MAYENNE LUI OPPOSE D'ABORD LES REITREE : FUITE DES REITRGS
gnons d'armes de Heari, quelques-uns faiblirent, assez d'autres s'inspirèrent de ce langage pour servir héroïque* ment ses desseins, et pour leur donner gain de cause. L^ corps du roi ne comptait que six cents cavaliers. Mayenne leur en opposa deux mille sept cents : mille reitres, et les dix-sept cents hommes de son escadron. Il espérait que les reitres porteraient le désordre dans les troups du roi, comme ils l'avaient mis parmi les chevau-légers, et que lui-même, survenant avec ses soldats d'élite, déciderait la victoire. II lança d'abord les reitres contre les royaux. Les reitres firent une charge, puis tournèrent bride, suivant leur manière de combattre, ponr aller se rallier derrière leur armée, et recommencer ensuite l'attaque. Mais n'ayant pas trouvé le passage libre et ouvert, par la faute de Tavannes, ils se détournèrent d'abord vers l'infanterie ligueuse, qui baissa ses piques contre eux et les repoussa. Ils se renversèrent alors sivr le grand escadron de Mayenne, en entraînèrent le tiers avec eux, et coururent se réfugier à l'entrée du petit bois. Le comte de Brunswick, l'un de leurs chefs, avait été tué dans la mêlée; l'autre tenta, mais en vain, de les ramener au combat : ils restèrent dans le lieu de leur refuge pendant toute l'action, à leur propre honte et au préjudice de leur armée. Ils laissaient Mayenne, privé d'une partie de ses forces, occupé et embarrassé à réparer le désordre qu'ils avaient jeté dans ses rangs '.
Le moment de fondre sur le centre des Ligueurs était indiqué, et le roi le saisit avec empressement. Suivi de
' Sully, Œcon. roy., ch. BO, p. 75, 78. • Deux escadrona de l'ennei my, & sçavoir : un de mil oo douze cens reistrea, el celui du cornte n d'Ëinnont, estoienl desliuez pour charger celui du Roy... Lea reistred 0 TÎndrPDt aeseï furieusement, n Nous reUverona plus loin ce qui coQcerne le comte d'Egmont '. et sa troupe : ici nous n'aTOos à nous occuper que des retires. Les autres dëtoïla sout dumiéa par Ualthieu, p- », et par Davila, p. 37, S9.
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su LIV. II. CH. I. LE ROI PENETRE DANS L'ESCADRON DB HATEKHC.
sa noblesse , il s'élança contre les wallons et les flamands du comte d'Egmont, et pénétra dans le gros corps commandé par Mayenne, avant que le duc put remédier au désordre qu'avaient causé les reitres, et faire prendre le galop à ses lances. Ces armes, qui tirent toute leur force et leur avantage de la rapidité de leur course, devinrent inutiles : les cavaliers furent obligés de les jeter à terre, et de combattre, avec le sabre seul, contre les seigneurs et les gentilshommes français qui, défendus par leur armure d'une trempe excellente, portaient chacun un fort espadon et deux pistolets à l'arçon de la selle. La r^idité de.rattaque avait été une grande adresse : elle avait Aie à l'ennemi , donné aux royaux la supériorité des armes '.
Mais les soldats de Henri perdirent bientôt l'avantage qu'il leur avait assuré, par l'eS^et d'une manœuvre bien combinée de Mayenne, et par suite de quelques circonstances qui déconcertent tous les calculs, et qui se produisent si souvent dans le cours d'une bataille avant qu'elle se décide, imprévu continuel auquel l'art suprême du général est de parer. Mayenne tira en toute hâte de la division postée à gauche de la sienne le corps des carabins ou arquebusiers à cheval, et le donna pour auxiliaire aux wallons du romte d'Egmont en péril. Les arquebusiers firent à vingt-cinq pas une décharge œenrtrière, puis arquebusiers et wallons chargèrent en masse, et fondirent si impétueusement avec leurs chevaux vigoureux sur la troupe de Henri, que la pointe gauche ploya. Deux accidents non moins défavorables aux royaux s'ajoutèrent coup .sur coup à ce revers partiel. Pot de Rhodes, qui portait la cornette blanche du toi, fut atteint d'un coup de pistolet dans les yeux. La vue obscurcie par les flots de sang qui s'échappaient de sa > DavilA, 1. XI, i. m, p. 88.
