‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 30 sur 158 · DISPOSITIONS DD GOUVERNEUR ET DES HABITANTS · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS DD GOUVERNEUR ET DES HABITANTS

Les dispositions que le gouverneur et les habitants avaient montrées jusqu'alors étaient très propres à rassurer Henri IV. Du Chastes, catholique sincère, mais hautement déclaré pour le parti politique, avait fait preuve à ta foie de patriotisme éclairé et de dévouement à la couronne. Dans une entrevue qu'il avait eue, du vivant de Heniî Ht, avec le chef ligueur Yillars, il avait repoussé totites les propositions qu'on lut adressait pour l'entraîner dans le parti de la révolte eu disant : « Qu'il > estoit françois, et que lui, sieur de Villars, verroit que ■D l'espagnol estoit le véritable cbef de cette Ligue. » Resté serviteur dévoué du dernier Valois, dans l'intérêt de l'indépendance nationale et de la paix publiqoe^il avût transporté celle fidélité au premier Bourbon, et, dès te 6 août, s'était déclaré pour lui. Un grand nombre de Dieppois étaient protestants : lors des édits de proscription contre la Réforme, dictés par la Ligue à la faiblesse de Henri Ht, plusieurs milliers d'entre eux étaient passés en Angleterre, pour s'assurer la liberté de leur culte. Ces réfugiés , après quatre ans d'exil, rentraient dans leur patrie, juste au moment oii Henri se disposait à la visiter, et y rapportaient, pour la communiquer à leurs co-religionnaires, l'ardeur de leurs croyances, la haine de leurs persécuteurs. Tous ceux des habitanis qui n'appartenaient pas au Calvinisme, appartenaient au parti politique, auquel de Chastes les avait gagnés, et s'étaient énergiquement prononcés contre la Ligue *.

Tout faisait donc espérer que, parmi les Dieppois, les uns accueilleraient avec une faveur marquée le roi huguenot, les autres le roi légitime Henri IV. Le côté périlleux de l'entreprise était que k Ligue renouvelait

1 Pour la répoDee de de CboaleB à VillaN el le retour des reli' gioniiaires dieppoù àan» leur pairie, voir le maouscrit n. 1, p. 27, Si. Pour le» auliea détaiU, DeuuarqueU, I. i, p. itl-StS.

^oiizccbvGoogle

66 Liv. I. en. ir. réception faite au roi a dibppb.

nloFB même les efforts prodiguait les promesses et les séductions, pour eatraiiier k elle de Chastes, ainsi que La Vérune, gouvemenr de Caen ; et qu'en ce temps d'odieuses trahisons, plusieurs gouverneurs de places, dans ce qu'on nommait des entreprises doubles, s'étaient sai^s ' de la personne de ceux auquels ib avaient offert de se livrer '.

De Chastes avait trop d'expérience pour ne pas deviner les justes appréhensions que le roi devait concevoir, et trop de tari pour ne pas les prévenir. Il sortit de la ville avec sa cornette blanche et les principaux habitants, et alla recevoir Henri et son détachement jusque dans les bubourgs de Dieppe (26 aoàt] *. Aussîtâl qu'il l'aperçut, il descendit de cheval et lui dit : f Qu'il venoit saluer » son seigneur, et remettre à sa dispositiou le gouverne- » ment de la place » ; après quoi, il lui baisa les mains. Le roi lui répliqua vivement : « Ventre-saint-Gris, je ne n connois aucun qui en soit plus digne que vous ! » La garnison et les principaux citoyi^ns voulurent lui adresser des félicitations : it coupa court aux discours officiels en disant : « Mes enfants, point de cérémonie ; je ne veux B que vos amitiés, bon pain, bon vin, et bon visage » d'hôte. V Cette familiarité cordiale qui rappeliùt le roi père du peuple et qui en annonçait un autre à la France, gagnait les cœurs sans rien Ater à l'admiration qu'inspirait l'intrépidité de Henri : les Dieppois remarquaient qu'au péril de sa vie, il avait traversé les postes de Li-

> Discoure en vi^, p. 8. «La vertu et la loyauté des sienre de La ■ Véruue, de Gbasleé, RouUel, a ealé combattue de toulee \ei teuto- H tiona et charmée qui peuveut séduire les plus résoleua. d

