‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 29 sur 158 · LIV. I. CH. I. DÊGURATION DR MAYENNE DU 5 AOUT · texte numérisé non relu

LIV. I. CH. I. DÊGURATION DR MAYENNE DU 5 AOUT

Tandis qu'il jetait ces appâts différents aux républicains, aux priuces étrangers, aux partisaos )îgueurs de la maison de Bourbon, il adoptait les mesures les plus e£Sca<;«s pour s'assurer la couroune à lui-même. D prenait le titre de lieutenant-général de l'État et couronne de France ; ck qui, en l'absence et pendant la captivité du roi de la Ligue, lui livrait une grande partie du pouvoir légblatif, tout le pouvoir exécutif, et par conséquent la partie réelle et solide de la souveraÎBeté. Il se flattait d'écraser Henri IV sous la masse des forces qu'il rassemblerait, et comptait tirer de sa victoire sur ce préfendant les moyens de ruiner la compétition de tous les autres. En effet, sa victoire lui assurerait le dévouement de son ai-mée ; son armée lui donnerait la force de résister aux souverains étrangers, ainsi que les moyens de suriûonter ropposilion de la bourgeoisie de la Ligue, et ses -préféreuces pour la maison de Bourbon ; tandis que l'éclat de son succès lui ramènerait le peuple et le séduirait à son usurpation pçr l'enthousiasme.

Boyaulé de Charles X et exclusion de Henri de Bourbon, conseil de l'Union, lieutenance-générale pour luimême, Mayenne comprit tout dans sa déclaration du 5 août 1589. Dans la délibération du conseil d'Union, qui avait précédé la déclaration, les Seize s'étaient montrés dès le début ce qu'ils devaient être constamment : ils avaient demandé que l'on élût Philippe II pour roi, alléguant que sa piété et ses forces donnaient seules des garanties sulQsfuites au maintien de la religion et des affaires <. Mab le crédit de Mayenne et de ses partisans dans

' Villero;, Apol. et <li»c., t. xi de La coUect., p. US. n Aucudb » vouIoi«Ql que l'on e«lcut le roy d'Espagne et que l'oD se jettast u du tout entre sna bras... aUëguaat la bonne opinioa que la com- I) iDune avait de la probité, piété, force et moyens dudict roy d'Es-

Il pagne. »

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nOVAUTB DB CHARLES X ; LIBUTEKANCE-GÉNitRALE DE MAYENNE. 50

le conseil avait fût rejeter cette proposition anti-guisarde et surtout autt-françaiae. Dans la déclaration, le lieutenantgénéral provoquait' de plus une croisade contre Henri IV. Tous les catholiques, disait- il, devaient s'unir n lui pour assurer la gloire de Dieu et le salut des bomînes. Jusqu'alors ils n'avaient eu à combattre que les ennemis secrets de la religion ; mais à présent c'était aux hérétiques eux-mêmes, aux. ennemis déclarés de l'Église, qu'ils avaient affaire : c'étaient eux. qu'ils devaient combattre jusqu'à la mort, en prenant Mayenne et les princes de la maison de Guise pour chefs de cette sainte entreprise. Le parlement de Paris, épuré par Bussy-Leclerc et réduit à soixante-dix-buit membres, enregistra la déclaration de Mayenne le 7 août, et donna ainsi l'exclusion à Henri IV. La portion ligueuse du parlement de Toulouse défendit, sous peine de mort, de le reconnaître, et le déclara déchu de ses droits à la couronne, conformément à la bulle d'excommunication de Sixte-Quint (22 août). Le parlement ligueur de Rouen déclara ses partisans criminels de lèse-majesté divine et humaine, ennemis de Dieu, de l'État et couronne de France (septembre) '.

