‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 120 sur 158 · OFFRES, PROMESSES, FOURBERIES DE HATBNNB · texte numérisé non relu

OFFRES, PROMESSES, FOURBERIES DE HATBNNB

seigneurs, les dispositioDS des peuples dans la plus grande moitié de la Ligue, toutes circonstances mineuses de sa fortune, n'amenèrent pas Mayenne à de plus sages résolutions, ne le guérirent pas de la passion du pouvoir souverain passée chez lui h l'état de monomanie. H se flatta de Qéchir la liaîne de Philippe II, de l'amener à une alliance sur le pied de l'égalité et au partage de ladominanatioQ avec lui, renoua toutes ses intrigues, et leur donna un nouveau degré d'activité. Dans les conférences d'Andrésy et de Milly, et pendant toute la durée de la trêve, il traita de la paix avec le roi, par l'entremise de Villeroy et de Jeannin, auxquels il cacha ses secrets desseins et ses véritables intentions. D promit d'envoyer à Rome le cardinal de Joyeuse et le baron de Senecey, pour presser le pape d'agréer l'abjuration du roi, après quoi il mettrait tin à la guerre civile, parla reconnaissance de Henri pour son légitime souverain. Il promit encore de s'entremettre auprès de Philippe II, de ménager de tout son pouvoir un accommodement entre la France et l'Espagne, et le rétablissement de la pùx dans la chrétienté entière. Sur les assurances qu'il donna par l'organe de ses négociateurs, il obtint la prolongation de la trêve pendant les mois de novembre et décembre. Voilà à quoi il s'engagea, voici maintenant ce qu'il fit. Il dépêcha au pape un certain Montorio, avec chai^ de joindre les plus vives.ins(ance9 à celles du légat et de la faction espagnole, pour empêcher le pontife de ratifier l'absolution de Henri. Il en- voya à Madrid son beau-fils Moutpezat et son confident Huissier, pour regagner la confiance du roi d'Espagne et de son conseil, les amener à ses vues et à sa combinaison; obtenir qu'en élisant l'Infante reine de France, on la donnât en mariage à son Hls aîné, et qu'on lui maintint à lui-même la lieatenance-générale; si le roi d'Espagne y consentait, régler les conditions d'un traité , et

^oiizccbvGoogle

500 LIV. IV. CH. I. ses négociations ATBC le pape et PBIUPK u.

obtenir les secours nécessaires pour achever l'entreprise. Les Espagnols qu'il avait si souvent trompés , le troii>> pèrent pour l'empêcher de traiter avec le roi. Leurré par Taxis au sujet de la royauté et du mariage, par Philippe II au sujet de la Heutenance-générale, il continua avec la plus grande activité , et à deux reprises , les négociatjoos entamées à Madrid sur ce {dan. H espérait qu'une nouvelle prolongation de la suspension d'armes lui donnerait la facilité de terminer les pourparlers diplomatiques, et de changer en amitié et en alliance, ses désaccords précédents avec le roi d'Espagne.

Deux faits mirent eu évidence pour tous sa du[dieité et ses secrets desseins. Il arriva à la fin de la trêve, en usant avec le roi de ter^versations et de délais sans fin, et en évitant de conclure aucun traité. Le pape déclara qu'il ne recevrait pas le duc de Nevers comme ambassadeur du roi de France, mais seulement comme prince italien. Dans les audiences qu'il lui accorda à partir du 23 novembre, il refusa constamment de sanctionner la couver^ siou du roi, et de l'absoudre même dans le for de la conscience , lui ôtant ainsi les moyens de désarmer , sinon la masse de la Ligue, au moins la classe de ligueurs qui prenait pour loi suprême l'autorité du Saint-Siège, et le laissant exposé aux fureurs régicides des exaltés. On dé~ cbuvritque Mayenne avait faitjouer tous les ressorts pour amener le pape à cette résolution , et qu'il était de moitié avec les Espagnols et l'ambassadeur du roi catholique, lesquels, de leur côté, avaient épuisé les menaces pour empêcher le pontife de réconcilier le roi à l'Église ' . Les sei-

• Pour ces deuï paragr^hes, ViUeroy, Apol. et Dis*., p. SOV-Stl. — P. Matthieu, p. lS6,ieo. — Davik, I. iiv.p. 433, tts, t4».Méifray. Grande Hûloire, p. 10S7, lOSS, tOGt. — Tbuanns, I. cvm, g s, t. V, p. SIS. —P. Cayel,!. v,p. SI3-5S3, — DiecouradeU légation de 11. le duc du tieven, dans la tome u de s«s Uémoircs, p. 437-489, et aotaiDDient lei p. 439, 4(0. — ChevErc;, Hécn., p. Ml. « Le» grandr^

