‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 31 sur 158 · CHAPITRE Ul · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ul

Suite de lapnmièrt campagne du roi. Occupalitm et iéftnte de la poiition entre Arq»et et Dieppe. Première eomhatt autour de cet deux placée. Journée d'Arqués. Nouveaux engagement* entre le* deux armée* (S seplembre'6 octobre tS89).

Ix rnf, CD paniinl do Tr^port, eandult ton trmit k Arqun. - Son piio «I iTieccpirr la lutte coolre t'arinte de la Ltguf, noali m u tenant aur ta dffenalTr. ~- DncrlptloD dn loi-allt^ rnrre Arquti cl Dlcpp', «n prpniint te point de d^rt t Arqim. Etude do terratn ri énoiie^ div travaui d'art, dani VHnt oti lia •«

peut approrbrr de Dieppe et de ■« rsrttneattons par la mlléc. Lea (roli paa- ■aïKI pour entrer dnnalaiialUed'Arquea. Lea dcui roDleaiDllltalmeoDdDlaanl

CQcelDte forlIH^ d'ouiragea aTanc^ * Dieppe, et de llgpei retranchïea A isn

Dieppe n>(n»e, par un premier camp, établi aui mvlrgni du chAleaa et du bourg d'Arqué». — Mayenne renonce a pénrtrer juiqu'É Dieppe, en suivant eette dlnetlon, et menace Dieppe et t'aroi^ du roi par le rflté du Po(ct. Ou

priae dam la poalllon, qu'on trauvp « l'exlr^lté du rlirmin de NeurrlilIcJ, M

du eoteau de Saint- Etienne, rentrée du illlaKe de MarlIn-EglUe. Le plateau dépoli S>lut'I>on>rd Juiqu'au village de Nenellle. - HenH retranche la IMc de ectie route, en iUbllaaant le lecoiiil campd- Ar^aet.totn Archellnel l'entrée do village de Martin Egllic. Il (orUflcégaleutent le Polet dncAté de la eampagite, gl de la ronle condulaant d'Eu et de Criel au Polel. Autre* préeaulMu) mllltalrea prl>« par Irrol, — Forcei raaaenibléei par le due de Mayenne i la marehe m iianaot de Parla. — Ua>enDe rraout de tenir alUquer le l'otct, Dieppe, l'armée du n>1, en aultant U roule d'Eu el de CrIel au Pulet : aa eomliloalson en prenant celle route. — L'armée de la Ligne arrive en luc do folrt et do village de M>nlO'E«11ae. — Camtula de poatea entre l« dau> armée*, du 19 an SI leplembre. — Echeo de l'armée ligueuK d>n> 9» premier» attaquei eonire tp camp do roi, et dan* aei aTtaqun contre le l'olet.-Hayenne tente de rotcer le camp du roi. rombal du il aeplembre ou combat d'Arquea : danger* de l'armfe royale, le» llnHeura repgiiuéi eciulle avec perle. — Mayenne renonce am attaque* contre le l'olet, contre Dieppe, contre l'armée du roi, du oAlé droli de la poiltlon. Il eondnll »o nrnée au cdté gaucbe, par un.lang eireult. Il attaque Dieppe 1 dlvcraa repilaei, el eal ealncu daoa lea nombreui camb*ti de poatea l|ue le livrent 4e nouveau je* deui armée*, — Le* reururl* d'Écoueet d'An|[le-

LB ROI CI^HHJIT L'tRHËE A ARQUES : SON PLAN DK GUeRBB. 75

friDfiitKi, et K dlspuc A marcher contre Parti.

