LIV. I. CH.I. TROIS PARTIS PARMI LBSCATH. AU CAIP DE SM:L01*D
qu'il accordât aux seuls catholiques, à l'exciusion des huguenots, les charges, les honneurs, les dignités. Quelques-uns ne se rendaient difficiles sur la religion du Béarnais que pour lui faire acheter leur désistement par des concessions parlicuHères.
Enfin une dernière classe refusait absolument de le reconnaître. Elle se composait de deux espèces d'hommes : les timorés, qui voulaient se retirer chez eux, voir venir les événements, et se déclarer pour Henri ou pour la Ligue, selon que l'un ou l'autre serait victorieux ; les grands ambitieux, qui se proposaient de former dans leurs gouvernements des principautés indépendantes, de ramener l'Etat et la royauté à quatre siècles en deçà, au régime de la grande, féodalité, au temps où la France, comme l'Allemagne, n'était qu'une confédération de princes, de souverains locaux, ayant un roi non pour maître, mais pour chef, dans quelques circonstances dont eux seuls demeureraient juges '.
Pendant que le camp de Saint-Cloud était af^té en sens contraire par ces passions et ces projets, Henri de Navarre était occupé des soins les plus divers. En quittant Henri III à onze heures; il revint au quartier de Meudon qui était celui des huguenots. Il employa le reste de la journée du l"aoùt à prémunir l'armée contre l'attaque des Ligueurs. A minuit, il apprit que Henri III n'avait plus que quelques moments à vivre, et il agita avec ses conseillers huguenots, Beauvais-Lanocle, Ségur, Guitry, ce qu'il avait à résoudre, dans les graves circonstances où la France et lui-même se trouvaient placés. Les uns le jugeaient mal en sûreté au milieu d'une armée catholique : ils voulaient qu'avec une troupe dévouée, il se retirât sur la Loire, où il trouverait le parlement de
' Tbuanua, 1. ïcvii, § i, t. iv, p. 791. — D'Angoulesme, l. II, p. C7 A. — PereflTP, partie n, p. 107, )0S, éd. IBÎÎ, in-S.
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bÉLlBÊlUTION DB HBNHI DE NAVARRE AU CAMP DE HEUDOH. âl
Tours, et un peu plus loin lea calvinistes, son gouveraement de Guienne, ses £tats de Navarre : il irait prendre h Tours, où Henri IIl l'avait laissé en dépôt, tout ce qui constituait la souveraineté, la justice, les monnaies, les finances : après s'êU« assuré des villes de la Loire, après avoir affermi sa royauté et levé des forces imposantes dans le midi de ta France, il viendrait arracher le nord à Mayenne et à la Ligue. Guitry représenta qu'en prenant ce parti, Henri fuirait devant ses ennemis, et perdrût la réputation qui est la moitié de la force à la guerre : toute la noblesse du nord qui avait ses propriétés dans l'Ile-de- France, la Normandie, la Picardie, la Champagne, se voyant abandonnée par lui, passerait à la Ligue ou en serait accablée : il se réduirait de roi de France à être roi d'Aquitaine, probablement sans retour. Henri embrassa cet avis : résolu à ne pas se rapetisser, à ne pas s'amoindrir, par la crainte des dangers qui l'attendaient, il arrêta de tout tenter pour maintenir dans son intégrité le royaume, dans son unité et dans sa force le parti royal, qui pouvait encore exterminer la Ligue, s'il le voulait '.
La nuit finît avec ces délibérations, et la nouvelle de la mort de Henri IH étant parvenue au quartier de Meudon le matin du 3 août, Heuri de Navarre fut salué roi de France par les huguenots. Mais ils formaient à peine E),000 hommes, dans une armée de 40,000, et l'on ne pouvfût compter sur k moitié de leurs chefs, comme on le vit bientôt. Henri eu était donc réduit aux: seuls moyens de la persuasion dans ses rapports avec les catholiques. A dix heures, il entra au camp de Saint-CIoud, tout
' D'Angonlesme, t. ii, p. 66, 67. — Extrait d'un Uiaconrs d'État île U. de Sancy, ilaoa las Uém. de Nevers, t. il, p. 591, à la flu, 593. — Matthieu, Hi»t. de Henri IV, in-folio, 1631, p. 3, 4, 5. — Tliuanm 1. 97, § 2, p. 7W.
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n LIV. 1. CH. I. HENRI VA AU CAMP DE SMILOUD.
composé de catholiques, accompagné de quelques ceDtaines de huguenots. Trois seigneurs parmi les plus aufoi'îsés, le maréchal d'Aumont, d'Humières et Givry, tïdèles au serment de la veille, le reconnurent sans condition, et coururent vers la noblesse de Champagne, de Picardie, de VUe-de-Fratice, qui se trouvait alors à l'armée, pour la gagner à sa cause. Sancy était le seul seigneur calviniste de marque au Camp de Saiot-Cloud ; il se rendit de son côté au quartier des Suisses, avec le projet de les décider en faveur de Henri. Mais en attendant les effets de leur zèle, le prétendant tomba pour quelque temps à la merci des catholiques ardents et des ambitieux '.
