LIV. IV. CH. I. LA SATIRE MKNIPPBE
religieuse à lanûson et au sentiment des dangers pob^. D'Aubigné dit avec justesse et profondeur : « Si le fer bien mis en bes<^e a la première gloire de la décadence d'un parti et de l'élévation d'un antre, de l'entière victoire et de l'établissement de la paix, le second honneur est aux plumes bien taillées qui ont mené les esprits anx pensées, aoz connaissances, aux affections partuanes, d enfin aux choix qui ont enilé ou diminué tes partis, soît en nombre, soit en ardeur '. »
De tous ces écrits, le plus célèbre est la Satire Mémppee, immortel pamphlet qui couvrit la Ligue de ridicule él d'odieux à la fois. C'était plus de la moitié de ce qui était nécessaire pour faire un tort irréparable à la Ligne, car en France un parti atteint par le ridicule est un parti k demi mort. Malgré les assertions contraires de plusieurs critiques modernes, il est certdn que la premi^ paitie de la Ménippée, composée par Louis Leroi, a prêtre nor- » mand , homme de probité , ennemi des factions , et qui » avoit été aumônier du jeune cardinal de Boiubon, * fut publiée non-seulement dans le cours de l'année tS93, mais même peu de temps après l'ouverture des États de la Ligue. Tel est le témoignage du contemporain de Tboa. La Hénippétï, telle que nous la possédons aujourd'hui, se compose, outre la première partie, celle de Leroi, d'une seconde partie, la plus considérable de beaucoup, qui fiit l'œuvre collective de Rerre Pithou, de Gillot, de Rapin, de FI. Chrétien, de Passerat. Nous établirons |dns tard sur des preuves irrécusables, tirées du livre luimême, que cette seconde partie, moins quelques courts passages , ajoutés après coup, fut composée avant l'abjuration du roi, c'est-à-dire avant le 25 juillet 1593; qu'elle fut dès lors répandue par la voie des manuscrits multipliés, ainsi que beaucoup d'autres écrits de ce temps ;
< D'Aubigné, U m, 1. iii, c. 11, p. 186.
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MOBILES SU CLEnct: LIGUEUR. 189
que bien que la publication par voie d'impression n'ait eu lieu que dans les premiers mois de l'année 159i, la publication restreinte, par la voie des manuscrits, exerça une influence marquée sur les esprits et sur la situation dès le milieu de l'année 1593 '. On a dit avec raison que cette satire ne fut guère moins utile à Henri IV que la bataille d'Ivry. C'est un nouveau service d'un nouveau genre que le ptaû Politique rendit au roi et à la France.
Les Seize , le clei^ affilié à leur faction et à la Ligue espagnole, suivaient avec attention et inquiétude les dispositions qui se manifesttdent de toutes parts, et ils en prévoyaient les conséquences. La victoire du parti royal leur présageait la punition de leurs excès et de leurs crimes : la royauté de l'Infante et du duc de Guise, dont ils continuaient à poursuivre l'établissement, leur promettait, outre l'impunité, la garantie de ce qu'ils avaient arraché au public et aux particuliers, l'espoir d'obtenir ce qu'ils ambitionnaient. Boucher, par exemple, dont il va être question, voulait sauver les deux pensions qu'il s'était fait donner sur les évèchés de Fréjus et de BeauvEÙs, et après avoir demandé inutilement cinq ou six évéchés, en obtenir un entin *. Aussi durant la trêve, les Seize et le clei^é ligueur firent-ils d'incroyables efforts contre le roi, recourant à la fois aux moyens de la persuasion et aux crimes. Boucher s'étant emparé de la chaire de Saint- Merri, en l'absence du curé royaliste de Morenne, y prê-
1 Tbuaniu, I. cr, § 18, p. 134, ISS. — Vojez daoa le deruier volume de notre hùl^ire le chapitre de la littérature.
* ThUBDUs, I. cvn, § 10, t. v, p. S»6, — Ustoile, p. 69, 179, 310, lit. — Recueil des choses mémorables, arrivées depuis t&47 jusqu'en USt, feuillet 377. — Dialogue du Hanant et du Halieuittre, & la suite de la Ménippée, t. in, p. 476. « Boucher a-t-il pas demandé cinq et six D eveschez, et enfin a-t'il pas impetré pension sur celui de Beauvats, a comme auparavant sur celui de Fréjus.... Tous les chefs tant ecclé- B siastiques que laiz de vostre part; crèvent d'ambition et regorgent » de Unùns. d .
