U UV. I. CH. I. PLAN DB CAMPAGNE DE HENRI
l'assiégeât et qu'il l'offamAt. Mêlant à ces succès de la guerre ceux des hautes convenances et de la politique, il profita de stm séjour dans ces cantoos pour faire conduire et placer en dépdt dans Compiègne le corps de Henri ID, avec tous les honneurs qu'il imagina devoir lui gagner les anciens serviteurs de ce prince. Il établit des rapports d'intime liaison avec la duchesse de Montmorency, qui séjournait à Marlou, et n'oublia rien pour Be concilier par elle le service et le dévouement ai important de son mari, gouverneur du Languedoc '. £□ même temps, il délibéra avec son conseil, au camp de Clermont en Beauvaisis, sur le parti qu'il avait à prendre. Plusieurs le pressaient de nouveau de se retirer dans les provinces du Midi, où il tiendrait les Etats-généraux à Tours, et rassemblerait les forces nécessfures pour accabler Mayenne et la Ligue. Cette opinion fui combattue parBîron et par d'autres : a Qui donc, <li3aient-ib, votis croira encore roi » de France, quand il verra vos lettres datées de Limo- » ges? » Henri appuya fortement leur avis et le fit prévaloir. A la grande considération de l'honneur et de la réputation, qui sont la moitié de la force d'un parti, il s'en joignait pour lui beaucoup d'autres. 11 voiUait rester à proximité de la Picardie et de la Champagne, pour soutenir ses serviteurs et son parti naissant; étendre sa royauté aux pays de l'Ouest et du Centre, voisins de ces deux gouvernements, de manière à en faire une masse unie et compacte dans la France du Nord ; se tenir à quelques journées de marche des secours qu'il demandât à l'Allemagne, et tout à fait à portée de ceux qu'il attendait de moment en moment de l'Ecosse et de l'Angleterre; enfin remédier à la pénurie extrême dans laquelle l'avait laissé son prédécesseur, et se procurer les vivres,
' Lettre do roi ï la dachease dn MooUnorency, dana lea LeUres uiUsiv., t. ui, p. 18, St. — D'Angoulesine, p.-70, 71.
SES MOTIFS POUR SE POHTER EK NORNANDIB. i&
les munitions, l'argent, dont il manquait absolument. Les cootâmporaine, qui font de la guerre et du gouvernement avec du bon sens et non avec des phrases, remarquent qu'il avait surtout besoin de prendre l'argent des recettes et de nourrir son armée. La Normandie, ta province la plus riche de France, réunissait toutes ces conditions. A ces motifs généraux qui l'attiraient déjà vers ce pays, des motifs particpUers venaient se joindre pour l'y entraîner. Ses serviteurs l'ioformaieut que les populations et les corps qui avaient embrassé son parti avaient besoin d'y être affermis par sa présence, et d'être défendu» des séductions plus encore que des attaques des Ligueurs leurs voisins. Plusieurs échevinages de villes, plusieurs gouverneurs offraient de se prononcer en sa faveur, à l'approche de son armée, ce qu'ils (l'avaient osé faire loin d'elle. Le duc de Montpeusier, retourné dans son gouvernement, avait réuni aux Andelys 800 gentilshommes et 4,000 hommes de pied normands : il offrait d'aider avec ces forets les opérations du roi, et laissait entrevoir la possibilité de s'emparer de Rouen même. Tout se réunissait donc pour donnera Henri l'espoir qu'il établirait en Normandie son autorité dans une étendue de territoire au moins égale à celle qu'il venait de soumettre dans l'Ile-de-France, et dans la ^rtion de la Picardie d'alors où se trouvait Senlis. Enfin il calculait qu'en se portant en Normandie, en y attaquant les villes ennemies, il attirerait sur lui l'armée de la Ligue, et donnerait aux places qu'il possédait autour de Paris, Etampes, Pontoise, Meulan, SenUs et autres, le temps et les moyens de se mettre en état de sérieuse défense. Toutes avaient besoin d'ajouter à leurs fortifications, d'amasser des vivres et des munitions; et les deux premières qui avaient été prises par batterie, n'avaient pas encore réparé leurs ruines. Henri leur ménageait un
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iB LIV. I. CH. I. SDtTS DC PLAN DE CAHPAGNE DE HENRI.
répit nécessaire par une diversion. Pour ces motife divers et louB graves, par suite de ces calculs, à son départ de Méru, en Beauvaisis, il conduisit ses troopes sur la frontière de Normandie, et il y entra le 20 août '.
