LIV. II. CH. I. APPRÉCIATION DE LA CONDUITE DK XATENNB
vaux, dont douze cents lanciers wallons et flamands, trois cents chevau-légere francomtois et espagnols également armés de lances, quatre cents arquebusiers h cheval, idors nommés carabins. Le duc de Panne les choisit lui-même parmi ses meilleurs soldats, et le comte d'Egmont, odieusement infidèle à la mémoire de son père, les conduisit en France. L'armée de Mayenne s'éleva alors à dix-neuf mîUft hommes, quinze mille fantassins , et quatre mille cavaliers '.
Comme chef ile parti insurgé contre le légitime héritier de la couronne, il était coupable de la guerre civile présente; mais il pouvait espérer encore la terioiDer bientôt par la défaite de Henri, par la destruction du parti royal, par la pacification générale du pays. Comme prince, sinon Français, au moins établi et naturalisé en France, comme gardien de l'indépendance et de l'honneur du royaume, il n'avait encore rien à se reprocher, car les soldats qu'il recevait de l'Espagne n'étaient dans son armée que sur le pied de purs auxiliaires ; et le parti royal,
I Pour les sièges du PootoUe et de Ueulan, Toir Dite relation tirée des manuscrits de Colbert et insérËe danâ le Journal militaire de Henri IV, par U. le comte de Valori, p. 1Î4-148; P. Caypl.Ch. dot-, 1. II, p. 208, Î09; Thuanufl, 1, ïCTin, § i, t. iv, p. 88(I-«S2, — P. MatUiieu, 1. I p. 31, S(- — Pour le secoun tiré des Paya-Baa pu- Mayenne, et Le nombre de sea troupes, consultez : La lettre de Henri IV à Luxembourg, en date du 35 mars, daus le Recueil dea Lettres mïssrï., t. ni, p. IBS. n Sur l'adrâ que j'avois que mes ennemis, aprée D avoir recueilly en Picardie le sficoura qui leur eel^it ITaischemcnt » venu des Pajs-Baa, d'enTiron quinze cens lances, et quatre ou cinq u cena arquebusiers A cheval. i> — Davila, 1. xl, t. m, p. !S. " Le comte ■ d'Egmont amenût de Flandres au duc de Mayenne, quinze cents B lances et quatre cents carabins ou arqucbusiere A cheval, a — D'Aubigné, t. III, 1. m, c. S, p. 338. « Le duc de Malenne ayant reçeu du » Pala-Bas .... six mille moutquelaires, choiâs par le duc de Parme • pour la Qeur des siens, u — Pour renwmble d« forces de Mayenne, voyez : Du Plessis-Momay, MÉmoires et Corresp., t. iv, p. 476: îlfiie b dix-neul mille le nombre total des aoldala rasseinbli^s par le duc : tous ces soldats comme on Le verra blentât ne combattirent pas i Tvry.
MBSDRBS HUBTILES DU LAGAT CONTIIB LE ROI. Ilfi
comme la Ligue, demandait alors des auxiliaires aux natioDfi voisiDes. H était coupable comme ambitieux, il n'était pas dégradé. Dans la carrière qu'il parcourut, il importe d'apprécier chacun des pas qu'il fît, chacune des situations qu'il accepta successivement.
Lorsqu'on rapproche sa conduite de celle de Philippe H, on l'estime par comparaison. £n envoyant à Mayenne le corps de troupes qu'il demandait, le roi catholique publia une déclaration dans laquelle il disait : « Nous protestons ■a devant Dieu et devant ses anges que les préparatifa que » nous faisons ne tendent à autre but qu'à l'exaltation de » notre mère saincte Eglise catholique, apostolique et ron maine, repos des bons catholiques sous l'obéissance de B leurs princes légitimes, extirpation entière de toutes » sortes d'hérésies, p^x et concorde des princes ciirén tiens '. » C'étnit un mois après qu'il avait poursuivi le protectorat de la France qu'il tenait ce langage! Cet homme n'avait de roi et de chrétien que le nom. Son honneur s'accommodait de mentir impudemment à la face de l'Europe entière; sa religion de conduire un peuple à l'esclavage par les horreurs de ta gueire civile et étrangère, et d'invoquer Dieu à l'appui des faussetés qu'il débitait. Le cœur se soulève de dégoût devant tant de bassesse et d'hypocrisie.
En même temps que le duc de Alayéune rassemblait de nouvelles forces, il obtenait, de toutes les autorités qui . pouvaient commander à l'opinion publique et l'égarer, des déclarations propres à aâermir les peuples de la Ligue dans la révolte, et à alimenter l'insurrection. Le légat du pape Gaëtano entra à Paris le 20 janvier 1 590, et lit enregistrer ses bulles par le Parlement le 26 du même mois. Il se portait par celte démarche même pour ennemi du
^lailizccbvGoOgli;
176 LIT. ll.CH. 1. ARR&TSDEEPADLRM. DETOURS, DE PAntS.DBROireH.
roi et de son parti si ouvertement, que le Parlement de Paris, b^nsféré à Tours, rendit, le 5 février, un arrêt qui défendfùt aux trois ordres, sous peine d'être traités comme criminels de lèse-majesté, d'avoir aucun commerce, d'entretenir aucune correspondance avec te légat, jusqu'à ce que, suivant les lois de l'Etat, les droits du royaume, les libertés de l'Eglise gallicane, il se fût présenté au roi, eût fait apparaître de ses pouvoirs, et obtenu la permission de résider en France. Le légat ne justifia que trop les appréhensions du Parlement de Tour». A peine arrivé, il entra en participation ou prit Tinitiative des mesures les plus violentes contre le roi. Le 1 0 février, il examina et approuva une délibération de la Sorbonue portant « que la sainte Union était confirmée; que ceux qui reconnaissaient Henri de Bourbon, bérélique et relaps, étaient en état de pécbé mortel et de damnation ; qu'il était à jamais excln de la couronne, qu'il se fit catholique ou non. » Henri avait convoqué les Etalsgénéraux à Tours pour le mois de mars, conformément à sa déclaration de Saint-Cloud. Les évèques et les archevêques avaient été appelés dans cette ville pour former un Concile national, et délibérer sur les moyens de ramener le roi à la foi orthodoxe et dans le sein de l'Eglise. Le légat arrêta ces projets de conciliation et de paix. Par sa lettre, en date du 1" mars, il prohiba tout Concile qui se tiendrait dans ce but, défendit, en vertu de l'autorité à lui déléguée par le Saint-Siège, à tous les prélats de se rendre à Tours, et de s'assembler en quelque manière que ce fût, déclarant ])ar avance les évoques qui se trouveraient à cette réunion excommuniés et déposés. Le pouvoir civil conforma ses décisions à celles du (wuvoir ecclésiastique, et pour l'exécution leur prêta sou autorité. Le Parlement de Paris, par unnoiivel arrêt du 5 mars, défendit, sous peine de mort et de confiscation,
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