‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 32 sur 158 · OBSTACLES NATURELS DONT HENRI PROFITE · texte numérisé non relu

OBSTACLES NATURELS DONT HENRI PROFITE

du retranchement et les rivières, Fat gardée par un corps de cavalerie. ' Dans la fortification de cette localité, qui devint le théâtre du principal combat entre les royaux et les ligueurs, l'habileté de Henri profita des obstacles naturels qui devaient arrêter la marche de l'armée ennemie, à l'entrée et à la sortie du village de Martin-Église, et en tira un parti aussi avantageux que des travaux d'art euxmêmes. D'Angoulesme qui a combattu dans ces lieux, dit : « L'avenue de Martin-Église est de mauvais abord, serrée entre deux montagnes, et la vallée n'a pas plus de trois ou quatre cents pas de large. Les costeaux d'un costé sont garnis de bois, qu'on appelle la forest d'Àfques ; de l'autre ce sont des ravines et des terres pierreuses, où les chevaux ne sçauroieut aller qu'avec grande difficulté. Cette assiette estant elle-mesme de difficile accez, fut aidée de l'artifice que la pratique et les règles de la fortification y purent ajouter. Du village de Martin-Église pour venir à Arques, à la main droite il y a un marais large de plus de cent pas, et un petit ruisseau qui n'est pas guayable (l'Eaulne) mais de trois toises de profondeur. Depuis le ruisseau jusqu'à la colline, il y a un grand chemin et un espace oiî peuvent marcher cinquante cbe^ vaux de front. Le sommet de la montagne est gamy de

' D'Angoulesme, Mém-, t. m, p. ÎB. — Li Force, Mém., 1. i, c. B, p. 78 et 89. — Discours au vrai, p- IS, 19. — Lettre de Robdj k Coi^ biaelli, dane le journal militaire de H^nri IV, p. iS, H, (6, 49. — Narralioi) sur la journée d' Arques, lettre d'uD geutilLomme, en date du II septembre, dajis la Vie nùlitaire et privée de Henri IV, par Huaael-Pataj, p. It6-1BI). La distance entre le principal retrauchement était de mille ou douze ceaispat, comme le témoigne formellement de Thou, 1. 87, I 11, t. lï, p. 801; La Fwce, témoin et acteur, 1. 1, c. 3, p. 78, et le Discours au vrai daug un premier passage, p. lï. « Il lo- » gea dans le retranchement un de see régimeuls suisses et à milU B pas de là assist ung corps de garde de soldats ftançoia dans une B malodrerie qui ; est. u Le Discours au vrai, p. 19, assigne pour interralle entre ïei retrsuohemer.ts, de^lJ: mille pas au lieu de mille, maiâ cette contradiction apparente ne provient que d'une fant« d'im-

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88 LIV. t. CH. m. CE SECOND CAMP HONHE LE CAMP D'AnQUBS.

treilles fort épaisses, où la cavalerie et l'infanterie ne pouvoïent passer sans se mettre en désordre. » Enfin le roi compléta la défense de cette localité en lui donnant le secours des postes voisins. Il la protégea par les feus dy château d'Arqnes, et par ceux du premier camp fortifié qu'il avait établi près du château , lesquels , comme ou l'a dit, commandaient le bas du cdteau de Saint-Ltienne aussi bien que les environs du bourg et du château d'Arqnes. Dans l'espace de mille à douze cents pas compris entre la tête de la chaussée d'Arqués on l'entrée du hameau d'Archelles d'une part, et l'avenue du village de Martin-Église de l'autre ; dans l'intervalle entre les deux retranchements, le roi établit un second camp : le gros de l'armée royale y tut concentré , mais des corps furent détachéssur tous les points qui pouvaient être attaqués en même temps. Ce second camp est appelé par le roi et parles historiens contemporains le camp d'Argués, parce qu'il touchait par son extrémité méridionale au hameau d'Archelles ; que ce hameau n'était que la continuation du bourg d'Arqués, et qu'il est considéré par eux comme en faisant partie. ' Le roi laissa la conduite et l'exécution de ces travaux, ainsi que le Commandement de ce quartier au maréchal de Biron, et tourna son attention et ses soins vers le fauboiirg du Polet, qui avait une double importance, et comme l'un des points principaux de la position du cdté de l'orient, et comme avant-poste de Dieppe *.

' ■ Date àea lettres du roi, des Ï8 et as septembre 1BS9, t. m, p. 4i, 4S. « Eâcript au camp d'Arqués, >i le camp (laiit établi alors eutre ArchellcB et l'avenue du village de Uarliu-Egliae. — Le Dtscoura au vrai, p. ÎO, dit : «Le retranchement de l'advenue du bourg d'Arqués » — D'Anj(oole8nie,p.-75. « Le roj, sur le eoir, revint du Polet coun cher à Arques, et y viailii toutes ses gwdeB et aei relronchBmentfl. « «Pour ce qui regarde les travaux niilitairps siécutés par l'ordre du roi, voyez le Discours au vrai, p. 15 et 19. — D'Angoulesme, t. ii, p. 78. — La narration sur la journée d'Ar<ines, p. lt£>.