490 LIV. IV.CH.I.DËCBAINEHBNT DU CURGÉ LlflUECRCOHmeLE KOI.
cha neuf sermons du 1" au 9 août. U disait à ses auditeurs que le jour le roi allait à la messe , la nuit au prêche ; épuisait les arguments pour prouver que sa ccnversion était simulée, et son absolution nulle. Du haut des autres chaires de Paris les prédicateurs criaient : » Qoe » quand le Beamois auroit bu tout« l'eau bénite de Notie- » Dame, ils ne croiroîent pas en lui ; que c'étoit im Judas » qui trahissoit Notre Seigneur par un baiser. » Porthaise, dans l'église de Poitiers, les orateurs de la Ligue dans les diverses villes de l' Unioo , prêchèrent sur le même thème, répandirent les mêmes accusations et les mêmes calomnies. Tous tentèrent de retenir la masse de leurs auditeurs dans la révolte : tous poussèrent les plus esallésà des attentats, auxquels d'autres ecclésiastiques, leurs atfidés, se chargeaient de décider les fanatiques *.
Le 15 août, le prieur des Carmes disiût en chuireà Paris : « Qau le mois d'août n'étoit pas passé ; qu'on espérait que dons ce temps-là il viendrait quelque coup da ciel *. » Ces mots montrent qu^il était bien informé par les bomme's de sa robe de ce qui se tramùt alors même à Lyon, à l'autre extrémité du royaume. Un carme, un
< Lesloile, aux dates des I, T, 19 août 1S»3. p. 16S A, 169 A, 17* A. Tboanos, I. cvn, g 10, t v, p. i9e. I«9 neuf sermoDS de Boncher iv la simalét eonxuriion el autlilé de l'absolution de Henri de BourU»- Les cinq sermcDS de Porthaiâe, èsqueU est traicté de la timulit cmveriion du roy de Navarre, ont été imprimés au conunencBment de IWi Lee sennona de Boucher tonl dédiés au Légat. Voir sur ces sera»]» Le Ducbat, Remarques sur la Satyre Ménippée, Ratisbonne.llie.l.U, p. iO-ii; M. Labitte, Les prédicateurs de la Ligue, Paris, Founiier, 1841. c,*,^ l,i, p. 19Î, SOe-an. — Le chancelier CheTeraj dsns ses Mémoires, p. ftlT B, montre la conneiilé entre les instigations des pr^ dicateurs et l'alteolat de Barrière. <s Les mauvais et fdoi bniiU que B la Ligue faisoit courir partout que ta comtrsion du Roy etioil feinlt. H firent naistre iuBnis mauvais desseins en l'eaprit faible de plmïevn; a entre aultres un misérable et détestable parricide nommé Barrière. • n est aingulier que les critiques modernes, n'aient pas relevé U loimidoble uonneiilé de ces faits.
• Lestoile, p. 170 A.
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ATTENTAT DE BAHRIBHB. PHEHIBRES DiFBCTIONS DANS LA LIGUE. 491
capucin, deux prêtres de Lyon disposaient l'aventurier Barrière à une première tentative d'assassinat contre Henri , et l'envoyaient à Paris. Le curé Âubry, et le recteur des Jésuites, Varade, l'affermirent dans sa résolution ; lui persuadèrent de tuer le roi d'un coup de coutaau, en lui promettant le paradis et la félicité étemelle; puis l'acheminèrent à Melun, où Henri séjournait en ce moment. Barrière, pendant son séjour à Lyon, avait consulté le dominicain Bianchl. Le père ayant essayé, mais en vain , de le détourner de son entr^rise, en avertit le roi parle gentilhomme Brancaléon, qui partit en toute h&te pour Melun, et signala l'assassin. Barrière fut arrêté le 27 août à ta porte de Melun , convaincu de son crime sur des preuves irrécusables et ses propres aveux, et livré quelques jours après au bourreau '. Le meurtre comme moyen pcJitique ayant échoué, les événements furent rendus à leur cours naturel, et marchèrent rapidement.
