‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 24 sur 158 · PRINCIPE DES FACTIONS DANS LE PARTI ROYAL · texte numérisé non relu

PRINCIPE DES FACTIONS DANS LE PARTI ROYAL

la chai^de colonel-géoéral de la cavalerie française i.

D'après ce que nous venons d'exposer, il est évident que toutes les factions qui désolèrent le commencement de ce règne, qui traversèrent ou compromirent la fortune du roi et de la France, prirent naissance au camp de Saiot-Cloud. On distingue dès lors clairement la faction des gentilshommes libres, ne servant le roi dans ses plus pressants dangers qu'à leur heure et à leur fantaisie, d'une façon désordonnée ; la faction des catholiques zélés ou ardents qui se transformera plus tard en iiers-parli; la faction aristocratique des seigneurs aspirant à ressusciter les anciens grands tiefs, s'emparant en attendant des gouvernements de province et des principales charges, exerçant tous les droits du roi en son nom, mais h leur profit.

Ces usurpations n'auraient pas empêché encore le parti royal d'écraser la Ligue expirante. On aurait vu un roi aux prises avec l'aristocratie, contraint peut-être avec le temps d'abjurer sa religion, d'abandonner la plupart des prérogatives conquises par la couronne depuis Louis XI, On aurait eu une révolution politique, une royauté féodale. Mais le pays aurait échappé à l'immense danger qui l'attendait : il ne se sendt pas coupé en deux partis où les forces se balancèrent dans le principe; ou le parti vaincu appela à son aide l'étranger, et quel étranger! Philippe Il ; où les choses furent amenées au point que l'asservissement et la délivrance de la France dépendirent presque autant dlun hasard, que de tous tes efforts du génie et du patriotisme.

' D'ADgoulesme, Mémoires, t. ïi de La collect., p. 70 A. m Le roy >• me confirma le meeme rang que j'àvoia eu du temps du feu roy... n Le maréchal d'Aumont pressa le roy de luy accorder les gouveru nemenU de la Bourgogne et de la Champagne, disant que le feu " roy les luy avoil promis ; je crois qu'il astoil vrai pour la Bour-

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38 UV. 1. en. I. CHBFS DEFECnONMlREB.

Ceus qui indigèrent à leur patrie ces effroyables é|M%uves, fiirent les chefs défectionnaires, qui, d'un même coup, enlevèrent au parti royal sa supériorité, et de l'autre donnèrent à ^a Ligue le moyeu de so relever. Plusieurs chefs, appartenant aux deux cultes contrûres, couvrant leurs desseins d'usurpation de jarét4sxtes religieux, mirent leur retraite sur le compte de leurs scrupules. Le duc d'Epemon, de la faction des catholiques ardents, prétendit que sa conscience ne lui permettait pas de servir un roi hérétique. Il se retira dans son gouvernement, emmenant avec lui les forces de l'Angoumoiâ et de la Saintonge, qui montaient à 6,000 hommes de pied et 1,200 chevaux. Son projet était de se rendre indépendant dans son gouvernement : dès qu'il y fut rentré, il usurpa tous les pouvoirs de la royauté, et notamment celui de lever la taille et les autres impôts '. Divers autres seigneurs catholiques allèrent dans leurs terres attendre les événements. Tous quittèrent le camp de Saint- Cloud sans avoir signé la déclaration et le serment, sans avoir reconnu le roi. Les défections furent aussi nombreuses, aussi éclatantes du cdté des réformés que du cdté des catholiques. Parmi les huguenots, le plus considérable alors était La TrémoîUe : il partit avec neuf bat^llons de réformés qui formaient toutes les forces du Poitou. C'étaient aussi de prétendus scrupules de conscience qui éloignaient celui-là : il mettait en avant qu'il ne pouvait plus servir celui qui venait de s'engager à protéger l'idolâtrie catholique. En réalité, il allait dans son duché de Thoùars et dans le Poitou, essayer de s'y constituer une principauté (»ilvimste, à côté de la principauté catholique de d'Epemon en Angoumois et en Saintonge . It ne son-

1 La Force, Correspondance, l. i. p. 137. — Lettres misaW,, t. m, p. Si, B5, lis, 136, aux dates des 11 novembre IM9 et U janvier 1&90. — P. Cftjet, L [, p. 170 B.