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UN TIERS DE I.'ESCADHON DU ROI PREND LA FUITE. 3t5
blessure, hors d'état de se conduire, emporté par un cheval fougueux dont les rèaes avaient été brisées, il fut bientôt entraîné à travers champs, loin du front et des premiers rangs de l'escadron royal. Un jeune seigneur, qui pour se rendre plus remarquable, avait eu la vanité de placer ce joui^là à son casque une aigrette blanche pareiUe à celle de Henri, suivit l'étendard royal dans sa course désordonnée. Plusieurs imaginèrent alors que la cornette blanche reculait, que le roi se retirait de la mêlée, el prirent de là occasion ou prétexte d'en sortir euxmêmes. D'autres qui assistaient pour la première fois à une bataille, et qui selon l'expre&sion du vieux Biron « n'avoient accoutumé de se reptdtre de tels morceaux, » se laissèrent gagner à l'épouvante et se sauvèrent. Vainement le roi leur cria : « Tourne; visage, afin que si » Vous ne voulez combattre, pour le moins vous me voyiez » mourir b : il ne put les retenir. Ils se ravisèrent ensuite, et vinrent se joindre au corps de réserve que commandait le maréchal Biron ; mais ils n'eu avaient pas moins abandonné Henri au moment décisif, et quand ce prince eut à aborder les wallons de d'Egmont, et les arquebusiers à cht!val réunis, presque toute la gauche de son escadron avait fui. Heureusement les deux tiers de ses cavaliers n'avaient partagé ni l'erreur des uns, ni la panitpie des autres. Ils avaient tenu les yeux attachés sur son panache blanc, et étaient demeurés fermes à leur poste, prêts à le suivre partout où il voudrait les conduire '.
' Le Discoars véritable, p. ïts, dit : « Ce gros escadron du duo de D Mayenne s'avança pour venir i la charge, faisant marcher àson alll H gauche quatre cent arquebusieurt à cheval qu'ils appellent carabins, B lesquels firent une salve de vingt-cinq pas, près de celui de S. H. » — Lettre de Biron ft du Haillon : h Ancuns des nostres qui n'avoient » accoustumé de se repaislre de tels morceaux priadieat un peu le H large. Mais ils «e raviairent et vindrent se joindre & la troupe que a Je menois. d — Pasquier, Lettres, 1. xiv, lett. 10, coL ilS, pour les mots de Henri IV aux luyards. — Sully, (Eeon. ro;.. c. 30, p. 76 A.
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216 L)V. II. CB. I. HBNRI BRUSQLB L'ATTAQUB ET TAILLB EN PIECES
Henri, avec un coup d'ceti admirable, vit que sa seule chance de vaincre était de brusquer l'attaque, de se précipiter avec ce qui lui restfùt de monde sur les Ligueurs, ■ en profitant de l'avantage que l'ennemi lut ofirait de le prendre en flanc, et surtout en donnant à ses compagnons d'armes l'exemple de tout braver et de tout oser. Alors, mais seulement alors, il quitta un moment le r61e de général, qu'il avait rempli jusque là avec une diligence et un talent infinis, pour prendre celui de capitmne et de gendarme, comme on disait en ce temps-là. S'il affronta dis. Fois la mort, c'est quand il s'agissait de tout décider en payant de sa personne. Il partit donc, et devançant tous les siens de la longueur de deux fois son cheval, il les entrains au milieu des épùs escadrons qu'ils avaient devant eus. Une mêlée courte, une mêlée d'un quart d'heure .seule-' ment, mais terrible, eut lieu entre les royaux et les Ligueurs. Les wallons résistèrent d'abord énergiqu'-ment ; mais combattant déjà contre les gentilshommes avec l'infériorité des armes, depuis que leurs lances étaient devenues inutiles ; découragés par la mort du comte d'Egmont, auquel Fonslebons cassa la tète d'un coup de pistolet, ils tournèrent enfin le dos. Après eux, tout céda dans le gros escadron de Mayenne, et ses cavaliers prirent la fuite en désordre. Les royaux les poursuivirent avec un grand carnage, jusqu'à la lisière du petit bois, oîi les reitres, avant eux, avaient cherché un refuge. Henri avait obtenu cet important résultat, non pas seulement par l'heureux chois du moment, la décision et la rapidité de l'attaque, mais aussi par ses exploits personnels dans l'action. Il abattit tout ce qu'il trouva devant lui, et ne sortit de la mêlée que couvert du sang des ennemis, le bras gonflé,
a Plusieurs de l'escadroD du roj g'enfuirRnt, et quasi toute la gimrlt » d'icelui. a — Pour les autres dëUild, voir : TliaaDua,l. xcvni, g 10, p. SiT, B4B. — P. MaUliieu, I. i, p. 33.
