PROCESSION DE LA UGUB
toute liaison et correspondance, toute paix ou composition, avec Henri de Bourbon et ses partisans; ordonna à tous de reconnaître Charles X pour seul et légitime souverain, et d'obéir aux ordres de Mayenne, lieutenantgénéral de la couronne. Le Parlement de Rouen, de son cdté, défendit, sous les peines les plus sévères, aux gentilshommes de suivre le drapeau de Henri. A toute cette procédure, les Ligueurs joignirent plusieurs actes d'une efficacité funeste sur le peuple et d'une exécution sanglante. A Paris, une procession de la Ligue eut lieu le 14 mars, et quelques jours après, l'Union fut confirmée et jurée de nouveau sur les Evangiles par le prévôt des marchands, les écbevins, les coloneLi et capitaines de la garde bourgeoise. A Rouen, le Parlement livra au bourreau plusieurs des partisans du roi '.
La Réforme dans laquelle Henri était né et avait été nourri lui était chère, comme il le témoignait lui^^mème. Il ne pouvait abjurer sans avoir l'air d'échanger sa croyance contre une part du pouvoir, et par conséquent sans entamer son honneur. Enfin chacun de ses actes, depuis son avènement, c'esUà-dire depuis six mois, avait été une continuelle protestation de son respect pour la liberté de conscience et de culte des catholiques, et il semblait que lui, roi des catholiques royaux, vainqueur (les catholiques ligueurs, avait bien.le droit' de réclamer
' Thoanua, 1. icfin, §§ S, B, t. iv, ia-fol., p. 83»-84B. — Recaeil des anc. loia franc, t. iv, p. 18, 19. — Lestôile, p. lî. — P. Cajel, 1. II, p. 110 A. Dans l'airei àa parlemeut de Paris, on trouve la diâpoelUon auivaoU qui eicpriine les seDliments donl la Ligue française était encore animée alors envers le roi : <( La cour lUcl expresses iulii- 0 bitionfl et défenses à toutes personnes, de quelque condition et quap lilë qu'elles aoyent, de communiquer et avoir intelligence directe- B meut ou indirectement avec ledict Henri de Bourbon et nés agents; H mesme de ne (raicter ou proposer en public ou en particulier de » faire paix ou entrer eu composition avec luy, sur peine de conSa- » cation de corps et de bleue. »
DoiizccbvGoogle
(78 L[V. II. CH. 1. HBNRI EST FOttCt Iffi RBCOUBIR AUX ARMEE.
pour lui cette liberté qu'il assurait à tout le monde. Contre sa conviction, sou honneur et son droit, s'élevaient les engagements pris par lui lors de la déclaration de Saint- Cloud, et aux termes desquels il devait se faire instruire des doctrines catholiques par un Concile national. Scrupuleux observateur de sa parole, il avait appelé les évéques à Tours pour former ce Concile, et il devait s'y présenter non seulement sans parti pris contre le catholicisme, mais même avec la disposition de faire à ta paii publique toutes les concessions, tous les sacrifices compatibles avec sa dignité et sa con^ience. Et voilà que, dans le même moment, par la violence de la Ligue, il étmt déclaré incapable de régner, quoi qu'il fit; un mur infranchissable de séparation était élevé entre &onpeu[de et lui ; la révolte était proclamée à la fois sainte et élernelle. Dans cette situation, l'abjuration de Henri ne pouvait produire qu'un effet : amener une rupture entre lui et les puissances protestantes, le priver des secours de la reine d'Angleterre, des Hollandais, des princes réformés d'Allemagne, peut-être même des Suisses, et lui enlever plus de la moitié des forces avec lesquelles il résistait déjà péniblement à ses ennemis. U résolut doue, et il devait résoudre, d'épuiser tout ce que la guerre, la politique et ses talents jMDuvaient lui fournir, pour détruire un ennemi que les négociations, au moins en ce moment, trouvaient intraitable et même inabordable.