Les querelles des gouverneurs de l'Union entre eux et avec Phibppe H amenèrent les premières défections dans la Ligue peu après la conversion du roi. Boisrozé crai-
■ Brier dieconra du procès crimioel Tait à Barrière, et extrait des registres du parlement, dans les ArcbiieB curieuses, [, xiir, p. B66-S68, BSg, 890. On lit aux pages 367 k la un, et SCB : a Ledit Barrière ajant » déclaré audit curé (Aubr;) «on inlenlion et résolution qu'il avoit n de tuer le roy, ledit curé l'asseura que ce seroit bien fait, et gagne- M roit une grande gloire eu paradis : cette parole le eonânna et ÎDcita D forl à coutiuuer sa résolutioD..,. Ledit curd lui dit qu'il Talloit aller B vers un jésuite qu'il lui nomma lora (Varade) , pour l'advertir de Il cette volonté et résolution qu'il avoit du tuer le roy.... L'ayant n trouvé, il lui découvrit aa mauvaise volonlè et iutention, que ledit ■ Jésuite loua, loi diaaut que c'était uue belle chose, arec autres » propos semblables ; l'eihorla d'avoir bou courage, d'estre constant, » et qu'il se hiloit bien contesser et fûre ses pasques. Et après l'avoir » excité de continuer, et assuré qu'il g^peroit paradis, ledit jésuite D lui bailla sa bèoédiction, disant qu'il eusl bon courage, qu'il priast B bieD Dieu, et Dieu l'assiëleroit eu son entreprise, n — Tout cela est coDflnoé par P. Cayet, 1. v, p. IS0&-S07, par de Thou, 1. cv][, g 11, t. v, p. sot da texte, par Lestdle et son supplément, p. 17f-17t,
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192 LIV. IV. CH. I. BOISnOZË ET BAUGNY. RÉVOLTE DE LTON.
gnait de se voir enlever Pécamp et Lillebonne par Villan, gonverneur de RoaeD : il fit sa soumissioD au rot, durant le séjour de ce prince à Saint-Denis, dans les premiers jours d'août : il lui livra ses deux villes pour en gard» le commandement'. Balagny avait usurpé la souva^n^té de Cambru après la mort du duc d'Anjou. Il se voyait à la fois menacé par le propriétaire légitime, et par Hiilippe II qui convoitait Cambrai : il craignait d'être ou mal défendu ou même trahi par Mayenne. Au milieu de ces dangers, il chercha un protecteur dans Henri, le re«Hinut pour suzerain , et abandonna la Ligue , à laquelle il avait jusqu'alors adhéré , par le traité conclu avec le rm le 19 novembre 1593».
Le duc de Nemours, frère utériu du duc de Mayenne, et cependant son ennemi déclaré, depuis que le lieutenant général avait traversé ses prétentions à la couronne de France, projetait de séparer Lyon et le Lyonnais du corps de la monarchie, et de transformer son gouvernement en une principauté indépendante ou même en un nouveau royaume de Bourgogne, D avait aigri les habitants par son o^ueil, ses violences, l'élévation et la rigueur des impôts, et il se préparmt à établir son despotisme, en concentrant des troupes nombreuses à Lyon et en y bâtissant des citadelles. D'E^pinac, archevêque de la ville, et l'un des deux agents principaux de Mayenne, retourna à- Lyon après la pron^ation des États de la Ligue, se mit en rapport avec la bourgeoisie et la souleva contre Nemours. Le 18 septembre, les habitants élevèrent des barricades; le lendemain, ils firent prison-
' SiiUy, (Econ. roy., c. «, p. US A. lis A. — Mém. de M" Dupleuig, t. I, p. 9flS. — p. Câyet, 1. v, p. Sï( A. ■ Le premier d« " l'Union qui alla recogDoistre le Roj dont Saincl'Detiii, ce M le H Bieur ds Boiarozé. » De Thoa, 1. ctii, g 12, t. v, p. SOS, boob apprend que le roi ne séjourna à Saint-Denis que jasqa'au SO aoùL
• P. Cayel, I. v, p. iU A. — Thuaniia, 1. cil, § 6, t. ï, p. «47, (M.
J.,r,l,z<,.f,C00gIf
NBHOURS PRISONNIKH A LTON : D'ESPINAC GOUVERNBUR DB LA VILLE. i93
niers leur gouverneur Nemours avec ses conseillers et ses genUlshommes, et les enfermèrent à Pierre-Encise. Ils élurent ensuite pour gouverneur leur archevêque d'Espinac, protestant ne vouloir se départir ni de k Ligue ni de l'obéissance au lieutenant-^éiiéral '. Mayenne ne vit d'abord dans ce mouvement populaire que le rétablissement de Son autorité, et s'en applaudit. Mais il y avaTt toute autre chose : l'exemple était donné par les bourgeois de la seconde ville de France de se révolter contre la tyrannie des gouverneurs de la Ligue, et beaucoup de chefs de ce parti résolurent dès lors d'échapper au danger où Nemours venait de succomber, en traitant avec le roi.
