‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 22 sur 158 · NOUVELLE DBLIBBRATION BES SSIGNEUIU AD CAMP DE S>-CLOUD 2S · texte numérisé non relu

NOUVELLE DBLIBBRATION BES SSIGNEUIU AD CAMP DE S>-CLOUD 2S

gouvernement, la succession au trdne, c'est-à-dire le sort même de la monarchie . i

Le 2 août le soir, et le lendemain 3, les seigneurs se réunirent dans plusieurs assemblées générales. Les opinions les plus hostiles au prétendant furent mises ea avant par le parti des catholiques ardents *. Ds proposèrent successivement du l'exclure du trdne; de le contraindre d'abjurer sur-le-champ; de renvoyer l'élection aux Etalsgénéraux, la représentation n'ayant pas lieu en droit civil à un degré aussi éloigné. Biron, rentré dans les rangs des ^ands ambitieux, proposa de ne pas le nom mer roi, qualité incompatible avec son hérésie, mais de le reconnaître seulement pour capitaine-général et pour chef du parti royaliste, en attendant qu'il abjurât. Les politiques repoussèrent cette ouverture par de graves rmsons qne Saocy fut chargé d'exposer ; l'Etat étant monarchique, son |»*incipe et son essence était la royauté : on devait pourvoir à la royauté d'après les lois de tout temps en vigueur pour la succession au trône, et choisir l'alné de la maison de Bourbon, seule branche qui restât de la fa- . mille royale : si l'on ne prenait Henri pour roi dès à présent, on s'exposait à ne pouvoir le faire reconnaître plus tard ni par les peuples de la Ligue, ni par son propre parti : en s'écartant de ces règles on encourait donc le danger d'une révolution complète dans la constitution de l'Etat et d'une anarchie dont personne ne pouvait prévoir le terme. Biron tira Sancy à part et lui dit : « que jus- » qu'alors il avait cru qu'il avait de l'entendement, mus B qu'il en perdait maintenant toute opinion : en effet, » ajouta-t-il, si avant d'avoir assuré dos affaires avec le n roi de Navarre, nous établissons entièrement les sien-

> C'étaient pi-ècisément le» inèroeg qiii avaient e«M;é la veille de le taire abjurer : d'O, Hanou, d'Entrague», Dampierre, Vitr; (Méze- TSj, graode Hist., L m, in-folio, lESl, p. £92).

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26 UV. I. CH. I. BIBOH LB KRB.

B nés, il ne nous connaîtra plus, il ne se souciera plus d« » nous : le joitr est vettu pour faire nosa/faires; si nous u.en perdons l'occasion, nous ne la recouvrerons jamais, « et, le repentir nous en demeurera toute notre vie. » Sancy comprit que tous les raistninemeats échoueraient contre riuflexibilité de l'intérêt et de l'ambition, et qu'il fallait capituler. Il demanda à Biron ce qu'il prétendait : celui -ci répondit que si Henri voulait lui donner le comté de Périgord, il ne l'abandonnerait pas et suivrait sa fortune. Sancy alla porter ces conditions au roi de Navarre, qui assura à Biron ce. qu'U demandait *. Nous verrons plus tard tes suites de ce marché, dont les termes donnent la clef de toute la conduite de Biron. Satisfait pour le moment dans ses prétentions, il se sépura des catholiques ardents et il affaiblit leur (^position.

Il fut convenu alors dans l'assemblée des seigneurs que Henri serait reconnu roi, sans que l'on exigeât de lui une abjuration immédiate comme prix de la souveraineté qu'on lui déférait. C'était le point capital ; mais beaucoup d'autres questimis de la plus haute importance, sur le temps et la forme de l'instruclion que recevrait Henri pour rentrer dans le sein de l'Eglise, sur la liberté du culte des calvinistes, furent débattues ensuite et n'arrivèrent à une solution satisfaisante que {>ar la promesse que fil Henri de rétablir le catholicisme dans tout le royaume, non pas à l'exclusion, mais à côté du calvinisme dans les lieux où il s'était établi, et par l'engagement de rendre leurs biens aux ecclésiastiques. Les articles furent enfin arrêtés et conclus le soir du 3 août, et signés le i. D'autres articles réglèrent les intérêts généraux du royaume, les intérêts particuliers de la noblesse, les avantages dont jouiraient les serviteurs particuliers

< Extrait d'un discourf d'État de U. de Sancy, itaiu les Hém. de Nevers, p. S98.