Le roi, après avoir délivré Meulan et repris Poissy, attaqua la ville de Dreux. Son but était à la fois de consolider ses conquêtes en Normandie, en fermant à Mayenne l'entrée de cette province; d'intercepter les communications des Parisiens avec Chartres, et de leur enlevée les blés qu'ils tiraient de la Beance, après leur avoir dté ceux de la Normandie par l'occupation des villes sur la Seine. Paris souffrait déjA de la disette. Aussi dès qu'on y ap-
^oiizccbvGoogle
MAYENNE RÈPtGNE D'aBORD, PUIS BE PRÎTE A UNE BATA1LU. 170
pni Iti siège de Dreux, l'alarme et l'agitation furent extrêmes dans le peuple, et il éclata en murmures. Mayenne voulait à tout prix sauver Dreux, et ils' avançaavecson armée au secours de la place. Le roi leva le siège pour aller au devant de ses ennemis, avec le vif désir, mais non pas ' encore la resolution arrêtée d'en venir aux mains. H sentait que le sort de la campagne dépendait du gain d'une bataille; mais il ne pouvait songer à la livrer si les proportions ne changeaient pas entre les deux armées, celle des Ligueurs étant alors de moitié plus nombreuse que la sienne. Le duc, en général expérimenté et instruit par l'événement des combats d'Arqués, jugeait et déclarait plus prudent d'éviter une bataille, et après avoir dégagé Dreux, de faire une guerre de temporisation. Mais ébranlé par les sollicitations de tous les chefs de la Ligue, par les importunités du légat qui, dans ses lettres, neparlait jamais que d'une journée, par les bravades et les insolences du comte d'Egmont et des Espagnols ; séduit par l'espoir que loi présentait de Rosne de se faire couronner à la tète de l'armée s'il était vùnqueur; rassuré. par la supériorité numérique de ses troupes et par l'excellente qualité de sa nouvelle cavalerie, il céda et se prêta à une bataille*.
Entre le moment où le roi s'éloigna des murs de Dreux et celui où il se mesura contre l'ennemi, deux jours s'écoulèrent. Toutes ses actions, durant cet intervalle, conformes à celles qui précèdent, achèvent de redresser l'opinion qu'on s'est formée jusqu'à présent de lui , et remplacent le brillant cavalier par le grand capitaine. Ce sont des écrivains hommes de guerre et hommes d'Etat,
' p. Cajet, chr. dot., I. ii, p. 109. — Thuanua, 1. scviu, §§ S, 10, t. IV, p. 84S, 84S. — D'Aubigaé, t. IB, I. lu, c. 8, p. SÎ8. — Daviln, 1. Il, t. m, p. i3, S4. — P. Uattliieu, HiBUdeHeurilV, l.i,p. 30, 31. Ed comparant l'eipodé de ces Iroù deraiers hvitoriens avec celui de de ThoOt il semble que de Tliou, généra] ement si exact, ait e^agÉré la répugnance de Uayenne h livrer balaille.
^oiizccbvGoogle
lAO LIV. II. CH. I. MARCHE DU HOI DE DREUX A
la plupart témoins et acteurs, qui vont nous apprendre à le mieux apprécier <.
En partant de Dreux, le 12 mars 1590, Henri se rendit le même jour à Nonancourt. La dislance fut franchie dans le plus grand ordre ; l'armée marcha en corps et toujours serrée, m^a par un temps afireus, la gelée ayant succédé à la pluie : de plus elle parcourut une par^ tie de la route dans l'obscurité de la soirée. Le soldat était harassé et ébranlé. Mais à peine arrivé à sa destination pour cette journée, il trouva de grands feux allumés de toutes paris, des vivres en abondance, distribués avec un ordre intelligent aux divers quartiers de cavalerie et d'infanterie : il reprit bientôt toute sa force et toute son audace. Dans ces soins prévoyants et liabiles, que nous verrons se renouveler en toute occasion, le roi est de
' Pour les faite qui précèdent immédialement U bataille û'iyrj, pour