Quand il entra dans la maison de Gondy et dans la chambre où gisait le roi mort, il trouva plusieurs seigneurs de la faction des catholiques ardents, François d'O, Balzac d'Entragucs, Manou, Chàteauvieux, Dampierre et autres, qui l'accueillirentpardesimprécatious, des gestes ■ de fureur et de mépris, mêlés de ces sinistres paroles : « Plutôt mourir de mille morts que de souffrir un roi > huguenot. » A peine établi dans un logis voisin >, il vit arriver le maréchal de Biron, l'homme le plus influent de l'armée, et le supplia de mettre la main à la couronne de France, non pour la perdre, mais pour la sauver. Si Biron, comme le prétendent quelques hbtoriens, se laissa entraîner à un généreux enthousiasme, et ce jour-là servit, sans condition, le préteudant et le pays, il fut repris dès le lendemain par les pensées d'ambition etd'égolsme. Quoi qu'il en soit, il sortit bientôt, et Henri se vit en butte à la violence des catholiques ardents réunis en corps pour
' D'Angoulesme , p. 67 A. n Sur le» dix heures du matin, le roy de n Navarre, maintenant successeur et ra; de France, arriva au camp » de St-Cloud. n
» U maison de DutiUel.
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FKANÇOIS D'O : VtOLENCB DES CATHOLIOUBS ABDBHTS. S3
le forcer clans sa conscience. Hs lui déclarèrent que le moment était venu pour lui de choisir entre les misères d'un roi de Navarre et la haute fortune d'un roi de France, et d'abjurer, s'il [«étendait à leur suffrage et à la couronne ; car, à leur sens, l'avènement d'un roi huguenot mettait en danger la religion de leurs pères. Cette sommation religieuse lui fut adressée par François d'O, l'un des mignons de Henri III, et l'un des déprédateurs les plus éhontés de ce temps. Toutefois elle n'étonna et n'égaya personne, parce qu'à ]a question religieuse, d'O joignit tm grand intérêt politique : il demanda formellement le monopole des charges et des honneurs pour les seignem-s catholiques à l'exclusion des huguenots. Henri refusa d'abandonner sa croyance : par cette fermeté, il échappa à une abjuration forcée et immédiate, qui l'eût déshonoré et perdu dans l'opinion publique, et qui lui eût donné en même temps pour ennemis les réformés de la France et de l'Europe entière. Mais il essaya vainement de ramener les catholiques ardents. Vainement opposant l'intérêt à l'intérêt, il leur montra qu'ils devaient éviter de sévir contre les calvinistes et de jeter ainsi la divittion dans l'armée royale, dans le parti royal, qui protégeaient seuls contre la Ligue leurs privilèges, leurs biens et leur vie, Us persistaient opiniâtrement, et déjà on en venait aux aigres propos et aux menaces dans un camp où le dernier exemple donné était celui d'un roi assassiné '.
• D"Aubigué, 1. Il, c. S3, t. m, p. 186. Diacours de d'O à Henri IV : o Od désire que voud ne donniez pas les clers de nos vies et de uus B honneurs enlit lei mains de ceux que nous avons offensés par de » là l'espoir de la réconciliation .. Si les huguenots sout deveiiu^ plue » ambitieux que leurs prédécesseurs, il ne sera pas malaise de les n guérir de celte maladie, n ~ 1. m, c. i, p. ÏIT : ir Les réformez u ayaut appris de d'O mesme qu'il n'y avait ni secoure, Di bienfaits » pour eux, et les catholiques plus pasaionuez leur ayant taiet savoir » entre les clauses promises celle qui les pi'ivoit des bienfaits el Aon- II neui'i du royaume. »
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it LIV. I. eu. I. HENRI HECONNU PAS LA NOBLESSE DB TROIS PROVINCES.
Givry, en entrant, rompit ce dangereux conflit. li apportait h Henri t'eDgagement de la noblesse de mente- France avec la protestation qu'il était le roi des braves, et qu'il ne serait abandonné que des lâches. Quelques instants plus tard, d'Humières l'assura de deux cents gentilshommss de Picardie, et d'Aumont de la noblesse de Champagne. Enfin, Sancy lui présenta les quarante colonels et capitaines suisses qui, en leur nom et au nom de leurs 12,000 soldats, lui promirent service pour deux mois, sans exiger actuellement d'argent. Sancy n'avait pas amené les Suisses à cette résolution sans des prodiges d'éloquence et d'adresse. Ces étrangers arrangeaient déjà leur départ, en prétextant que leur engagement contracté avec le seul Henri III se trouvait rompu par la mort de ce prince : en réalité, ils ne cédaient qu'à l'appréhension d'être mal soldés par un roi contesté et aux expédients. ~ Sancy opposa à cette crainte une crainte plus forte, et les fit changer de propos en leur persuadant qu'ib ne seraient pas payés de ce qui leur était déjà dû, et qu'ils s'exposeraient à être exterminés sur la route par tes paysans et par les garnisons ennemies '.
Henri avait désormais un point d'appui et une défense dans les Suisses et dans la noblesse de la Picardie, de l'He-de-France et de la Champagne. Les catholiques ardents ne pouvaient plus le violenter : ils lâchèrent prise et se retirèrent. Mais ils se répandirent dans le camp, et travaillèrent activement à y faire prévaloir leurs préjugés et leurs passions, à la veille de la solennelle délibération 011 devaient se régler l'état des religions, la forme du
(!) D'ADgoulesmc, t. ïl, [>. 67 B. — D'AubignÉ, 1. ii, c. îï, p. 183- 1S8. — Extrait d'un dise. d'ËlBt, par M. de Sancy, dans les Mémoires Ue Npver», l- ii, p. 591, 58s. — Thuanus, 1. icvji, §§ 3, (, p. 793-79*. I.e« fiiiU rapportés par de Thon sont exacts, mais II place mal le momeDt où Henri est aasaré de» Suisaps. — Matihicu, Hisl. de Henri IV. p. ï.
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