J.,:,l,z<,.t,C00gIf

LE ROI FORTinS LE FAimOUBC DU POLET. 89

11 se multipliait à la grande admiration de ses compagnons d'armes, dont l'un a dit ; « Il vouloît tout voir, D et son humeur vigilante ne donnoit aucune relasche à » son esprit, ni repos à son corps '. » H partit de son camp à la tète d'un corps de cavalerie, traversa Dieppe, passa an Polet, et du premier coup d'oeil se rendit compte de la situation et des besoins de ce poste. La partie du faubourg qui regarde le village de Neuville étant restée ouverte, de Chastes avait entrepris de la fermer aux ennemis en élevant une redoute. Le roi approuva le travail commencé, mais le jugea insuffisant. Par ses ordres, on environna tout le faubourg d'une tranchée profonde qui partait du bord de la Bethune et se. prolongeait jusqu'à l'endroit oii le terrain, du cdté de la mer, était défendu par iu) fort nouvellement construit sur l'emplacement de l'ancienne bastille des Anglais. Le retranchement avait • la forme d'un éperon : du cdté de la campagne, il présentait un angle aigu, au sommet duquel on fortitia un grand moulin en le terrassant et palissadant : on y plaça six petites pièces de canon. Les trois avenues conduisant au Polet furent également fermées au moyen de palissades, de pieux et de tonneaux. Les seigneurs, les officiers, les soldats, tous les hommes, et même les femmes du Polet, travaillèrent jour et nuit avec une égale ardeur à ces immenses ouvrages, qui furent improvisés en moins de trois jours. Henri préposa une force considérable à la défense du fauboui^ et du retranchement. Il y appela un corps de sa meilleure infanterie française. Il fit passer, en outre, au Polet deux compagnies soudoyées par les Dieppois; il y joignit les Poltais en masse: qui pour l'habitude des armes et la valeur le disputùent aux plus intrépides soldats. Il donna le commandement de ces forces à deux chefs renommés pour leur courage et

1 D*Angoulesme, Mém., p. 71 B. TS A.

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90 LIV. I.CH. m. LBBOl ÉTABLI AUX QUATRE COTÉS DE LA POSITION.

leur intelligence, le maréchal de camp GuKry, et ChastilloD, flb <ie Goligay. Après avoir assuré ainsi au Polet tous les moyens d'une sérieuse résistance, il retourna au camp d'Arqués '.

Ces divers travaux de génie militaire et ces distributions de troupes eurent deux grands résultais. D'une part, ils transformèrent le Polet, qui par sa situation dominante pouvait faciliter à l'ennemi la conquête de Dieppe, en citadelle protégeant l'un des câtés de Dieppe. D'une autre part, ils fermèrent, à la tête de la chaussée d'Arqués et à l'avenue de Martin-Eglise, la seconde entrée au sud, etl'entrée à l'orient de la vallée d'Arqués: ils fortifièrent, en y comprenant ce qu'on avait exécuté au Polet, les trois points à droite du carré, et rendirent le roi maître de toute [a. partie orientale de la position, depuis Archelles jusqu'à la mer.

Les fortifications élevées quelques jours auparavant , depuis Archelles jusqu'au bourg d'Arqués, au bourg d'Arqués lui-même, au devant du château d'Arqués, mett^ent au plein pouvoir de Henri la partie méridionale et occidentale de la position. La possession de Dieppe lui assurait ta partie septentrionale^ Par conséquent, il était fortement établi aux quatre côtés du carré.

Rien n'échappaità son attention. 11 s'aperçut que le seul gué que présentait la Bethune pouvait conduire l'armée ligueuse à travers la vallée d'Arqués, d'Etran, qu'on trouvait à la droite, au hameau deBouteille, sis à main gauche;

1 Discours au vrai, p. 15, 18. — Ttiuanns, 1. 87. § H, t. i», p. 801. — Davila, 1. x, t. a, p. iOa. — D'Angoulesme, Mém., p. 73 B, 7i A, 79, A, B. — Mémoires chron. pour servir à l'hiat. de Dieppe, 1. 1, p. tG9- S7I. Ce dentier ouvrage indique Givry au lieu de Guitry, cotnine l'un des chefs prépoeée par Henri IV ù la délenae du PoLet. C'est nue erreur qu'il faut relever parce qu'elle a ^t^ répétée dans plusieurs histoires, et dans des diasertations composées par des Écrivains, et insftrées dans des recueils militaires. Le nombre dea troupes appelées 811 Polet, est fLié par La Force, comme on le verra plus loin.

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SECOURS DEHANDÉS AU DEBORS. SECOURS EMPlUINTtS AU^ DIEPPOIS. 91

lui permettre de regagner k route de Dieppe, et Ae diriger à l'improviste iioe attaque contre cette ville. H fortifia ce point qui importait aux deux côtés de la position à la fois, en élevant un retraDchement de Machonville à Bouteille. La dernière précaution que prit le roi, fut de ne rien laisser dans la campagne qui put gêner le -feu de ses nombreuses batteries, et fournir ï l'ennemi la moindre provision, le moindre asile. Il fit raser les villages voisins et couper les arbres à deux pieds de terre. Ainsi toutes les combinaisons, toutes les attaques possibles de Mayenne avaient été prévues et devinées par Henri; tous les travaux, moins quelques accessoires sans importance, avaient été exécutés dans les diverses parties de la portion, avant le 15 septembre, avant la première attaque des Ligueurs, comme l'attestent les témoins oculaires '. Malgré ces précautions multipliées, ces soins infinis, le roi était loin de se dissimuler le danger qu'il y avait pour lui à braver l'armée de la Ligue, armée si nombreuse, qu'au dire des contemporains elle semblait devoir engloutir la sienne. 11 demanda du secours à tout le monde, hors du royaume, dans le royaume. Dès le 19 août, il avait envoyé le sieur de Beauvoir-Lanocle à EHsabeth, pour réclamer à court délai un corps de troupes auxiliaires, des munitions, de l'argent. Il sollicita du roi d'Ecosse une levée d'hommes. Il pressa les subsides des Hollandais. Il dépêcha messages sur messages au maréchal d' Aumontet à Longueville, pour diriger en tout*; hâte

