AVEC TOUTES SES FORCES COMBINÉES. DISPOSITIONS DU ROI
OU tranchée perdue, depuis la forêt d'Arqués jusques et y: compris la Chapelle et la Maladrerie. La cavalerie fut placée à gauche, et occupa le terrain depuis la Maladrerïe, qui forniait la fin du retranchement, jusqu'aux rivières d'Ëaulne et de Béthune <■ Cette cavalerie était divisée en deux escadrons : le premier en tête, commandé par le comte d'Auvergne , était formé de la compagnie des chevautégers du roi conduite par Harambure, et de celles de Fournier et de Loi^es : le second, qui était placé à quelque distance, et qui le soutenait, se composait des . compagnies de La Force , de Larchant , de BacqueviUe : les deux escadrons avaient ensemble deux cents chevaux. Le maréchal de Bîron eut le commandement de cette première ligne, et présida à la défense de cette partie du camp : entouré de soixante cavaliers, parmi lesquels quelques gentilshommes volontaires, il se posta à droite, un peu en arrière de ses troupes '.
Parallèlement à cette première ligne, au milieu du camp, à une distance presque égale des deux retraiichements, une seconde division fut étabUe : comme la première, elle était formée d'infanterie et de cavalerie; mais ces corps furent distribués dans un ordre différent. L'infanterie se composait du régiment ou gros bataillon sui^e de Galaty : ce corps, qui avait été posté d'abord au principal retranchement, en fut tiré pour èlrti placé àla seconde ligne de l'armée royale: il avait pour chefs Montmorency-Dam-
' D'Aagoulesme, p. 19 A, dit : « La cavalerie occupait tout le ter- • rain qui est depuis la rivière de BéthuDe jusques & le Maladrerie. » La rivière voinoe de la Maladrerie èlait l'Eauloe; mais comme l'Eaulae se jetle très peu au-dessous dans la UËthune, d'Augouleeme les coutODd.
* Pour celte compoàtioD et cette distribution des troupes formant la premiËre division ou la première ligne de l'armée royale, dans l'ialérieur du camp, voyez le Diiwours au vrai, p. io. — D'Angoulesme, p. 1S B, g S, 78 A à la fia. — La Force, Mëm., 1. 1, c. 1, p. 19. ~ Lettre de Rosny à Corbinelli, p. 14-46,
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106 LIV. 1. CH. III. DÉTAIL DBB TllOUPeS FORMANT CB&T.UMG
yille et le colonel Galaty : il prit positioD sur le bord de la Béthune, derrière les escadrons de La Force et duduc d'Auvergne : il fut soutenu par des arquebusiers cachés dans les haies qui bordaient Ji droite ou à gauche le chemin d'Arqués à Martin-Église. Le corps de cavalerie de la seconde ligne comptait environ deux cent quarante chevaux, parmi lesquels les principaux seigneurs et une partie de la cornette blanche. Le roi dirigea les opérations de cette ligne, et conduisit personnellement la cavalerie au combat : il . prit son poste à droite, au pied du c^Meau de Saint-Étienne, très-près, mais un peu en arrière du maréchal de Biron <.