les détails de celle balaillr, pour ses suites, dous subordonnons le témoignage des autres bistoriens coDtemporains à celui de sept hommes qui ont été témoins et acteurs dans ces évéDements. Le premier est Henri IV. Il a retracé à grands traits ces événements dans deux lettres en date des 14 et SS mars 159a ; ces lettres ont étS imprimées une première [ois dans la Vie mflilaire el privée de Henri IV, par- M. Musset-Pathay, Paris, F. .Louis, an m {180Î), in-8*, p. 163H74; une seconde (ois dans le Recueil des lettres missives par M. Berger de Xivrey, lome m, pages 16Î-J69, 183. — Le second témoin est Forget, sieur de Fresnes, secrétaire d'Etat, qui a rédigé dnna le camp l'écrit intitulé : Diicoura oérilable sur ia victoire obtenue par U roy, tit la bataille donnée prés le village d'Yvry, le quatorzième jour de mars IliaO. Uattbieu, Hist. de Henri IV, p. 28 {et non ii), nous I4>prend que Forgel est auteur de cette pièce. De Thou, 1. xcvill, § 10, l. iv, p. 8(6, ajoute que Forget l'écrivit sous la dictée du roi et de ses officielsgénéraux, puisqu'il dit en pailout de cet écrit : s Le roi déclara dea puis dans un écrit qu'il publia, a L'exactitude et la véracité de cette relation officielle ne turent coulesté es par personne, ni au moment de son apparition, iii dans les temps qui suivirent. Le troisième lémoin est Longueville, comte de Saint-Paul, qui combattit près du roi, à Ivr;, et qui, à tous égards, était parTaitemeut placé pour bien voir les principaux incideuls de ta bataille et démêler les causes de la victoire. O a écrit sur cette journée, uiie Lettre au duc de Nevers, à la date du 17 mars, imprimée dans la préface du t. il des Uémoires de H. te duc
^olizccbvGoOglf
DISCUSSION DANS LE CONSGll. DU ROI, 181
moitié avec le vieux maréchal àe Biron '. Henri, malgré son penchant pour les coups d'éclat et de vigueur, agita à Nonancourt, avec les chefs de l'année, s'il était opportun de hasarder une bataille. Plusieurs ouvrirent l'avis de l'éviter, en se fondant sur la considération que tout était perdu, si on la perdait : ils demandaient qu'on s'appliquât à détruire l'armée de la Ligue, comme on avait détruit celle des Reîtres, l'an 1587, en lui coupant les vivres, et en la harcelant sans relâche. Le» plus résolus représentèrent que la retraite du roi serait prise pour une .fuite ; que l'atteinte portée à sa réputation préjudicierait autant à ses affaires qu'à son honneur, puisque l'opinion était l'une des grandes forces, et que ses partisans frappés d'abord de consternation, seraient bientôt après tentés de l'ahandonner. Us ajoutèrent, que manquant d'argent, il ne pourrait ni faire subsister, ni retenir au-delà de quelques jours les mercenaires allemands et suisses ; qu'il de-
de Kevers, p. 7, 8 : cette lettre nous semble avait étt peu connue et |>i>u consultée jusqu'à présent. U y a à cette époque deux princes du nom de Loog^ueville, qu'il faut prendre garde de confondre : H^nri d'Orléans, duc de l.ongueville, et François d'Orléans, comte de Saiol- Paul : la lettre est de François. Le quatrième, est Duplessi^Mornay, qui a composé un Mémoire sur la bataille d'Ivry. Le cinquième, est La Curée, dont le Journal, mal à propos attribué au roi, aÏDÙ qu'on peut rétatiliTmalériellementiEe trouve dans le Recueilintilulé : Journal militaire de Henri IV, publié par M. le comte de Valori, p. lOS-llU. Le sixième, est le vieux marécbal de Biron, lequel a écrit à du RiùUan, une Letire sur la bataille d'Ivry, insérée textuellement dans l'MistAire de France du P. Daniel, t. il, p. 587-591, édiaon de 1TS6; dans la Vie militaire et pHvée de Heuri IV, p. 17&-180 ; dans les Archives curieuses, t. xui, p. 18S-1S1. Le septième est Sully, qui dans les .économies royales, c. 29, SO, 1. 1, p. 7S, 76, édition Mithaud, Toumit quelques indications sur deux faits qui précédent l'action et sur la première partie de l'action elle-même. Nous pensons que le lecteur trouvera dans ces divers documente beaucoup de détails nouveaux sur Ip plan et sur les principaux incidents de la bataille d'Ivry.
