ET LA SECONDE LIGNB DES BOYAUX : DANGER DB L'ARMÉE DO ROI
La Force qui a raconté ce combat avec autaot d'intelligence qu'il y déploya d'intrépidité, dit * « Les afi^es » étoient en mauvais état. Sa Majesté, qui étoit au-delà » de tous les principaux retranchemeufl, ne pouvoit de- » meurer plus longuement sans être obligée de soutenir D tout le choc. De quitter aussi le dehors où il avoit tou- » jours demeuré, pour se retirer dans les retranchemens, s le roi eût donné de l'épouvante aux siens. En ces per- » plexités, il commanda que l'on appelât son ministre, et u lui 6t faire la prière à la t^te de sa troupe. » Sully, un autre combattant de cette journée, ajoute : a Que les » choses étoient quasi au désespoir. » Le danger fut donc très grand. D ne fut pas extrême, parce que Blron, Henri et les autres chefe de corps ne faiblirent pas un seul instant ; parce qu'ils se conduisirent par le principe qu'en toutes clioses tenir bon c'est vaincre; parce que leur inébranlable fermeté leur donna moyen d'attendre le retour de la fortune, et de recevoir des hommes et des événements imprévus l'ûde qui permet à une-cause de se relever. Biron, quoique débordé à sa gauche, maintint ses troupes en si bon ordre qu'elles étaient prêtes à recommencer l'action. La Force et le comte d'Auvei^ne, accablés mais non vaincus par la fatigue, entretinrent jusqu'au bout le combat contre la cavalerie de la Ligue. Henri, au milieu de la dispersion et de la fuite momentanée du reste de sa cavalerie, ne songea pas un seul instant à se retirer vers son principal retranchement et à y chercher une légitime protection contre l'attaque de l'ennemi. Résolu à ne pas reculer d'un pas, il s'approcha
a Le ro; retourna dix ou douze fois à la charge, et deux chevaux » tarent tuez sons luy... De deux centa chevaux qu'il avoît autour n de luy, ii n'eu demeura que quatre... J'ay ouy dire au roy qu'il u rallia deu.-E ou trois fois ses gêna, mais que tout ausaitost iJ3 éva- » Douiasoient, ne pouvant paroislre dans cette grande multitude d'en-
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tl8 UV. I. CH. 111. INTRÉPIDITÉ DU ROI ET DE TOUS LES CHEFS.
du colonel Galaty et lui dit : « Mon père, gardez moy une » pic(pie icy, car je veux combattre à la teste de vostre » bataillon. » Ainsi, au sortir de la lutte à cheval, soutenue avec le gros de la cavalerie française, il venait en commencer une autre à pied et dans les rangs de l'infonterie suisse, pour la défense de sa seconde ligne '.
Deux hommes, animés de son esprit et enflammés par son exemple, lui vinrent diversement en aide, lui fournirent les moyetis de sortir de la périlleuse situation oîi il était engagé, et changèrent la face des affaires. Lèpremler fut le colonel Galaty, qui ce jour-là montra ce tjue peut, contre une armée entière, un corps d'infanterie solide commandé par un chef habile et résolu. L'infanterie et la cavalerie de la Ligue, venant de deux côtés, se précipitèrent sur le gros bataillon des Suisses, faisant leur dernier effort pour le culbuter, et pour jeter toutes les troupes du roi dans son second et principal retranchement. Ni le nombre des ennemis, ni la perte de soixante de ses soldats abattus au premier choc n'ébranlèrent Galaty. n opposa aux troupes de Mayenne un mur infranchissable, les décima par un feu meurtrier avec l'aide des arquebusiers postés dans les haies, et les arrêta court. Tout alors du câté du parti du roi commença à se rétablir. Le duc de Montpensier, posté au principal retranchement et à la troisième ligne, amena à Henri ses cavaliers de réserve : les fuyards se rallièrent, et le roi, replacé tout à coup à la tête d'un corps nombreux de cavalerie, put reprendre l'offensive contre celle de la Ligue. Les valeureux escadrons du comte d'Auvei^ne et de La Force, secondés par cette troupe, aidés par cette attaque,
' La Force, p. 87 el 8*. Il Jit à cetU dernière page : « La Force a demeura à cet exercice Jusqu'à la Sd et m^DtîDt toujour» le com- 1) bat. Le roy dit souvent que la France lui devoit beaucoup de cette « journée. » — Sully, (Ecou. roy., c, 38, p. 73 B. — Pour le mot du roi au colonel Galaly^ voir P. Matthieu, I. i, p. IS.