' D'Angoulesme, p. 7B A. « Le roy albit toujours visitant ses fortt- ■ ScalioDS, Bmquelles il tùsoit ajonster ce qu'il jugeait ni^cessaire, B tant QD Polet qu'au dit Bouteille et à Arques. » Pour les autres précautions prises par le roi : Discours au vrai, p. 17; d'Augoulesme, p. 78 A. § 1. ; Matthieu, 1. i, p. 14. La Force dit dana ses Mémoires, 1. 1, c. S, p. 70, que tons les préparatifs de défeuse de Henri étaient rûts a quatre ou cinq jours avant que l'armée du duc du Uayae |t partit d'Eu. »

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92 LIV. I. cil. III. FORCES RASSBHBLÈES PAR LE DUC DE IIÀYBNNE.

vers soD'camp lescorps détachés en Champagne et en Picardie. En attendant ces renforts, i] employa toutes les ressources qu'il avùt sous la main. Dans les nombreux engagements qui eurent lieu, il mit sans cesse en œuvre la milice bourgeoise de Dieppe : il grossît les rangs de son infanterie et de sa cavalerie des gens de cette population valeureuse, où quiconque pouvait porter un mousquet était de~ venu soldat. Des secours d'argent ne lui étaient pas moins nécessaires que des secours d'hommes, et il les trouva dans le dévouement des Dieppois. Ayant exposé son extrême nécessité à leurs magistrats municipaux, il reçut d'eux cinquante mille livres pour la solde, pendant quelque temps, de ses stipendiés nationaux et étrangers : ces fonds, déposés sur-le-champ dans sa caisse, furent portés au camp d'Arqués, ou il put faire la montre à ses troupes '.

Toute cette conduite de Henri offre un merveilleux mélange d'audace et de prudence, de hardiesse généreuse et de calcul. L'intrépidité cependant y dominait, si nous nous en rapportons à l'impression de ses compagnons <r armes et de péril. « Le roy, dit d'Angoulesme. se voyant approcher d'une force inégale à la sienne, par une résolulioi) invincible de se perdre à la teste de sa pe- - tite armée ou d'emporter la victoire, ayant confiance au droit légitime de sa deffense, soutenue par la puissance divine, et par la générosité qui accompagnoit sa personne, attendit de pied ferme tout ce que l'issue d'un combat pouvoit en décider *. »

■ Lettres du roi, dus 19 el ii août, aux ministres et & la reine d'Anglelerrc, dans les Lettres missiv., t. m, p. IS-ST. — Discours ou vrai, p. 12, iS. — Manuscrit n. i, p. 3S, 3S. Le manuscrit ajoute que comme gage de la dette sacrée qu'il avait contractée envers le) Dieppois, le roi leur assigna n des rentes racquittables au denier dix, à » prendre sur les deniers du domaine et des tailles de l'tiection d'Ar- » quea. » — Mém. chroo., t. i, p. 267, 868.

* D'Angoulesme, Mém., t. xi,p. 74 B.

SON DÉPART DE PARIS ET SA HAROfe. 93

Tandis que te roi préparait mnsi une héroïque résistance, Mayenne s'épuisait en efforts pour rassembler les moyens de l'accabler. Le duc ayaut trouvé de l'argent à discrétion dans Paris, avait promptement levé 20,000 soldats, et sur la foi de ses parents et de ses alliés, il en attendait d'autres. Aussi il estimait que le roi, avec le peu qui était resté autour de lui de l'armée de Henri III, se trouvait hors d'état de lui résister. Il écrivait à Vill&roy : H II n'y a plus de Henry, ni de Valois en France. B Les Bourbons sf^nt tous excommuniés de par le diable, » et M. de Béarn est mai advisé de faire le larron. Nous r> verrons s'il faudra que le gascon hérétique ait heur et » joie devant nos bandes confortées par le Saint-Siège < . » Il sortit de Paris à la tète de ses troupes le 1" septembre et se rendit à Mantes ^. Là il quitta un moment ses soldats pour passer en Flandre, s'aboucha à Binch eu Hainaut avec le duc de Parme, et en tira promesse de lui envoyer un prompt secours. Après cette conférence, il partit en toute hâte, vint rejoindre son armée, et la conduisit à Vemon. De là il marcha sur Gouroay, qu'il contraignit à se rendre, et oii il fit pi:isonnier Kubempré avec sa garnison. H prit ensuite sa direction vers le nord-est, et réduisit Neufchàtel, Gamaches et Eu. Sur la route, il recueillit successivement les contingents qui lui avaient été

I Journal de Drienne etUém. manuscriU de d'O, cités dans le jouT' nal militaire de Heuri IV, par M. de Volori, p. S8, S9.