< Discours véritable, p. i37. — P. Cayet, chron. noT., 1. ti, p. il3 B. — Davila, Hist. des guerres civiles de France, Amsterdam, 1TS7, in-**. L, II, ï, m, p. 47,
^oiizccbvGoogle
182 LIV. 11. CH. I. LA BATAILLE RËSOLtIB DANS LE CONSEIL DU BOI.
vait se hâter de profiter de la présence et de l'ardeur de la noblesse, qui était accourue sous ses drapeaux poui* satisfaire au devoir de l'arrière-ban, soutenir l'honneur de sa race, payer sa dette à l'amitié et à l'admiration personnelles, mais qui servant à ses frais, sans recevoir aucune solde, ne supporterait que pendant un bien court espace de temps, les fatigues et surtout les dépenses de la guerre; que s'il conduisait son armée en Normandie, il dévorerait les ressources de cette province, dont il tirait presqu'autant de revenu que de toutes les autres provinces réunies ; que si par le hasard et la prolongation des opérations militaires, il était forcé de se retirer au-nJelà de la Loire, il abandonnerait dès lors à l'ennemi toute la France du Nord. Cet avis embrassé par le maréchal de Biron, chaleureusement soutenu par le roi, fut adopté par la majorité, et il fut résolu qu'on en viendrait aux mains avec l'ennemi. Mais dans un événement où il y allait de sa fortune et de celle de la France, Henri n'était pas homme à rien donner à l'imprudence et i\ la temérité. Bien que ce jour là même, le duc de Montpeusier lui eût amené un corps nouveau et tout entier de cavalerie, montant à cinq cents hommes, il jugeait son armée trop inférieure encore, sous le rapport du nombre, à celle de la Ligue. La bataille étant décidée en principe, il arrêta avec lui-même de ne la livrer qu'à son jour et à son heure ; d'attendre jusqu'au moment où il aurait reçu les renforts considérables qui lui étaient promis '.
1 liUcours véritable, p. SST. — P. MalthJeu, Hiat. de Henri IV, 1. i, p. S». — Méieray, Hiat. de France, 1. ni, l. m, p. 759, 760. Hëzeray, dont noue avons relevé précËdemment une grave erreur dans lea faite qui précèdent lea combat» d'Arquea, s'est informé avec plus de aoin des dètaiU relatifs à ta bataille d'ivry, cl a contrôlé le témoigoage de 3ea prédécesseurs eoniine le prouve son texte même. Nous userons, mais av"c précaution, des renseignements qu'il fournit, et nous ne lea admeltrona que iju&nd iU seront justiSés par les asserliona ou les indications d'un contemporain. — Davila, 1. il, p. S6-S8. — Pasqnier,
^lailizccbvGoOgle
Le nOI DRESSE LE PLAN ET L'ORDRE DE LA BATAILLE. 183
n employa le reste de la soirée et la nuit du 12 au 13 mars à dresser lui -même, à tracer de sa main, le plan et l'ordre de la hatdlle. Dans cette œuvre de chef d'armée, il se guida, pour la défense, par les observations d'une remarquable sagacité qu'il Avait faites sur ses troupeset sur celles de »oa adversaire : pour l'attaque, il trouva des combinaisons pleines de nouveauté et de génie. Il savait que l'armée ennemie était très forte en lanciers. Le cboc de ces cavaliers, quand ils pouvaient faire un libre usage de leur principale arme, que leb contemporains appellent une épouvantable forêt de lances, était terrible en soi, et semblait devoir devenir irrésistible à la cavalerie royale, par suite des habitudes qu'elle avait prises. Presque l^ute cette cavalerie se composait de noblesse volontairej qui, durant lesguerresciviles, avait préféré à l'usage des lances, qu'elle trouvait embarrassantes, celui des pistolets plus aisés à tuanier, suivant en cela l'exemple des Réltres, et résistant à toutes les remontrances que le roi et les capitaines les plus expérimentés n'avaient cessé de lui faire sur l'imprudence de ce changement. Il était à peu près inévitable que la cavalerie noble fût enfoncée, si elle essuyait sur un front lai^e, sur une ligne étendue et mince, l'impétuosité meurtrière de la première charge des lanciers. Henri remédia, par l'adresse des dispositions, à cette infériorité des armes. D'abord, au Jieu de laisser sa cavalerie en grandes masses, et de la ranger en haie, il la divisa en sept corps, dont le plus nombreux, celui qu'il commandait, ne comptait pas plus de six cents hommes, et il la forma en escadrons ayant cinq rangs de profondeur. De la sorte, toute sa cavalerie n'essuyait plus de front la violeuce de la première charge des ennemis; dans chaque escadron, les deux premiers rangs seulement
