‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 23 sur 158 · CONSËOUBNCBS DE LA DECLARATION · texte numérisé non relu

CONSËOUBNCBS DE LA DECLARATION

BeataaU les plus autorisés d'une partie notable des catho- %ue8.

La propriété et l'état de chacun, sans cesse violés ou mis en compromis depub vingt-neuf ans, étaient assurés aux <:itoyens de toutes les classes.

Une royauté légitime était établie d'après les lois fondamentales de l'Etat, pour ruiner les espérances de tons les factieux, et en particulier les tentatives d'usurpation de ces ambitieux, de ces reMhs., les princes de la maison de Guise; une royauté rt'gulière, première magistrature du pays, pouvoir réglant et dirigeant, destiné à rétablir l'ordre public, après afoir désarmé la révolte et le fanatisme des Ugueiirs; euân, une royauté nationale, défendant l'indépendance de la patrie contre les attaques de Philippe II, qui trouvait moins de ressources dans ses armées et dans ses trésors que dans la révolte des Guises et des Ligueurs, armés, il est vrai, pour se satisfaire, mais travaillant'et combattant réellement pour le roi catholique.

Il n'est aucun de ces faits résultant de la déclaration qui ne soit un fait capital ; aucune de ces résolutions qui ne fût une résolution éclairée et généreuse. Le clioix même de l'homme que les seignem's du camp de Saint- Cloud donnaient pour chef à la France était un chois réfléchi de leur part, et calculé sur les circonstances. Ils sentaient et ils disaient que pour combattre les Espagnols et les Ligueurs conjurés, il était besoin avant tout d'un roi intrépide. L'un d'eux s'exprime eu ces termes : « La » France estant eu cet estât, il luy falloit un roi saa'^ peur n de bazarder sa personne et sa vie : autrement il luy eust B esté impossible de conquérir le partage légitime que luy B avoient laissé ses prédécesseui's '. » Mais un pnnce

■ D'Auguiileaiue , Mémoires, t. xi de la coUect,, |>. 16 B. Pour éviter le^ eoo&i«ioas et \fi erreurd, il faut remorquer que l'autenr de

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brave ne suflii^ait pas pour résister à Philippe 11, au démon du Midi : il fallait encore un homme rompu aux affaires et profondément habile. Aussi la noblesse du camp de Saînt-Cloud preiiait-«Ue le prince qui, en soutenant durant treize ans son parti contre l'effort des Guises et de Henti m, en remportant sur ce dernier la victoire de Coutras, n'avait cessé de lui offrir son alliance et son appui, pour sauver l'autorité et la dignité de la couronne, et les éléments d'ordre public en France.

n est évident que si la religion de Henri de Bourbon, différente de celle de la majorité de ses sujets, compliquait la situation par un côté, d'ube autre part les résolutions du camp de Saint-Gloud ouvraient une voie de salut au pays, en établissant solennellement les principes de justice, de tolérance, de fusion, de bon gouversement, que les factions et la royauté avaient violés depuis

Le parti qui entreprit de faire triompher ces principes, qui se forma aussitôt après la mort de Henri III, pour défendre l'indépendance et toutes les libertés de notre patrie, pour venger la morale et la religion de t'apolc^e du régicide et de l'apothéose de Jacques-Clément, pour séparer nettement le temporel du spirituel, afin de ne rendre le temporel ni esclave, ni ennemi du spirituel, ce parti, dont les chefs furent Henri IV, et dans la noblesse les Luxemboui^, les d'Hiimières, les Givry, les Grillon, les du Plessis, les Rosny, les La Force; dontles membres furent la portion la plus éclairée et la plus pure de la noblesse, de la magistrature et de la bourgeoisie; ce parti,

C«sUémoiree, Charlee de Valois, fiU naturel de ChariesIX el de Mirie Toucbet, étùl alon comte d'Aavergue, graiid-prieur du France et coloDel-gËnéral de la cavalerie. Il avait aeize ans : il fut témoin et acteur dans la campagne d'Arqiie«, où il déploya beauiioup d'intelligence et dfl coura^». 11 devint plus tard duc d'Aotiouléme.