Le roi, partant du Tréport avec son armée, vint camper à Arques et dans les villages environnants le 8 septemhre ' . n soumit au maréchal de Biron le plan qu'il avait conçu, le système qu'il avait adopté, pour résister à ses ennemis dont l'attaque était imminente ': il reçut l' approbation du vieux capitaine, et se mît aussitôt à l'exécution. A notre sens, le point de vue général de cette première lutte entre Henri IV et la Ligue a échappé aux historiens et aux critiques modernes : ils n'ont rien compris du tout au plan du Roi, aux opérations des deux armées, considérés dans leur ensemble. L'étude des historiens contemporains qui ont pris part à ces actions, le dépouillement des manuscrits, l'inspection attentive des lieux, nous révèlent k pensée militaire du roi, nous apprennent ce qui se passa réellement. Henri ne voulut ni décliner etnjoUrner le combat contre l'armée de la Ligue, ni le livrer dans des conditions d'imprudence. Comme l'infériorité de ses forces était énorme, comme l'époque de l'arrivée des secours qu'il attendait était incertaine, il adopta le système de la défensive, contrairement à ce qu'il pratiqua dans

* D'Angouleame, Uéoi., p. 7S A. a L'année séjounia an Tr^sporl N tout le EepliËme, et le hDiUëme elle vint loger à Arques et autrps H Tilla)te3 voisins. » Le lÉmoigoage de d'Aogoulcsme eat pleinement confinné par le Discours au vrai qui indique, p. It et 16, un intervalle de cinq ou eix jours entre le moment de l'arrivée du roi à Arques, et celui où il se trouve avec son année à quelque dislance de celle de la Ligue qui vient d'arriver, v En moins de trois jours le dict D camp feut tellement fortiHé etc. — Eu moins de deui ou trois jours, » cesle tortiitcation (du Polet) teut achevée. « l.a date du lî septembre an lieu du 8, pour l'arrivée du roi à Arques qu'on trouve dans les Hémoires chronolo^ques, t. i, p. S68, i69 et dons quelques autres historiens, est fautive, et cette en'eur doit être relevée, parce qu'elle ne laisse pas le temps voulu pour les travaux de génie militaire, ijui furent ezéci^Us.

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16 UV. I. CD m. DESCRIPTION DES LOCALITÉS EimtE ARQUBS ET DIEPPE.

toutes les campagnes suiviintes. Une fois ce plan arrêté, il chercha les moyens d'esécution dans la nature des lieux où il plaça ses troupes, dans les travaux d'art mililaire qu'il fit entreprendre.

Une description des lotîalités, telles qu'elles existment à la fin du xvi" siècle, est nécessaire, pour l'intelligence des desseins du roi et des opérations des deux armées. Dans cette desciiplion, oo se placera en se tournant vers la mer, et en partant d'Arqués pour aller à Dieppe. L'espace compris entre Arques et Dieppe est une vallée longue d'une lieue ef demie, resserrée entre deux chines de collines escarpées, et formant un parallélogramme, un carré ohlong et oblique. Le côté méridional de ce carré se composait, dans ses diverses parties, de la tête de la chaussée d'Arqués , à l'extrémité du chemin de Neufchàlel ; du hameau d'Archelles que les contemporains nomment le bas d'Arqués ; ' de la première section de la chaussée d'Arqués, coupée en" cet endroit de trois jmnls, établissant par un étroit chemin la communication entre les deux chaînes de collines de droite et de gauche, et conduisant à l'entrée du bourç d'Arqués ; enfin du bourg d'Arqués luimême. * Le côté gauche était formé par le château d'Arqués ; par une vaste enceinte fortifiée , attenante à cette forteresse; par une chaîne de collines que coupaient de distance en distance d'étroits ravins, et que surmontaient les villages de Gruchet, de RouxmesDÎl, du Jardin, de

■ D'AngooleEme, Uém., t. Xi, p. 7B. a A la leste de la chaussée a qu'il fallait passer pour aller à Arques. » — Discours au vrai de ce qui s'est passé en l'armée eonduicCe par Sa Majesté, p. ^i. On trouvera quelques pages plus lob les citations textuelles.