Ces lai^s vues, ces sages et belles combinaisons présentent Henri IV sous un jour tout nouveau, et réforment singulièrement les idées populaires à son égard . On trouve déjà eu lui le grand capitaine el le grand politique, à côté du plus brave chevalier de l'armée, du rival de Grillon. Mais ce qui achève d'imprimer au plan de sa première campagne le cachet du génie, c'est le soin qu'il prit de relier entre elles, d'un bout de la France à l'autre, tout«s les fractions du parti royal. Il s'assura de Nogent, d'Etampes, de Pithiviers, qui dans deux sens différents fraversent l'Orléanais et donnent passage jusqu'à la Loire : il nomma un lieutenant de roi dans cette province pour tenir tète au gouverneur de la Ligue, Lachastre. Il s'établit fortement dans Tours, Blois, Beaugency, Jargeau, Gien, villes qui bordent la Loire et qui avaient presque toutes àes ponts sur ce fleuve. Des garnisons entières ou des corps supplémentaires de troupes et des gouverneurs d'une tidélilé éprouvée furent envoyés par lui dans toutes ces places *. De la sorte il tenùt les communications ouvertes entre H France du Nord, et la France du Midi où il trouvait le parti calviniste, son ancien gouvernement de Guienne, ses principautés héréditaires de Navarre et de Béam. Il empêchait, au contraire, presque complètement les Ligueurs des deux parties de la France de correspondre entre eux, de se secourir mutuellement,
I tHscoors an vrai, dans les Mém. de Da Pleesia, t. v, p. 6. — D'Angoulesme, Mém., t. ii, p. 71 A. — Snlly, OEcon. roy., c. K, p. 7S A. — Matthieu, Hiit. de Henri IV, 1. i. p. H.
* D'Angoulesme, Mém., l. il, p. 70. — Madame Du Plessis, Mém., t. T, p. m. n». — Sullj, OEcon. roy-, c. 48, t. i, p. 71.
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ADRiSIONB DANS LGS PROVINCES A LA DÉCLARAnON DB S'-adOD. t?
puisque de Nantes jusqu'à Gien, à l'exception d'Orléans, il occupfdt tous les ponts et tous les passages de la Loire, et que la Loire coupe le royaume en deux '.
Pendant tes seize jours écoulés depuis celui où Henri fut salué roi par les seigneurs jusqu'à celui où il pénétra en Normandie, la déclaration du camp de Saint-Cloud se répandit dans les provinces et y obtint un certain nombre de généreuses adhésions (4-20 août). Henri fut reconnu pour roi dans les localités et par les corps dont voici l'exact énoncé : Dans l'Ile-de-France, et la portion de cette province alors nommée Picardie, dès le i août par Compiègne. Meulan, Ëtampes, Senlis, Pontoise, et antres villes de moindre importance restées tidèles à Henri UI, ou réduites dans les derniers mois de son règne. En Nor^ mandie, le 6 août par le gouverneur Aymar de Chastes, In garnison et les habitants de Dieppe; le 19 parle gouverneur La Verune, par la ville de Caen et par la portion royaliste du parlement de Normandie réfugiée en cette ville, à l'instigation du grand magistrat Claude Groulart ; presque en même temps par Coutances et Saint-Lô. En Auver^e, le 7 août par la cour des Aides de Mont-Ferrand, par les villes de Mont-Ferrand et de Clermont alt^ distinctes, par le gouverneur de la basse Auvergne, Uas< tignac. Eu Cbampagae, le 12 août par Laiigres et son maire Ronssat, par Chàlons et Château-Thierry. Dans les Trois-Evèchés par Metz, avant le 15 août. Dans
' Mémoires de Nevers, t. i, in-folio, p, idS. « La seule ville d'Or- > lèaiM Bervoit de passage k ceux de la Ligue sur la rivi&re de Loire,
■ qui traversoil, voire divisoit presque loot la royaume de France ; H tous les autres ponts et passages qui estoient sur la dite rivière n jnsquee à Nantes, estant en l'obéissani'^ de Sa Mtgesté, ceux de la B Ligue n'ayoient que le pont seul d'OrlÉana pour traverser d'une u pirt à l'autre de la France; qui estoit peu, et beaucoup incom-
■ uiode pour se secourir les uns les autres, quand le besoin requer-
■ roll. »
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iS LIV. I. CB. i. ADHESIONS A LA DÉCLARATION DE gW^LOUD.