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LE PARTI DES l>0Un4UBS BT LA NOBLESSE DÉSINTÉRESSÉE. 33

vraiment national et français, est nommé par les historiens du temps, le parti des Politiques. Il [«^cédait di' rectemenl du vertueux l'Hospital, dont il continua les grandes et généreuses idées : son premier acte fut sa déclaration de Saint-Gloud ; aba dernier, la satire Ménippée. Il eut pour lui le courage, la saine politique, l'esprit, et par-dessus tout le Iran sens.

Parmi les classes de citoyens qui composèrent le parti des PoliUques, nous venons de nommer la portion de la noblesse qui joignait aux idées les plus saines les sentiments les plus désintéressés. Il faut insister sur ce point, car en masse les nobles qui restèrent attachés à la cause de Henri obéirent aux mobiles les plqs divers. Ceux dont nous nous occupons en ce moment, appartenaient à la classe des simples gentilshommes ou des seigneurs d'un rang secondaire, fort distincte de celle des grands seigneurs et de la haute aristocratie : en embrassant le parti des Politiques, ils n'écoutèrent que le devoir et la raison, ne cédèrent qu'à de généreuses passions, le sentiment de l'honneuretramourde leur pays. Ils servirent la royauté au péril de leur vie, aux dépens de leur fortune, parce que la loi fondamentale de l'Etat déclarait cette royauté légitime: parce que tout ce qui s'était fait de grand et d'utile en France depuis six siècles, l'avait été par les rois ; parée que beaucoup d'entre eux virent et dirent, dès les premiers jours du tëgne, que si Mayenne était le chef nominal de ta Ligue, Philippe II en serait le mcdtre, et qu'ib voutorent sauver la France du joug espagnol : ils coururent à toutes les périlleuses rencontres où ils pouvaient faire preuve àe courage, paiement dociles à l'appel de l'honneur et à celui du prince et de la patrie. Si leur service ne suffit pas à toutes les exigences d'une guerre savante et soutenue, ils n'en parurent pas moins k tous les sièges, ■ sur tous les champs de bataille, où il y eut la Ligue à

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3i LIV. I. en. I. H0BILB8 DIVERS DUlS LE PARTI ROTAL.

combattre ; et si nenri fut hors d'état de venir à bout de ses ennemis avec eux, sans eux ît ne se serait ni établi ni soutenu. Il n'est pas vrai que le roi et la France ne leur aient pas eu d'immenses obligations, et cela par la raison qu'ils étaient tenus au service féodal du ban et de l'arrière-ban. Ea effet, beaucoup manquèrent à ce devoir, et y manquèrent impunément : dans ce temps de bouleversement général, le roi et son parti étaient impuissants à exiger d'eux ce service, réduits à fermer les yeux sur la conduite de ceux qui s'y soustrayaient, trop ' heureux encore de ne les avoir pas, comme d'autres, pour ennemis. A l'ouverture de l'assemblée des Notables, réunis ù Rouen, Henri leur readit un public témoignage de ce que le pays, beaucoup plus encore que le irône, leur devait.

Si tous les cheh du camp de Saint-Cloud s'étûent ralliés au parti des Politiques ; si l'armée de quarante mille hommes, réunie sous les murs de Paris, s'étmt tenue ensemble; si elle avait donné la main aux serviteurs de la royauté qui tinrent bon dans les provinces, la Ligue, réduite aux abois lors de l'assassinat de Henri IH, était morte, les dangers de la France conjurés, ses souffrances finies. Les passions ne permirent pas que ce bien lui fût fait.

