‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 121 sur 158 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Lt parti royal et la Ligue depuis f expiration de la Irivejuigu'à la réduction de Paria (le janvier-S^ mari 159i).

An moiDCal de la nprlK dn hoMIJIt^ ealtt \t parti roiil et 1« LLkuf, HenH cl lea peuplti de U Llifue rrantalM >« rondiilient pir dcsi graurlH et pnlrlotjqiies Idêts. - Etit de U )>ri>niice. Ali, le Vntltmeux d'Ali el une partie de t* Pro- KDce M MHimetleni h roi (S Janvier 15M). Pr«n>BailTa et aclion pollilque du Partemeol d'Ali : eipulMon de l'arebevtque d'Ali C^njtirard, qui l'effoice de ■oBlenIr ta LItnï.— Nouieau HDltveinent de Lyon. Les taabllanta, Talnqaeura dea ligueun, reeoDoaliRDt el prodament faulorlM du mi, malgré leterTortade d'EaplDac, leur arcbeT«queel leor nouteaD gouTerneDr (S« tïvrlerlSM). Déiin-

aprèfl- I^trefl adreio^i par le roi aux Lyoanali r édlt donné pur lui eu leor

détetmlnatlou qu'ils prennent de le ranger au parti du roi. ~ Traité de Tille-

llonl aulqaelles lia meheot lenr HumlBlon (preRilerajour* de ferler). Trall« de d'Eloumel pour lea illlu de P«ninne, Hoye, Hsntdidier. Epoque é laquelle eea deni Iralt^ dolTent atolr leur e»*futlon. - La Chaatre ramtne k l'ohélalance dD roi Orléani, Boiirgei, et toute la partie éi t'Ori^anals et du Berry qui luaqne » a oMI h la Ligue et k Mayenne (IT Hvrter ISU). - Le rat aide k ta défeetlon qui a'opère dans ce parll, eu emplnyiinl à la fol» lei moyens de l.i hiree, et ceux de la eonclllation et de la pollllque. Il Batte Irg préjoo's et lea eilgenee* d'une psrlle des peuple* de l( Ligue eu ae raiianl sacrer k Cturtreu [?7 Hrrier)- — Etal de Pari*. La partie honntte du peuple, la hnorgeolale el le Parlemcnl aspirent k u replacer sous l'ot»<iB*ance de Henri. Enerclqnes nesorea prlseï par Uayenne pour entraver l'eltll de ces dlBpoallIoni, pour arrCter

l>mp«cher de te rendre msllre de Paris, perpétuer l'aoarchîe, rAablIr la paliaance dee (randa. Conflll du Parlement et de la boilrseellls avec Mayenpe I Interpellation du Parlement fc Mayenne de recnnnattre l'autoritë du rai, et

raenai;ante (11 janvier-» Kvrier). Danger que czourt Mayenne t rester d>ns Parie : il en »on et va ic mellre k la l«e des torr-es llgoeu»™ qui k rassemblent aulonr de Solasona (S mars)- - Clrronstances dlvenea qui favnrbent l'Inaurrectlon de ParUi. I^ rëvolullon de la capitale est une prise d'arnea de la bouTgeoiate, ald«e par un eorps de troupes rtgnlltrea. Mesures prltea par le

Iroopes royale! dana Paria. Force» rassembla el habllemenl dirigées par Heurl. Le rjl est reçu dans Parla. Occupation des trois grandea partie* de la ville par

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S06 UV. IV. CH. II. CE QUE SE FROPOSEKT U MH ET LA LIGUE FBANÇAISB.

iSM).

