DROITS DE HBNRI DB BOURBON A LA COURONNB
sance spirituelle est établie dans le royaume depuis six siècles, et tant cpie les factions n'ont obscurci ni troublé le droit, il a été reconnu par tous les corps de l'Etat, y compris l'Eglise, que les papes n'ont aucun pouvoir sur le temporel des rois. En second lieu, les votes des Etats restent de oui effet jusqu'à ce qu'un édit du roi les ait - transformés en loi. Or, leséiUts et déclarations de Henri 111 ont, au contraire, reconnu les droits de Henri de Bourbon à la couronne : il s'est allié avec lui dans les derniers mois : à son lit de mort, il l'a déclaré solennellement son successeur, et l'a fait reconnaître par les seigneurs assemblés *. Les droits du prétendant restent donc entiers, à moins que les lois fondamentales ne soient changées ; et elles ne peuvent l'èti-e que par la nation, ou par ses représentants réunis dans une assemblée légale.
Mais la France est en pleine guerre civile, après l'assassinat d'un roi. A u)oins de la laisser tomber dans une complète subversion, il est impossible de s'accommoder des lenteurs d'une convocation et d'une réunion régulière d 'Etats-généraux, et d'ajourner une décision à trois mois. Dans de telles circonstances, il n'y a de subsistant que les droits de Henri de Bourbon, et Û n'y a de praticable, pour régler les grands intérêts de l'Etat et de la religion, qu'une décision des chefs et soldats du camp de Saint-Cloud. Dans leurs rangs se trouve ce que l'ordre militaire et l'ordre civil comptent de plus éminent, comme nous l'établirons hienldt. A tout prendre, ce sont donc encore les représentants les plus légitimes du pays.
Au moment oii Henri UI fut frappé par Jacques-Clément, l'armée royale qui bloquait Paris se trouvait séparée en deux grandes divisions : les catholiques campaient à Saint-<^loud, les calvinistes avaient leurs quartiers à Meudon. Henri de Navarre, après avoir visité son beau- ■ Voyez ci-dueue les cilations, p. 6.
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^i UV. I. CK. I. TROIS PARTIS PARMI LES CATH.AUrAIIPDBSMLLOUD.
frère, et reçu le serment des ssigneurs catholiques, retourna auprès descalvioistes, le 1" aoùty vers onze heures du matin ' .
Quinze heures s'écoulèrent entre l'instant où Henri III se sépara du roi de Navarre et celui oij il expira, le 2 août, à deux heures du matin. Pendant c« temps, le camp de Saint -Cloud et le quartier de Meudon furent livrés à une prodigieuse fermentation. Les passions religieuses et politiques, les intérêts que contenait et maîtrisait le dernier Valois, roi incontesté dans sou parti, depuis longtemps établi, catholique, facilement obéi des catholiques royaux, qui formaient plus des trois quarts de l'armée ; ces passions et ces intérêts se déchalnëreat tout à coup, et s'exercèrent avec !a force particulière que leur devaient communiquer nn moment de crise et un changement de dynastie.
Dans le camp de Saint-Cloud, les seigneurs catholiques, revenus de la surprise et de l'entraînement auxquels ils avaient cédé, quand à la voix de leur roi mourant ils avaieut juré fidélité à Henri de Navarre, reprirent la liberté de leurs sentiments et de leurs déterminations, et se divisèrent sur-le-cliarap en trois fractions, occupées, durant l'agonie dff Henri HI, de la résolution à prendre au moment de sa mort.
La première demandait que l'on observât l'ordre de succession établi parles lois; que l'on reconnût pour roi, immédiatement et sans condition, Henri de Navarre ; c'était le seul moyen de prévenir les usurpations locales, le renouvellement des factions, la tyrannie de la Ligue, la dissipation de l'Etat et en déhnitive la domination de
* D'Angoulcsme , Mémoires dans la collection Hicliand, t. xi, p. et B, 67. — Extrait d'un discours d'Estat de M. de Saucy, dents les Mèmoired de Nevers, t. ii, iD-folio, p. S90. — D'AuIii^iu^, HieUiire, 1. ir, c. il, p. t5S. Ile sont tous troid témoins oculaires.
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TROIS PARTIS PARMI LES CAtHOLlQUES AU CAMP DE SM:UIIID. 19
l'Espagnol. La conduite de Henri de Bourbon dans son gouvernement de Guienne et dans son royaume de Navarre, pendant treize ans; ses promesses solennelles et récentes contenues dans sa déclaration de Châlellerault, ne permettaient pas de douter qu'il ne respectât le cathôl'icisme ' : de nouvelles garanties , de nouvelles assurances seraient données au maintien de la religion par l'engagement qu'on tirerait du nouveau roi, et par la force des catholiques résultant de leur union entre eux. La religion, dont on avait fait depuis quelques années une arme contre la royauté, n'était qu'un prétexte bon pour tromper et égarer un peuple prévenu. On devait se bâter de déférer l'autorilé à l'homtae désigné et conduit par la Providence elle-même, au seul homme capable par ses vertus et ses talents de sauver la France. Tels étaient les sentiments et le langage désintéressés des Politiques.
Le second parti, celui des catholiques ardents, ne voulait déférer la couronne à Henri de Navarre que sous la condition qu'il abjurerait sur-le-champ le calvinisme ; la crainte de voir le calvinisme chasser le catholicisme, et lui demander raison de la Saint-lïarthélemy, dominait un certain nombre d'eiitre eux. La plupart prétendaient mettre le prince dans leur dépendance, en ne lui laissant d'appui que le leur, et en le faisant céder dès le premier jour de son avènement. Us voulaient de plus le confisquer, l'exploiter à leur profit, en faire un catholique pour
(I) Dnne « l'AdvertiSBement si^r l'inUDlioD de la maisoD de Lorriùnf ,» publié en I&8S, le roi de Navarre avait établi d'une maoiëre irrésistible, et en prenant à lémoin la France entière, son iaviolable respect pour lo calholicisme, d'aprè.' ce qu'il avait fait à Agen, daus tout 3(in gouvernement de Guieune, et dans icm royaume de Navarre. (Mémoires de du PIcssis, t. il, p. 436-43R). — Il uvait renouvelé solennellement la proniestie de lu m^me tolëronve dans la déclaration de Chàtelleraull,
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