l'Auxois, pays de la Bourgc^e, par le lieutenant de la province Guillaume de Tavannes, la noblesse du pays, le président Frémiot et la portion royaliste du parlement réfugiée à Flavigny, aussitôt après la mort de Henri lU connue. En Anjou, par le gouverneur de la province La Rochepot, et par la ville d'Angers dés le 8 août; et peu après par la garnison du château et par le gouverneur Puicheric qui. resté quelques jours indécis < parce qu'en » protestant qu'il ne seroit jamais espagnol, il trouvoit c durd'estre suhject d'un roi hérétique,» se rangea bientôt k soti devoir par réflexion et par conscience : en Anjou encore, par Saumur et pnr Loudun. En Poitou, par Niort et parFontenay, le 11 août et les jours suivants. La plupart des reconnaissances en Poitou et en Anjou furent dues à l'intervention de Du Plessis-Mornay, dont quarante-neuf accès de lièvre tierce n'avaient pu abattre le dévouement et la prodigieuse activité. Dans le Blaisois, l'un des pays de l'Orléanais, par Blois et le gouverneur Montigny. En Touraine, par tontes les villes, y compris la capitale Tours, par le gouverneur de la province Souvré, et le ii août par la portion du parlement de Paria transférée à Tours. Cette reconnaissance avait d'autant plus d'importance que le véritable parlement de Paris était alors à Tours, Déclaré seul légal, seul investi de la puissance judiciaire par les rois Ht>nri III et Henri IV, il se recruta chaque jour de nouveaux membres, et ne tarda pas à. compter, en y comprenant les maîtres des requêtes, près de deux cents magistrats, ayant Achille de Harlay à leur tête : le parlement de Paris, ou parlement Brisson, ne conserva pas plus de soixante-dix-hult conseillers et maîtres des requêtes. En Languedoc, le duc de Montmorency, à peine informé de l'avènement du roi, le fit reconnaître par la ville de Carcassonne et par la partie du pays qui reconnaissait son autorité. Les pro-
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ADHÉ.'^tONS DANS LES PitOVINCES A LA DECLARATION DE S>-CIAf)D. tô
vinces ou gouvememeots que nous veDous d'énumérer De sont qu'au nombre de douze, et il y eu avait alors vingt-quatre, en comptant celui des Trois-Evêchés : en outre, dans la plupart de ces douze gouvememeots, la Ligue occupait une portion du territoire et la ville capitale. Toutefois ces promptes el hardies reconnaissances donnèrent d'un bout de la France à Vautre un point d'appui âolide à la royauté de Henri contre leâ attaques de la Ligue et de l'Espagne '.
Parmi les provinces qui accédèrent, nous ne comptons pas les Etats héréditaires de Henri de Bourbon, c'est-àdire ses pays souverains de Navarre françùse et de Béam, ni les vastte dotnaiaes qu'il possédait sous la suzeraineté des rois de France, parmi lesquels nous n'indiquerons i<» que le comté de Poix, les duchés d'Âlbret, d'Alençon, de VendAme, de Bejaumont. Henri continua à y être obéi : il n'eut pas & y être reconnu comme roi de France, parce qu'il ne réunit pas sur-le-champ son domaine particulier à la couronne, selcai l'usage de ses prédécesseurs. Injustice et la politique le lui défendaient également. H avait des comptes à régler avec sa sœur Catherine de Bourbon. Au milieu des extrémités où il se trouvait, il avait à se ménager des ressources, surtout des ressources finan-
' Lettres mùsiv. du 11 au 19 août 1189, I. ni, p. l&-)7. Dans la lettre du 11 août, p. Ifi, le roi cotopreiid Bordeaux el Bayonne parmi les villes quiTecounaïaseiil son autorité : on verra plus loin par le témoignage de de Thou, que ces Tillea et les autres dépeudani du gouveraemenl de Guyenne restèrent quelque temps dsua une sorte de neulralilé. — D'Angoulesnie, Mém., t. xi, p. 7D R, 76. — (iuillaume de Tavanuet^, Mém.. t. vnt, p 486. — MaduDf Du Plessis, Mi^m., p. 176-17». — mm. et corred. de Du Plesâis-Momay t. iv, p. 391, 393, 400, 405-409. Ou y voit que Puivheric, ou Puycharic, gouverneur du château d'Augerd, lioâlile dés le principe k ta Ligue, ne larda pas k se déclarer ouvertemeiil pour la cau^e royale. — P. Caycl, 1. 1, p. 193, 194. — Lestoile, regisl., jouni. de Henri IV, an t&94, p. 131 H. -~ H. Mourin, Ia Rétorme et la Mgue en Anjou, c. 9, p. S40.