> Ledtoile, Begi$l. jour, du règne de Henri IV, p. 6, A, dit que MayeDDe |>artit du Paris le 37 aodt. ViUeroy, nlora eu rapporta codtiuuela de négoeialioDS avec Mayenne , et le mieux en position d'être iulonné de aes dèmarched politiques, fixe M>n départ de Paria au 1" sepleiubra (Apol. et dtJic., t. Il de la collection, p. HZ, A). Il ; ft daua le texie novembre au lieu de septembre, mais c'est une faute évidenle d'impression, Davila, 1. 1(1, 1. u, p. bOt, donne la même date que ViUeroy. U est très probable que le départ de l'armée de la Ligue eut lieu en deux divisons, »ortiea de Paris le îl août et le 1" septembre,.et que Mayenae ne partit peraonuBUement que le 1" sep* tembre.

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^i UV. I. GB. Itl. CONFUNCB DE HAVBNNE 8T DU PARTI DE LA UGUE.

promis et qui lui furent amenés par Christophe de Bassompierre, Balaguy, souverain effectif de Cambrai, le marquis de Pont, S\a du duc de Lorraine, un Ueutenant du duc de Parme, et enfin le duc d'Aumale, gouverneur de Picardie pour la Ligue. Avant son départ d'Eu, il compta jusqu'à 27,000 fantassins et 8,000 cavaliers, en tout 35,000 hommes, suivant le calcul desLigoeurseuxmèmea. Son armée était donc à peu de chose près quadruple de celle du roi. La qualité de ses troupes égalait leur nombre, puisqu'elles se composaient pour pins de moitié de vieux soldatii, qui faisaient de la guerre leur métier : c'étaient 4,000 chevaux h-ançats, retires et wallons, 6,000 Suisses, 3,000 lansquenets, 5 à 6,000 hommes de pied français. La minorité de la noblesse qui, dominée par le préjugé religieux, la crainte ou l'ambition, s'était prononcée pour la Ligue, avùt fourni son contingent à cette armée, et lut donnait du relief plus encore qu'elle n'ajoutait à la force de sa cavalerie : dans le corps seul du duc d'Aumale l'on comptait jusqu'à 600 gentilshommes qu'il avait amenés de Picardie. Aussi la confiance de Mayenne n'eut plus de bornes. Décrivit aux chefs de la Ligue à Paris : a Qu'il tenoit le Béarnsus, et n qu'il &lloit, ou qu'il se rendit à lui, ou qu'il s'embar- B quât pour se sauver en Angleterre, n Le peuple, dont le privilège est de tout fausser en l'exagérant, supprima l'alternative déjà pleine de jactance de Mayenne. Sur le bruit que le roi était enfermé et acculé dans un coin de la Normandie, les badauds de Paris louèrent des fenêtres ' rue Saint'Antoine pour le voir conduire lié et garrotté à la Bastille'.

1 Thnanua, 1. il, § T, 10, 11, p. 198, 800, SOI. ~- D'Angonlesme, Mèm., t. XI, p. n. 7t, 79 A. — U Force, Méro., 1. i, c. B, p. «o. — D'AubigDi, HÛL UDiv., t. ni, 1. *, c. i, p. 318. — Uattiiieu, Hiat. de Heori tV, 1. i, p. le. — DavUa, 1. 1, t. u, p. 60t. — Sur le nombre dei troupes de Uayenne, il y a quelque différence' entre le« hiiloriena

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ERREURS RSÇDES SDR tSS ENGAGEMENtS ENTRE LES DEtrX ARKÉES. 95

Si les bislorieDs modernes ont mal saisi le plan de guerre et les travaux de défease du roi, ils ont exposé plus inexactement encore ce qui eut lieu entre Henri et Mayenne; les termes mêmes dont ils se servent le prouvent. 11 n'est question chez eux que de la bataille d'Argués, comme si les deux adversaires n'avaient combattit qu'un seul jour, et s'étaient mesurés en plaine et en bataille rangée <. Le succès du roi dans cette supposition serait une impossibilité. Dans les temps modernes et entre Européens, il n'est pas donné à une armée près de quatre fois moins Doml«ïuse, comme l'était l'armée royale, de vaincre en ligne une armée ennemie, composée en majo- ' rite de vieilles bandes, commandées par un chef habile tel que l'était Mayenne, de l'aveu des deux partis. De plus, dans l'affaire qu'on qualifie de bataille d'Ârques, les vaincus n'eurent que HiO hommes selon les uns, 600 selon les autres, mis hors de combat, ce qui écarte jusqu'à l'idée d'une action générale *. Les auteurs du xvi' siècle parlent partout de relranchements et de siège, et mettent ainsi sur la voie de la vérité. Une étude sérieuse des divers engagements entre les deux armées achève d'apprendre ce qui se passa réellement. Ce fut

contenpomns. On peut le flxer d'aprèa ce passage de Matthlen : « l.'anuèe de la Ligun, au compte meamt de ceux qui la comman' ■ doieut, estoil de trente-cinq mille hommes. » Hatlhicu et Davila précisent la composition des troupes de la Ligue Pt leur qualité. D'Anguulesme lËmoigne de la présence d'une certaine quantité de noblesse, p. 19 A. u 11. d'Aumale, aixe tout» la nobUsM d« Picardie, » de plus de BW cenU chevaux, souslenoit ledit due. •

' L'erreur devenue populaire se perpétue. On vend encore aujouTd%ui à Dieppe une description du château d* Arques, précédée d'une gravure avec l'inscription i Bataille d'Arqats. Ce qui est plus extraordinaire, c'est qu'on trouve insérée au t. xvii du Spectateur militaire, un» diuserlatton ayant pour titre : « Fragment de l'histoire militaire B de U France, 4* art., contenant nue relation de la bataille d'Arquet, » avec une description du terrain et das travaux de défen«e. ■

* Di«coure au vrai, p. IS.