* Davila, 1. X, l. u, p. SOS. <i D'uoe colline à l'autre, le pays presu que toujours couvert d'eau, est marécageux el impraticsble. On y » passe seulement -par un chemin très étroit, coupé de divers poutd u sur la rivière, qui s'y divise en plusieurs braoches. a Ce que D»vila nomme les trois branches de la ri^ère soûl le ruisseau de Neufcbitel, la Bélbuue et l'Arques.

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ÉTAT DB LA VAU6e D'ABQUES. 77

Janval. Le câté du nord présentait dans soa développement la citadelle de Dieppe distincte du chàtean, le château de Dieppe, la ville de Dieppe, le port, le pont fortifié à ses deux extrémité» et joignant la ville au faubourg voisin, le grand faubourg du Polet. Enfin le côté droit ou (viental était formé par une seconde chaîne de collines, partagée en deux groupes. Le premier groupe, en partant de Dieppe était formé par trois coltines qui supportaient sur leur plateau le village de Neuville, le château de Tibermont, les hameaux de Tiberville et de Saint-Léonard. Le second groupe était le câleau de Saintr-Etienne, couronné par la forêt d'Arqués, et rejoignant à sa pointe occidentale la tète de la chaussée d'Arqués et le hameau d'Archelles, à l'extrémité du chemin de Neufchàtel. Entre les deux groupes il y a solution de continuité , et l'on rencontrait à leur point de séparation le village de Martin-Eglise ■.

L'intervalle entre les deux chaînes de collines est la vallée d' Arques, dont les travaux des hommes ont complètement changé l'état depuis le x.vi' siècle. Au fond de la vallée coule une rivière formée par la réunion des trois cours d'eau delaBéthune, de l'Arques, de l'Ëaulne, lesquels se joignent et se confondent un peu au-dessous d'Archelles. La rivière, depuis la réunion des trois cours d'eau jusqu'à son embouchure, est appelée l'Arques par Cassini et par les géographes modernes; mais elle ^t nommée la Béthune par tous les écrivains du temps de Henri IV. C'est une observation qu'il importe de faire, quand on veut échapper aux confusions et aux erreurs : nous lui conserverons le nom de Béthune que liii donnent les anciens ^.

) Voir la carte de Dieppe dans la topographie française dessinée par C. ChastiUoD, l'un de» topographes de Henri IV; le plan de Dieppe et des environs par N. Magin, au dépAt de la guene, cartus maiiuicrites et gritvâes, lettre D ; la carte 1 de notre atlas pour le premier vo-

* IKscoQK BU vrai, p. 13. n De Dieppe, sortent deux cdleanx, au

> Diilieu desquels est une petite rivière nommée Béthune. n — D'Angou-

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78 LIV. I. CK. I[l. TROIS PASSAGES DONNANT ENTRÉE DAl^IS LA VAU,BB.

Au XVI* siècle, la Bétfaune entre Arques et Dieppe n'était nulle part guéabie, à la marée haute : elle n'était guéable, à la marée basse, qu'au point où sont situés presqu'en face l'un de l'autre Ëtran et Bouteille. A la marée montante, le reflux de la mer entrait dans la rivière, la grossissait l'espace de plus de deux lieues, ne laissait de praticable que le bas des cdteaux de droite et de gauche, et cela dans un espace étroit. La vallée était toute boyeuse, et si entrecoupée de gouffres et de marécages, qu'à grand'peine pouvaitr-on y faire marcher des troupes, et qu'il était tout à fait impossible d'y conduire de l'artillerie '. Militairement, on ne pouvait donc s'approcher de Dieppe et de ses murailles par la vallée, mais seulement par les chemins pratiqués à la sommité et au pied des collines qui régnent d'Arqués à Dieppe, â gauche et à droite de la vallée.