Au moment où les hostilités recommeocërent entre les deux partis, Henri et tes peuples de la Ligue se jn^occupèrent manifestement de deux grandes idées. Le roi sentit que le moment était venu de reconstituer la France, de recomposer à la fois le territoire, et le pouvoir central nécessaire au maintien de la société , qne les guerres de religion, et en dernier lieu la révolte de la Ligue, avûent tous deux mis en pièces. Les peuples de la Ligue comprirent de leur cdté qu'il était temps pour eux de se délivrer de la dure servitude à laquelle l'anarchie et la puissance espagnole les avaient réduits, et proclamèrent partout leur intention de rétablir la liberté française. Le roi et les peuples de la Ligue résolurent de concert d'exécuter leur projet à tout prix, tandis que l'épuîscment de Philippe 11 le contraignait à faire trêve ponr le moment à son inimitié, et donnait à la France un relâche qu'elle ne devait pas retrouver plus tard. L'occasion était trouvée' : ils arrêtèrent d'en user, même en se soumettant aux plus durs sacrifices, quand il le fallut, et ils montrèrent ainsi qu'ib se conduisaient par les principes de la plus généreuse et de la plus grande politique.

1594. Nul pays peut-être dans tout le royaume n'avùt autant souffert de l'anarchie que la Provence. Le nombre des factions, encore accru, s'élevait à six au commencement de 1594. Le parti de laLigues'étaitscindéen quatre factions : celle de la comtesse de Sault, celle du comte de Garces et de Mayenne, celle de l'étranger dont unebranchet«naitpourle duc deSavoie,eI l'autre inclinait vers Philippe IL Le parti du roi était divisé de son c6té en deux ft-actions. L.es chefs de la première étaient Lesdiguières depuis la mort de La Valette, et quelques mem-

SOimi&SIOK D'aIX, du PAM^MENT et d'une partie de la PROVENCE. 507

bres du Parlement d'Aix réfugiés à Sisteron et constitués en Parlement royal, qui soutenaient franchement la cause de Henri. A la télé de ta seconde se tro>iva)t d'Ëpemon, qui, au milieu des dangers du roi, lui avait extorqué la concession ou la confirmation du titre de gouverneur de la province, et qui voulait employer l'autorité attachée à ce titre et une armée de Gascons qui ne dépendait que de lui, à subjuguer le pays et à s'y créer une principauté féodale et indépendante. Au milieu de ce chaos, chacun des six partis avait ses créatures, ses soldats, ses villes, et exerçait ses prescriptions et ses ravages sur les districts du i>ays qui ne le reconnaissaient pas. 0)mme la Provence avait fait une plus rude expérience des révolutions que toute autre province, elle se déclara aussi l'une des premières du royaume en faveur de Henri, cfaercbant sous sou autorité et sa protection une Su à ses maux. Les parUsans de la comtesse de Sault et les carcistes se réunirent aux royalistes purs pour se débarrasser à la fois du despotisme de d'ËpemoD et de la domination de l'étranger. A la fin de 1393, plusieurs seigneurs et plusieurs villes telles que Perluis, Mauoaque, Digne, Toulon, Tarascon, se révoltèrent contre d'Épernon et se confédérèrent. Le 3 janvier 1 5,94, les principaux seigneiu^ assemblés décidèrent de reconnaître Henri , de lui livrer Aix, capitale de la province, de faire désormais administrer et rendre la justice eu son nom, de poursuivre la destitution de d'Epernon comme gouverneur , de continuer la guerre, pour détruire le fort qu'il avait bâti près d'Aix dans le dessein de l'asservir. Le 5 janvier cette décision fut approuvée par le conseil général du pays et par le Parlement d'Aix, qui deux jours plus tard rendit un arrêt en conséquence.