' Cette seconde diTiaion ou seconde liRne est formellement indi- (luée par le Di^ours au vrai et par La Force. Ou lit dans le Discours ail vrai, p. îl ; « Lp répmeDt des Siiiâses du colonel Galati, â la » teste duquel estait avec liiy le sieur d'Anvîlle, qui avoit cham ta n place de bataille à plut de ci'ng cents pat au-delà du retranchemrnt » que fiardoit l'aultre rétament desdits Suites. » La Force dît, p. 79, BO : « A la main gauche, au-delà du clifmiu qui partEUceoit la plaine, » Ëtoit plac^ le bataillon sni«se, qui étoit de trois mille honnue», » commandé par te colonel Galaty... Le roy êioit à la mab droite. Il au-delà dudit chemin, mire les deux retranrlieniens , avec tout le s reste de la cavalerie, le maréchal de Biron avec lui, un peu au de- » imn/, tous les piinripaux seljrneurs qui ètoient auprès de Fa Miqesté, n. et tout ce qui itoit de la cornette blanche. » La Force, récapitulant le nombre des cavaliers aux ordres du comte d'Auvergue, de hiimémcj du maréchal de Dlron, du roi, ajoute : « Cela Taisoil ensemble 0 environ cinq cents chevaux, u Comme on eait par d'Angoolesme, p. 79 A, 80 A, et par Rosny, Lettre à Corbinelli, p. 44, 4S, que les cavaliers que commandaient le comte d'.\uvei^e, La Force, Biron, nionl^ent ensemble à deux cent soixanle, il en ré^utte que le roi avait autour de lui deui cent quarante chevaux. Matthieu dans son exposé (lu combat, s'exprimant en nombres ronds, dit p. IS : « J!>e deux cents Il chevaux qu'il avoil autour de luy, il n'en demeura que quatre. » Les termes absolus dont La Fttrca se sert au sujet des Suisses et de la cornette blanche, qu'il semble placer exclusivement à la seconde ligne, doivent être expliqués et restreints par le témoignage de d'Anj:oulesme, témoin oculaire comme lui. D'Angoulesme, ou va le voir, met une partie des Suisses, ceux de Galaty, & U seconde ligne; maiï une autre partie, ceux de Soleure et de Balioear, avec une portion de ta cornette blanche, à la IroUième ligmi. Sur ce qui concerne cette seconde ligne de l'armée royale, on ne trouve dans les histoires et dissertations modernes que des omissioae ou des erreun>
de; trois UGNES de l'armée ROTILE DANS L'INTÉRIEUR DU CAHP 107
Enfin la troisième division occupa et protégea le principal retranchement, celui qu'on avait construit près d'Archelles, à la téte de la chaussée d'Arqués. Quelques coDtemporains le nomment le seco»(/ retranchement quoir qu'il eût été élevé le premier, parce qu'ik considèrent, non l'ordre des temps dans lequel les deux retranchements avaient été construits, mais leur position par rapport àrarméedelaLigue, an moment oit elle attaqua l'armée royale, en partant de Martin-Église '. La division préposée à la garde du principal retranchement présentait un effectif de trois mille six cents hommes : c'étaient trois mille trois cents fantassins, les uns françids, les autres suisses des régiments de Soleure et de Baltazar ; et trois cents cavaliers^ fournis par la seconde moitié du corps de la cornette blanche , et par les compagnies des princes de Conti et de Montpensîer. La cornette blanche elle-même, ou enseigne du roi, avait été placée en tète de ce retranchement *.
' La Force, 1. 1, c. 8, p. 79 et 87, dit : le principal reiraaeliemmt, lit priaeipaux rtlranchement!. D'Angoulesme, p. 80 A, dil ; le second ntranehemtnt. n La plaine qui esloit entre le premier relranchement
■ que nous avians perdu et le second qui esloit à la leste de la B cbatissie d'Arqués, u
* La Force, c. S, p. 79. a Nos principaux relranciiemeota étoieut
■ derrière celui-là au devant du bourg d'Arqués.,. Le» François gar- * dolent ledit retranchement et étoïent environ Iroid mille six cnts. » — D'.^ngouleîme, p. BO A. <r Le second retrandietneul qui estoil à la
■ teste de la chaussée d'Arqués, gardée par /«.; régimeni de Sotleure t et de Baltaiar. La carntlle blanche éloil en balaillt A la teale du » deu:tiènie retranchement; celles de MM. les princes de Conly et de a MoniperMer bordoient le chemin qui va d'Arqués (Archelles) k la > Chapelle. » — Le Discours au vrai, p.- SI, dit aussi : « Ledit retran-
■ chement (le principal ou second relranchement) que gardoil l'autre
■ régiment des Suisses, o — 1^ Force, c. 3, p. 78, dit : " L'armée du
■ To; D'éloit pas composée de plus de ntut mille hommes de pied et
■ d'environ huit cents cheoattx. d Poisqu'aux deux premiâres ligues on avait rangé ùnq cents chevaux, évidemment il en restait trois cents çuvi^Dn pour la troisième ligne ou principal retranchemeiit.
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108 UV. [. CH. m. HENHi JOINT K SES TROUPES LA MILICE DIEPPOISB.