La trêve conclue pour trois mois fut prolongée effectivement pendant cinq mois, et jusqu'à la fin de 1593. Elle permit, il est vrai, aux villes de l'Union de respirer et de s'approvisionner; mais loin de nuire à la cause de Henri , elle la servit. La majorité des populations de la Ligue, sortie des horreurs de la guerre, témoigna énergiquemeat ne plus vouloir y rentrer ; c'étaient de nouvelles et pacifiques habitudes nées de la trêve, qu'il était déjà presque impossible de vaincre. Le roi développa merveilleusement ces dispositions par sa conduite dans les affaires religieuses. Ses ennemis accusaient la sincérité, mettaient en doute la durée de sa conversion. 11 répondit victorieusement à ces calomnies, dissipa les appréhensions chez tous les hommes de bonne foi et un peu éclairés, par une suite d'actes qui répondaient à tout. Du 9 août au 20 novembre, il écrivit quatre lettres au pape. Dans ces lettres destinées à la publicité, il prenait de nouveau à k face de k France et de l'Europe l'engage-
' p. Cayet, 1. t, p. S08-S1Î. - Thuaous, 1. cni, § 14, t. v, p. Sdfi, S07. — Lestoile, regiat. jouro., p. ITS B.
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i9i LIV. lY. CH. I. MBSURBS MUGieUSES PRISES PAB LK ROI.
ment de persévérer dans le catholicisme : il protestùl qu'incorporé à l'Église, sa ferme intention était d'y demeurer toute sa vie, etde rendre l'obéissance due au pcnlife et au Saint^tége. H dépêcha à Clément VM nue députation d'ecclésiastiques chargée de justifier auprès de lui la procédure qui avait été suivie dans son instruc' tion et son abjuration à Saint-Denis. H lui envoya en ambassade le duc de Nevers, avec mission d'obtenir la ratification de l'absolution qu'on lui avait donnée, de s'acquitter envers lui de ses devoirs de fils aîné de l'Église, de solliciter et d'obtenir sa bénédiction. Le duc de Nevers échoua auprès du pape; mais la grande moitié de la Ligue demeura convaincue que Henri avait époisé tous les moyens d'amver k une pleine réconciliation avec l'Eglise, et s'apprêta à agir en conséquence ' . Sully a supérieurement indiqué cette double tendance des peuples h ne pas se rejeter dans la guerre civile, et à passer pu* dessus les ajournements de la cour de Rome, encore retenue par les înlrignes des ennemis du roi. « Les peuples, » dit-il, qui n'entendent pas raillerie en matière d'aise n et de repos, et ont toujouTd en haine ceux qui leb en B privent, et aiment tous ceux qui les leur procurent, » nonobstant les serments prêtés à Paris entre les mains » du légat du pape, de ne vous reconnoUre jamais pour » roy, quelque catholique que vous puissiez devenir... V les peuples, sitôt qu'ils entendirent votre changement » de religion, n'attendirent pas & vous reconnoltre pour Il roy qu'il fût venu du pape l'entière absolution *. ^ Cette disposition politique et religieuse des esprits dans les masses prépara, de ia manière la plus active et la plus
< Leltres Missiv., t. iv, p. tO-lt, It, 17, 18, K, &t. — Disconn it UlËgalion de M- le duu de Nevers, dansseBUèinaires, t. ii,p. M7.4M.
* Sull;, (Econ. ro;., ch. ItR, t. i, p. 637 A. Noue ne cbongeoiM qat l'orthographe.
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UNE SECONDE DBFECnOH DAH3 LA LIGVB SB PRÉPAIIE. 195
décisive, la soumission d'une notable partie an pays à la légitime domination du roi.