Trois passages, dont deux au sud, et un à l'orient, donnaient entrée dans la vallée. Le premier passive du sud était celui qu'on trouvait au bourg d'Arqués; le second celui d'Archelles ou de la tète de la chaussée d'Arqués, au sortir du chemin de Neufchâtel. Le passage de l'orient se rencontrait dans l'intervalle entre le câteau de Saint- Léonard et le câteau de Saint-Etienne, à l'issiie du vallon où est situé le village de Martin-EgUse. Ces trois passages formaient les têtes des routes, et de la section de route, qui conduisaient à Dieppe et au Polet.

Pour une armée partant de Paris, deux routes seule-

leamp, Uém., t. xi, p. ^^ a. a Dieppe a du côté du septentrion la mer B pour aspccl et les cAl«s de l'Angleterre. La rivière de Béihune y » enlre.... La ville est à la gauche de la dite rivière, et k ea droite u est le Pulet. » Davila, 1. x, t. ii, p. BAI. « Ces collîned sont séparées par UD vallon étroit an milieu duquel coule la rivière de Bé-

' Discours au vrai, p. 13. La Force, 1. i, c. I, t. i, p. 68. a La rl- D vlère qui allait d'Arqués à Dieppe ne se pouvait gueyer. a — DavUa, I. X, t. U, p. 603.

J,r,l,z<,.f,G00gIf

LES HOUTBS CONDUISANT A DIEPPE MâlIE ET AU POLET. 79

ment coDdnisaieDt jusqu'à Dieppe même, jusqu'au pied de son enceinte fortifiée et de son château, une roule d'en baa et une route d'en haut. La route d'en bas était la longue section de la chaussée d'Arqués, parallèle aux coUines de gauche, et établie au pied des cdleauz : elle partait du boiu^ d'Ârques, traversait dans son développement les hameaux de Machouville, de Bouteille, de Saint-Pierre, et conduisait à la porte de la Barre, la porte occidentale et principale de Dieppe, voisine du château et de la citadelle. La route d'en haut régnait sur le plateau de ces mêmes collines : partie de Torcy, elle passait par les villages de Gruchet et de Rouxmesnil, laissait un peu à gauche celui du Jardin, continuait par celui de Janval, et venait, comme la route d'en bas, aboutir à la porte de la Barre. Une route menait au Polet, faidlourg de Dieppe. Mais en se frayant un passage jusqu'au Polet, on arrivait seulement dans le voisinage de Diep]^)e, et non pas jusqu'à la ville elle-même : cette différence doit être soigneusement remarquée, car pour atteindre la ville, il restait de nombreuses dîlHcultés à surmonter. La route du Polet, située à droite des localités que nous décrivous, partait de l'extrémité du chemin de Neufchâtel, remontait entre la Béthune et le coteau de Saint-Étienne jusqu'au village de Martin-bglise; . puis en suivant le sommet des coliines au sortir de Martin-Église, passait par Saint- Léonard et par Tiberville, longeait le château de Tibermout, traversait la paroisse de Neuville et débouchait an Polet. Cette route était la seule de ce cité qui servait de passage aux armées, comme le témoignent tous les historiens du temps '. Le 1 Davila, 1. X, t. Il, p. iOt, SOS. « [l n'y a que deux chemiiis pour D arriver à la porte de Dieppe, t'un par le mtnnut, et i'autrt par l*

■ pied da la colline d« gauche. Le chàleau d'Arqués commande un

■ bourg de même nom, situé sur cette chnmsée qui mène à Dieppe. — • Le chemin qui eet sur le lommel de la eollin» à droite, mène an

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80 LIV. I. en. III. te ROI RESOUT DE tlELI&h ENTRE ELLES LES

chemin d'en bas (juï régnait de Martin-Église au PtJet, et passait par Étran et Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, était trop étroit pour les troupes, surtout pour la cavalerie, et ne donnait entrée que dans un terrain couvert la moitié du temps par les eaux de la mer.