Ainsi il De fellait pas à Mayenne moins de trob attaques succes^ves , toutes trois heureuses , pour rester maitre du camp du roi, et pour s'assurer l'avantage de cette joui^ uée. D trouvait aux deux premières lignes deux généraux consommés dans l'art de la guerre, des chefs de troupes ' et des soldats d'ime intrépidité sans égale. Enfin il devait combattre dans un espace resserré, dans une sorte de défilé, oii la multitude des soldats perdait une partie de sa puissance. Malgré l'habileté de ses dispositions, Henri frappé de l'extrême infériorité de son armée sous le rapport du nombre, chercha à la corriger en donnant des auxiliaires à ses troupes régulières, et en leur préparant des renforts, dans le cas où le combat se prolongerait. L'histoire locale, confirmée p^r des actes authentiques postérieurs, nous apprend que le rois'aidades forces de la population dieppoise ; qu'il grossit les rangs de son armée de toute la cavalerie, des volontaires bien armés et bien montés, de quatre compagnies bourgeoises, de quatre compagnies salariées de Dieppe, formant ensemble environ deux mille hommes. Les récits du combat foits par tes grands seigneurs, les narrations nobles, omettent ce concours de la bourgeoisie, que la vérité historique doit rétablir '. Le roi en assignant à un corps considérable de ses troupes régulières la défense du Polet et de Dieppe, crut qu'il pouvait sans danger, et l'événement le justifia, mobiliser pour quelques heures une partie de ce corps, et l'appeler sur le champ de bataille au secours de son armée. Aussi dès le commencement de l'attaque des Ligueurs, il dépécha à Dieppe vers Chastillon pour lui enjoindre de venir en diligence par delà la
1 HémuirpB cbron. pour servir à l'hUtoire de Dieppe, I. i, p. VU, ■l'après iea Mémoires cont«mporsiiij d'EsUnceliD , Dabloo, Gonïc, Asaeliae. Voir ci-après, ù la suite de l'atToire du 11 septembre, les lettres de DOblesse délivrées an sieur Etrepagujr, les privilèges accordé» AUX Dieppoig,
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IL PODBVOIT A LASURETÉ DU POLET ET DE DIEPPE. lOO
Béthune, avec ud fort détachement de rinfaaterie qu'il commandait, après avoir laissé la place suffisamment garnie '.
En même temps que le roi augmentait ainsi, et portait à son plus haut chiffre le nombre des troupes qu'il pouvait opposer à l'ennemi ; en même teny» qu'il pourvoyait à la solide défense de son camp, et du même coup à celle de la moitié de la ligne de la position, depuis ArchelleS jusqu'il Martin- Église , il veillait à ce que le Polet et Dieppe, qui n'avaient guère moins d'importance pour lui, et qui formaient l'autre partie de cette ligne, demeurassent à l'abri de tout danger. Pendant l'attaque principale contre le camp royal, Mayenne pouvait, en détachant une division de son armée, diriger une attaque secondaire contre le Polet et contre Dieppe. Henri prévit cette éventualité, et pourvut,avec soin à la sûreté de ces deux postes. Depuis quelques jours, il y avait appelé deux mille hommes de troupes régulières. Ces deux mille soldats fu- 'rent joints à quatre mille hommes restaat de la milieu bourgeoise de Dieppe, après l'emprunt que le roi avait fait à cette milice pour le camp d' Arques ; et aux Poltais armés en masse, dont le nombre s'élevait au moins à mille. Le tout ensemble donnait au faubourg et à la ville sept mille défenseurs. Si ChastiUon emmenait avec lui un détachement de sis ou sept cents soldats, pour prendre part à l'action, il restait encore au Polet et à Dieppe six mille trois cents hommes pour les protéger. Ces forces, placées derrière les retranchements et les murailles, commandées par un officier aussi expérimenté que Guitry, étaient plus que suffisantes pour mettre le Polet et Dieppe à Yabri de tout danger sérieux pendant la courte absence de Chastillun. ^ Rien n'avait échappé à la vîgi-
■ La Force, c. 3, p. 86.