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Sf( I.1V. 1. en. III. COMBINAISON ET PLAN SE MAYENNE.

une suite d'assauts dirigés au moins sur six points différents, pendant vîngt-brois jours, douze jours contre le Polef et le camp du roi, onze jours contre Dieppe et le château d'Arqués, et dont le récit détaillé, comme dit Sully, remplirait un volume '. Ce ne fut pas du tout une seule action, ni une bataille, comme on Ta imaginé jusqu'à présent *.

Le duc de Mayenne, on l'a vu, en sortant de Neufchàtel avait pris sa direction au nord-est, et était remonté jusqu'à Gamaehes et à Eu, qu'il avait occupés. Ëns'imposant ce long détour, et en s' emparant de ces villes, il avait voulu ne rien laisser à l'ennemi qui pût inquiéter les derrières de son armée, gêner ses convois, intercepter ses vivres. Mais ce n'était là que la moindre raison de son mouvement, la partie secondaire de son dessein. En prenant son point de départ à En, au lieu de le prendre à Neufchàlel, pour aborder le Polet et Dieppe, il voulait renverser toutes les

< La Force, Mém.,1. 1, c. 8, t. i, p. 9». — Sully, (Ecod. ro;., c. SS, p. 73, B.

1 Dans l'exposé que nous allons présenter, des opérstions des deux erméei et des nombreux combnû qu'elle» se livrèrent, nous nous eonimej presque partout guidé par les témoignages ou par les actes authi?ntiqueâ des écrivains, au nombre de buit, qui ont vu les lieux et qui ont pris port ï la lutte. Voici leurs rome et les titres de leurs acted. Letlres missives de Henri IV, pour plusieurs détails :, Lettres de noblesse délivrées au sjeur Etrepagny, et privilèges accordés aux Dicppois. — Mémoires anonymes et manuscrits de deux Dieppois, cités p. Si ci-dessus,' à la note. — Mémoires du duc de La Force. — Mémoires du duc d'Angouleune, alors comte d'Auvergne. — Lettre de Rosny à Corbiuelli, elŒconomie» roy. de Sully, c, !S. — Narration sur la journée d'Arqués, ou lettre d'un geutilbomme, en date du SI septembre. — Discours au vrai de ce qui s'est passé en l'armée conduite par Sa M^eslé. Cette relation officielle a été rédigée dans le camp du roi, au fur et à mesure des diverses marches et attaques des Ligueurs. — Nous n'avons recouni que secon durement, pour quelques détails et' pour quelques éclaircinsemenlB. aux historiens contemporiuns qui n'ont pas été témoins et acteurs : P. Matthieu, Davila, de Tbou.

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L'aRHÉK LRiueUSE CUtPÉ ENTBB TIBeilllOHr ET NÉDVILLB. 97

combinaisons, rendre inutiles tous les travaux de son adversaire. Il s'applaudissait d'avoir trouvé une route qui le conduisait au point qu'il avwt résolu d'attaquer, en évitant les fortifications que le roi avcût élevées tour à tour à la tète et au flanc de sa position, cV,st-à-dire au boiii^ d'Arqués, à Archelles, à l'avenue du viUagtî de Hartin-E%lise. Plein de ces idées, Mayenne, pûiant d'Eu , conduisit son armée au hameau de Tibermont, et campa entre ce hameau et la paroisse de Neuville, qui n'est qu'à un qt^irt de lieue du Polet. Il employa les trots premiers jours, du 13 au 16 septembre, à reconnaître ce fauboui^ et la partie orientale de Dieppe , et à faire les dispositions d'une atlnque, au milieu d'escarmouches sans importance entre les deux partis. Le roi, avec sa vigilance accoutumée, fit éclairer les démarches de son ennemi par ses chevau-légers, et s'assura de ses projets par le rapport des prisonniers. Certmn qu'il se porterait de sa personne sur le Polet, il disposa tout pour le recevoir cooformémeot aux lois de l'honneur, en même temps qu'aux règles de la grande guerre. Son poste était là où il devait trouver le plus grand danger, et l'occasion de se mesurer corps à corps, dès le début, avec le chef de la Ligue. H laissa donc au maréchal de Biron le commandement du camp d'Arqués et du gros de l'armée, et. il se rendit en toute hâte, avec un fort détachement, à Dieppe et au Polet. En joignant les troupes qu'il amenait à celles qu'il avait déjà appelées dans ces deux postes, il disposait de 2,000 hommes de troupes régulières. Il les distribua dans la ville, dans le fauboui^, dans les lignes fortifiées qu'il venût de &ire construire. Il ordonna à toute la cavalerie dieppoise de prendre rang pai'mi ses soldats. Il renforça la défense du retranchement du Polet par deux compagnies boui^eoises de Dieppe, formant ensemble près de 800 hommes, qu'il y appela le matin

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98 uv. 1. CH. iti. Dispositions faites par hbnm pour la recevoir.