Une autre route pratiquée en dehors du rayon des collines qui se prolongent d' Arques à Dieppe, et ouverte à travers les campagnes voisines, menait au Polet : c'était celle qui partait de la ville d'Eu et de Criel. Mais l'armée qui prenait ce chemin au lieu de suivre la route de Neufi^àtel, se condamnait à un détour de dix-huit lieues.

Les deux routes ne donnaient d'accès qu'au Polet : elles n'étaient donc pour les communications du dehors avec Dieppe que des voies secondaires et indirectes. Les routes (ordinaires, les routesque le commerce et les armées suivaientseules habituellement, comme conduisant seules à la porte et aux rnivailles de Dieppe, étaient celles qu'on trouvait au sommet et au pied des collines de gauche, et particulièrement la dernière, établie sur la chaussée d'Arqués.

En embrassant de son coup d'oeil pénétrant les diverses parties du bassin, du carré oblong que forme la vallée d'Arqués, Henri résolut de relier ces localités entre elles par des travaux d'art militaire; d'en former une position dont la chaussée et le hameau d'Archelles, le boui^ et le château d'Arqués seraient la tête ; dont la citadelle, le château, la ville de Dieppe, avec le faubourg du Polet, se-

D faubourg du Polet, qui têt séparé de la ville par le port et par la Il petite rivlËre de Béthune. » Le Discours au vrai, p. 15, donne une descriptioD identique. Ou la trouvera ùtée plus loin dans les opératioDs du roi. Nous u'exlrBirossici que le partage euivanl : « Du costé H du Polet... le bas du bourg d'Arqués approchant de I(t rivière esloit * l'unique lieu i>ar où l'euaeiui y pouvoit veuir. » Ce que le Discours appelle le bat du bourg d'Argués, est nommé par les autres bistoriens la léte de la chaussée d'Arqués et l'eulrée d'^Vrchelles.

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Localités biVERSEs entre arqdbs et meppb. 81

ruent la base ; dont les collines de droite et de gauche senuent les deux flancs. Les trois entrées de ta vallée d'Arqués, et toutes les routes conduisant soit à Dieppe, soit au Polet, durent recevoir k temps les ouvrages pro~ près h les fermer exactement. Ce parallélogramme, pourvu partout de moyens de résistance naturels ou empruntés à l'art, devenait une immense ceinture de-défense. 11 servait de seconde enceinte fortifiée, d'ouvrages avancés à la ville de Dieppe : il offrait en même temps à l'armée royale une suite de lignes retranchées, derrière lesquelles elle attendrait avec un immense avantage l'attaque de l'ennemi. La position était défendue à la fois par la guerrière population d'Arqués, de Dieppe, du Polet, et par l'armée royale. Le roi arrêta de porter ses forces sur les divers points de la position, au fur et à mesure qu'ils seraient menacés ; de les loger selon les circonstances , au dedans ou au dehors du carré ; tantôt de faire servir la ligne de fortifications à la protection de ses troupes, tantôt d'employer ses troupes à la défense extérieure de la , ligne de fortifications. Le plan du roi, conçu avec une rare habileté, fut d'une part de conserver Dieppe ; d'un autre, d'éviter toute action générale, toute bataille rangée, et' de contraindre Mayenne à lui faire une guerre de postes, où chacune des aUaques deviendrait un désash'e pour les Ligueurs. Ce fut dans cet esprit que,du 8 au 15 septembre, il distribua les forces dont il disposait, et fit exécuter les divers travaux d'art militaire, pour lesquels il n'eut d'autres ingénieurs que lui-même et le maréchal de Biron. ■ Le dessein hautement annoncé du duc de Mayenne

1 Discoare au vrai, p. 13. a Soud^ eulx deux, sans aultres ingén Dieux, coinmencËreut sur le plain dudicE costeau, qui eel au-dessui s du bourg, h. tracer la forme de leur coinp, avec les flaacs et de- B fenaes nécessaires. »

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82 LIV. 1. CH. m. DANS QDELLB DlnBCTIUN ON ATTEND MAVBNNE.