■ 1.S Force, c. 3, p. 80, donue le chiffre des troupes régultèret
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110 LIV. I. CH. III. lOURNBE d'aRQCES. DISPOSITION
lance et aux précautions de Henri, quand il reçut l'attaque des Ligueurs.
Le jeudi 21 septembre, entre cinq et six heures du matin ', l'armée de la Ligue débouchant de Martin- Eglise, marcha contre le camp du roi. Une circonstance fortuite, très remarquable, fiivorisa sa marche et ses attaques. L'air était obscurci par un brouillard épais, et l'artillerie du roi qui dominait Ib position partout, dans sou camp, au château d'Arqués, sur le plateau voisin de ce
préposées k la dËf^Dse du Polet et de Dieppe. « Il y avoit à la ville D de Dieppe, pour sa JéfeoBe et pour celle des relranchemens qui n avoienl été Taits au dehors, deitr mille komma, » On a 'ii plus haut que la milice bourgeoise de Dieppe moulait à ûx mille hoinmee. Henri eu ayaut appelé deux mille bu camp d'Arqués, il en restait quatre mille, avec mille Poltais armés; ce qui, joint aux deux mJUd hommes de troupes répiliéree, rormait un total de sept mille hommes pour la protection du Polet et de Dieppe. Déduction faite des six on sept cents soldats formant le détachemeot de Cliastillon, le faubourg et la Tille conserraienl donc encore six mille trois cents hommes au moias pour leur défense. Mayenne, instruit de ces circonstances, se garda bien de diriger sur ce point une fausse attaque, qui en le privant de' la disposition d'une partie de ses forces, ne l'aurait conduit, comme dans l'alTaire du 16, qu'à uu échec. Si M. Henri Martin s'était rendu compte de ces faits, il n'aurait pas dit dans son bistoif, t, %, p. 18t ; a On ne comprend pas que Mayenne, disposant de forces si supén rieures, n'ait pas fait taire uue fausse attaque sur le Palet pour n prévenir le mouvement de Chaslillou. »
■ Le» Mémoires de d'Angoulcsroe, t. ii, p. 81, disent: «Le combat n commença sur U$ dix heures du mulin, et dura jusqucs & onze n heures. » Dix lieures est une faute très grave d'impres^on; il faut lire lar les cinq heures ou sw les six heures du matin. — La Force, Mém., 1. I, c. S, p. 89, dit : « L'attaque avoit oommencé déj les cinq n heures du matin. » Son témoignage est confirmé par la Lettre de Bosny ù Corbinelli, p. U : n Dès la pointe du Jeudy, vingt-unième n de ce mois, » et par la Lettre d'un gentilhomme, p. 1(6 : n L'en- » uenii parut dès la diaiie. a On verra plus loin combien il est nécessaire de préciser l'heure du commencement du combat- Le texte de d'Angouleame i^onticnt une autre faute non moins grave sur la date. A la page 78 A, g 3, il assigne le iT septembre, au lieu du 31, pour le combat d'Arqués. A la page 8t B. § 0, l'mdication du S3 septembre, pour l'arrivée de l'ambassadeur d'Elisabeth, donne moyen de rectifier cette dernière erreur.