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DE HAVENNB : SES BXPI^ITS PERSONNELS. 317
l'épée ébréchée des innombrables coups qu'il avait portés. Deux combattants d'Ivry parlent en ces termes de son intrépitlité et de son influence décisive sur le succès. « IjC roi, dit le comte de Saint-Paul, se résolut à préve- » nir les ennemis, et les chargea de telle furie, qu'il tes H renversa tous et leur 6t tourner tète, quelques efforts n qu'ils pussent faire. Je vous jure, Monsieur, que je D tiens cela pour uo miracle. J'tû eu cet honneur d'avoir » été cette journée-là toujours auprès de Sa Majesté, et » Dieu m'a fait la grâce de ne le perdre jamais de vue. . . » Après Dieu, il faut attribuer la victoire au bon juge- » ment et au courage du roi, lequel se lit celte journée n connoître être le plus brave et le plus vaillant prince » de la terre. » Le maréchal de Biron ajoute : « Le roi 'n fit très bravement, généreusemeut et hardiment, au- B tant qu'il se peut, et quasi trop '. »
Le mol du vieux guerrier fait allusion à un incident qui termina ce mémorable fait d'armes, i^e roi, dans la rapidité de sa course victorieuse, avait cessé d'avoir autour de lui une juste troupe pour le combat, et même pour la poursuite. Quand il s'aperçut de son isolement, il se dirigea vers les trois gros arbres qu'il avait assignés comme rendez-vous milit»re à ses hommes d'armes, avant le commencement de l'action, et il appela à lui ses serviteurs épars, en agitant son panache blanc. Il n'avait alors que douze ou treize gentilshommes près de lui, et Clermonl d'Entragues, l'un de se^ capitaine» des gardes
' Diiplessia-Mornay, Mém., p. t7S. ■ Le reste de l'escadron du Roy D ayoil moyen de charger eo Danc. n — Sully, chap. 30, p. 76, et d'Aubigné, p. 13t, moutrcol que le comte d'Egiuont prit part avec sea wallons au combat livré enlre le centre ded deux armées, et que ce tut alors qu'il périt : d'autres hiatoriena le font succomber trop tôt. — Pour les autres délaik, voir : Davils, 1. xi, t. m, p. S7, 89. — Méïeray , p. 770. — Lettre du comte do Saint-Paul au duc de Nevers, dans la pt^tac« du t. u des Mémoires de Nevers, p. 7, g. — Lettre de BiroQ à du Haillan, p. 177.
us UV. II. CB. 1. ISOLEMENT ET DAHGEB DU BOI. LA GAVALBRIB
du corps, fut tué à ses côtés. En ce moment, il aperçut un escadron composé de trois cornettes de wallons, qui, placé hors de la troupe de Mayenne et entre deux bataLUous suisses, était demeuré Intact et marchtut droit sur lui. La destinée de la bataille fut alors remise de nouveau en question avec sa vie même. L'obélisque d'Epieds, encore subsistant aujourd'hui, a consacré le souvenir de son abandon momentané, de sa halte sou.s les poiriers, du péril où son ardeur et les hasards du combat Favaient jeté '. I^ crise fut courte, et il fut tiré de la situation dangereuse où il se trouvait, non par quelque hasard heureux, mais par les deux moyens qu'il avait tant recommandés aux chefs : le ralliement, et le concert entre les divers corps pour le gain d'une bataille générale.