Ainsi, pour l'exclusion de Henri IV, pour l'établissement du gouvernement de la Ligue, il y avait, après l'approbation du ctei^ ligueur, la sanction des pouvoirs

■ Recueil des anc. lois trani;., 1. xv, p. 5-S. La déclaration de Mayenne, qui date du 5 aoùl, recoDuait la royauté de Charles X ; ■ A ces causes, en attendant la liberté et préBeuce du roy. » Cette ifcinnaiDance du 5 août est indéppudanli' d'une proclanialion qui eut lieu le 11 novembre 1B89. Leg lii^torieiis modernes, eu rejetant la royauté de Qiarles X k celte dernière date, induisent daos une grave erreur. — Cea arréls des portions ligueuses des divers parlementa sont jffalement omis ou intervertis dans toutes les histoires. — Nous avons bit renuTquer plus haut, que les parlementa du royaume se divieërent en deux tractions, l'une royaliste, l'autre %ueuse. La portion royaliste du parlement de Paris était & Toiu^ eu très grande majorité ; celle du parleiuent de Toulouse à Carcassonne ; celle du pariemeiH de Rouen à Caen.

60 CIV. 1. CH. I. ABRÉTS DB DIVERS PAXLBMENTS LIGUElinS.

et des corps politiques, c'est-à-dîre une légalité menteuse. Le peuple était donc poussé à une résistance désespérée contre Henri de BourhoQ par toutes \ës aulorilés qui pouvaient le conduire et qui l'égaraient. Mais tandis que les intrigues égoïstes de Mayenne, les étroits et pauvres calculs de la Ligue française jetaient le paya dans une guerre civile dont il était impossible de prévoir l'issue et de calculer les périls, un fait considérnble se produisait, un [H'iDcipe d'ordre surgissait. La reconnaissance des droits de la maison' de Bourbon avait lieu : cette réserve en faveur de la légitimité, maintenant spéculative et stérile, pouvait dans certaines combinaisons, produire de graifds effets. Les succès ou les revers de Mayenne devaient l' étouffera sa naissance, ou la rendre viable, comme ils devaient décider aussi si le lieutenant- général aurait des chances de passer roi. Mayenne le sentit, et il s'épuisa en efforts pour rassembler à Paris une armée si nombreuse et si bien approvisionnée, que les coups décisifs fussent portés dès l'ouverture de cette grande querelle.

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HRNni ENTRE EN NORHANDIB : IL MtBND GOUnNAVfT GI80RS. «1

Première campagtu de Henri [V depuû ion entré* en Normandie JMt/uà l'oecupalio/i de la poiitiàn entre Arqveâ «( Dieppe. (iO voàl-

8 uptembre ]589.)

iroKt, gouïernMr <lu l'ool-de l'APfhe ; l«r. - L'«roi*« rnyilc occupe Dnrnrul

BuUTcnicar de Cbum (t iir* hiblUnti, et de mwnDatire II «tte. — Eiil poilllqor, rtlIgiPUI M mlIlUIre de Dieppe : rrntrOe réc*nle dei K^formé* prolcilU * Birppe : de Uiaitei fl le ]>apuliilkiD il^voufa su paru ile> PoJlllqiKi : Arquo et »n ch41eau r«cemaw(i uonili p*r In DIeppali. — DMniérturment et iW-

delMfppC Henri iHdMivrc dnmiiiiquniie ti ville ll(uri»e île Neufclittel : Hé-

Aningrn. n p«nr lïire une k'"!''' de d(r»DMvt, - Il repoli k Difppe II roDIIrnullon de radbéaUin de Cmd qui iwl tant ara JoU tnute la Bu« Normuodlr. — Il retourne au cninp de Dumetal et dlrl|[e •■» aitaqur* contre Roaen pour