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LA BÉCLARATIDH. 37

âff HeDiî m I. Voici les clauses de cet acte célèbre, nommé déclaration, en ce qui coDcernait la religion d'uite part, le gouvernement de l'autre.

Henri promit et jura en foi et parole de roi de maintenir dans le royaume la religion catholique, apostolique et romaine, de ne rien changer dan» ses dogmes ni dani^ sa discipline, de ne conférer les bénéfices et autres dignités ecclésiastiques qu'à des sujets capables et à des catholiques, n renouvela la promesse, faite avant son avènement, de se soumettre, au sujet de sa religion, à ce qui serait décidé par un concile général libre ou par un concile national, qu'il aurait soin de faire assembler au plus tard dans le d^ai de six mois. Il s'engagea en outre à ne conférer qu'à des catholiques, pendant le même espace de temps, les gouvernements, charges et autres emplois publics qui deviendraient vacants, et à leur réserver exclusivement le gouvernement de toutes les villes qui seraient enlevées à la Ligue, à l'exception d'une seule dans chaque bailliage ou sénéchaussée. La déclaration garantit aux calvinistes : l'ia liberté entière'de conscience dans l'intérieur de leurs maisons; 2° l'exercice public de leur culte dans les places dont ils étaient maîtres, dans une ville de chaque bailliage ou sénéchaussée parmi celles, qui seraient enlevées à la Ligue, dans la ville de Saumur, à l'armée, et partout où le rui se trouverait. Ia déclaration leur assura les gouvernements, chaînes et offices dans les mêmes lieux et dans les mêmes limites où ils obtenaient l'exercice public de leur culte. Ces dispositions étaient conformes au traité de la trêve, conclu durant le mois d'avril précédent entre Henri III et Henri IV. Elles restreignaient les avan~

' Tbuouus, 1. icvii, § (, t. iw, p. 79*. — Matthieu, HUtoire de Henri [V, p. 7, 8. — Mézeniy, gr. Htot., t. fil, tn-folio, 1651, p. 69Î,

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â8 LIV. 1. CH. 1. ENCAGEHENT RKCIPHOUUE DU HOl ET DES SEIGNEURS.

tages accordés aux huguenots par l'édit de Poitiers ou de 1577; mais elles n'étûent que provisoires et ne devaient durer que jusqu'au moment où l'état des calvinistes serait réglé par. une paix générale du royaume.

Henri promit d'assembler dans le délai de six mois les Etats-généraux pour régler tous les grands inl^Têls du royaume. 11 s'engagea spécialement h maintenir les princes, seigneurs, gentilshommes et tous ses bons sujets indifféremment dans leurs biens, chai^;es, dignités, états, offices, privilèges, prérogatives, droits et devoirs accoutumés; d'avoir en particulière recommandation les serviteurs du feu roi ; de tirer une vengeance exemplaire et à jamais mémorable du parricide commis en la personne de ce prince.

De leur côté, les princes du sang, ducs, pairs, officiers de la <!ouronne et autres soigneurs et gentÛshommes reconnurent pour leur roi et prince naturel, selon la loi fondamentale du royaume, Henri quatrième, roi de France et de Navarre, lui promirent service et obéissance, et lui engagèrent leurs biens et leurs vies pour exterminer les rebelles et ennemis gui voulaient usurper l'Etat '.

La déclaration fut souscrite, et le serment de Gdélité fut prêté ensuite par deux princes du sang, G>nti et Montpensier; par les deux maréchaux de France présents, Biron et d'Aumont ; par le colonel-général de la cavalerie, le comte d'Auvergne ; par les ducs de Longueville, de Luxemboui^, de Roban, et le comte de Givry, re[H%sentant la plus haute noblesse catholique ; enfin par

*. Voyei le texte de la déclaration dans le Recueil des anciennes lots b-ançaiaea, par U. Isambert. t. iv, p. 3-S, et dans le t. it, p. S81- SBt des Uéiuoires et Correspondance de du Plessis-Moniaj. Ou trouvera la pièce reprodaîie Ji la An de ce volnme parmi les documents bistoiiquee.