On n'aurait qu'une idée incomplète du rôle politique que jouèrent les Parlements à cette époque de notre histoire, si

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508 UV. IV. CK. H. POUVOIR POLinQUB DU PARUEMBIfT D'âlX.

l'oD n'examinait d'une manière particulière ce qai concerne le Parlement d'Aïs. Ce corps, qui avmt étél'un des promoteurs de la révolte contre le dernier Valois, qui en 1589 avwtcommandéetlevédes armées, puis en 1590 déféré la souveraineté du pays au duc de Savoie, décidait maintenant en dernier ressort de la soumission à Henri IV. Les déterminations de la noblesse, et des représentants ou procureurs de la province, ne prenaient force de résolntion délinitive qu'avec le concours et la sanction du Parlement, qui gouvernait plus encore qu'il ne rendait la justice. On doit remarquer aussi que de tous les Parlemeots de la Ligue, celui d'Aix passa le premier au parti royal En conséquence de l'arrêt de cette cour et du voçu des autres ordres, des députés furent envoyés au roi pour lui porter la soiunission d'Aix : l'archevêque Génébrard, qui s'efforçait de soutenir la Ligue, fut chassé et contraint de se retirer à Marseille. Quelques mois plus tard, l'ordre public fut consolidé à Aix. par la reconstitution du Parlement, hs Parlement royal établi à SistwoQ, et quelques magistrats réfugiés à Marseille, rentrèrent à Ais et se réunirent au Parlement ((ui venait d'abandonner la Ligue : tous ensemble ils ne formèrent plus qu'un même corps. Mais plusieurs années s'écoulèrent encwe avant que la Provence put se débarrasser de ses tyrans locaux. Le doc d'ËpernoQ refusmt d'abandonner le gouvernement, même après la révocation royale, et tenait encore plusieurs villes : le duc de Savoie occupait Berre et Grasse; Gasaux et Louis d' Aix exerçaient à Marseille un odieux despotisme , et quand ils le virent échapper de leurs mains , ils essayèrent de livrer la ville à Philippe II ' .

' Pour ces trois paragraphes, les regûtres da pays cités par Boncbe. HUt. de Proveuce, 1, i, p. 78(-787, 79S, 796, 799, 891.— Thuonus, 1. cvui, § IS, I. V, p. 839. — La réunioD du parlement royal de Sisteron an parlement d'Aix eut lien au mois de jnin 1S94.

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LYON BN DANGER DK DEVENIR L& PR01B DBS ESPAGNOLS. 509

Entre la soumission d' Aix et la soumission de Lyon il y a haisou étroite, et comme défection à la Ligue, l'exemple de la première ville entraîna la seconde ainsi que s'en plaignait Mayenne ' . Mais c'est le seul côté par lequel la révolulion de Lyon se rapproche de celle d' Aix et des autres villes qui, pendant la trêve ou à son expiration, s'étment déjà réduites au service du roi, les uues à l'instigation de leurs gouverneurs, les autres par arrêts de leurs parlements et décision des États de la province, toutes sans opposition et sans péril. Les premiers en France, les Lyonnais donnèrent l'exemple de secouer au périt de leurs tètes l'autorité des gouverneurs et magistrats de la Ligue ; de vaincre la résistance des capitaines et soldats de la garde bourgeoise servant cette faction ; de prévenirou de rejeter l'occupation de l'étranger. Les habitants de Lyon appréhendaient que les deux frères' Mayenne et Nemours ne tissent la paix à leurs dépens ; ils redouteient les vengeances et la tyrannie de Nemours, comme les Provençaux celle de d'Eperoon ; ils voyaient enfin l'invasion des Savoyards et des Espagnols menaçante. En effet ils avaient surpris depuis peu les lettres que le duc de Terra-Nova,' gouvemeiu' du MUanez, écrivait aux ligueurs de Lyon , et dans lesquelles il leur promettait de leur envoyer au premier jonr des troupes, pour arrêter , disaitr-il , les courses du marquis de St^rlin , lequel ravageait les environs de Lyon afin de tirer vengeance de l'emprisonnement du duc de Nemours, son fi-ère. Or, parmi les Lyonnws il n'était pas d'homme de quelque intelligence

< ThuanuB, 1. cvm, § IS, t. v, p. 3S9. « Id graTiagime inter alia Uilil

» MedDODins, Carsii exemplam veritus et ad iDjuriam revocans.