^oiizccbvGoogle
I8i MV, II. CH. 1. REMARQUABLES COMBINAISONS DANS LK PLAN DE
restaient exposés aux blessures et à la mort ; l'effet des lances était amoindri, leur choc affaibli. La disposition des cavaliers sur cinq rangs de profondeur donnait aux escadrons une solidité et une force de résistance que la cavalerie n'avait point eues jusqu'alors. Enfin deux ou trois de ses escadrons, moins gros et plus agiles que les corps des ennemis, pouvaient, après les premières charges, les attaquer de toutes parts, les assaillir en tète et sur les flancs, ce qui était un immense avantage. En second lieu, le roi distribua son infanterie aux flancs de ces escadrons, entremêlant partout l'infanterie à la cavalerie. Il résultait de là que les bataillons de l'infanterie soutenaient partout, à droite et à gauche, les corps de cavalerie ; qu'en outre les fantassins, par une grêle d'an[uebusades , éclaircîssaieot les rangs des ennemis, et rendaient par conséquent leur choc moins vif et moins redoutable. Le roi avait dès longtemps et profondément médité cette manœuvre qui consistait à entremêler les armes dans l'occasion : son excellence, reconnue auparavant en théorie, se trouva justifiée par l'expérience de cette journée '. Dans le plan de Henri, à côté de ces précautions prises pour la défense, on U^uve les combinaisons pour l'attaque, et ces dernières semblent appartenir à un ordre supérieur encore. U s'assura l'avantage de l'artillerie. Il donna à son armée un front peu étendu, relativement à sa profondeur. Cette disposition, et
' Les coinbinaiaons de Henri pour la défense, btcc la circonstance
qu'elles étaient le résultat de ionguea observations et réOezioDs, se trouvent clairement énoncées dans la relation offidelle du temps, la Discours véritable. Ou y lit, p. Ï39 : ic Sa M^esté, qui a expérimenté H en d'autres batailles et combats qu'il est plus sdvantageux tle faire n combattre la cavalerie en escadron qu'en baie, mesme la sienne » qui ne porte point de lances, desparlit toute sa cavalerie en sept réi> Rimeiils rangés en autant d'eitcadrous, et toute son inranterie aux D tlaiics desiliU escadrons. » Uavila, 1. ii, t. ni, p. S8, SB, n'a fait que commeater ce passage dans ses excellentes observations sur le plan et l'ordre de bataille du roi.
^oiizccbvGoogle
BATAILLE DU ROI POUR LA DEFENSE ET POUR l'ATTAQUE. 185
les événements de la bataille, montrent que son but fut de percer la ligne ennemie avec son centre renforcé. Dans les deux siècles qui ont suivi , et notamment au commencement du nâtre, une semblable disposition a décidé plusieurs fois la victoire. En outre, pour vaincre l'armée de la Ligue, il s'attacha, comme le prouve le dernier ordre qu'il donna avant l'action, à rompre toute union entre l'infanterie et la cavalerie de l'ennemi, à isoler son infanterie, à la livrer, privée d'aide et de support, aux attaques combinées des cavaliers et des gens de pied de sa propre armée. Telles sont les hautes qualités que les hommes du métier, les écrivains militaires, depuis te temps d'Ivry jusqu'ji nos jours, ont relevées dans son ordre et son plan de bataille '. Le lendemain matin, 13 mars, il le soumit aux maréchaux de Bîron et d' Aumont, et aux autres chefs de l'armée, qui l'approuvèrent unanimement. D le remit écrit entre les mains du baron de Biron, maréchal-de-camp général , et il choisit en même temps Dominique de Vie , officier d'une expérience consommée pour sergent-général de bataille. Le sergent de bataille, subordonné au maréchal-général de camp, était chargé de la tâche délicate et difficile de ranger les divers corps de l'armée dans la place qu'ils devaient occuper sur le champ du combat, de telle sorte qu'ils secondassent docilement les combinaisons du général, et conservassent en même temps la liberté de leurs évolutions *.