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AtmHIITE DE LA DBCLAtlilTION. z9

une infime multitude de gentUshammes présents à l'armée. La déclaration, signée par les chefs et le corps des catholiques, eut l'assentiment formel des chek des protestants réunis à Saint-Gloud, de Chastillon, de La Noue, de Beauvais-Lanocle, de Guitry, de La Force, de Sancy, de Rosny '. Il imporle de remorquer que parmi les seigneurs qui viennent d'être nommés, se trouvaient les gouverneurs de la Normandie, de la Picardie, de la Bourgogne, de la Champagne, et les représentants légitimes d'une partie considérable de l'Ile-de-France, par conséquent les plus hauts dignitfdres dans l'ordre civil comme dans l'ordre militaire. Il faut ajouter que la déclaration souscrite par les seigneurs fut ratifiée par les acclamations et le consentement des simples soldats de l'armée *.

La déclaration, comme son nom même l'indique, ne fut pas un contrat passé entre la noblesse du camp de Saiut-Oioud et le prétendant. Ce fiit une reconnaissance solennelle et réciproque : par la noblesse, des droits de Henri à la couronne, aux termes de la consUtutîon ; par Henri, des droits politiques, civils et religieux de la nation. Les engagements que prenait Henri n'étaient que le complément des garanties données à la^uvegarde des

' [.eltre du roi à M. du Plesaîe du 7 novembre 15B9, dans lei Uéinoirej et Corri^spondaDce de du PlesaU, t. IV, p. 437, et dans les Letlred mùsived, t. ui, p. 71. « Inconliacot après la mort du Tau roy, a ses serriteura catholiques me yeiarent trouver.... Je tels la prote*- H tatioa qu'avez veae, pour les conserver soubs mon obéissance et ■ l'illslat tout ensemble ; c&r c'estoieat la pluspart olQciers de la cou- B roDDe. A cela, j'eus les sieurs de Cbastillon, de la Noue, de Beauvais- » Laoocle, de Guitrf et plusieurs aultres- pour itsmoings et congeil'

■ Voir pour les noms de ceux qui signèrent la déclaration, ou pré* tëreiit le Kenueot de fidélité, le texte de la déclaration parmi les documeabi bistoriques imprimés à la Un de ce volume, et lej Mémoires du duc d'Anguulesme , t. XI, p. 69, 70, coll. Micbaud.

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30 LtV. I. CH. I. CONSBQUCKCBS DE LA DÉCLAnATION.

droite religieux des catholiques. Pour ce qui toucbe à la succession au trâne, les signataires disent eux-mêmes qu'ils ne font que maintenir et continuer notre droit public.

La noblesse du camp de Saint-Cloud avait stipulé pour i41e, et engagé en même temps les villes et bourgeois de ses gouvernements, les paysans de ses terres. En ce qui concernait les seigneurs eux-mêmes, rien de plus libre, de plus légîUine, et qui dût sortir plus promptement son effet. En ce qui regardait la classe des citoyens dont Us s'étaient portés pour les représentants, leur résolution avait besoin d'être justifiée par l'adhésioa de la bourgeoisie et des campagnes, mais elle le fut. Le roi se trouva ainsi reconnu par une classe entière de la nation. Les lîtats-généraux seuls, qui devaient s'assembler six mois plus tard, en supposant qu'ils ne fussent pas faussés par les intrigues des factions, et qu'ils représentassent réellement la nation, auraient eu qualité pour réformer ce qui avait été résolu à Saint^loud. ÏSi leur action n'était pas contraire, ou si leur action n'intervenait pas, nécessairement les résolutions provtsoii'es de Saint-Cloud, conformes au droit, devenaient des actes détïnitifs.

Aux termes de la déclaration, le maintien du catholicisme était pleinement assuré ; l'avènement du calviniste Henri IV n'entraînait doue pas, comme conséquence, le triomphe dé la réforme et un changement de religion en France, ainsi que l'avènement d'Elisabeth l'avait amené en Angleterre. Loin de là, le nouveau roi faisait un premier pas vers le culte de la majorité de la nation. , D'un autre côté, la liberté de conscience entière, et la liberté de culte dans une certaine mesure, étaient garanties aux huguenots, non plus par l'un de ces édits royaux aussi souvent relîrés qu'octroyés, mais pour la première fois depuis les Etats de Saint-Germain, par les repré-

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