était de joindre le roi quelque part qu'il fût, pour le combattre sans délfû ; et comme il ne supposait même pas qu'il osât l'attendre dans la campf^e, il ajoutait qu'il le poursuivrait dans Dieppe, et l'y accablerait sous la masse de ses forces, ou le contraindrait à sortir de France. L'attaque de Dieppe devait donc être la première opération de l'armée de la Ligue, et la direction qu'elle prendrait semblait tracée d'avance. « Le roi, dit un écrivain militaire du temps, jugeoit que le duc de Mayenne qui le suivoit, ne traverseroU point le bois etlacoUine située sur la main droite, qui ne l'auroit conduit qu'au Polet^ mais qu'-jl prendroit la route ordinaire de la gauebe pour arriver jusqu'aux murs de Dieppe. » ' Cette route était soit le chemin d'en haut , soit le chemin d'en bas , partant du bourg d'Arqués , et conduisant l'un et l'autre à la porte de la Barre. Henri travailla d'abord sur ces données et sur ces présomptions, se mit en devoir de disputer les abords de ces deux chemins. U établit un premier , camp fortifié, à la limite, mais en dehors de la position, sur le plateau du coteau qui dominait le bourg d'Arqués, et à une faible distance du château d'Arqués. Il entoura partout ce camp d'un retranchement dont le fossé avait huit pieds de large et autant de profondeur : de soixante en soixante pas, il le fortifia de redoutes et de ravelins. Outre la population du boui^ et des campagnes , tout le monde dans l'armée, depuis le simple soldat jusqu'au plus grand seigneur , mit la main à cet ouvrage, qui fut terminé en trois jours. Le camp fut garni d'artillerie. Déplus il était dominé et protégé par le feu du château d'Arqués, où Henri fit mettre en batterie bon nombre de canons : ces pièces furent servies par les canonniers de la garde bourgeoise de Dieppe, auxquels une longue pratique avait donné une sûreté et une précision de tir au moins égales 1 Davila, 1. x, t. il, p. B03.

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LE ROt ÉTABLIT LE PREIIER CAMP d'aRQUES. 83

à celles des troupes régulières. Les feus du camp et ceux du château nou-seulement enfilaient les avenues du' camp, et les deux avenues du boui^ d'Arqués qui formaient l'entrée de la vallée à gauche, mais plongeaient et portaient dans toute l'étendue de la vallée jusqu'aux collines de la main droite. Ce camp achevé, Henri y lit aussitôt entrer en garde quatre compagnies de Suisses. Il posta, dans les anfractuosités des collines voisines, des corps de cavalerie, qui entièrement à l'abri du canon des ennemis, devaient recevoir par des charges vigoureuses la tête de leur armée. Le roi se posta en personne dans le château, avec toute l'infanterie ^ançaise, et envoya le maréchal de Biron avec les régiments Suisses dans le bourg d'Arqués. Le roi ne se cachait pas derrière les murs de Dieppe : il était campé une lieue et demie en avant, et il invitait l'armée de la Ligue à ce combat qu'elle annonçait vouloir livrer sans retard. L'assurance de cette attitude remplissait son armée de confiance et d'ardeur, sans que rien fût donné au hasard. En se ménageantravantage du poste, il avait pris les sages précautions que commandait la disproportion des forces : les écrivains les plus rapprochés de lui, et le mieux dans sa pensée, disent : u Ëa peu de temps l'industrie lui revaîut l'advantage ]> que les ennemis pouvoient avoir sur lui en nombre » d'hommes. » ' Ces résultats, tout importants qu'ils étaient, étaient les moindres de ceux qu'il avait obtenus. En ce qui regardait l'ensemble des opérations militaires, il avait occupé de la sorte les deux chemins qui allaient jusqu'à Dieppe même, par le sommet et par le

