noire ma barbe qui est blancha. a

■ Procés-Terbal dea cérémonies de l'abjuratioD du roi, et Di»coun des cérémonies observées à la conversion de Henri, roi de Navarre, dans les annales de la ville de Toulouse, par La Faille, t. ii, p. 89 et suivantes, et dans le^ mémoires de la Ligue, t. v, p. 383-SS7. — P. Cayet, I. v, p. *flM97. ~ Trtuauus, L cvu, §§ ft-e, t. ï, p. !9fr-29B,

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i&i UV. Ul. CR. tV. HENRt CONTRAINT MATENNC k LA THfcTK.

peuples, prélude de La réconciliation politique. Leurs transports indiquaient assez l'importance qu'ils attachaient à l'abjuration, et la nature des sentiments dont ib étaient désormais animés envers lui.

Pour achever de les gagner , Henri n'avùt qu'à s'efforcer de mettre fin à une guerre oii chaque jour les peuples s'approchaient d'un pas de plus vers une ruine entière et vers le joug espagnol : cette recommandalitm auprès d'eux ne lui manqua pas. Depuis sept mois, il offrait à Mayenne de suspendre les hostilités et de composer leurs différends par un traité. Comme le lieutenant-général n'avait accueilli ses ouvertures que par des tergiversations, il s'était mis en devoir de l'y contraindre par la force des armes, et il avait pris Dreux. Bientôt après, voyant La Ligue et l'Espagne agiter la royauté du duc de Guise et de l'Infante, il avait rompu l'armistice conclu pour Paris et pour les environs, ordonné à ses garnisons de recommencer les courses, d'arrêter les provisions, et de menacer la capitale d'un blocus nouveau et plus étroit (12, 13, 14 juillet). Contraint par la nécessité et par la profonde irritation qui se manifesta aiors dans la population de Paris , Mayenne consentit la trêve de trois mois, qui fut signée le 31 juillet, et publiée à Paris le 1" août. Durant cette trêve, les négociateurs des deox partis devaient travailler aux conditions de la paix, et ceux de Henri s'y employèrent énergiquement '. Le désir le plus ardent des peuples était la tin des bostihiés : Henri eut tout l'honneur de les avoir suspendues, et tout le mérite d'avoir cherché à les terminer. ,

11 avait satisfait aux deux grands vceux de la masse de la nation en se faisant catholique , et en donnant relâche

• Uanuscr. T'. oiW par fragment dons le registre da Tiers, p. IW. SID. — Le lexU de la trêve dans le regUtre da Tiera, p. 311-SSt. — P. Cayet, t. v, p. iSg-soo.

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LA lAlORITË NATIONALE PASSE AU ROI. ISS

à la misère publique. Dès lors, l'opiaioD fut pour lui et la majotilé nationale passa de son câté. Cette majorité se composa des Politiques parmi les catholiques et les huguenots, hommes supérieurs à leur temps, qui séparaient la religion du gouvernement et reconnaissaient Henri pour roi légitime, quelle que fût sa croyance : Rosny et La Force furent les représentants des Politiques parmi les huguenots. La majorité se composa encore du Tiers-parti, qui tenant pour les droits de la maison de Bourbon contre les Guises et les Espagnols, se trouvait fatalement amené à obéir à Henri, dès qu'il n'avait plus contre lui l'objection de son hérésie. Enfin, la dernière et la plus considérable pïrtie de la majorité était la Ligue française, qni n'était également séparée de lui que par la religion, et qu'ilvenaitd'attirer par son abjuration. Entre leshgueurs, les plus difficiles purent Bien attendre, les uns, son sacre, les autres son absolution par le pape, comme complénient indispensable pour eus de son catholicisme; mais la masse se soumit à lui de cœur et d'intention, aussitiït après qu'il fut réconciUé à l'EgUse par les prélats français. Les peuples, pour abandonner le parti de l'Union, n'attendirent plus,les unsque la fin de la trêve, les autres qu'une occasion favorable. Ces dispositions étaient celles de Paris et celles de beaucoup d'autres villes. Dès que Henri obtint la majorité nationale, il eut cause gagnée: dans l'appui que lui donnait cette majorité , il devait trouver et il trouva la force nécessaire pour vïùncre toutes les factions et les mettre à ses pieds.

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', IV. CH. I. ÉTAT DES DEUX PARTIS PunuiTT LA ThItE.

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