D,i.,l,zct:bvG00gIf
ISS FORCES DE HAVBNNE POtIR L'&TTAOUS DU CAKP DU HO). 111
château, était réduite à l'inaction. L'infanterie ligueuse, conduite par les UenteDants de Mayenne, avait ordre d'assaillir le retranchement qui se prolongeait de la forêt d'Arqués à la Maladrerie, c'est-à-dire la portion de la tète du camp du roi où était posté le corps d'infanterie royale aux ordres du maréchal de Biron, avec le maréchal lui-même, un peu en arrière : l'infanterie ligueuse tralnmt après elle uiie hatterie de quatre canons, et avait laissé à quelque distance le reste de son artillerie, qu'on devait aiqeaer aussitôt que l'occasion le demanderait. La cavalerie ligueuse, partagée en sept escadrons de force inégale, prit le chemin de la prairie qu'on trouvait entre la Maladrerie et les rivières d'Eaulne et de Béthune; c'était la partie du camp du roi qui n'avait pas de retranchement, et dont la défense avait été assignée aux deux escadrons de cavalerie commandés par le comte d'Auvergne et par La Force. Comme cinquante chevaux de front pouvaient à peine s'y développer, cette disposition des lieux permettait aux cavaliers royaux , malgré l'extrême infériorité de lenr nombre, de disputer le terrain avec avantage. Mayenne commandait en chef la cavalerie ligueuse : il avait sous ses ordres le. duc de Nemours et les autres princes de sa famille, tous ayant voulu prendre part à ce duel entre la maison de Lorraine et la maison de Bourbon. Par la marche et le déploiement des troupes ligueuses, on voit que Mayenne attaquait tout le front du camp du roi à la foie. 11 voulait de plus le prendre en flanc. Dans ce dessein, il avait envoyé le comte de fieiin, l'un de ses mestres de camp, fouiller et reconnaître la forêt d'Arquée, pour diriger un corps de troupes à travers cette forêt. Mais Belin ne put s'ac- ({uitter de sa commission : il fut pris par quelques soldats de Henri et amené au camp. On trouva dans sa poche tout l'ordre de bataille de l'armée ligueuse, utile
Hâ LIV. 1. CH. III. ATTAQUE DB U TRANCHÉE PBRDUB, PORIIAKT LA
renseignement dont le roi et Biron profitèrent. Henri, avec cette affabililé qui s'étendait même à ses ennemis, embrassa le prisonnier. Belin, gagné par ces prévenances, parla à cœur ouvert : il dit au roi qu'il aurait bientàt sur les bras toute l'armée de la Ligue, et qu'il ne voyait pas là des forces sutGsantes pour lui résister. « Vous ne les voyez pas toutes, monsieur de Belin, dit n Henri, car vous ne comptez pas-Dieu et le bon droit » qui m'assistent '. n Cette confiance qui l'animait luimême, il avEÛt su la communiquer à ses Uei\tenants, à ses otBciers, et elle les soutint tous dans le grave péril ou ils se trouvèrent un moment. Nulle cause ne ilomina de si haut les événements de cette journée, ne contribua davantage à son glorieux dénouement.
L'infanterie et la cavalerie de la Ligue, nous venons de le voir, assaillirent en même temps toute la tète du camp du roi. A droite, le marécbal de Biron et sa division d'infanterie repoussèrent longtemps d'une manière victorieuse toutes les attaques dirigées par les fantassins ligueurs contre la trancbée perdue. « Le maréchal de Biron, dit un témoin, donnant sur le haut de la tranchée, la défendit une heure et demie, avec grande perle des ennemis et peu de ceux de Sa Majesté, n L'infanterie ligueuse finit par y pénétrer ; mais elle tut contrainte de l'abandonner peu après, par suite de la solidarité entre ses opérations et celles de sa cavalerie qui échouèrent*. Tandis que ces faits se passaient à droite et au retranchement, à gauche et dans la prairie , la cavalerie, composée des deux escadrons commandés par le comte d'Auvergne et par La Force, soutenait la lutte avec un courage égal et un bon-
' D'Aiigoulcsme, Méci-, t. XI, p. 7S A. — LaPorce, Hém., 1. I, c. 3, p. 80. — Sally, (Eoon. roy., c. Î8, l. i, p. 7Î B.
' RosDï, I.etlre à Corbiuelli, p. (4. — La Force, UËm., 1. i, c. 8, p. SI : « Leur iulanlerie doima à notre premier retranchemeot qu'elle n etuporls d'abord. ■
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TftTB DU CAVP Dtl ROI, t>AR LES LIGOEDnS : ILS SONT REPOUSSES. 1i3
heur plus grand encore. Le premier escadron ligueur , celui des Albanais, fut vigoureusement reçu par les chevau-Iégers de Fonrnier et défait ; le chef Jean-Marc fut tué. Le second, commandé par Sagonne, l'un des mcstres de camp de la Ligue, se présenta ensuite. Le comte d'Àuvei^e le provoqua au combat comme l'un des meurtriers de Henri lU en qualité de Ligueur. Le comte n'avait alors que seize ans. Sagonne lui cria : a Du fouet, » du fouet, petit garçon 1 » lise précipita siu* lui avec une aveugle fureur, et ne blessa que son cheval du coup qu'il lui destinait. Le petit garçon lui cassa la cuisse d'uu coup de pistolet, et Sagônne en tombant se tua. Ses soldats épouvantés tournèrent le dos, et furent poursuivis par les royaux jusqu'à l'escadron de Balagny, qui rompit sans attendre le choc de l'ennemi. Le duc de Nemours s'avança pour réparer ces revers, et y ajouta. Son escadron chargé de front par le comte d'Auvergne, en flanc par La Force et Bacqueville, avec une impétuosité irrésistible , se renversa sur celui du duc d'Âumale qui le suivait, et y porta un aflreux désordre. Il fallut que Mayenne marchât avec sa réserve, pour prévenir une déroute totale. Son infanterie, à la vue des nombreux écbecs essuyés par sa cavalerie, prit l'épouvante et s'enfuit con-* fusément de la tranchée perdue ou premier retranchement des royaux, qu'elle avait un moment occupé '.