même du 16 septembre, une heure avant le jour et la première attaque de l'ennemi. Derrière ces troupes concentrées au retranchement, se tenait la population des Poltais, armée en masse et prête à défendre ses foyers. Le roi attenUf à tout, profitant de tout, prévoyant tout, prit une dernière mesure de précaution. Il disposa les canons des vaisseaux qui mouiltment dans le port, de manière à favoriser la retraite de ses troupes, et à arrêter l'attaque des Ligueurs contre Dieppe, dans le cas où ils parviendraient à surmonter cette résistance échelonnée, et à s'emparer du Polet contre sa légitime attente *,

Le plan de Mayenne était d'emporter le Polet, d'y élever des batteries qui, foudroyant l'entrée du port, priveraient, dés l'abord, le roi des secours qu'il attendait d'Angleterre et d'Ecosse ; couperaieut les vivrvs à son armée, en interceptant ses communications avec la basse Normandie;L'affaibliraient actuellement, et prépareraient, en outre, sa ruine. En effet, dans les calculs du doc, la

' De Thou, 1. 97, § ï, p. Bol, et le Discoure au Trni, p. 16, donnenl la date du 13 septembre pour l'arriTée de Mayenne et de son armée en vue des positions du roi, et indiquent ce que le duc fit du 13 au 16. o Les ennemis y arriTèrent [vers le coteau du Polet) le treizième H da mois de septenibre, et m teinrent pour les trois premiers jour« » logez un peu IoÎd. m D'Angoulesme, p. 7t B, 75, 76, fait séjourner Mayenne et son armée à Eu jusiiu'au 15 septembre, et dit qu'ils par^ tireut d'Eu ce jour là, pour marcher contre le Polet et le camp d'Arqués. Il y a lacune ou erreur dans le teitc de d'Angoolesme en cet endroit, comme il y en a tine autre évidente, p. 78, g 8, quand il aseif^e le îl septembre, au lieu du SI, pour le combat principal entre led deux armées, pour la journée d' Arques. Pour les autres détails, Toir les Mémoires chronol. de Deanarquets, p. Ï7i, Ht el US; et Matthieu, 1, l, p. It. « Il donna la deffeuse du Polet à Cbastillon, » mit en garde le vidame de Chartres, ordonna à CanLîy de le souf- » tenir avec huit' cents chevaux s'il estoit attaqué, el de se retirer A B la faveur du canon qui eiloil dam Ua navires. » — La Force, Mém., c. 8, p. go. a II y avoit à la vitle de Dieppe, pour sa défense et n celle des retranchements qui avoleiil été faits, environ deux mille n hommts. a

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MAVENKB SB PREPARE A ATTAQUER LB l>OLET BT DIEPPE. 99

conséquence nécessaire Af. l'occupation du Polet était la conquête de Dieppe, la ville n'étant séparée du faubourg que par un pont, et devant se U-ouver bientàt dominée par ce poste, écrasée de feux plongeants, assaillie par des masses de troupes sans cesse renouvelées '. Pour faciliter l'entreprise sur le Polet, une division de l'armée de la Ligue devait en même temps attaquer et occuper l'armée royale, postée au camp d'Arqués, et l'empêcher de se porter à la défeuse du roi et de la place, (tu bien Henri en profitant du court répit que lui donnerait la résistance des siens, s'embarquerait et vuiderait le royaume; ou bien s'il s'opiniàtrait à défendre Dieppe, il y serait accablé. Mayenne, plein de confiance dans l'extrême supériorité de ses forces, ne doutait pas du succès et comptait terminer la guerre d'un coup. Ce plan n'aurait eu quelque chance de succès que si le duc, gagnant plusieurs jours, avait précipité l'exécution et ses mouvements. Quand il agit, le roi par des prodiges d'activité, par les fortifications construites, par un emploi intelligent des forces locales jointes aux forces de son armée, avait donné au Polet des moyens de défense pareils à ceux qu'il avait établis aux abords d'Arqués, à l'avenue d'Archelles, à l'avenue de Martin-Eglise, et assuré à la ligne entière de la position une fermeté de résistance que des efforts extraordinaires pouvaient seuls désormais surmonter.

Le 16 septembre, à cinq heures du matin, l'armée de la Ligue sortit de son camp et marcha sur deux colonnes. lia division de droite que le duc de Mayenne commandait lai-même, et dans laquelle il avait placé la plus grande partie de son infanterie et sa grosse cavalerie, se porta sur le Polet, où elle trouva le roi en tête. La division de gauche, aux ordres du duc de Nemours, et composée du reste de l'infanterie et de la cavalerie légère, -

> Davila, 1. 10, I. ii, p. 504.