Les résolutions prises par plusieurs seigneurs durant la trêve , agirent également avec puissanca sur les événements qui la suivirent, et ajoutèrent au mouvement de la défection. Les conférences pour la paix entre le roi et Mayenne continuèrent à Andrésy et à Milly, et la trêve qui devait expirer à la fin d'octobre, fut prolongée le 13 octobre jusqu'à la fin du mois de décembre 1593 '.La plupart des seigneurs qui avaient été chefs de la Ligue, mais de la Ligue française, firent un puissant et loyal effort pour amener Mayenne à traiter avec le roi et à donner la paix à la France. Ces seigneurs n'étaient ni des héros de désintéressement, comme nous le verrous bientôt, ni des martyrs prêts à donner leur vie pour la défense d'un principe. La crainte de se trouver dans un parti abandonné et vaincu, l'intérêt de leur fortune, de leur puissance, de l'avenir de leurs familles, entrèrent sans doute dans leurs résolutions. Mais ce ne furent pas les seuls mobiles auxquels ils obéirent. Ils aimaient assez leur pays, et ils l'avaient prouvé pendant la tenue des Etats, pour ne pas le rejeter dans le danger de perdre son indépendance, poiu* ne pas le replonger dans les intolérables souffrances de la guerre civile. Ils avaient assez d'honneur pour ne pas composer avec le roi et sortir de la Ligue, avant d'avoir donné le temps à Mayenne d'obtenir pour lui-même les plus honorables conditions. Ils n'épargnèrent donc ni avis ni sollicitations pour l'amener à traiter en même temps qu'eux , tandis que la Ligue était encore debout. Au mois de novembre, Vitry lui déclara « qu'il ne pouvait plus le servir ni suivre le parti
1 Villero;, Apol. et Disc, L il, p. ill B, 312, »6 B. — LestoUe et son Buppl., p. 177 A, B. — Lettres de Henri IV & La Force, 6 octobre et B uoTembre. — UÊm. de L> Force, t. i, p. Ut, Ui.
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496 LIV. IV. CH.l.LETTDESBT AVIS LOYAUX DES SEIGNEURS A MA TBHXE.
H de la Ligue, et qa'étant le roi calholique, il ne pouvait » être autre que son serviteur ' . » Villeroy, qui avait découvert le pacte et le serment du 23 juillet, épuisa les plue solides arguments de la raison, de la saine politùpie, du patriotisme, pour engager Mayenne à rompre ses engagements avec TEspagne et à se tourner du câté du roi. Il lui exposa de vive voix et à deux reprises les faits et les raisons qu'il consigna quelque temps après par écrit dans une lettre. Comme elle peiut vivement la situation, les sentiments des seigneurs de la Ligue française et des villes, nous en citerons les principaux passais. «Nous n vous demandons une négociation de bonne foi , publi- » que et authentique... Vous estimez ce chemin être trop » périlleux et honteux. Je crois, pour mon regard, non- » seulement qu'il ne peut être que très-sùr et utile au » général , à voire particulier très-honorable et à votre » grande déchaîne, mais aussi qu'il vous est unique ^ B qu'il ne vous en reste point d'autre pour arrêter le lual » qui nous presse. Monseigneur, je vous dis ceci fran- » cbement, comme ami de la patrie , jaloux de la conso-- » vation de notre religion et de votre réputation et sern vice. Chacun est las de la guerre, et il ne sera [dus à B l'avenir question de la rehgion : il ne sera plus en votre » puissance de vous défendre et conserver et bien hire à n vous-même. Je ne vous dirai les raisons sur lesquelles » ils se fondent, car vous les sçavez et sentez mieux que » persoime; mais croyez, je vous supplie, qu'il y a peu » dp gens qui prennent plaisir de se perdre de gaieté de n cœur, et d'épouser un désespoir pour le reste de letir » vie et de leur postérité. Les bonnes villes et commu- » nautés sont le plus bandées à la paix, comme celles qui B se trouvent déchues de l'espérance qu'elles avûent conn çue de cette guerre , et en supportât plus le tourment ' UaDifeste de Vitry dans Cayel, I. v, p. W8 A,
LA LIHUE BSPICNOLE ATTAQUE ET ÉBRANLE HAyEMNE. 497
» que les autres. N'attendez donc pas les effets de leur » désespoir : vous êtes trop foible pour l'empêcher, et il n est déjà trop avant pour être retenu par douceur et par D art. Vous l'éprouverez et connaîtrez, Monseigneur, et ù Dieu veuille que ce ne soit trop tard pour son service et » pour votre service particulier '. » La Chastre écrivait à Mayenne , lui adressait des déclarations non moins explicites, non moins franches, taudis que la trêve durait encore *.