Tout jusque-là avait réussi aux royaux. Les chances défavor^les arrivèrent à leur tour, mais contrairement aux lois de la guerre ordinaire, comme aux règles de la loyauté entre ennemis. Il importait peu à Mayenne de dérober la victoire, pourvu qu'il l'obtînt. D résolut d'attaquer les royaux au dehors avec ses forces marchant en bataille, au dedans avec une troupe introduite fraudu-
• D'Angoalesme, Mém-, t. il, p. 79 A, B. — La Force, Mém., 1. i, c. S, p. 81. — Discours au vrai, p. 30, SI.
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lU LIV. I. en. m. TRAHISON DES LANSQIIBNBTS DE MATEIWE.
leusement dans leur camp. Par son ordre, ses lansquenets arrivèrent jusqu'au pied de la trancliée perdue en criant vive le roi! et en se présentant comme transfuges. Leurs compatriotes, les lansquenets royaux, trompés par ces démonstrations, leur donnèrent eux-mêmes les mûns et les attirèrent à leur retranchement. Biron survenant, ils abaissèrent leurs drapeaux et leurs piques, et lui dirent qu'ils voulaient se rendre et servir le roi, sous la coadition qu'il leur garantirait ce que Mayenne leur devfût de solde. Le maréchal et le roi lui-même ajoutèrent foi à leurs protestations, parce qu'ils étaient entrés en traité avec la couronne dès le temps de Henri 1I[ : ils les reçurent à composition, et leur ordonnèrent de se retirer à l'écart, vers la main droite,, chargeant deux officiers supérieurs de veiUer sur leurs mouvements. Os se tinrent immobiles, et dans l'attitude de la soumission, jusqu'à ce que les engagements recommençassent entre les deux partis. Mayenne ayant reformé ses troupes, dirigea une seconde attaque générale contre la tranchée perdue, avec sa cavalerie et son infanterie, et ce dernier corps ne tarda pas à pénétrer sur quelques points de la ligne du camp royal. Les lansquenets de la Ligue voyant cet avantage des leurs, jugèrent leur moment venu. Alors, par une perfidie sans précédent et sans nom, ils se jetèrent sur tout ce qui étiut autour d'eux, tuèrent, blessèrent ou firent prisonniers les lansquenets royaux et les aventuriers suisses, s'assurèrent de la personne des officiers chapes de les surveiller, déchargèrent leurs arquebuses sur la troupe du roi et sur celle du maréchal Biron, et répandirent partout le désordre et l'effroi. L'un de leurs capitaines put pénétrer jusqu'au roi, le somma de se rendre au duc de Mayenne, et présentant son épieu contiie lui, s'avança d'un pas pour l'en frapper. Henri le désarma, le fit prisonnier et défendit à ses gardes de lui donner la
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LES uecBURS s'emparent de la trancrëe perdue. 115
mort. Echappé à ce danger personnel, il se retrouva en présence de la périlleuse difficulté de la situation, ayant à lutter à la fois contre la force, le nombre et la ruse. Les Ligueurs, udés par la diversion de leurs lansquenets et redoublant d'efforts, s'emparèrent enfin de la tranchée perdue ou premier retranchement, occupèrent la prairiR voisine, et se virent maîtres de toute la jrârtie du camp du roi rapprochée de Martin-Eglise. Poussés par Mayenne, ils marchèrent en gros corps et la pique basse vers la troupe où était le roi, entre les deux retranchements. Le duc espérait forcer c^tte ligne intermédiaire comme la première, marcher de là victorieusement à l'attaque de la troisième, et achever la ruine de l'ennemi et son succès par la prise du-principal retranchement '.