* La date précise de l'entrée de Heori IV dans Dieppe, fautivement indiquée dans presque toutes les histoires, est le 16 août 1989. Doos sa leUre à Buzaoval, du ST août, Lettr. uiissiv. t. ui, p. 29, se, le roi dit : n J'arrÎTa; biet en ceste ville de Dieppe, et a; trouvé nu » gouverneur toutela Bdétilé que j'eusse eçeu désirer. »

^lailizccbvGoOglf

DEFAITE DES CAlULomiAlS. R^UCnON DE mvPCBATEL. 67

giieurs qui battaient toute la haute Normandie ; et que maintenanl, il venait avec uue poignée de ses serviteurs se mêler à une multitude armée. L'auteur de la relation à laquelle nous empruntons ces détails ajoute : « Sa majesté fut reçue en grandes acclamations par le peuple; et ce qui fut bizarre mus réjouîssaut fut de voir le roi entouré de près de sis mille hommes armés, lui n'^ant qu'un petit nombre d'officiers à sa main gauche » '.

Henri paya sa bienvenue aux habitants en les délivrant d'une gène et d'un danger de tous les jours. La ville ligueuse de Neuft'hàtel, située à sept lieues de là, coupait le passage aux Dieppois, empêchait leurs communications et leur commerce avec tous les pays circouvoisins. Le roi l'envoya investir par les sieurs de Guitry et de Hallot, avec une partie des nobles normands qui l'avaient accompagné dans son voyage, et des troupes tirées de Dieppe. Gatillon, gentilhomme du pays, s'avança au secours de Neufchàtel avec quinze cents paysans, mêlés de soldats, qui de son nom avaient pris le nom de CatUhnnais *. C'étaient des imitateurs et des successeurs des Gautiers, partis de la légitime défense contre la soldatesque pour arriver au brigandage, amis de Dieu et de la Ligue, et ennemis de tout le monde : du roi pour ne plus obéir à aucune autorité et pour ne pKis acquitter d'impôts; de la noblesse pour ne plus payer de redevances et pour piller ses châteaux ; des Dieppois pour dévaliser leurs marchands. La noblesse chargea impétueusement les Catillonnais, les mit en déroute, en tua ou en noya huit cent», dispersa le reste. Neufchàtel fut pris, ce re-

< Relation de l'eDtrÉe du roi t Dieppe, dans le journal luiLtaire de Henri (V, publié par M. de Valori, p. %9, 40. — Discours au vrai,

■ Les détaiU historiques auc les Catillormaû expliquent deux passages de la satire Meoippée, p. U, ISl, éd. 1736. Dons les divers comtemporains le nom du cbet est écrit : Coslillon, ChastiUon.

DoiizccbvGoogle

68 LIV. t. CR. II. LEROI RECONNAIT LA POSITION EHTnE AHaOES BT DiePPB .

paire de voleurs détruit, Dieppe délivrée. Atouslessentimeuis que It; roi avait inspirés aux babïtanls se joignit la reconnaissaace, et dès lors leur eothousiasme et leur dévouement pour lui furent sans bornes '.

Henri employadeuxjoursàétudier l'assiette de Dieppe et d'Arqués, les détails' de l'ensemble de ces localités, et & se rendre compte du parti qu'il pouvait en tirer pour les diverses exigences de sa situation. Le port de Dieppe liù ouvrait des communications avec l'Ecosse, l'Angleterre, la Hollande : il lui offrait un lieu de débarquement pour les troupes de ces nations, qui promettaient de prochains renforts : ce port avait l'autre avantage de tenir le roi en relation avec le littoral voisin, et de lui fournir le moyen d'en tirer les approvisionnements de son armée. Il pouvoil soutenir victorieusementun siège dansia ville, ' en lui donnant son armée pour garnison, et en recevant dudetiorsdecontinuelssecours. En cas de revers, Dieppe assurait une retraite par mer, un refuge à La Rocbelle ou en Angleterre. Le roi était bien décidé, et il le prouva, à exposer dix fois sa tète pour ne pas reculer et se retirer devant les Ligueurs. Mais il savait trop aussi ce qu'un chef doit à son parti, pour ne pas se ménager à I ni- même, s'il survivait, et pour ne pas préparer à ceux qui s'étaient attachés à sa fortune, un moyen de salut dans une nécessité extrême, une occasion de se releverbienldtaprès. Il songea donc avant tout à s'affermir dans la possession de Dieppe qui était d'une si haute importance pour lui, et il ordonna à de Cbasles d'ajouter aux moyens de défense, en commençant des travaux de fortification dans les faubourgs. Mais Henri porta ses desseins et ses combinaisons bien au-delù. A une inspection attentive et faite avec un coup d'œil supérieur d'Arqués et de Dieppe, il se convainquit