Les faits parlùent plus haut que les avertissements de ces sincères amis. Tandis que la Ligue française se disposait à l'abandonner, la Ligue espagnole, malgré le pacte secret du 23 juillet, lui faisait une guerre acharnée. Pendant toute la trêve , les Seize et les prédicateurs s'effonùrent de le perdre dans son propre paili , de le renverser, d'élever sur ses ruines l'Infante et le duc de Guise. Dès les premiers jours d'août, les prédicateurs se déchal-
* La lettre de Villero; te trouve à la snite de ses HémoireB d'État, t. II de la coUecUoD Micliaud, p. ISi. 3SS. Cette lettre est du 3 janvier 1S9(, après le moment où Villeroy s'est séparé de Mayenne. Moia on voit ({D'elle n'est que la repradnction par écrit des principales raisons altègnées de vive vois par Villeroy, durant la trêve , pour décider HaymDe à la paix. (Villtroy, Apol. et Disc, t. xi, p. i1t-2t6, 3tS A.)
< La lettre de la Cbastre k Uayenuc se trouve dans les Mémoires de Neverg, t. ii, iu-folio, p. 701-706. Cette lettre, très pressante, est antérieure à la Hu de la trêve. « Eu ce qui est de mon particulier et de » mon devoir, vous m'y trouverez toujours tel, et vous vous soun viendrez que je vona ai plusieurs fois discouru de ce qui pourroil B arriver à la Gn de la trêve, si auparavant itelle voua ne prenez » quelque résolution. Je crois que ce n'est pas en cette ville seule o qu'il se trouve la plupart du peuple qui désire ardemment la
0 repos.... Pour Dieu, Monseigneur, pensez à vous, à la religion, à
1 l'Etat, à voire maison et famille, et n'assujettissez ces choses pré- » cieuses sous la domination d'autrui o Les ministres de Philippe 11, à Paiis, pouvaient bien accuser La Choslrc, Vitry, Villeroy, de trahison quand ils abandonnaient Mayenne; mais les tûstoriene rrantais tout récents, entre autres M. Sismondi, t. m, p. Ui, qui répètent ces imputations et taxent les ligueurs Tranijais de per&dîe, n'ont pu le Taire que par une complète ignorance des pièces qu'on vient de lire.
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498 UV. iV. CH. I. CONFÊRENCBS D*ANI»tB8r ET DB MnXT.
nèrent contre'son hypocrisie et son ambition, et ne discontJDuèreat plus leurs attaques. Au mois de septembre, les Seize, s'uoissant aux Jéauiles, complotèrent contre son autorité. Au mois de décembre, ils portèrent les coops les plus sensibles à sa considération et à son autorité, en publiant un pamphlet intitulé le Dialogue du Manant et du Maheustre, où il était plus cruellement déchiré que dans la Ménip[»ée elle-même. Presque destitué déjà de la force matérielle , il perdit alors tout appui dans l'opinifHi pubUque, et ne conserva plus que de misérables restes de son ancienne puissance. Les prédicateurs provoquérent les assassins à le frapper : ils le comparèrent à Ëglon , le qualifièrent en propres termes de gros pourceau , gorgé de bons morceaux et de délices, et appelà«ut contre lui, aussi bien que contre le roi, le glaive d'un Ahod '. Évidemment la main de Philippe II était derrière toutes ces attaques : il les provoquait ou les aulorisait. Son dessein était de ramener Mayenne aux conditions qu'il avait souscrites un moment les 9 et 10 juillet; de le contraindre à se contenter pour prix des hostilités contre Henri de quelques provinces détachées de la monarchie; d'affaiblir incessamment.le duc jusqu'à ce qu'il l'eût amené à renoncer à la lieutenaace- générale et à toute participation au gouvernement de l'État, en laissant la souveraineté entière à l'Infante et à l'ëpous que Philippe II lui choisirait, l^s attaques de ses ennemis , les déterminations des
> Lestoile, àladale du {"août 1S93, p. 16K B., bcelle-dn It aoflt, p. 169 B, «Ledaude Mayenoe dit au légat quea'îlne lui faisoit raison n ded prédicateurs, il aavoit bien le moyen de «e la laire taire. Sur quoi Il le Ugat les maDda pour leur dire qu*ils eusseut b prescher plos mo- » deatement. Dout ila tirent si peu de compte qa'oD ne les onlt jamaia n prescher plus séditieuse ment, s — Au 1" septembre , p. 17t 6. — Aux 9, 10, lî, 18, 18 décembre, p. IBt-lBt. — P. Cayet, 1. v, p. SSl. Le Dialugue du Manant et du Mahtatlrt, dans les preuves de la Satire Ménippée, t. m, p. 387-S80.
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