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50 LIV. I. CH. I. LES NBOTRES. PARTAGK 1>B LA PftANCB.
cières, pour sauvtr le corps de la monarchie ; et dans les emprunts, dana les aliénations qu'il prévoyait, qu'il coc^ sidérait comme inévitables, la réunion à la couronoe l'aurait soumis à des formalités, jeté dans des difBcullés auxquelles il importait d'écbapper'*. Les domaines qu'il 'tenait en fiefs rie furent unis à la couronne qu'en 1607, et ses pays souverains de Navarre et de Béani que soas son successeur.
En examinant quelle fut La portion héroïque de la France qui eut le courage de recomi^tre Henri IV dès les premiers jours de son règne, et qui par cette résc^ution contiibua au salut du pays ; en récapitulant le nombre des gouverneurs, des fractions de parlements, des ' villes et des portions de provinces, on trouve que le tout ensemble formait à peine la sixième partie du royaume. Mais il ne faut pas croire, sur la foi de beaucoup d'historiens, que 1^ reste de la France suivit le parti du la Ligue : c'est une grave erreur. Une masse considérable de villes et de provinces, ou porlionsde provinces, embrassa la neutralité, à l'exemple de Bordeaux et de la Guyenne, dont la singulière résolution doit être spécialement mentionnée. Bordeaux et la'Ouyenne observèrent un édit de leur parlement, en date du 1 9 août, qui flétrissait l'assassinat de Henri III, assurait aux calvinistes la liberté de conscience, et ordonnait aux Ligueurs qui avaient pris [es armes de les déposer. Mais dans tous les actes publics, elles s'opiniâtrèrent h. placer le nom et le sceau de Henri III, comme si la France evit été en interrègne '. Les villes et les provinces demeurées neutres voulurent voir quelle serait la conduite de Henri IV à l'égard du catholicisme, et quelle serait aussi sa fortune, avant de prendre un parti. En joignant aux neutres, les pays, gouverneurs,
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LE ROI DB LA LIGUE 6lIFEtiaÉ A FONTBNAy , BH POITOU. 51 '
magistrats, déclarés tout d'alwrd pour Henri tV, on a environ la moitié de la population et du territoire.
D'après le nombre restreint de partisan^ déclarés que le rot compta d'alxvd, son avènement' au trône étdt entouré d'énormes difficultés. Ces difficultés se seraient ac-^ crues encOTC s'il avait eu un compétiteur au trône, pria dans ta maison de Bourbon, choisi dans la branche catholique, reconnu non pas seulement par la Ligue, mais par deux des princes du sang, cherchant dans ce précédent à se créer des droits pour eux-mêmes ; par quelquesuns des grands seigneurs défectionnaires ; par le parti de ces catholiques ardents dont d'O était le chef, et qui était si disposé à une défection depuis que ie roi lui avait refusé d'abjurer sur-le-champ et sans instruction. La situation déjà si périlleuse de Henri IV ne se chargea pas heureusement de ce nouveau danger, sous lequd il aurait succombé peut-être. Son oncle, ie vieux cardinal de Bourbon, que la Ligue avait désigné pour successeur à Henri III dès 1 5&5, était enfermé au château de Cbinon, sous la garde du gouverneur Chavigny. D'une part, La Chastre essayait pour la "Ligue de se saisir de la per^nne du vieux préjat, en offi-ant de l'argent et en formant une entreprise à main armée. D'un autre' côté, le comte de Soissons et son frère le cardinal de Vendôme |>re8saient Chavigny de leur remettre le prisonnier. Dans cette tentative, ils étaient aidés par ie duc d'Epenion,"qui en ra menant ses sept mille soldats dans son gouvernement d'Angoumois, les faisait avancer jusqu'à Noastre. Les menées furent si actives, et la délivrance du vieux compétiteur parut si probable, dans le cours du mois d'août, , que les membres du parlement de Tours les plus dévoués à la cau3e du roi, crurent travailler dans son inlérét en proposant un moment que l'autorité souveraine fût partagée entre lui et son oncle. Ce coup fut rompu par l'ha-
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■ 52 LIV. 1. CH. 1. EFFORTS DE Ol LIGtB CONTRE HENRI IV.