Tandis qu'il enfonçait personnellement la cavalerie placée au centre de l'armée ligueuse, ses lieutenants avaient obtenu la victoire sur la cavalerie distribuée aux deux ailes de cette armée. A l'aile droite des ennemis, l'escadron du duc de Nemours, qui avaij cessé d'être soutenu par celui de Mayenne, venait d'être mis en fuite par le duc de Montpensier qui l'avait attaqué en tète, tandis que le maréchal d'Aumont le prenait en flanc. A leur aile gauche, le corps du chevalier d'Aumale, où se trouvait toute la jeune noblesse de la Ligue, avait été renvei^ se par les reîtres auxiliaires de Schomberg et par la troupe du baron de Biron unis ensemble. Enfln les cavaliers espagnols et francomtois avaient été pareillement défaits par le comte d'Auvergne, conduisant nos chevau-
' Discours v^rît., p. !45. — Matthieu, 1. i, p. SS. — Wéi/etaj, p. 771. — L'obélisqae d'Epieds élevé à feodroit où Henri IV se trouva un moniput avec ses treize gentilahoDimes, exposé h l'attaque de l'eacadrOQ des cavaliers eonemis, subsiste encore aujourd'hui. Sur la face qui regarde l'occident on lit ces muta : « C'est ici le lieu de l'entâ a (poirier) où se tint Henrï IV, le jour de la bataille d'Ivry, le It man
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BNHEIIIE MISE EN FUITE PAR SES LIEUT. RENFORTS AMENÉS AU ROI. 2t9
légers ralliés. Au lien de se lancer à la poursuite de l'ennemi vaincu, plusieurs des chefs français se préoccupèrent de combattre l'ennemi qui teniiit encore, et fournirent à Henri les renforts dont il avait un si pressant besoin. Givry, le maréchal d'Aumoot, la Trémoille lui amenèrent presque en même temps, de divers côtés, leurs troupes de cavaliers. Le roi se mettant aussitôt à leur tète, chargea l'escadron ennemi qui le menaçait, le tailla en pièces, et s'empara de ses enseignes. Ce dernier exploit acheva la ruine de la cavalerie placée au centre de l'armée des Ligueurs, celle des ailes ayant déjà cédé. Toute leur cavalerie, ainsi rompue et eu déroute, abandonna le champ de bataille aux royalistes, et s'enfuit précipitamment, une partie vers Chartres, la plus grande partie vers le bourg d'Ivry, pour y passer la rivière '■
La bataille n'était pas gagnée : toute l'infanterie de la Ligue, qui ne comptait pas moins de douze mille hommes, demeurait intacte sur le champ de bataille. Mais la première partie du grand et beau plan de Henri était accomplie : cette infanterie restait destituée du secours de sa cavalerie, en butte à l'attaque de la cavalerie et de l'infanterie royale à la fois. Le roi n'avait fait le gendarme et joué sa vie, que pour assurer ce résultat : dès qu'il fut acquis, il revint aux pensées et aux soins de chef d'armée, et s'en acquitta admirablement *. Il partit précipitamment du point oii il avait taillé en pièces les trois cornettes de wallons, pour retourner à la place qu'il avait occupée dans la ligne de bataille au moment de la première charge, et se retrouver au centre de ses forces. L'armée,
1 DaTila, I. ii, t. m, p. M. — Mëzeray, p. 770, 771. — D'Aubigné, t. m. 1. III, c. 5, p. 331, S33. — MaUhien, p. 33; 3(. — Discoars vérit., p. tts.