Il Eaqne de Te Ulteras ad UaMîlieDseg, exposlukationis plenat nouia » Hvliia acripsit, qaibtis et pneter spem et meritum id eibi accidùse » ab homiiie, de quo muiua Buspicobalur, eumqut defeelione na Luga duneraibuj et AureliaDeiieibua se Biturigibu» ad âdem fatleDdam, u 5t^nuni peœtulisu querebalur. a

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510 LIV. IV. CR. II. RisOLVnON DES PRINCIPAUX BOUHCKOIS.

qui De vit que les Espagnols, entrés à Lyon sous prétexte de secourir les ligueurs, leurs alliés et leurs amis, s'empareraient de leur ville '. Contre tous ces dangers ils ne trouvaient de recours et de protection que dans le parti du roi. Aussi les principaux d'entre eux résolurent de Le rétablir et d'y attirer la masse de leurs concitoyens. L'«itreprise présentait de graves difficultés , car leur archevêque et leur nouveau gouverneur d'Espinac était partisan zélé de Mayenne; sept de leurs onze échevins étaient dévoués les unsàMayenne,le8autres aux Espagnols; une partie du peuple restait engagée dans la Ligue. Le5février,à huit heures du soir, dans les assemblées de quartiers, ils résolurentde prendre les armes, d'appeler d'abord le peuple à se mettre en défense contre St~Sorlin et l'Espagnol, et de le conduire ensuite à reconnaître l'autorité de Henri. Ib s'assurèrent le concours de quatre de leurs échevins qui partageaient leurs sentiments et leurs craintes patriotiques. Us avertirent aussi de leur résolution le colonel Ornano qui faisait la guerre pour le rm dans le voisinage, réelamaot son aide, celle de ses troupes régulières et de la noblesse du voisinage, non contre l'ennuni intérieur, contre les ligueurs de Lyon, qu'ils se chargeaient de c4hiibattre et de vaincre, mais contre les bandes de soldats que d' lilspinac devait selon toute apparence appeler, que les Espagnols et les Savoyards pouvaient amener dn dehors.

Le lundi 7 février, à quatre heures du matin, avant la

I Lettre d'un bourgeois de Lyon sur la rédncUon de celle ville daus LeekoUe p. S46. a Nou4 e«lioas eo terme et à la veille d'Être Espagnob B et Savoyards.... Sur ces teniieB, quelques bons eerviteor» du roi peutu poMns la dang»r de leuru personnes à la eoruervation dt lettr tii> berlé, eu une û grande n^ceasild el péril li émdent lU voir leur H ville fomlier en la domination et tyrannie de t'eitranger, du Cùn^en- D tement de quatre eschevina, auasi Borriteuro du roy, se resolearenl n de prendre les armes, pour remettre la ville en l'obéisaaDce de Sa » Majesté. »

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NOUVEAU SOULÈTEKBNT DE LTOH. LES LlflDBDRS PARTOUT VAINCUS. 51 1