Cela fait, le roi donna cours aux sentiments religieux
< La première combinaison de Henri pour l'attaque est démoatrée par ma ordre de bataille, que l'on trouvera exposé plus loin. Le Spectateur militaire, annûe lB3i, t. ivii, p. 311, u fait »ur ce point de judicieuses observations. La secoode combinaison du roi pour l'atlaque, au moius aussi importante et aussi décbive que la première, est établie par les derniers ordres qu'il donna à s«s lieutenants avant l'attaque : Matthieu les rapporte I. [, p. 32: nous les reproduirons en
< Discoure vèrit., p. 138. — Matthieu, I. i, p. tT,
tvCooyIe
186 LIV. II. CR. I, ËLAN nELIGIBUX. RENFORTS ANNONCÉS. l'aRMÉE
qu'il avait conservés toujours sincères et vifs, même au milieu des écarts où les passions l'avaient entraîné. Il adressa en présence de toute l'armée, une prière à Dieu, dans laquelle il le prenait à témoin que s'il marchait au combat, ce n'était poussé d'aucune autre passion que de l'amour de son peuple, dont il préférait la délivrance et le repos à la sûreté de sa vie : il suppliait ensuite sa providence de ne le conserver que si elle jugeait ses jours utiles au bien de la chrétienté et au salut de la France. Celle prière réveilla et excita la piété dans l'âme de tous ■ l'on vit aussitôt les églises de Nonancourt pleines de princes, seigneurs, gentilshommes, soldats, assistant à la messe, se confessant et communiant ; et les huguenots accomplissant de leur cdté avec ferveur les pratiques de leur culle. Au courage de ces guerriers, la religion joignait deux mobiles tout puissants, l'espoir qu'ils s'étaient rendu Dieufavorable ; l'assurance que, s'ils succombeiieut, ils paraîtraient à son tribunal, réconciliés. Tandis que les troupes du roi se remplissaient ainsi d'une aouveUe ardeur, lui-même recevait de tous cAtés les assurances que plusieurs seigneurs, rt un nombre considérable de gentilshommes seraient rendus sous son drapeau avant qu'il se mesurât contre les Ligueurs. La bataille avait cessé d'être une imprudence. Aussi Henri ordonna-t-il à tous les corps de lever le camp, et de se diriger vers le village de Saint-André, distant de quatre lieues de Nonancourt, et tirant vers Ivry, où l'on estimait devoir rencontrer l'armée ennemie. Les mêmes soins pris précédemment pour sauver aux soldats l'excès de la fatigue et l'épuisement, furent continués : des caissons passèrent dans les rangs sans désordre et sans confusion, et distribuèrent des vivres à tons, avant de se mettre en marche. Dans le trajet de Nonancourt à Saint-André, Henri prescrivit de faire marcher l'armée dans l'ordre suivant lequel elle devait
CONDtJITB DB NONUtCOURT A SAINT-ANDRÉ. LA PLAINE D'IVRY. 187
combattre. On a remarqué avant dous que le principe qui dicta cette disposition, devait, plus t^, servir de base à la théorie des manoeuvres '.
La plaine d'Ivry s'étend en forme de cercle l'espace de deux lieues. A gauche, par oti veaait l'armée royale, elle est bordée par les villages de Saint-André et de Foucrunville ; à droite, par où débouchait l'armée de la Ligue, elle est bordée à vue par d'autres villages, dont les principaux sont Epieds et Boussey, et par un petit bois que les relations contemporaines nomment la Haiedes-Prés. Ou conjecture qu'une faute s'est glissée dans les relations, et qu'il faut lire la Hnie-d'Epieds, laquelle forme la lisière de la forêt de Mérey. Près d'Epieds, du petit bois et de Boussey, le terrain se relève et présente des câteaux qui limitant la plaine, et qui la séparent d'une vallée profonde. Au fond de la vallée coule l'Eure, sur les rives opposées de laquelle sont assb les bourgs d'Ivry et d'Anet *.
Le roi arriva dans cette plaine le 1 3 mars, à dis heures du matin, et commença à ranger ses troupes en bataille, d'après le plan arrêté la veille, prenant sa première position entre Saint-André et Foucrainville ^.