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100 LIT. t. CH. m. DOUBLE ATTAQUE DES LIROEORS CONTRE LE POLKT

alla occuper la hauteur voisine de Martin-Eglise et du camp d'Arqués, dont la défeuse avait été confiée au maréchal de Biron. Le roi u'atlâiidit pas Mayenne derrière les fortifications dont il avait entouré le Polet. Il ordonna à Chastillon d'aller, avec l'infanterie, recevoir l'ennemi h la portée du canon de ses retranchements. Lui-même conduisit une troupe de cavaliers d'élite reconnaître et charger les avant-postes ligueurs, et en combattant parmi les quarante les plus avancés, il eut son cheval blessé d'une arquebusade. Cet engagement présenta pom* la dernière fois dans nos années le mélange des exploits militaires et des prouesses chevaleresques. Un cavalier ligueur demanda à tirer un coup de pistolet en l'honneur des dames. Bellegarde releva le défi, joignit son adver- - saire, lui cassa le bras gauche, et le contraignit à se sauver dans les rangs des siens pour échapper à la captivité ou à la moi*!. Dans les escarmouches de cavalerie et d'infanterie qui suivirent, le roi, malgré l'inégalité du nombre, ne recula pas d'un pas, ne laissa pas l'ennemi gagner un pouce de terrain, et lui tua 200 hommes '. Sous un chef qui ne comptait pas ses ennemis, et qui bravait ainsi la mort, les troupes royales prirent ce mépris du danger, cet élan, cetentrain, qui vîennentà boutde tout, parfois même en dehors des combinaisons des généraux, et des moyens ordinaires de l'attaque et de la défense.

Sur l'autre point, dans l'attaque du camp royal et dans la lutte contre le maréchal de Biron, le duc de Nemours n'eut pas meilleure fortune que Mayenne. Nemours, en

' 1 DUcoan au vrai, p. 16, 17. — D'Angoule^De, Mém., p. 7T B. — Lettre d'ua gentilhoiunie ioUlulée : Narration »ur la journée d'Arquea,

p. H6. u Le aamedy, 16 de ce mois de septembre 15B8 le roy

B sortit des fauxbourg^ du Pol<>tj avec cinquante clievaux pour 1?b H revonnoUtre : lui-inesme attaqua l'esuarmouche avec quaranle -.n'jRhevaux, en laquelle son clieval Tul blessé d'un coup d'harquen liusadc. u

ET CONTRE LE CAMP IHI ROI. ILS SONT REPOUSSES PARTOUT. lOt

quittant ses tranchées, descendit une cUte haute et rapide, occupa le village de Martin-Eglise, où il établit sa cavalerie et son infanterie, se saisit d'un pont jeté sur la petite rivière d'Ëaulne, et se trouva alors à portée du camp des royaux. Il envoya quelques escadrons escarmoucher contre leurs gardes avancées, avant d'attaquer avec son infanterie et les forces réunies de sa division le retranchement de la Maladrerie, qu'il avait le dessein d'enlever. Sur l'ordre du maréchal de Biron, le comte d'Auvergne fit une chai^ impétueuse contre les escadrons ennemis avec la compagnie des chevau - légers du roi commandée par Haramhure, celle de Loi^es et 200 hommes du régiment de Brignenx. Le détachement ligueur, enfoncé après quelque résistance, se retira en désordre vers le village et vers le gros de son armée. Le maréchal de Biron, accouru sur lespasde ses cavahers vainqueurs, avec les seigneurs qui servaient comme volontaires, et avec l'infanterie que commandait Montmorency-Damville, força le passage du pont, puis les barricades qui le défendaient du càié de Martin-Eglise, pénétra dons le village, mit ^n déroute tout ce qui s'y trouvait, infanterie et cavalerie, tua-ou fît prisonniers aux Ligueurs quatre «eots hommes, parmi lesquels vingt-deux officiers, tandis que lui-même ne perdit pas un homme et n'eut que quelques blessés. Il resta assez longtemps dans le village pour ofirir leur revanche aux ennemis, sans qu'ils essayassent de la prendre, après quoi il replia ses troupes et les ramena dans le camp. Ce ne fut qu'au milieu de la nuit que Nemours et sa division rentrèrent dans Martin- Église, volontairement abandonné par Biron, et s'y établirent '.

■ D'ADgonlesme, Mém., p. 76, 77. — Discoure au vrû, p. 17. — P. Uattliit^u, HUt. de Henry IV, 1, 1, p. it, is. — Lettre d'un gealilboaime écrite le Ï2 septembre, p. 146. « En mesme temps, M. le mareschal de i> ^ron toriit d'Arqués (le camp d'Arqués) aveu environ deux cents

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102 UV. I. Cfl. III. NOUVEAUX ENGAGEMENTS ENTRE l'aRBÈE

L'issue de ces deux premiers engageoneDls étonaa merveilleusemeot les chefs ligueurs. Ils étaient venus avec l'idée qu'ils avaient moins à combattre l'ennemi qu'à le dissiper, et ils sortaient de ces préludes de la lutte, bravés et battus. S'ils conservaient ejicore quelques illusions, ce qui suivit acheva de les détruire. A la nuit qu'il fallut passer nou loin des retranchements du Polet, les soldats de Mayenne bivouaquant au milieu des hameaux détruits, de la campagne dévastée par le roi , éprouvèrent tous les genres d'incommodités et de privations. Le lendemain, leur chef voulait les laisser se refaire d'une journée et d'une nuit si laborieuses , et leur donner du repos. Mais les Poltais, impatients qu'on leur accordât le moindre relâche, allèrent attaquer leurs quartiers, en enlevèrent un, leur tuèrent cent hommes, et dans le nombre l'ofïicier supérieur qui commandait ce poste. Le même jour, le duc de Nemours essaya de faire avec son canon, ce qu'il n'avait pu effectuer la veille avec la force et le courage de ses troupes : il dirigea pendant deux heures le feu d'une batterie contre le retranchement de la Maladrerie, ou tranchée perdue, mais il ne parvint même pas à l'entamer. Mayenne, de son c6té, tenta pour ta seconde fois les approches de Dieppe. Il avait essayé de pénétrer jusqu'à la ville en se présentant par le Polet, et il avait échoué : il voulut se frayer un antre passage vers la place, en allant rejoindre la cbaussée d'Arqués et la route qui conrluisait à la porte de la Barre. Son but était eu même temps de couper le roi et le corps qui défendait le Polet, du camp fortifié et des troupes qui le gardaient, en occupant avec les for-

n clievaui et Irois cents hari)uebusier9 , sur huit ceals dea eonemia » qu'il mit en route, en laquelle en demeura quatre cents et plus. ■ Mézeray, t. m, p. 70t, nous apprend que Charles de MoDtinorencj- DamvtUe, autretojs appelé M*ru, frère du duc de Montmorency, gou- Terneur du Languedoc, était colonel des Suisses,