DoiizccbvGoogle

LE ROI ABFUSe tlNB BECONDS PROLONGATION DE lA TRftVE. 501

gntturs de la Ligue française trouvant dans Mayenne cet entêtement de prétentions chimériques et coupables, cette inflexibilité d'ambition, séparèrent alors leur cause de la sienne ; beaucoup de villes avaient déjà pris leur parti. Seigneurs et villes résolurent à l'envi de passer au parti du roi ; ce fut un sauve qui peut général dans la îlgae française. Le duc ne maintint plus son autorité , et avec peine, que sur la moitié de la Ligue guisarde, et sur ceux des catholiques chez lesquels il y avut conviction arrêtée, préjugé ultramontain, que le roi ne pouvait être absous que par le pape.

La suspension d'armes n'était bonne qu'à fournir à Mayenne les moyens de poursuivre ses intrigues , à Philippe n qu'à sorUr de ses embarras, à l'un et à l'autre qu'à rassembler des forces et à les faire avancer en France pour recommencer la guerre avec plus d'avantage. Henri isefusa donc à Mayenne une seconde prolongation de la trêve qu'il sollicitait, et à U fin du mois de décembre, ou sut généralement que les hostilités allaient recommencer. Alors plusieurs hommes d'État, plusieurs gouverneurs, bon nombre de villes arrêtèrent de passer des résolutions à l'exécution, et d'embrasser le parti royal. Les uns se prononcèrent avant l'expiration de la trêve et la fin de l'année 1593, les autres au moment même où les deux partis reprenaient les armes. Le 23 décembre, Villeroy se sépara solennellement de Mayenne et se retira à Pontoise, pour disposer son fils à rentrer au service du roi et

» et arUScieuses pourauiteB que ceux de la Ligue et les agents d'Es. • pagne Brent à Rome pour destoumer le pape de la créance que ■ M. de Nevers lui donnoit de la vraye convenioa du roy. » — Dieeoura de La Chastre aux principaux de la ville d'Orléans : o L'ambasn sadeur do roy catholique résidant à Rome près Sa Sainteté l'a bien » osé menacer, aoubs le nom de son maistre, qu'il ronproit l'alliance n et amilié, s'il conaentoit k recevoir le roy à sa convemon, el de s plus lui dit qu'il etnpescheroit les traites de bteds qui viennent de n Maples et de Sicile à Rome, pour la nonrritnre de ce grand peuple. i>

503 UV. IV. Cfl. 1. SECONDE DÉFECTION DANS LA UGUE FIUNÇAISG.

à lui remettre cette ville. Le 24 décembre, veille de Noèl, Vitry déclara qu'il ne pouvait plus combattre le roi depuis qu'il était devenu catholique, et qu'il avait acquis ainsi le seul titre h l'obéissance des Français qui lui manquAt encore. Les babitants dft Meaus prir^^nt le même parti que lui , et tous ensemble se soumirent à Henri. Le manifeste qu'ils répandirent, dans les premiers jours de janvier, pour expliquer leur conduite, fit sur les populations de la Ligue une impression plus forte encore que leur exemple. Le roi, de son cdté, publia le 27 décemlve une déclaration dans laquelle il comparait sa conduite à celle des ennemis, dénonçait leurs projets à la France, prouvait qu'on le contraignait à reprendre les armes, ouvrait enfin une nouvelle voie à la pacification, en offrant amnistie à ceux qui dans l'espace d'un mois abandonneraient le parti contraire ' . Ces faits, qui se prêtaient un mutuel appui, ajoutèrent à l'ébranlement général de la Ligue.

Pendant la trêve, le roi s'était mis en mesure de faire tête à ses ennemis, s'ils ne se prêtaient pas à un accommodement : quand elle expira, il avait tout préparé, au dedans et au dehors du royaume , pour reprendre avec avantage la guerre contre Mayenne et contre Philippe If. n tint sur pied les forces nationales : il ordonna une levée de 6,000 Suisses qui ne tardèrent pas à entrer dans le royaume * : il chercha à tirer de ses alliés tous les renforts qu'ils pouvaient lui fournir. La reine d'Angleterre l'avait vu avec chagrin et avec inquiétude abandonner la Réforme : elle lui avait écrit sur son abjuration une lettre

' Lellres missiv., 5 janvier 1S94, t. iv, p. 84. — Villeroy, ApoL et Di«c., p. Î19, MO. — P. Cayet, 1. v, p. 5ae-5!9. — Thuantis, 1. CTm, §g 10, 11. — l.esloiln et son suppl., p. 185, 193. — Mémoires de U LiRiie, t. ïi, p. It-ÎS.

