‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 5 sur 158 · X AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

X AVERTISSEMENT

l'Angleterre. Quelques incidents, quelques points parlicutiers ont été étudiés avec soin el avec un véritable succès par l'érudition et la critique de nos jours; mais l'ensemble des rapports internationaux n'en élail pas moins à refaire. Nous ne donnerons pas ici l'énoncé des nombreux documents auxquels nous avons recouru pour ce travail. Cela augmenterait la confiance dans noire exposé , mais causerait sans doute de la fatigue et de l'ennui au lecteur : nous ne pousserons pas l'égolsme d'auteur jusque-là.

Venons-en à ce qui louche à- l'homme proprement dit dans Henri IV. En donnant des extraits fréquents el étendus de ses conférences avec ses amis, de ses harangues, de ses lettres, nous avons essayé de faire pleinement connaître ses senlimonts intimes et son caractère; d'exposer les motifs déterminants de ses résolutionsdansles principales circonstances de sa vie, et notamment dans son abjuration; de retracer d'une manière exacte ses rapports personnels, individuels, avec les grands corps de l'Etat, avec ses ministres, avec ses principaux serviteurs et sa noblesse, avec ses soldats, avec son peuple, et notamment avec le peuple des campagnes. En ce qui concerne ce dernier point, nous appelons particulièrement l'attention sur les instructions qu'il donne lors de l'insurrection des Croquants, lors des débordements de la Loire, et sur la conduite qu'il tient dans la révolte excilée par la Pancarte. A toutes ces relations , il faut îgouter encore celles avec ses ennemis, où il fait preuve d'une inépuisable clémence.

L'un des traits de son caractère est sa passion pour les femmes. Ce trait on le trouvera accusé, mais non grossi et exagéré outre mesure dans cette histoire. On le verra successivement possédé et inspiré d'un amour où les sens n'ont rien k voir, d'un amour contenu, s'élevant jusqu'à l'héroïsme, pour la noble et pure M»' de Guercheville ; lié à Gabrielte d'Estrées d'un attachement qui demande grâce à la morale par son se-

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AyBRTISSEHBHT. XI

rieux, sa durée, son caractère exclusif; se livrant ensuite avec la marquise de Vemeuiletd'autresfemnies àd' orageuses et vulgaires faiblesses, dont la seule excuse est qu'elles ne le firent jamais manquer à ses devoirs de roi, et qu'elles n'exercèrent aucune désastreuse influence sur les destinées, ni même sur les finances de la France. Tout cela est retracé dans cette histoire, mais en termes contenus, dans une mesure restreinte. Nulle part, dans notre récit, nous n'avons sacrifié de justes susceptibilités aux exigences d'un certain public, qui demande à l'historien les détails vains, les traits au moins libres, de Brantôme el de Bussy-Rabulin. Nulle part nous n'avons laissé les commérages d'une femme du monde, racontant aux oisifs les Amours du grand Akandre, s'étendre sur ta vie politique du prince pour la cacher et l'éteindre; dénaturer l'histoire el la physionomie de Henri IV; rapetisser le règne et l'homme; donner de tous deux la plus fausse idée. Nous avons eu sans cesse présentes à l'esprit ces grandes règles que Sully trace en t€te de ses Œconomies royales pour la composition d'une histoire : t Ceux 1 qui voudront méritoirement être dits historiens ne té-

* moigneront point de vouloir faire des recherches trop exactes

> des défauts el des erreurs d'autnii, tellement secrets et » cachés, qu'ils ne sont connus d'aucune personne qui en » ait reçu dommage ou offense, et desquelles nulles voix

> publiques ne se sont jamais plaintes, ni que l'on ait sfu 1 que les peuples en général ni en particulier en ayent

> non plus refu dommage visible et notoire. Si quelques » grands rois, capitaines, magistrats ou chefs d'armées, de

> républiques, de peuples, qui ont acquis une générale répu- » tation d'avoir été excellents es faits d'armes, de justice et de

* police, ont eu quelques vices el passions particulières, se- 1 crettes et cachées, qui n'ayent point porté préjudice au pu-

> blic, et dont la publication d'iceux ne leur peut apporter I aucun avantage, il faut qu'on en laisse la correction à eux

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XII aveutissbmeht.

» mêmes, ou à leurs ainJs, servîieurg et conridenis particuliers ; » n'étant jamais bien séant à un historien d'essayer à passer » sous silence les vertus, belles œuvres et actions manifestes, > ni de découvrir les défauts et manquements d'aulrui '. e C'est moins la morale que ta justice et la vérité qui commandent cette réseire. Au siège de Dreui, dont la prise contribua dans une forte mesure à ruiner la Ligue et à pacifier la France, Henri combat un jour et une nuit de suite dans la tranchée. Après avoir donné vingt-quatre heures à la chose publique, il donne un quart d'heure à ses alTections; il écrit à Gabrielle une lettre de dix -sept lignes *. Ce qu'il a fait en une occasion, il l'a fait dans toutes les circonstances de sa vie, pendant un règne de vingt ans. Il est temps que le préjugé populaire soit ■ détruit; que le verl galant et le diable à quatre fasse place à l'un des plus grands capitaines, des plus grands et des plus sages politiques, des plus grands administrateurs qui aient honoré ta France, et par-dessus (ou tau meilleur des hommes, au plus affectueux et au plus tendre pour son peuple. Ce n'est qu'en renversant les fausses proportions établies jusqu'ici entre l'homme privé et l'homme public que l'on aura une histoire vraie de Henri IV. Ce n'est qu'en suivant ces règles que l'histoire gardera aussi son caractère sérieux et élevé, son inspiration mâle el salutaire, et qu'elle excitera les lecteurs non aux dangereuses complaisances pour leurs passions, mais aux généreux efforts en toutes choses et à l'accomplissement rigoureux du devoir.

■ Avi» des première imprimeura, page \, B. • Voir la lettre du26juto ISflS, l. III, p. 811.

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