Du côté des royaux tous les chefs de corps, et Ilenri plus que personne, ûrent des prodiges pour disputer le terrain à l'ennemi et pour arrêter sa marche. Le maréchal de Biron donna ce qu'il avait de cavalerie au grandprévôt Richelieu et au vidame de Chartres Maligny, lem ordonna de harceler par des charges vigoureuses et incessantes l'infanterie ligueuse, tandis que lui-même l'attaquait avec ses fantassins, et il parvint à la refouler un moment. Mais il se trouva bientôt hors d'état de boucher le passage à ce flot d'ennemis; il fut trop heureux d'empêcher-sa troupe d'être écrasée, et de la maintenir en ordre de bataille, au pied du coteau de Saint -Etienne. Le comte d'Auvergne et La Force, à la tète de leurs escadrons, attaquèrent avec furie la cavalerie ennemie et la contraignirent à reculer deux fois. Mais si leur courage restait entier, les forces et les moyens de défense étaient presque épuisés, après un combat qui durait de-
' D'Angonleune, Hém., t. xi, p. 79 B, BO A. — La Force, Mém., I. I, c. 3, p. 85, 86. — Discours an vrai, p. SI, 22. — Rosny, Leitre à Corbinelli, p. <l6-4e. — Lettre d'uD gentilhomme, p. ItS, 1*9.
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i 16 LIV. 1. CH III. COMBATS LIVRÉS ENTRE U TRANCHA PERDUE
puis cinq heores. La Force avait quarante-neuf hommes ou chevaux tués ou blessés de sa seule compagnie. Lui-même était si accablé de fatigue que, s'appuyant sur l'arçoQ de sa seUe, il dit plusieurs fois : « Je n'ai n plus ni force ni haleine I » Le comte d'Auvergne et lui furent contraints de se replier vers la seconde ligne de l'armée, vers les Suisses de Galaty et vers l'escadron du roi, et d'y chercher une protection pour eux-mêmes, un point d'appui pour les corps qu'ils commandaient. Henri conduisit le reste de la cavalerie au combat, chargea l'ennemi jusqu'à dix fois, rallia ses troupes trois fois, et eut deux chevaux tués sous lui. Voyant les siens faiblir, il tentait par cris, par prières, par menaces, tantât d'arrêter l'un, tantôt de remettre l'autre à son rang, demandant k haute voix si, dans toute la France, il n'y aurait pas cinquante gentilshommes qui eussent assez de résolution et de cœur pour mourir avec leur roi. Ces efforts et ces reproches restèrent vains quelque temps; c'était le moment de la panique : de deux cent quarante chevaux qai combattaient autour de lui, il n'eu demeura bientôt que quatre. Après la dispersion de ses cavaliers, Henri se retira à ia seconde ligne et vers le bataillon des Suisses. L'infanterie et la cavalerie.de la Ligue, s' étant réunies et ' raUiées, s'avancèrent rapidement entre la tranchée perdue et la seconde ligne des royaux. Arrivées à trois cents pas de cette ligne, elles se présentèrent si nombreuses qu'elles ne laissaient pas un pied de terrain vide, et que littéralement elles couvraient la terre '.
1 La Force, Uém., I. i, c. 3, p. 8t, M, Si, 86, ST. — D'Angooli^sne, MËin., t. Xi, p. 8D. — Rosoy, Lettre ft Corbinelli, p. t6. — LeUi« d'un gentilbomme, p. liB. — OaTila, I. x, L u, p. SIO. — P. Matthieu, I. I, p. IS, 16. Voici quelques dètaila sur ce que Bt le roi pour la détente du terrain entre la Ironchée perdue et la seconde ligne de l'année, et sur la panique et la dispersion mouientanée du gros de sa caToleiie, que Matthieu tenait de la bouche même de Henri.