' I.a leltre du roi à la comteese de GrammoDt, du 9 septembre, est

dalée de la Tranchéi d'Argués, l. m, p. (1. — Uém. du duc de La Force, 1. 1, c. B, 1. 1, p. 69. — DJscoare au vrai, p. 13, H, — Manus. dit n. 3, p. ItS. — Mëmoireg chronolog. pour servir A l'histaire ds Dieppe, par DesmarqueU, t. I, p. iSP. Nous ne citerons de ces autorités que ce qui se rapporte à ta eucc.esâion des projets de Mayenne,

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8i LIV. I. CH. |[1. M&yENNB RÉSOUT D'ATTAQUER LA POSITION .

pied des collines de gaacfae ; il avait garni l'un des points principaux de la position d'tui redoutable appareil de défense.

Henri achevait ces travaux, quand il apprit que Mayenne, instruit par ses espions de la difficulté qu'il trouverait à iorcer le passage, avait renoncé à suivre cette route, était remonté vers Neufch&tel et vers le comté d'Eu, et annonçait par cette marche la résolution oiî il était d'attaquer Dieppe et la position du roi, non plus par le côté gauche, mais par le côté droit. La combinaison du duc était de déjouer tout ce que l'ennemi venait de faire ; d'enlever par une impétueuse et successive attaque le faubourg du Polet d'abord , la ville de Dieppe ensuite, tandis que Henri en défendrait les approches à une lieue et demie de là ; d'ôter à son adversaire tous les moyens de résistance ou de retraite qu'il pouvait tirer de l'occupation de la place ; de marcher ensuite à lui, et del'écraser sous le nombre. Le roi, de concert avec le maréchal de Biron, arrêta sur-le-champ les mesures propres à ruiner le plan de Mayenne.

Deux routes, nous l'avons vu, conduisaient au Polet. L'une, dont le point de départ était à Neufchàtel, passait à Archelles, à la tète de la chaussée d'Arqués, continuait par le bas du coteau de Saint-Etienne jusqu'à Martin- Église, et en sortant de ce village suivait le plateau des

ù M marche, et aux travaux mililMrea exécutés par le roi. n Les ennt- I) mid avoieut repris les lieux de Gournay, de Neufchâtel et la ville B d'Eu, et chemiiioient avec assurance d'eu faire le aemblable diidit » Arques, et d'en dcsloger le ro; et son armée. Mais en approchant u de plus près, ayant esté par eux recogneu ce qui nvolt esté faict, B comme ils un manqueat pas d'advis et en sont fort bien servis, n combien (quoique) ce feul leur droici chemin pour s'ipprocker de M l'armée de Sa Majesté, de venir sur le aaleau troaixr le camp forti/ié, et qu'ils n'en pusseal prendre d'auttret, sans faire un grand B détour; toutes fois plustost que d'eu prendre le baiard, ils réaolu- H rent etc. •

PAR LE C0T8 DROn. LE ROI ÉTABLIT UN SECOND CAHP. 85

collines depuis Saint-Léonard jusqu'à Neuville et au Polet. L'autre route était celle qui men^t d'Eu et de Criel à la porte du Polet. Au moment de la marche de l'armée ligueuse, les hommes de guerre, dans le camp du roi, croyaient unanimement que Mayenne choisirait la pre mière route, celle de Neufchâtel, et disaient même que c'était la seule qu'il pût prendre. Tout favorisait cette conjecture. En effet l'armée du duc était chargée de bagages, et il s'appliquait à gagner le cœur des soldats, en leur épargnant le plus possible la fatigue. Or pour prendre la rout« d'Eu, en joignant les dix lieues de Neufchâtel à El], aus huit lieues entre Eu et le Polet, il fallait faire un détour de dix-huit lieues, et l'ajouter à une marche qui, depuis Paris, eu avait au moins quarante-cinq. Henri admit, avec la masse de ses officiers, qu'il était plus probable que les Ligueurs vinssent par la route de Neufchâtel ; mais il considéra comme possible qu'ils arrivassent par celle d'Eu, et il prit ses mesures en conséquence ' . Voici quels travaux de fortification de campagne et de fbrti&cation de places, il opposa au projet et à la marche de son adversaire.