• Discoure au Trai, p. 8. — Thuanus, 1. icvu, § 7, L iv, p. 798. — fi'AngoaleHDe, Mém-, p. 79 A.

^oiizccbvGoogle

CASH ET AurnBS VILLES DÉCLUIBBS BK FAVEUR DE LA LIGUE. 69

qn'il n'y avait aucune nécessité de se tenir enfermé dans la ville; qu'on pouvait s'élargir et tenir la campagne; qu'en choisissant bien les postes où on logerait l'armée, on lui ferait regagner, par la faveur dus lieux, la force qu'elle n'avait pas dans le nombre ; qu'on la mettrait en état de tenir télé à l'ennemi, laborieusement sans doute, mais selon toute probabilité raisonnable, sans péril d'être

Durant son séjour à Dieppe, Henri reçut par députés et par lettre, l'assurance de la fidélité de La Vérune, gouverneur de la ville et du château de Caen, dont les indécisions avaient cédé, depuis le 19 août, aux pressantes instances de de Chastes, son parent, et de Groulart. L'adhésion de ce gouverneur mit l'importante ville de Caen sous la loi de Henri : Saint-L6, Coutances, Garentan, dans le voisinage, avaient également reconnu son autorité. Ainsi Henri, à son départ de Dieppe, vitsa domination établie dans la partie maritime de la basse Normandie par la déclaration en sa faveur de ces quatre villes ; et dans une portion de la haute Normandie par celle de Dieppe et du Pont-de-t' Arche. Ces villes et la contrée environnante lui fournirent pendant un mois de l'argent, des vivres pour la nourriture de son armée, des munitions de guerre : elles firent donc presqu'entièrement, par le câté matériel, le sort du commencement de la campagne. Plus tard elles devinrent le point de départ des conquêtes du roi dans la province, de l'occupation presque entière de la Normandie, qui influa d'une manière sensible sur les opérations de la guerre, et sur les

1 D'Angoolesme, Mém,, p. 7ï B. « Le ro;... se résolut d'aller lui- » mesme visiter Dieppe, reconnoistrc les chemins par où le duc de H Mayenne devoit paaser, puis ; estant, ehai»ir un pmU avantageux, ■ lequel par mn aisielle pilt remédier à la faiblesse de son armée.... » Sa Majesté y séjourna deux jours à considérer les assiettes de Dieppe » et d'Arqués, u

^lailizccbvGoOglf

70 UV. 1. CH. II. HENRI ATTIRK L'aRKBB DE LA LIGUE EN NOMIAMDIE.

évéDemenIs des quatre premières années 'de ce règne. Les hibtoriens originaux signalent judicieusement l'importance de la possession de ce riche pays '.

De retour à son camp de Darnetal, Henri fit toutes les démonstrations qui pouvaient donner h croire qu'il allait entreprendre contre Rouen un siège en règle. Il brûla tes moulins des environs, et priva ainsi les babitanls d'une partie de leurs subsistances : il dirigea de continuelles attaques contre les portes de leur ville. Leur épouvante fut extrême : Us appelèrent Mayenne à grands cris, et n'eu- . rent pas de cesse qu'ils n'eussent tiré de lui la promesse de s'avancer sans délai à leur secours. Il se mil en effet & la tête de ses troupes, et prit sa marche vers la Normandie. Ce que Henri avait projeté et préparé pour une diversion s'accomplissaitainside point en point. Leduc, eu se portant à la défense de Rouen et de la Ligue en Normandie, laissait en plein repos les villes et les pays que le roi tenait autour de Paris *.