1 DbcouTS vérit., p. 33B. — Thnanus, HUt , t. icvin, g 9, t. iv, p. 8*î, B(*. — Davila, "I. ii, p. S9. — Spectatenr militaire, t. lïii, p. Ï03, 504. — Outre le corps nouveau de cavalerie, récemment amené an roi par le duc de Montpensier, divers renforts vont lai arriver et lui sont annoncés par divers seigneurt. Discours véril., p. KO. ■ Monaeignenr le prince de CoDii, les seigneurs de la Guïche , grandn mailre de l'artillerie, et Du Plessis-Mornay, auxquels sur l'avù de H leur arrivée avoit esté donné place dans l'eacadrou de Sa Majesté. »
< Discoure vérit., p. 339. — Davîla, 1. xi, p. S9, SO. — La carte de Cassini, n° i6. — Carte de France par le dépAt dn la ^eire, n" *7 : Evreux, Ivry, Anet, — Le Spectateur militaire, t. xvîi, p. 51)5, 50Ê.
* Les poâiÛoDS successives de l'armée du roi le 13 mars doivent être bien distinguées de celles du li, que l'on trouvera indiquées ci-aprés. U IS, l'année roirale se déploya d'abord entre Saint-André et PoacninviUe, de manière i, ce que les derniers rangs de sa droite lou-
^oiizccbvGoogle
188 LIV. n. CH. I. REPARATION FAITE A SCHOMBERG.
[1 reconnut son armée d'escadron en escadron , et changea trois (ois de chevaux, pour se porter partout et tout voir. -Arrivé à celui des Reitres, il aperçut Schomberg. Au partir de Dreux, cet officier lui ayant demandé la solde duc à ses troupes, et ayant ajouté qu'elles refusaient de combattre si elles n'étaient satisfaites, il lui avait répondu : « Que jamais homme de cœur n'avait B demandé d'argent la veille d'une bataille, n II respectait trop la dignité humaine, et il était trop soigneux de conserver l'affection de ses serviteurs pour en rester avec lui sur cette parole. 11 s'approcha de lui et. lui dit : « Monsieur de Scbomberg , je vous ai offensé. (Jette Il journée peut être la dernière de ma vie, je ne veux » point emporter l'honneur d'un gentilhomme : je sçais » votre valeur et votre mérite ; je vous prie de me par- » donner, et embrassez moi. c Schomberg lui répondit ; « 11 est vrai, sire, Votre Majesté me blessa l'autre jour, » mais aiijourd'hui elle me tue, car l'honneur qu'elle' me » fait m'oblige de mourir pour elle en cette occasion. » Va, en effet, le lendeniain il quitta le commandement des Reîtres pour combattre dans lu cornette du roi, et se fit tuer à ses côtés '■ Mais tous les Reitres n'étaienLpas des Schombei^, et le gros des soldats se conduisait plas par l'intérêt que par l'honneur. Henri pourvut à ce que rien
chassent aux maiaonsde Saint-André. C'est te que témoigne Davila, 1. ii, t. 111, p. SI, lequel ne laisse ancim doute sur la date. Plus tard, sur la nouvelle de l'arriyée des Ligueurs, les royaux s'avancèrent jusqu'à Neuville pour reconnaître l'enncai. C'est ce qu'alteete le Journal de La Curée Où l'on trouve page 110 : « Cependaut toute l'amee du roi H a'avnoçoit. « Le soir du 18, l'armée royale se replia vera Saint-André et vers Foucrainville dont elle s'assura, et elle y passa la nuit, comme le disent formel Icment le Discours Téntable, p. 341, et Davila, p. 31. ' P. Mattliieu, 1. i, p. î7, Î8 (et uon S*). PéréBie a meolionné ce trait dans son histoire du roi Henri le Grand, p. 130, in B*, IBÏS. Usù il a ^téré les paroles du roi et de Schomberg : de plus il a déplacé le tait qni eut lieu, non le joor, maie la veille de la braille d'Ivrj.
^oiizccbvGoogle
L'ARMËB LHjUEUSE DèSOUCHE DANS LA PLAINE D'IVHY. i89
dans leurs dispositions ne nuisit au succès de la bataille. Sa prévoyance avait dès longtemps ordonné des levées de deniers dans les provinces pour acquitter une partie de leur paye : ce jour-là même deux de ses serviteurs, en arrivant à son camp, lui apportèrent de La Rochelle une somme de quatre-vingt mille écus : il la 6t disiribuer sur-le-champ aus divers corps, pour les tenir en haleine, sans rien réserver pour lui, quoiqu'il manquât de tout'.