* Davila, 1. xiv, t. in, p. t70. — Lettres laUsiv., au SI janvier liSi, t. !v, p, 87.

PREPARATIFS HtLITAIRES ET KEC0CIATI0N8 DU ROI. 503

remplie de reproches '. Cette altération de leurs anciens rapports, de leur précédente entente, n'avait pas duré. Le roi avait prouvé bientôt à Élisabetli qu'en se reprochant de Philippe II par la religion, il en demeurait aussi éloigné que jamais par la politique, par ses sentiments pour les réformés, par la conduite qu'il entendait tenir à leur égard. Au mois d'août 1 593 , Henri et Elisabeth signèrent à Melun une convention aux termes de laquelle les deux souverains s'engageaient à ne traiter ni de paix, ni d'aucun accord avec le roi d'Espagne, sans le consentement l'un de l'autre *. La convention ôtait au roi la liberté qu'il avait -conservée jusqu'alors de terminer ses différends avec le roi catholique, sans l'aveu de l'Angleterre, s'il y était convié par l'occasion favorable, ou contraint par la nécessité. L'engagement n'était pas conditionnel \ il n'était subordonné à aucune ligue ou confédération entre les contractants : la convention ne fixait non plus aucune quantité de troupes ni d'ai^nl à fournir par Elisabeth. Mais en enchaînant le roi aux déterminations de l'Angleterre, elle imposait en retour à la reine de graves devoirs à remplir envers son allié, ell' esprit du pacte était parfaitement défini peu après par les négociateurs français, quand ils disaient à Elisabeth :

< Camden, para quarta, p. SU, édit. de 161S.

• Camden, p. 61ï, an l&9g, h Inlerea pacUo fit int«r reginam et » eum Meloduni mense augnalo. n — Du Vair, Advia sur le Taîl de la présente négociation, dans aes Œuvres, Parii, S. Cramoia;, 1641, in-rolio, p. 1169. « Le roy el la reyne d'Angleterre avoient, déa I'bd u 1B93, promit purement et timplement l'on à l'autre, par lettrea-pa- M tentes signëea et acelléea de leur sceel, de ne point taire la paix, ny Il d'acvord avec le roj d'Espagne, sans le conaenlëment l'un de l'autre, n Le roi reçut la contre promesse d'Eliaabetk au mois de mars 1SS4 (Lettres Uissiv., t. iv, p. 116). Sans la connaissance de celte convention de 1S93, l'on ne peut apprécier eraclemeiit lea stipulations elleit obligations plus ou moins étroites du traité subséquent de I5S6, par lequel Henri et Elisabeth concluaient eoaeoible une ligue oflenaive el défensive.

^oiizccbvGoogle

50i UV. IV. CK. I. PACTe AVBC BUGABBTH.

« Nous avons promis de ne nous point accorder sans T> vous avec le roy d'Espagne. Caste" obligation là denostre » part, n'emporte-t'^lle une condition delà TOstre,sçavoîr n est que vous nous donniez le moyen de subsister et de » soustenir la guerre ■? » Au lieu de petits et capricieoi secours, Elisabeth était tenue désormais d'envoyer au roi des armées, de lui livrer toute la partie de la force militaire de l'Angleterre qui o'étût pas aécesstdre à sa défense. Le roi espérfùt qu'Elisabeth embrassermt la grande politique : il comptait qu'elle lui prêterait une aide sérieuse et puissante, pour abaisser leur commun ennemi, l'Espagne et Philippe II. La convention de 1593, ignorée des historiens modernes, établissait des rapports entièrement nouveaux entre la France el l'Angleterre : nous venons comment Elisabeth remplit les obligations qu'elle lui imposait.

■ Proportions failes à la reyne d'Anglpleire par Im s«itpieurs d« Bouillon et de Saocy, daos les CEuvres de Uu Voir, p. 11S6, in-folio.

^olizccbvGoOglf

iA SUCCBSSION PBS FAITS-

Page 1