Bon nombre de nobles, en s'attacbant au parti royal, ne consultèrent que l'intérêt privé, tellement exclusif chez eux, ou tellement exigeant, qu'il nuisait à l'intérêt public, et compromettait la cause nationale. Les uns n'eurent en vue que la sûreté de leurs personnes et de leurs biens. Us se tinrent serrés à la royauté uniquement pour se défendre contre les Gautiers, ces pay3an3.de Notmandie, sanglants imitateurs des paysans de Souabe, et des paysans du midi de la France au temps de la [«vmière guerre de religion , qui faisaient une guerre acharnée aux dkàteaux et à leurs propriétaires. L'un des écrivains du

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MOBILES m L'wtitikT PHvri dans u parti hdïal. 35

temps, tes mieux instruits des sentiments, de cette classe de nobles, les exprime en ces termes : « Le peuple qui aura pu secouer le joug du sonverain de tout le pays, ne tardera guère à se dépêtrer du petit seigneur de son village, et s'il s'exempte une fois des millions dus à la ttùlle du roi, il s'affranchira bien des deux liards de censive qu'il doit à son gentilhomme. Le noble honoré eo France du droit de justice sur te paysan, du privilège de porter l'épée seul, du droit de franchise de tous les devoirs qui sont dus au souverain, excepté ceux du service de sa personne; qui a sa qualité séparée de celle du marchand, de rartisan, du laboureur, ne saurait ni les endurer, ni être enduré d'eux, ni conserver toutes ces prérogatives sous leur domination... Si la royauté est éteinte en France, il fatU que le même jour la noblesse soit étonnée ' » Dans la déclaration du camp de Saint-Cloud, les nobles avaient eu grand soin d'insérer un article par lequel le roi « promettait de les conserver, garder et maintenir en » leurs biens, [«"iviléges, prééminences, prérogatives, » droits et devoirs accoutumés ^. » Ainsi bon nombre de membres de la noblesse reconnurent Henri, se déclarèrent royaux, uniquement dans la crainte que leurs droits féodaux suluistants ne périssent avec la monarchie. Ds demandèrent sans cesse au roi la protection de ses lieutenants dans les provinces et de ses garnisons pour leurs propriétés et leurs manoirs, transformés en beauconp d'endroits en forteresses et en gouvernements de places ; et ils lui rendirent en échange ce service personnel auquel ils étaient tenue par un usage immémorial, d'une manière si restreinte, ai intermittente, que les opérations

■ Hicliel Hurault, deuxième dUcoun sur l'éUt de la France, t. 89, vereo, édit. isee.

< Aiicieciies lois ft'aiiçatBeB, 1. xv, p. 4, § t. Le docament I à la Bu de ee volume.

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36 UV. I. CH. t. MOBILE DE l'tNTÈRÎT PRlvà ET

militaires qui exigent un laps de len^ un peu considérable devinrent impossibles avefi eux.

Les chefs d« la noblesse, les grands seigneurs se déclarèrent royaux pour obtenir du nouveau roi la garantie ou la concession des honneurs et dignités. Aux termes d'un article de la déclaration, tous les favoris de Henri III conservèrent leurs offices. Un autre arlicle portait que toutes les charges et tous les> emplois seraient réservés aux catholiques, soit dans les villes et provinces qui reconnidssaient l'autorité de Henri, soit dans celles qui seraient conquises sur la Ligue, à l'exception des villes où les calvinistes ét^ent déjà maîtres. Ce monopole était, il est vrai, restreint à six mois; 'mais les seigneurs catholiques espéraient le rendre définitif, en entraînant de gré ou de force le roi à leur religion dans cet espace de temps. Les offices et les grandes charges livraient à leurs détenteurs la plus grande partie des pouvoirs publics : la surintendance des finances eo particulier, dans laquelle François d'O s'était fait continuer, devant fournir à tous les services, notamment à celui de l'armée, avait le pouvoir de donner le mouvement à la machine du gouvernement ou de l'arrêter, et tenait dans ses mains tafortune de la guerre. On voit donc que les seigneurs, nommés par \es historiens contemporains catholiques zélés ou ardents, avaient mis par le cdté pratique le roi dans leur sujétion.

Enfin, plusieurs grands firent acheter à Henri la re- coonaissance de sa royauté par la concession de commandements ou [M'érogatives qui les tiraient de la condition de sujets. Le maréchal de Biron obtenidt, comme nous l'avons déjà dit, la souveraineté du Périgord; le maréchal d' Aumont, les gouvernements réunis de Champagne et de Bourgogne, enlevés le premier au duc de Nevers, le second à Mayenne; le comte d'Auvergne

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