pointe du jour, Us commencèrent an péril de leur vie la latte corps à corps contre les ligueurs. Jacquet, l'ua des échevins, de Llergue et de Sève, deux capitaines de la garde bourgeoise, qui conduisaient Tentreprise, après avoir pris leurs dernières mesures, se mirent à la tète de bon nombre de gens armés du quartier du Plâtre, et attaquèrent lecorpsdegardedel'Herberie, au pied du pont de la Saône. L'écbevin Thierry, passiomié ligueur et homme déterminé, y commandait, et ce ne fut qu'après un combat opiniâtre que les assaillants parvinrent à s'emparer du post«. Le hruitdesarquebusadesdonnal'alarme par toute la ville. Des barricades furent anssitAt élevées dans la plupart des quartiers, par ceux des boui^eois qui étaient avertis d'avance de l'entreprise , aux cris répétés de Vive la liberté française: périssent la tyrannie dômes- , tique et la servitude étrangère! Tandis que ce grand mouvement insurrectionnel avait lieu à Tintérieur, Ornano s'apprêtait k le protéger au dehors, et amenait au faubourg de la Guillotière son régiment et les forces que commandaient les gentilshommes du pays'. L'archevêque d'Espinac, ennemi à la fols du roi et du duc de Nemours, tenta de modérer le soulèvement, de retenir te peuple, de ménager le maintien on le retour de l'autorité de Mayenne. Après deux heures d'efforts, il s'ouvrit un passage à travers les barricades, franchit le pont de la Saâne, et accompagné de ses deux neveux, lebaron de Lux et Gbaseul, il se rendit à l'hâlel-de-ville. Là il essaya de persuader aux bourgeois assemblés de demeurer neutres jusqu'à ce que le duc de Nevers fût de retour en France, et que la décision du pape au sujet de l'absolution du roi fàt connue. Ces ouvertures furent accueil-

■ Les gentilehommes indiquée par les libtoriena du temp! comme ayant accompagné Ornano, et secondé le mouvement de Lyon, sont Chenefrières, Forgeu, Buihéon, La Ligue, Iji Baume, Hures et autres.

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S12 LIV. IV. CH. li. RfcTiBUSSElfEHT DB L'ADTOtUTÈ DU ROI.

lies par des murmures de mécontentement, le prélat contraint de se retirer précipitamment dans son palais, le champ libre laissé à l'insurrection, et son cours naturd à la révolution commencée. L'écbevin Thierry, en s'éltHgnant du pont de la Saâne, avait gagné l'arsenal. Ia plupart des ligueurs de la ville l'y avaient suivi, et ils l'avaient transformé en citadelle. Les imprimeurs, qui s'étment armés ensemble, les y attaquèrent : quelquesuns franchirent la muraille et pénétrèrent dans l'intérieur. Un autre corps de citoyens se saisit de l'une des portes : les deux troupes, se prêtant alors un mutuel appui, désarmèrent leurs ennemis, s'emparèrent de l'arsenal, forcèrent ainsi la Ligue dans son dernier reb'anfîhement. Les insui^fés, partout victorieux, se répandirent dans la ville , s'assurèrent de la personne des sept échevins factieux, arrêtèrent quelques capitunes de la garde boui^eoise et autres habitants connus par leur dévouement à la Ligue,

Ce premier jour, il n'avait été parlé que sourdement du service du roi. Mais dans la nuit du 7 au 8 février, les chefs de l'entreprise disposèrent l'esprit du peuple aux mesures qui ne laissaient rien d'indécis et d'incomplet. Le mardi 8, le matin, ils parurent avec des êcharpes blanches et entraînèrent les masses qui s'associèrent à ce mouvement royaliste. A dix heures, il ne se trouvait plus de taffetas ni de crêpe blanc dans la ville, tant était grand le nombre de ceux qui avaient voulu prendre les marques du roi. Cette manifestation ne trouva nulle part d'opposition du câté des partisans des ducs de Nemours et de Mayenne, réduits à une faible minorité. A deux heures après-midi, le colonel Ornano fut reçu dans Lyon et rentra à pied, accompagné de ses officiers et des gentilshommes du pays. On prit alors les dernières mesures propres à assurer la ville et le rétablissement de

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MeStniES DE StlRETË PUBUQUB PftlSBS PODR LTON. 5l3