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L'AIWÉB royale DtMtNDÉE DB HWTIÉ. 39

geait pas seulement à rétablir un grand iîef : il voulait encore prendre le titre et l'autorité de protecteur des églises réformées. Henri IV, qui les avait possédés jusqu'à son avènement à la couronne de France, prétendait les fondre dans la royauté et les éteindre. La Trémoille se proposait de les perpétuer à son profit, d'en faire uu pouvoir rival du pouvoir de la couronne, et de jouer en France le râle des princes d'Orange en Hollande. Trois témoins oculaires, de religion différente, atti^stent que Henri fut abandonné par autant de huguenots que de catholiques '. Par suite de ces défections, l'armée royale fut réduite de près de moitié. Au nombre des soldats qui restaient à Henri figuraient 12,000 Suisses et 2,000 AllemandSj que Sancy avait déterminés à servir le nouveau roi, en attendant leur solde pendant deux mois, car il n'avait même pas le premier écu nécessaire pour les payer.

L'intérêt et l'ambition avaient sensiblement affaibli l'armée et le parti royal : la passion religieuse, sincère mais aveugle, leur fit éprouver d'autres pertes. Une fraction considérable de la noblesse se donna au parti contraire par horreur ou .par crainte d'un roi huguenot. Parmi les chefs présents à l'armée, Vitry et quelques membres de la noblesse seulement passèrent dans le camp de ta Ligue. Mais dans plusieurs gouvernements du centre et dd midi de la France, les gentilshommes qui prirent les armes contre Henri furent très nombreux. î*endant la

I Le calvbiaU SuDj, CEcon. roy., c. 148, I. i, p. 636 : « Après D cesle effrojaMe mort, tous feautHs abaudonoé de la pluspari de B vos subjets ; voire par quantité de ceux de la religion. » — La Force, autre calviniste, Mémoires et Correspondance, édition de M. de la Grange, t. I, p. 63, 66, %3T. — Le catliolique d'Augoulesme, t. XI, p. 70 A, dit de son côté ; « Pour ceux qui s'en allèrent, il y en n eust autant et plus de la religion prétendue rétormée que de catbo-

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iO LIV. I. CH. I. mnORITÊ DE LA NOBLESSE DANS LE PAËTI DE LA LIGOB.

première campagne, le parti royal trouve par ceotaioes des nobles pour adversaires, à chacun des combats qu'il livre, des sièges qu'il entreprend, en Bretagne, Anjou, Maine, Auvergne, Guienne, Languedoc, Provence. On peut estimer à un quart de la noblesse le nombre des gentilshommes qui, dans le principe, se prononcèrent pour l'Union '. Ainsi, soit sous les murs de Paris, Boit dans les provinces, le parti royal trouvait aux premiers jours du règne de Henri lY des adversaicés qu'il n'avait pas eus pendant les derniers mois du règne de Henri HT. Paris exerçait dès lors une influence marquée sur les provinces, comme le remarque Pasquier, et il avait domié le branle à la grande insurrection contre Henri HI. Toutes les menées et toutes les intrigues s'y ourdissaient : c'était donc le centre et le cœur de la Ligue. Henri sentait de quelle importance il était de s'en saisir; mais il se trouvait hors d'état de réaliser ce projet. L'assassinat de Henri m avait permis à Mayenne d'introduire dans la ville un corps de troupes qu'il avait joint à la milice armée des bourgeois. Ge crime avait de plus inspiré aux Ligueurs un détestable, mais redoutable enthousiasme, et une confiance sans bornes. Si Henri, réduit à 22,000 hommes environ, tentait une. attaque générale et un assaut, le succès était douteux, et un revers ruinait ses

* ThasDiu,!. >7,§S,p. 706. « Una caoi aliquot aliis exnobilitale.a — P. Cajfll, 1. I, p. iM-lBB. Od voit par les curieux et rares Mémoire* de Jirhan de Veroycs. p. S5, que dans quelques province», notammeQt en Auverinie, le iiombre des nobles tenaol le parti de la Li^c égalait celui des nohli^s suivant le parti royal; mais c'est IV^ceptiou. « Au bas pays d'Auvergne, il y a deux niitle gentilshommes, cliefs de B maison, dont les deux tiers ne bougent de leurs uialsons, et la plu- B part d'iceux sont de la Ligue en leurs âmes : l'autre fait la guerre, B et dans ce tiers, les trois parts suivent le parti rebelle, et le reste B le parUdu roi... Au haut pays d'Auvergne, il y a quatre cents gen- >• lilshommea portant les armea, dont les trois parts sont Bervilcura u du roi, et hi Ligueurs peuvent fûre cent maîtres, b