bile et énergique intervention de Du nessis-Mornay. Ramassant 20,000 écus, fit engageant son bien pour partie de cette somme, afin d'empécber que la fidélité de Chavigny ne fiit ébranlée par les offres séduisantes qu'on lui adressait de deux côtés; rassemblant des forces suffisantes pour assurer le succès de son entreprise, il tira le - vieux cardinal de Bourbon dés mains de Chavigny, et le transféra à Maillezais, puis daas l'imprenable prison de Fontenay en Poitou, peu de jours après que le roi fut entré en Normandie ■. Ainsi fut déjouée cette intrigue : le comte de Soissons et son frère le cardinal de Venddme n'ayant rien de mieux à faire pour le moment, dans leur intérêt, s'unirent au chef de leur maison : le dangereux tiers-parti, démembrement du parti royal, qu'ils avaient voulu commencer dès lors, fut retardé de deux ans, et ajourné à une époque où Henri IV avait déjà surmonté les plus grandes difficultés de son établissement.
Tandis que Henri et ses partisans travaillùent ainsi à reconstituer lespriocipesd'un pouvoir légitime, national, seul capable de tirer le pays de l'anarchie, la Ligue à Paris s'épuisait en combinaisons et en efforts pour le renverser. La veille de la mort de Henri lU, elle n'était plus qu'une faction expirante; mais par l'assassinat de ce prince elle se releva au rang de parti qui pouvait dispu- ' ter le pays à la royauté. Après le coup porté par Jacques- Clément, la conftûiion répandue dans le camp de Saiot- Cloud qui cessa de combattre pour intriguer et délibérer ; quelques jours plus tard le démembrement du parti royal
< Voir l'exposé dp celte intrigue, et \f-i actes âubaiftaot de l'ex- ' IradictiOD du vieux cardinal de Boiirbou dans les Méiu. et corre^. de I>u Pleasi^Mornay, t. i, p. <IB8-t09, et dans le^ M^m. de Madame Du Pkssis, p. 1TB-I8t. L'acte d'extraditiou est du k septembre IME). Le cardinal de Vendâme devint cardinal de Bourbon, apr^s la mort de son Oficle le vieus" cardinal de Bourbon, et est désigné dans l'histoire sous le nom de jeune cardinal de Bourbon.
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NOUVEAU SOtlLÉVEHENT POPULAWE CONTRE LE ROI. 53
à l'armée et dans les provinces, furent pour moitié daus ce grand chai^ment : l'opinion et les actives menées des ennemis de Henri IV tirent te reste. Des fureurs contre le roi mort, et de l'abominable panégyrique du régicide, la Ligue passa promptement aux attaqnes contre le roi vivant, plus utiles à ses desseins. Les prédicateurs répétèrent dans toutes les chaires que le Béarnais, hérétique et excommunié, était inhabile à régner; que si l'autorité lui était déférée, il en userait ausHitdt pour détruire le catholicisme et le remplacer par l'iiérésie ; qu'en conséquence, quiconque le reconnaîtrait serait excommunié lui-niènre. Ils ajoutèrent qu'il avait publiquement annotice vouloir tirer vengeance de la Sûnt-Bartbélemy, et se baigner le bras jusqu'au coude dans le sang, 1» jour où il entrerait dans Paris. Il y allait donc pour le peuple d'être tué dans cette vie, et damné dans l'autre, s'il laissait Henri IV se saisir du pouvoir. Sur ce» trompeuses assurances, il se porta k le combattre avec une ardeur ou plutôt une fureur sans bornes. Ce fl' était pps assez que le peuple embrassât la révolte, il fallait encore qu'il y tint la bourgeoisie parisienne attachée et asservie. Chaque bourgeois eut son Seize pour espion, et pour dénonciateur au moment oîi il broncherait dans la bonne voie. Q fut loisible d'être Ligueur guiaard, Ligueur français, Ligueur espagnol, rebelle à un degré et sous une forme quelconque à la loi fondamentale et à la constitution du pays ; mais oh ne put être royaliste, partisan de Henri IV , sous peine de la vie. Les factions ont toujours entendu ainsi la liberté. Ce sont deux contemporains qui nous fournissent ces détails. L'un d'eux dit, à )a date^du 2 août : u n n'estoit pas permis à Paris de se montrer autre que Ligueur : les gens de bien y esloient exposés à la perte de leurs vies et de leurs biens, et aux mouvements, d'une populace furieuse et emportée, que les moines, les