> Discours vérit., p. 146. « Aiosi que preniiËremeDt, Sa Majesté avoit II <%aement fait l'ofBcp de caiiitamp et de gendarme, elle Tonlul taire u ciïlui de général de l'armée, qui est de poureuivre la victoire Kvec ■ «on gros. >
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220 LtV. II.CH. I. LE ROI ATTAQUB l'infanterie IIEL'aIUIÈBUGIJEDSE.
que sa disparition avait jetée dans la plus cruelle anxiété, le voyant revenir victorieux, éclata en transports d'allégresse. Presque aussitôt -il reçut les escadrons que le comte d'Auvergne et le baron de Biron lui amenaient en toute hâte après leur succès, et il les ajouta aux trois troupes qui, les premières, s'étaient jointes à lui au fort de son danger. Peu après il se porta, avec ces divers corps, vers le maréchal de Biron, autour duquel s'étaient réfugiés et réunis tous ceux qui avaient pris l'épouvante pendantraction,etdontla réserve s'était accrue jusqu'au nombre de deux mille quatre cents fantassins et de mille chevaux. Le roi avait en outre sous la main toute son infanterie de l'aile droite, qui n'avait pas combattu, et à laquelle il envoya l'ordre de se tenir prête à donner. Il disposait dès lors de forces sul&santes pour Bnir la bataille à sou avantage, et il résolut de les employer sur-le-champ contre l'infanterie de la Ligue. Cette infanterie tenait ferme partout : les bataillons suisses en particulier témoignaient fièrement par leurs discours et par leur contenance qu'ils préféraient les dangers d'un combat à la honte d'une fuite; leur mot était qu'ils seraient saisis par la mort avant de l'être par la crainte. Le roi agita avec les chefs qu'il avait autour de lui, les moyens de vaincre leur résistance. Il rejeta le projet de les attaquer avec sa cavalerie, sur l'observation judicieuse de "Vicoce, qu'à Dreux, les vainqueurs au commencement de l'action, av^eut été à la fin les vûncus. Il s'arrêta davantage à l'idée de faire charger les Suisses par le corps du maréchal de Biron, auquel se joindrùt le reste de l'infanterie française et quelque cavalerie; il donna même l'ordre au maréchal de marcher contre eux. Le vieux capitaine répondit : a Qu'il li'en feroit rieli, n et il justifia sa résistance en disant qu'il ne fallait ni risquer les troupes du roi, ni rien donner an hasard, après une si grande victoire: il proposa de ffdre avancer du canon, etde démolir
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TOUTB L'iNFANTERtE DES LIGUEURS S8 REND OU EST DÉTRUITE. 291
les bataillons des Suisses comme une citadelle. Le roi embrassa ce conseil, et commençant aussitôt l'exécution, il fit mettre quatre pièces en batterie. Mais dans l'ardeur et les pi-éocciipations du combat, il gardait l'esprit entièrement libre pour les intérêts de sa politique, et il avait à cœur de ménager la nation suisse, et de conserver son amitié en épai^ant ses soldats. Aussi tandis que son artillerie s'avançait pour les foudroyer, il les envoya sommer de se rendre. Convaincus que leur résistance n'était plus désormais qu'un désespo^ inutile, ils posèrent les armes, levèrent les mmns en signe qu'ils se rendaient, et envoyèrent leurs enseignes au roi. Il eut l'attention délicate de les leur faire rendre siir-le-champ, et il les adressa au maréchal de Biron, pour leur capitulation, dont les conditions et les termes furent également honorables. Les lansquenets de la Ligue voulaient en faire autant que les Suisses ; mais le souvenir de leur trahison au combat d'Arqués était trop vif et trop présent pour laisser place à l'indulgence : ils furent tous taillés en pièces. Dans la première chaleur de l'attaque, douze cents fantassins français furent traités de même. Plus tard, le roi parvint à arrêter l'effusion du sang, et à sauver ses sujets égarés, armés contre lui. Au milieu de la mêlée furieuse qui avait en lieu contre le centre de la cavalerie ennemie, on l'avait entendu répéter sans cesse dans les rangs : « Tue l'étranger, sauve le Français ! » Ce mot, A le répéta quand il s'agit d'attaquer l'infanterie de la Tjgue, et il eut le bonheur de le voir écouté à la fin. On accorda la vie à tous les fantassins français qui se rendirent : ou l'accorda en particulier aux vingt enseignes ou compagnies qui flanquaient les bataillons suisses '.
■ Discours véritable, p. Ui, U6. — P. Matthieu, L i, p. 33-SIS. — Davila, 1. ii, p. 39, to. — D'Aubigné, t. m, I. m, c. 3, p. S3i. — Thuanus, 1. icTiQ, § 10, p. US. — Lettre circvlure de Heuri, dans
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