Il EST FORCE DE S ELOIGNER DE PARIS.

affaireâ. Un siège en règle, une entreprise prolongée étaient impossible», parce qu'il manquait de munitions, de vivres et de solde pour ses troupes. Enfin, Mayenne, qui trouva d'abord dans Paris de l'argent à discrétion, lui débauchait de moment en moment quelques corps de troupes. Le roi fut donc réduit à retirer son armée de devant Paris, et, comme il le disait lui-même, à mettre deux rivières, la Seine et l'Oise, entre lui et ses ennemis, pour empêcher que tout ce -qui serait résolu et entrepria n'échouât par leurs intrigues et par les défecti(nis. Le i août, le jour même de la déclaratioii de Saint- Gloud, il conduisit son année et tint son conseil à Poissy. Animé dès le principe des sentiments qui réglèrent constamment sa conduite, il ne quitta pas Saint-Cloud sans essayer de nouer des négociations avec Mayenne, par l'intermédiaire dç Villeroy, pour arrêter l'effusion du sang français et prévenir la totale subversion du royaume. Mais il offrit vainement au chef de la Ligue^ avec les garanties pour le maintien du catholicisme, les gages d'un grand établissement et les concessions compatibles avec la loi suprême de la monarchie qui l'appelait au trône. Le duc persista dans ses projets d'usurpation, et n'accueillit que par des faux-fuyants les patriotiques iHX>positions et les ft-anches ouvertures du roi. Dès lors il ne fallut plus songer qu'à la gueîTe. Henri, après avoir traversé la Seine à Poissy, pourvut à la sûreté de Meulan, place qui avait alors une grande importance, parce qu'elle commandait une partie du cours de la Seine, et pouvait arrêter, dans une mesure considérable, les approvisionnements de Paris. Il retira de Meulan l'ancien ligueur Saint-Marc, sur la foi duquel il ne pouvait compter, et y mit pour gouverneur Bellengreville, également remarquable par sa Hdélité, son courage, sa capacité militaire, qualités dont il donna des preuves éclatantes âftns

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i2 LIV. 1. CH. I. l'ABMBB HOTALE MVISBB EK TROIS CORPS.

le siège qu'il soutint bientôt après contre les forces de la Ligue. Le roi porta ensuite son armée sur P<aitoise et sur Beaumont, visitant en armes le Vesin français et le Valois, et établissant à chaijue pas son autorité '.

Il arrêta le plan de ses opérations militaires à Beau— mont-sur-Oise. Il résolut de montrer son étendard royal et de déployer des forces d'uis la Piwirdie et la Champagne, dans toute la France du No^d. La noblesse de ces provinces avait reçu son congé de Henri III pour le moment qui devait suivre la prise de Paris, moment dont on n'était séparé que par quelques jours, quand Henri UI fut frappé à mort. De plus, ces gentilshommes étaient rappelés dans leurs terres par les soins de la récolte, et par la nécessité de défendre leurs propriétés et leurs familles contre un effort tout nouveau des Ligueurs que devait provoquer la mort de Henri III. Le roi combina admirablement ses plans avec les désirs et les besoins de ces gentilshommes. H envoya Longueville dans son gouvernement de Picardie, avec la noblesse du pays et un corps de 3,000 Suisses, en leur donnant pour conseil et pour guide la vieille expérience de Lanoue. Il dirigea en Champagne le marâ-hal d'Âumont, nommé gouverneur en remplacement du duc de Nevers resté neutre, avec la noblesse de la province et un autre corps de 3,000 Suisses. Longueville et d'Âumont partirent de Beaumont pour

• Thuanus, 1. 87. — D'Angoulesme, Méui., p. 70 A. — UatthUu. HiBt, lie Henri IV, p. 9. — Villeroj, Apol. et Sise., t. xi, p. 13B, HO, i^oUectiOD Micbaud. Penduit le siège de Pontoiee, le ligueur Saiot- Morc avait rendu la ville de Meulan au roi Henri III, le 37 juillet ltB9; comme on le voit par la relation du eiége de Meulao, insérée dans le Journal militaire de Henri IV, p. 123. D'Angoulesme, Hém, p. 70, dil : « Le Conseil ee tint à Pois», le quatrie«ine jour d'aouEt... Avant que H partir de Poissi, le roi mit ordre à Meulan, ; laissant H. de Bellen- B grevUle avec son régiment. » P. Cayet se trompe donc quand il dit que Henri IV prit Meulan. U. Henri Martin, p. 179, a reproduit celte

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