Le temps que le duc employa h ramasser de:^ troupes et à les conduire sur le théâtre de la guerre, le roi le mît à profit pour faire de remiu-quables progrès en Normaudie. U entra dans tfette province le 20 août. A sou approche, Goumay et Gisors, qui se trouvent à l'extrême frontière du cdté du Beauvaisis, lui ouvrirent leurs portes. Il laissa le sieur de Rubempré dans Gournay, avec sept enseignes du régiment de Picardie. De là il se dirigea au village du Pont-S.aiat-Pierre, où il attendit lé premier effet des promesses des Normands. Si pour Rouen ils ne purent faire ce qu'ils avaient espéré et annoncé, ils tinrent, en ce (Jul les concernait eux-mêmes, ^scrupuleuse-

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62 LIV. t. CH. II. IL EST RECONmi PAR DUROLF.T. IL COHDUn L'aRKËE ~

ment leur parole, et l'on peut s'étouner des termes dans lesquels SuUy parle de leur conduite, quand on songe qu'à se prononcer alors pour le Toi, l'on risquait tout, l'on exposait sa fortune, sa tète, sa famille. Henri, pendant son séjour au Pont-Saint-I^erre, envoya un gentilhomme à Durolet, gouverneur du Pont-de-l' Arche, pour traiter avec lui (22, 23 aoOt). Durolet ayant lu les lettres du prince, qui le laissaient maître des conditions de sa soumission, pour toute réponse commanda à la garnison de sortir de la ville, la rangea en batailleiJans une prairie, fit prêter serment aux capitaines et aux soldats de servir le roi, et dit à ce gentilhomme : « Qu'il retournât 11 trouver le prince, et lui rapportât ce qu'il avoit vu ; qu'il » n'avoit jamais oui dire qu'un sujet dût capituler avec n son roi. » L'exemple donné par le gouverneur du Pontde-l'Arche provoquait d'autres adhésions, et la -place qu'il livrait à Henri avait une véritable importance. €ett« ville, située au bord de la Seine, devait concourir avec Meulan à rompre les communications entre Rouen et Pasis, et priver Paris du commerce qu'il faisait avec la - Normandie, des approvisionnements qu'il en tirîdt '. Henri quitta le Pont-Saint-Pierre le 24 aoAt, et mettant toute l'armée en bataille, il la fit marclwr toujours en ordre jusqu'à Dametal où il logea. Ce détail de tactique, qui était. uu perfectionnement de l'art militaire, et que nous verrons sans cesse se reproduire, est relevé et signalé par les historiens du temps faisant profession des armes. Darnetal, situé à un quart de lieue des faubourgs de Rouen, était dès lors un bourg considérable.

■ D'Angoulesme, Mém. p. 71. — Discours au vrai, dans les Méui. et corres. de Du Plessie, t. v, p. 7. — Matthieu, Hist. de Henri IV, I. [, p. tS, 13. — Sully, ŒcoQ. roy., c. S8, p. 73 A. — La lettre «lu roi, adressée à la reioe d'Angleterre, le Si aoill, esl datée du camp du Ponl-St-Pi«rre, au mouieiit oi'i Hpnri quitte ce »ùjour, Lett. misviv, t. m, p. 17.

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> A DiJINBTAL. IL VA PBHSONNBLLKHENT A DIEPPE. 63

AussilAt que l'armée royale y fut établie, des combats d'avaut-poHtes commeucèrent entre elle et la g^raison. Pendant ces préludes d'im siège, Henri laissant le commaadement de l'armée au maréchal Biron, courut luimême, avec quatre ou cinq cents c-avaliers, jusqu'à Dieppe, qoi s'était proDoucée pour lui dès le 6 août, mais dont il voulait éprouver la fidélité et affermir le dévouement '.