Le contentement que la réussite de cette combinaison répandit un moment dans le camp royal fit place bientôt aux plus sérieuses inquiétudes. On apprit que Mayenne, avec des levées faites en France et à l'étranger beaucoup plus rapidement qu'on ne l'avait cru, avec des forces dépassant toutes les prévisions, s'acheminait droit au roi,

* Lettres misîiv. de Henri IV, dea î7 août, 47 septembre, H octobre iii9, t. m, p. S9-B1, 4e, se. Ces leUrea prourent que panoi les villes DormaDdes indiquées dnns le texte, Dieppe et Caeu se sont pro- Doncêea pour Henri, el Toumisseut les plus utiles secours k sod armée et à SOD parti, depuis le commencemeot de la lutte entre le roi et Mayenne, aux eoTirons de Dieppe et d'Arqués. — Le manuscrit D.1, p. »3, M, DbvHb, I. I, t. n, p. 903, in-t*, témoii^ent de l'accession deSaiot-Lo, Coulanees, Careutan. — Pour confirmation de'quelques-una de ces détails, voir ; Discours au vrai, p. 7, 8. — Ordulart, Voyagea en cour, ch. t, t. ïr, p. B56 A. - D'Angoulesme, t. il, p. 73 B.

' Discours au vrai, p. 9. — D'Angoulesmc, t. ii, p. 7ï B,

^oiizccbvGoogle

GRANDES FORCES VK8 LICUBURg. CONSEILS REJBTÉS PAR LE ROI. 71

avec la résolution de le poursuivre partout, de s'attacher uniquement à sa personne, de s'en saisir à tout prix. Pour résister à ces masses, Henri n'avait plus qus 9,000 fantassins et 800 cavaliers. Alors les sollicitations delà petite prudence qui l'avaient assailli au campde Saint-Cloud recommencèrent. Les uns voulaient que, sans perdre un moment, avec 500 clievaus d'élite et libres de tout bagage, il entrepnt de gagner la rivière de Loire et de se rendre à Tours. Les autres le pressaient de s'embarquer pour l'Angleterre , et d'aller y chercher les secours d'Elisabeth. Le maréchal de Biron insistait surtout pour qu'il se mit à l'ahri, pour qu'il se conservât, ajoutant que pourvu que cela fût, tout irait bien, et qu'il se chargeait de tirer l'armée du pas difficile où elle était engagée. La proposition impliquait à la fois une question d'honneur, puisqu'il s'agissait pour le roi de fuir devant ses enoemis et d'abandonner ses partisans au plus fort de leur danger, et une question politique, puisque son séjour en France ou son départ entraînaient avec eux d'incalculables conséquences, tout un avenir d'incertitude, avec une honte pour seul précédent. Il les résolut en homme habitué dès longtemps à ne jamais séparer ce qui était honorable, de ce qui était, ou paraissait utile. La Force, l'un de ceux qui assistaient à ces délibérations du camp nous dit : « Le roi ne put jamais goûter aucun de fl ces e&pédienLs. Il répondit : qu'il n'abandonneroit ja- » mais ses serviteurs. Que se retirer au-delà de la rivière » de Loire, c'était abandonner la meillenre partie de son » Etat, ôter le courage à tous ceux qui lui étoient affec- » tiennes en-deçà, et l'en priver pour jamais. D'aller en n Angleterre, qu'il le feroit encore moins ; qu'il ne se- )> roit jamais dit que ses ennemis l'eussent chassé de sou n royaume, et qu'il étoit résolu d'y mourir les armes à la » main, » Et comme les partisans de lu retraite iusis-

DoiizccbvGoogle

7S LIV. I. CH. 11. LE ROI CONDUIT l'ARHËB DE DARNETAL VERS LA cAtE.

taient, il trancba la discussion en leur alléguant le- dire commun : Qui quitte, la partie, la perd, maxime dont les princes et les partis politiques ne s'écarteront jamais sans périr < .