Le roi fit construire deux retranchements. Le premier établi h la tête de la chaussée d'Arqués, à l'entrée du hameau d'ArcUelles, est nommé par les écrivains militaires du temps le principal retranchement. Il partait du som-

< lyAngoulesme, Uém,, p. 7t B. n L'année dn duc de Uafenne es- » toit composée de nations diftir^nlca , chargée de ba^aRe et de D gens ({ai ne marcboient qu'au pas de la picque et à petites jouri> uèes. u — Discours au vrai, p. IS. « Les ennemis réaoleuient de n passer bien plus haut ceste petite rivière qui sépare les deux cos- B leaux Os Bêtbune), et ds s'aller loger sur l'aullre qui est vis à via R de celui où est le chastËau d'Arqués. Dont Sa Majesté ayant esté n advertie, considérant que se logeant sur le dict cosleau, ils pou- » voient attaquer le bourg d'Arqués fur te 6aï, du eosté de la rjviâre, a (c'èsl-iL-dire par Archetles) et aller droit h Dieppe pour surprendre n un grand taubonrg qui est du mesme costé et au bout du pont de la

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86 LIV. I. CH. UI.LEPRINC. RETRUfCHEMENTETLATIUNCBEEPBaDUE.

met du cAteau dt; Saint-Etienne et de la lisière de la forêt d'Arquf s, et s'étendaitjusqu'à la prairie baignée par la Béthune : il consistait dans une courtine, flanquée de deux demi bastions, et était garni de huit caoons : le tout fut gardé par le régiment suisse de Soleureet par les compagnies de Baltazar de Grissacfa. La prairie qui remplissitit l'intervalle entre l'extrémité du retranchement et la rivière, fut occupée par Je régiment de Galaty, lequel fermait entièrement le passage pour aller à la chaussée. A mille ou douze cents pas au-dessous de ce premier re- . trancbement, le roi en établit un autre parallèle, que les contemporains appellent la tranchée perdue . La ligne de cette fortification commençait, comme l'autre, au haut du coteau de Saint-Etienne, à la forêt d'Arqués, rencontrait et comprenait la Chapelle et la Malàdrerie, coupait le chemin qui va de Martin-Église au bourg d'Arqués, et s'étendaitjusqu'à une étroite et marécageuse prairie, d'environ deux cents pas, arrosée par l'Eaulne et la Béthune, qui se réunissent presque en cet endroit : dans l'espace occupé par la prairie, à peine çinquant* chevaux pouvaient se développer de front. Le retranchement avait un fossé, un parapet, une plate-forme, où on logea deux coulevrines : le roi y posta le régiment français de Brigneux et ce qu'il avait de lansquenets : la prairie qui se trouvait entre la fin

i> ville, qui poarroil beaucoup incommodpr \e port et la ville, et peutn eitre attaquer ensemble l'un et l'aultre, il advisa de pourveoir à » l'instant a tous les deux. En mesme temps il âct retranclier le ba« » dudict bOQrfç d'Arqués approchant de la rivière, qui estait l'unigut 11 lieu par oii l'ennemi y pouvoil venir, a Aiosi l'auteur, qui reproduit . le sentiment des «ens de guerre, considère la route partant de Neufcbâlel et aboulidsant au bas du bourg d'Arqués, c'est-à-dire à Archelle?, comme la seule que Mayenne put prendre. Neurchâtel où le duc était parvenu quand cela B'écrivMl, n'est qu'à trenle-quatre lieues de Paria en ligne directe; mais il avait conduit son amiiée à la conquête de diverses places par des circuila qui avaient porté sa marche & quarante-cinq ou cinquante lieuea. '

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