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I» LA UGUE BT US ROYAUX : NOUVEAUX KETEBS DBS LlGlTEDItS. 103

ces de la Ligue, les localités intenoédiaires. Pour y réussir, il (enta le passage de la Béthune au gué d'Ëtran, ea face de Bouteille, précisément à mi-cbemiu entre le Po}et et le camp d'Arqués. Celte entreprise ne lui réussit pas mieux que les précédentes : la prévoyance du roi, nous l'avons vu, avait retranché Bouteille, et l'avait garni d'un détachement : les ligueurs furent repoussés '.

L'épreuve était complète. Toutes les armes de la ligue, l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie, s'étaient essayées contre les royaux et avalent échoué. Deux attaques contre les abords de Dieppe et contre le camp du roi avùent été repoussées. Mayenne comprit alors à quel ennemi il avait à faire. Détrompé de ses présomptueuses espérances, revenu de l'espoir de tout emporter de haute lutte et par les soudaines agressions, it commença la guerre de stratégie, avec calcul et circonspection II renonça aux opérations qui compromettaient le succès en divisant les forces, aiix tentatives simultanées contre le Polet et contre le camp du roi. 11 résolut d'attaquer le camp seul, de l'enlever à tout prix, par un grand et général effort, par l'emploi de ses divisions réunies. Il était convaincu que la destruction du gros de l'armée royale, qui était concentré dans le camp, entraînerait la perte des forces disséminées dans le reste de la position du roi, la réduction du Polet et de Dieppe, la ruine de son adversaire, n employa trois jours à concentrer ses forces en arriére de Marttn-Église, et à préparer son armée à une affaire générale*.

' Discours «u TTai, p. 18. — D'Angoulesme, Mém., p. 78 A.

* Discoara au vrai, p. IB, 19. « Leur fureur et animosilé se cod- » TitrUt sur la Maladrerie, laquelle Us réwleurent de forcer à quelque B prix que ce teusl. » — La Force, c. 3, p. 80. m L'armée du duc de . ■ Mayenne marcba ■wvk dos retrancbemeDU... eu résolution de fùre' jt un puitsant elTort pour les emporter, défaire l'armée du roy, se » saisir de sa personne ou le conlraiudre à une fuite houleuse, u

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1(H LIV. I. CH. III. MAVENNE RÉSOUT d'aTTAQUER LB CAHP D'ARQURS

Henri avait devioé son dessein; il avait quitté le Pokt pour retourner au camp d'Arqués, et se placer à la tête de son armée menacée. Quelques prisonniers qu'on lui amena, et qu'il interrogea soigneusement, changèrent ses conjectures eu certitude : ils lui apprirent que le jeudi 21 il serait attaqué par toute l'armée de la Ligue. Il lit ses dispositions en conséquence, redoublant de vigilance et d'activité. Il passa toute la nuit du mercredi au jeudi à la tête de la première garde. A quatre heures du matin, ileavoya ses chevao-légers reconnaître les mouvements et la marche de-s Ligueurs. Un peu avaut le jour, avec le concours du maréchal de Biron, il disposa ses forces pour recevoir l'ennemi et leur assigna l'emplacement définitif qu'elles devaient occuper dans les diverses parties de son camp t. L'ordre dans lequel il les rangea n'est décrit nulle part d'une manière exacte; le voici d'après les originaux comparés entre eux.

Il forma de ses troupes trois divisions et les échelonna sur trois lignes. Une division , composée d'infanterie et de cavalerie , défendit la léte du camp du cAté de Martin-Église , et fut rangée dans l'ordre suivant en regardant ce village. L'infanterie, formée du régiment de Brigneux, des lansquenets royaux, de quatre compagnies d'aventuriers suisses et franç^s, fut postée à droite de la ligne, et distribuée dans le premier retranchement,

' D'Angoulesme, Mém., t. xi, p. 78. « Sur les dix heures du aoir,

H le roy alla visiter lea gardes... Le roy passa toute la nuit à la teste u de su première garde... Sur les quatre heures du matiu. Sa Majesté B m'onlonna de m'advaiicer jusqnea à mes vedettes, pour luy rapa portier s'il u'; avoit pas de rumeur dans le camp des euneinia... ■ L'une des vedettes vint conBrmer que c'estoient des gens de guerre, n et qu'à voir les mëclics il y avoit plus d'un régiment. ■ Les précautions infinies du'roi étaient d'autant plus nécessaires, qu'au rapport des divers auteurs du temps , Majeune fit tout au monde pour cacher sa marche, et pour surprendre le camp du roi. — Lettre de Rosny i Corbmelli, p. 4S, 44.

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