l'autorité du roi. On tit une assemblée de bourgeois : à la requête et sur l'instante demande des assistants, les sept échevins ligueurs furent destitués de leurs chaînes et remplacés par des citoyens sur ledévouementet la probité desquels on pouvait compter '. Les capitaines suspects de la garde bourgeoise furent également démis. Les bourgeois assemblés, les nouveaux échevins, les nouveaux capitaines prêtèrent avec entbousiasme serment de fidélité au roi. Les écbarpes rouges, l'elBgie de la Ligue sous forme de sorcière, les armes d'Espagne, de Savoie, du duc de Nemours, furent brûlées par la maindu bourreau. On destitua quatre des principaux officiers de la justice, le lîeutenantcriminel, le lieuteoaotparticulier, deux conseillers au présidial, ainsi que quatre officiers des finances, quatre trésoriers. On bannit pour un temps de la ville les écbevins, les magistrats , les officiers des finances privés de leurs charges, un gentilhomme et quelques bourgeois. Ib étment connus et notés les uns pour leur conduite factieuse et leur dévouement à la Ligue et à Mayenne ; les autres pour leur attachement aux Espagnols, auxquels ils avaient voulu livrer la ville ; les autres pour l'appui qu'ils avaient prêté au duc de Nemours dans sa tentative d'asservir Lyon, et pour la spoliation de leurs concitoyens, « insignes traîtres, dit l'un des bourgeois, )) qui de pauvres et affamés qU'ils étoient, étoient devenus » riches par leurs praticques et voleries. » Les Lyonnais

' Les sept échevins démia ètaienl Turry, Begnard, Pouason, Ber- Dard, GelJa, Noirat de Bernj, et du Rubis. Ce dernier, longtemps conseiller au siège présidial, et procureur de la Haiaon de Ville, avait, par ses factieux écrits el par sa couduite, contribué plus que personne Ik la révolte contre Uemi III et Henri IV : ses compatriotes l'appelaient le flambeau, la torche incendiaire de Lyon. Quinze ans plus lard, il publia une histoire de Lyon , où il reconnut ses erreurs, le danger de ses doctrines. Les échevins élus à la place des destitués étaient de Combelsnde, de Uontmartin, Henri, Pelletier, du LnurcDS, Poullalion, Momieu.

51 i LIT. VI. CH. U. MODËBAnON DB U R^OUmON LTONFUtSB.

continuèrent à garder avec soin le duc de Nemonrs, pour que le roi pût en ordonner dans l'intérêt de la sûreté et de la paix pui»liqu«. L'archevôque d'Espinac voulait quitter leur ville : iIh le retinrent jusqu'à ce que le nouvel état de choses fût bien affermi , craignant les mouvements qu'il pouvait provoquer autour de Lyon , les ennemis qu'il ponvùt leur susciter. Enfin les Lyonnais, plus prudents et mieux avisés que les bourgeois d'autres grandes communes, demandèrent et obtinrent du roi qu'il leur donnât une garnison de six cents Suisses, pour les garantir contre les ennemis du dehors, quoique cela tH contraire à leurs privilèges municipaux.

Telle fut la succession des événements par suite desquels les boiu^;eois de la seconde ville de France rentrèrent sous l'obéissance du roi, se rattachèrent à U cause nationale et au corps de la monarchie. Toute révo' lution inspirée par des mobiles généreux, reste noble, pure d'excès, pour peu que les honnêtes gens se mêlent de la conduire. Dès le lendemain de celle deLyon, l'ordrele plus parfait était rétabli dans la ville. Quoique les haUtants eussent à exercer de justes vengeances et le terrible droit de la guerre de ce temps là ; quoiqu'ils tinssent à leur entière discrétion, les partisans de l'Espagne et les traîtres à la France , les ministres et les sicaires du duc de Nemours, qui avaient injustement fait exécuter par les bourreaux plusieurs gens de bien , et volé leurs dépouilles, ils n'usèrent à leur égard ni de représailles ni de ce droit rigoureux ; ib les respectèrent dans leurs personnes et dans leurs propriétés. Ûs se bornèrent à les exiler dans leurs maisons des champs, et ils leur donnèrent même des sûretés pour tout le temps qu'ils y resteraient, jusqu'à ce que le pardon du roi et la consolidation de la paix publique à Lyon permissent de les rappe- 1er et de les rétablir dans leurs foyers. Les Lyonnais et

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