La résolution une fois prise par le roi de nequitter ni son armée, ni son royaume, ni la Normandie, son conseil agita quelle localité il devait occuper pour se mettre à la fois en sûreté, et avoir moyen de nourrir ses troupes. Henri indiqua celle de Dieppe et d'Arqués. Le maréchal de Biron alla la reconnaître en toute diligence, et déclara il son retour qu'on ne pouvait en choisir une meilleure, pourvu qu'on y construisit les retranchements nécessaires. En conséquence le roi leva le camp de devant Darnelal le 2 septembre, et dirigea son armée vers Keppe. Ses séjours furent à Cailly, Gercy-le-Grand, Auverménil. II se détourna un peu de sa route pour occuper une ville ennemie, subvenir à sa disette d'argent, fournir pour quelques jours des vivres àson armée,et diminuer d'autant les sacrifices qu'il allait demander aux villes

1 HËm. dn duc de La Force, I. i, c. S, t. i, p. 68-68 et 7B. — Matthieu, Hist. de Henri IV, 1. 1, p. IS, — Tout ce que rapporte Meiersy, dans son histoire Ae France, 1. m, L m, p. 701, 748, des avis émis, des délibérations prises dans le conseil du roi, au sujet du parti que Henri avait à prendre, est de pure invention et complètement faux. Le roi ni; fut pas un seul instant ébranlé dans sa réwîution de rester en France. Le maréchal de Biron n'eut donc pas A faire, et ne fli pas le discours que lui prèle l'historien pour persuader à Henri de demeurer dans son royaume. Le maréchal lui couseilltùt, sinon de sortir de France, du moins de sortir de Normandie, de se retirer devant ses ennemis, de se réfugier en Poitou, de mettre aind sa personne en sûreté, avis que le roi repoussa éoergiquement et constamment. C'est La Force, témoin oculaire et gendre de Biron, qui nous l'aOkme, et son témoignage, déjà décisif en soi, est encore confirmé pai celui de Matthieu et'de quelques autres hisloriens : « M. le duc de Mont- B pensier et le mareschal de Biron, furent d'advis que le roy repaau sast la rivière au Pout-de-l' Arche, et prist le chemin de Poictou, s pour y recneillir et rebire ses forces.... Ceat« opinion n'estoit paa n au goust du roy. u

^lailizccbvGoOglf

a PREND EO ■. SJL CtWDniTB A L EGARD DES HABITANTS. 73

normandes de sod obéissance. It prit Eu, qui appartenait en propre à la maison de Guise. Par sa capitulation, qui était une lâcheté , le gouverneur avait mis en parfaite sûreté sa personne , ses biens et ceux de ses soldats , abandonnant les habitants à la discrétion du vainqueur. Ces pauvres gens vinrent implorer la miséricorde du roi. Il leur accorda leur grâce moyennant vingt mille livres, et df s bleds pour le pain de munition. Il n'entra pas dans leur ville, tint son armée à une demi-lieue de là, au Tréport, et les garantit ainsi de toute violence '. Les lois de la guerre, qui permettaient alors aux soldats le yù\, le meurtre, le viol, dans les villes prises d'assaut ou rendues sans condition , et qui, en outrageant l'humanité, ruinaient la nation , ces abominables lois étaient changées par le fait, en attendant qu'elles le fussent régulièrement par un acte législatif de 1 590. Henri mérite d'autant plus d'être béni pour ces adoucissements apportés aux horreurs de la guerre , que dans le même temps , les chefs ligueurs, et particulièrement le chevalier d'Aumale, donnaient eux-mêmes à la soldatesque l'exemple et le ^gnal des plus monstrueux excès.

* Lettrea du roi dei 7 et 8 septembre pour son séjour au Tréport et la prise d'Eu, t. m, p. 40, U. — La Force, Mèm., 1. i, c. S, t. i, p. 68. — D'Angoulesme, Mém., t. xi, p. li B, 73 A. collecl. Uichaud. — ; Discours au vrai, p. 10, 11. « Lb vtlk feut prËserTée dVstre pillée » el saccagée, le roy n'ayant vouleu permettre que aucuog ; enlru»t » que le sieur de Chaalillon, qui j tint l'ordre et la police qu'il a ac- ■ coustomé de faire en toute chose, do sorte qu'il n'y advînt aulcune » insolence ny force à aucung des lialiitants de la dicte ville. »

^oiizccbvGoogle

UV. I. HH. Ul- ARDUES ET DIBPPB.

Page 1