Quand il eut achevé de ranger ses troupes eu bataille, il était environ deux heures après midi. Dans l'intervalle écoulé entre le moment où il était parti de ?Jonancourt et celui où il terminait ces dispositions, il avait été joint, sur ses pressantes sollicitations, par divers seigneurs des deux religions hii amenant leurs forces. C'étaient le prince de Conti, La Gniche, Parabère, Duplessis-Mor^ oay, La Trémoille enfin, celui-là même qui avait déserté le camp de Saint-Cloud, mais que les patriotiques avis de Duplessis avaient ramené, dès la fin de l'année précédente, à des sentiments moins ambitieux, ou moins huguenots, et qui se décidait à remplir ses devoirs de sujet, de gentilhomme et de Français ^.
Peu après que le roi eut achevé de ranger et de disposer ses troupes, il fut averti par ses coureurs que celles de Mayenne paraissaient, après avoir traversé l'Eure sur le pont d'Iviy. Les deux armées se trouvèrent en présence, et elles y demeurèrent tout le reste de la journée
> Ptuqnier, Letixe», 1. iiv, lett. 10, col. 4U.
■ Mémoire de M. duPlessU, de ce qui se passa lautpoui le général que pour le particulier, àla bataille d'irry, dana les Uénioireti et Correâp., t. IV, p. 47(. a Le meânie soir (du 11 mari) uous teut doDDè readéa- » vous eo la plaine de Saincl-Andrieu (.Saiut-AndrëJ pour le lendentain D dix kearei,... où noua Irouvasmea le roy dispottaut aee forces pour V la bataille. » — Tbuauus, Hiat., I. xcviu, § 10, t. iv, p. Stt, B4ï. — Joumat de La Curée, p. 108, 109 de l'iuiprimë.
^oiizccbvGoogle
190 UV. II. CH. I. LES DBUX iBHteS RESTENT EN PRËSEKCE LE 13.
du 1 3 mars sans en venir à une action générale : elles se bornèrent à des escarmouches, légères quant à la lulle, très importantes quant aux résultais, selon la judicieuse remarque des historiens du temps versés dans fart de la guerre. Les royaux contndgnireat reonemi à quitter un village dont il s'était d'abord saisi, et le joignirent à c«ux qu'ils occupaient déjà. Les deux Biron s'assurèrent d'ua autre, r Le maréchal de Itiron, dit d'Aubigné, ayant jeté l'œil sur les deux armées, jugea qu'il n'y auroit point de bataille pour ce jour, et s'en alla aider à son fils pour le logis important qui fut à Foucarville [Foucrainville], où l'armée royale pritsoD assiette'.» On verra tout à l'heure quelle était l'importance de l'occupation de ces postes. Avant la fiu du jour, Henri vit grossir encore ses rangs de plus 'de deux cents chevaux, que conduisaient les seigneurs et gentilshommes de Normandie, et des troupes que de Larchant, Durolet, de Chastes amenaient d'Evreux, du Pout-de-l'Arehe, de Dieppe. Les gardes bourgeoises avaient fourni leur contingent aussi bîeo que les garnisons dans ces détachements. Tous ces citoyens continuaient avec un plus noble dévouement ce qu'ils avaient commencé h la guerre d'Aïques : ils ne défendaient {dus leurs foyers, leur province : ib ne combattaient plus pour le clocher, mais pour une cause. La totalité des renforts qui avaient été amenés au roi depuis deux jours , montait à six ou huit cents hommes de cheval, le tiers de sa cavalerie, outre un nombre considérable de fantassins. La dispro-
* DiscoutB vérilable, p. na, iU. LeUre du roi, dn It m&ra, t. iir,p. les. u Le mardy, je veins prendre les logia qu'ils TOiiloicnt pour eiili. » et où eBloîent desjft airlTez leurs uiarescjiaux des logiï— . ie m* » conteLlHi de leur faire quicter un village proche de moy, duquel ils H s'estoieat saisis. » — On croit que le village dont les royaux chstsèrenl les Ligueurs, est le viUafçe de Neuville. Pour l'occupatioD de ce TilUge et de* Foucrainville, voir d'Aubigoé, t. iii, I. m, c. 5, p. W-
^oiizccbvGoogle