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GAIATY ET LB CAKON D'ARQDBS RÈTABUSSEHT LK COMBAT. 119
reprirent baleine de leur côté et exécutèrent des chattes heureuses. Une partie de la cavalerie ligueuse chercha alors uo passage moins dispute vers le principal retranchement; elle se détourna à droite et s'engagea dans la vallée d'Arqués j mais elle y trouva les marais, où les uns se noyèrent, les autres restèrent embourbés jusqu'aux sangles. Eji même temps, le brouillard qui obscurcissait l'air depuis le malin s' étant dissipé, l'artillerie royale put agir, et ouvrit le feu contre les ennemis. Trois batteries, dominant toutes trois le champ du combat, avaient été établies, la première de huit canons au sommet de la courtine du principal retranchement, la seconde sur le plateau de la colline voisine du château d'Arqués, la troisième dans le château lui-même, admirablement servie par les canonniers bourgeois de Dieppe. Mayenne se trouva entre deux feux : celui du principal retranchement le foudroyait en tête, ceux d'Arqués de cAté. Ces derniers lui firent éprouver les pertes les plus sensibles : chaque boulet enfilait les rangs de l'armée ligueuse qui lui présentait le Sanc, et jetait bas vingt-cinq ou trente hommes. Mayenne convaincu que plus il avancerait plus il éprouverait de pertes, donna le signal d'une retraite qui ruinfût tous ses desseins. Il se replia jusqu'à la ligne de la Maladrerie ou .tranchée perdue, résolu k la garder et à la défendre, mais ne conservant plus déjà que la plus faible partie du camp du roi, hors d'état d'emporter le reste et de détmii'e l'armée ennemie. Les historiens militaires qui ont pris part à l'action, reportent l'honneur du principe de ce grand changement au colonel des Suisses, et l'un d'eux lui a rendu ce témoignage : a Ce se- » roit faire tort à Galaty si l'on ne luy donnoit la gloire » d'avoir, par sa valeur et par une action sans peur, » sauvé le roy et l'Estat '. »
> D'Angouleame, Uim., p. 80.— Bosd;, Lettre h Coibinelli, p. 49.
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itO LIV. I. CH. Ili. CHASTULON ARRIVE ET DÉCIDE LE SUCCES.
Galaty avait rétabli le combat, et enrayé la victoire de Mayenne : Chastillon la décida pour le roi. C'était l'un de ces lieutenants qui savent s'associer à la pensée et aux besoins de leur général, et marcher au cancHi. Le matin , il avût reçu du roî l'avis de se tenir prêt à le seconder. Dès qu'il se fut assuré que le combat se prolongeait, il prit ses mesures en conséquence. Il pourvut soigneusement à la défense du Polet et de Dieppe, pendant sa courte absence, en leur laissant six mille trois cents bommes de troupes régulières, de garde bourgeoise de Dieppe, de milice des Poltùs, sous le commandement de Guitry. Il se mit à la tête d'un corps d'ébte de six ou sept cents arquebusiers français, traversa Dieppe, parcourut rapidement la chaussée d'Arqués, la chaussée d'Archel— les, le principal retranchement, et arriva jusqu'au roi au moment oii le grand effort de l'armée de la Ligue venait d'être soutenu et repoussé, mais oîi Mayenne se disposait à renouveler le combat, en logeant son artillerie sur le retranchement delà Maladrerie '. Chastillon relevant sur son passage le mot échappé à Henri quelque temps auparavant, lui cria en arrivant : u Courage, sire, » nous voici pour mourir avec vous ! » Ayant reçu du roi, pour grossir ses troupes fraîches, l'infanterie du maréchal de Bîron, et les huit compagnies bourgeoises et salariées de Dieppe, il marcha droit à la Maladrerie, que les ennemis avaient gagnée, l'attaqua, la força, tua
— Sully, (Econ. roy., c, 88, p. 78 B. — Discoure au vrai, p. SI. — Lettre d'un gentilhomme ou Narration sur lajouméed' Arques, p. 14S. Ge dernier témoin est le plus explicite sur U nombre dee batteries que le roi avait Tait dresser et aur l'effet de celte artillerie, a Le duc de » Mayeuue se voyant endommage du canon qui tiroit tanfdadit re* u tronckemeni que da Qhasleaa d'Arqués et d'une monlagne voùi'rw, etc. b
— Mémoires chron. pour servir à l'bist. de Dioppe, 1. 1, p. iSO.
' Rosny, Lettre à Corbinelli, p. 49. « Eucores que les ennemie eusu sent résolu de garder ladite tranchée perdue qu'ils avoient gagnée a par la trahison des lamqueoels et d'y loger Ifur artillerie, »
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