l<a ville de Dieppe était alors riche et forte. Son port

, était l'un des meilleurs de la Normandie , à une époque où presque tous les havres étaient encore resserrés dans d'étroites dimensions. Son commerce était prospère, ses marins renommés par leur audace et letir habileté, la grande majorité de sa bourgeoisie parvenue à raisaDce ' ou à la fortune par son industrie. Elle comptait vingt- ■ cinq mille citoyens dans les murs , et cinq mÙle au fanboui^ du Polet. Ses fortifications et son organisation militaire lui donnaient les moyens d'opposer une opiniâtre résistance à quiconque l'attaquerait. Elle était défendue'par une citadelle bâtie dans ces derniers temps audevant et à gauche du château ; par le château assis sur, une falaise élevée ; par- une enceinte de murailles flanquée de tours de distance en distance ; par d'autres ouvrages exécutés dans le port et sur la plage. La population de la ville avait été organisée militairement par le gouverneur Aymar de Chastes. Les compagnies de la milice bourgeoise avaient été doublées, et portées à trois-ou , quatre cents hommes chacune , nombre qu'il importe de

' remarquer. Cette miUce avait été soigneusement armée , et aguerrie dans de nombreuses expéditions contre les ennemis du voisinage. A ces forces, le gouverneur et l'échevinage d'accord entre eux, avaient joint, depuis les barricades, des troupes mercenaires, payées avec un emprunt > D'Angonlesme, Mém. p. Tl, 73. — Dûcours pu Traï p. 1.

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6i I.IV. I. CIt, II. ÉTAT POUTiaUB, UII.ITAIHE ET HeUGIBUX DE DIEPPE.

de 200,000 livres que les principaux négociants avaient ouvert : ils avaient ajouté eocoFe à ces forces une troupe

' de 200 maîtres, composée de gentilshommes de la province, réfugiés en grand nombre à Dieppe. Ces divers corps présentaient un effectif de plus de six mille hommes, divisés en infanterie, cavalerie, artillerie. De Cliaales, at-^ tentif à accroître sans cesse la force militaire de la ville, avait mis en sa possession les localités voisines qui pouvaient servir à ses moyens de défense. Le château d'Arqués,

' avec son donjon, ses fossés profonds, sa vaste enceinte murée et flanquée de quatorze tours, était également fortifié par la nature et par l'art. Il dominait le bourg d'Arqués, l'une des entrées de la vallée, et la routé principale conduisant a Dieppe. Après le Polet, nul pcêle n'importait autant aux abords de la place. De Chastes s'en était emparé, dans les derniers mois du ïègne de Henri III, et en avait confié la garde à deux compagnies bou^eoises de Dieppe, formant ensemble près de huit cents hommes, garnison considérable pour le temps '.

< Le lecteur instruit EronTers, nous le penions, quelque nonTeaulé dons cet exposé de l'état de Dieppe à la flu du svi* siècle. Nous en dirons autant du tableau des opérations mililairca autour d'Arqué» et de Dieppe, que nous allons exposer. Lci' détail» que noue produiscud sont tiréa en partie des deux sources siiivanlRs : f* les manuscriU inédit«, dont cous devons la communication à l'obUK^ance du savant M, Féri^i, bibliotb^i'Aît^ de Dieppe. Le premier apparteuanl fc M. Lelong de Hoinville esl intitulé : Dm progrès de l'htréiie qtù existe dans la ville de Dieppe. Le second apparlenaDt à H"' LauglotB a pour litre : Mémoire pour servir à l'histoire de Difyjpe. On y trouve de nombreux extraiU du Jimrnnl d'Estataetiii, perdu aujourd'hui k 'ce qu'il parait. î* Le rare ouvrage de Desmarquels intitulé : Mémoires chronologiques pour servir à l'hisloirt de Dieppe, I>art4 Désauges, 178S, S vol. in-li. L'aubtur a rédigé son histoire, sur les Mémoires d'bonimes de la localilé, Ealancelin, Dablon, Gonie, Asaeline. n y a dans DesmarqueLs quelques errpurs de noms, par exemple Givry pour Guitrv, quelques erreurs aussi de dates et dt localité- Malgré ces inexactitudes, le livre fournit de précieux reuseipicmeuts sur plusieurs poinls. 1^ plus grande partie des détails relatifs à l'élat de Dieppe au temps . de Henri IV est tiré» de cet ouvrage, 1. i, p. itl-Ut.

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