‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 63 sur 158 · OPÉKATIDNS DANS CB BUT.- PROCESSION ET ACTES DB LA LIGUE · texte numérisé non relu

OPÉKATIDNS DANS CB BUT.- PROCESSION ET ACTES DB LA LIGUE

Maur; quelques jours après il contraignit Beaumont-sur- Oise à capituler, tin joignant ces villes à celles qu'il possédât déjà, il se trouva maître de tous les passades qui amenaient des vivres des provinces à Paris; du baut.et du bas de la Seine, par Melun, Corbeil, Saint-Ctuud, Poissy, Meulau, Mantes; des afQuents de la' Seine, le Loing et l'Yonne, par Moret et Montereau; de la Marne, par Charenton, Lagay, le pont de Goumay; <le l'Oise, par Compiégne, Greil et Beaumont. Paris dès lors ne reçut plus de provisions par eau, et ne tira plus qu'une petite quantité de subsistances des campagnes les j^s rapprochées, et de la seule Ile-de-France."

Dans les premiers jours de mai, pn reconnut où tendaient les opérations savantes et précises du roi, et les chefs des Parisiens cherchèrent tous les moyens d'échauffer les imaginations et d'égarer lesespiits, pourroidir les habitants contre les rudes privations et les dangers du blocus. Le 7 mai, la Sorbonne rendit un nouveau décret portant que Henri, hérétique et excommunié, était à jamais déchu de la couronne, quand bien même il viendrait à obtenir extérieurement l'absolution ; que, même dans ce cas, les Français étaient tenus de ne faire aucune paix avec lui ; que la palme du martyre et de l'étemelle félicité attendait tous ceux qui périraient en le combattant. Les prédicateurs et les curés de la Ligue, les moines des ordres étrangers, capucins, feuillants, minimes, cordeliers, jacobins, carmes, formèrent une milice de treize cents hommes. Le 14 mai, ils parurent dans une procession, tenant une épée d'une main et un crucifix de l'autre : Rose, évéque de Senlis, les conduisait; le légat les bénit et les nomma de nouveaux Macchabées : au sortir de là, ils allèrent partager avec les soldats et les bourgeois les travaux du siège, le guet et la garde. Il est très-remarquable que ni aucun des ordres français, les

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843 uv. u. CH. II. nota du vibux caadinal de boihibom.

Bénédictins, les Génovefaîns, les Célestins, lea Victorins, ni la saine partie du clergé des paroisses qui obéissait à l'évèque, M. de Gondy, ne parurent dans cette parade, où Ton abusait si indignement et si burlesquement de la religion. Peu après, le légat, d'Espinac, arcbevëque de Lyon, trois évêques français, lé duc de Nemours, le Parlement Brisson,' la municipalité de Paris, les colonels et les capitaines de la milice bourgeoise, se rendirent solennellement à Notre-Dame, et là jurèrent sur l'Evangile de ne jamais rendre obéissance à un roi hérétj(pie, et d'employer leur vie pour la défense de lareligion et de la ville de Paris **. La guerre à outrance, la résistance désespérée étdent con^mandées par tous les maîtres des consciences, du moins par tmis ceux qui parlaient, qui agissaient, qui avaient empire sur le^ masses.

Ces sentiments, épousés par la populace et par une portion des boui^eois, furent rejetés par un autre parti cdiisidérable dans la bourgeoisie, qui manifestement passait aux Politiques, aux idées de modération, d'ordre, de nationalité, et dont un événement, favorable à la cause royale, stimulait encore les dispositions conciliantes. Le 9 mai. Le vieux cardinal de Bourbon, le roi de la Ligue, était mort dans sa prison de Fontenay en Poitou. Les défectionnaires baptisèrent la procession de la Ligue du nom de Drôlerie; ils parlèrent bautement d'accord et de paix avec Henri. Les Ligueurs les comprimèrent, il est vrai, par des mesures violentes, répandant dans tous les quartiers des espions chaînés de surveiller les suspects, jetant en prison beaucoup d'entre eux, mettant

' Thuanus, 1. xctiii, §§ 19, ÎO, t iv, p. 8Sî.86t. — Mézeray, t. ni, p. T8i, TS«. — Lesloile Pt Bon suppl.. mai 1S9B, p. 16, il, 18 : i la page n HG troUTe le texte du dfcret de la Sorbonoe. P. Cayet, I. ir. p. 233, 134. — Maimboarg, Hiât. de la Ligue, t ir. — Satire liëiiippée, p. 11, édit 1746. — Un tableau du temps repréBentanl la pn>cesBioD de la Ligup, dana l'altique du nord du palais de Versailles.

' LE ROI K CRANCB DB RtDUlItB PARIS. GIVKÏ Là LUI ENLÈVE. Si8

à mort plusieurs autres, et abaDdonnaot leurs biens au pillage. Mais la ville n'en était pas moins divisée en deux camps ennemisr et le premier enthousiasme de la multitude se refroidit chaque jour, par l'effet irrésistible dea privations et de la disette.

Le roi aurait donc eu toutes chances de réduire Paris, de l'amener'à capituler en évitant de le prendre d'assaut, selon son plan si plein d'humanité et de honne politique, et cela à la fin du mois de mai ou dans les premiers jours de juin, s'il n'avait été de nouveau trahi par ses propres serviteurs. Givry, celui-là même qui avait donné le premier l'exemple de reconnaître Henri au camp de Saint- Cloud, et combattu si valeureusement à Ivry, Givry, alors chargé de la garde de Cbarenton et de Conflans, laissa entrer chaque jour des vivres et dea provisions dans Paris. Cette coupable complaisance n'avait pas pour motif unique le désir d'alléger les souffrances des amis et des amies qu'il comptait parmi les assiégés ' il reçut 45,000 écus pour prix de ce service. Plusieurs chefs de l'armée royale l'imitèrent. De Thou et Cayet s'accordent à reconnaître que « ceste seule action de Givry fut cause » de faire opiniastrer Paris contre le roi, et échouer l'en- 1 treprise formée par lui sur ceste ville <. » Ainsi le parti royal, lui-même, enleva pour la seconde f(ns à Henri cette occasion sûre de réduire ses ennemis, de mettre fin du même coup à la Ligue, à la guerre civile, aux projets de Philippe H, aux souffrances de la France, au danger qu'elle courait d'être démembrée.

Réduit à un seul genre d'attaque contre les Parisiens, au blocus, traversé par ses propres chefs dans cette entreprise, il poursuivit son projet avec une constance, une activité et une inteUigence dignes du succès. 11 travailla

< p. Cajret, I. n, p. 1S4 B. — Thuanus, 1. icviii, § 17, t. n, p. seo.

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244 LIT. 11. CH. 11. LB BTlOCUS RESSERRE. FAMINE DANS PARIS.

k resserrer chaque jour Paris davantage, et à lui enlever auctessivement les vivres qu'il tirait des villes de l'Dede-FraDce nou encore occupées, des vastes marais et des faubourgs qui environnaient la vUle. Le 9 juillet, il prit Saint-Denis, puis ensuite Dammartin. Ayant reçu des renforts des provinces du Centre et du Midi, qui portèrent son armée à vingt-cinq mille soldats, il attaqua et prit, le 27 juillet, les dix faubourgs de Paris. La population de deux cent mille âmes, resserrée dans l'étroit espace de la cité et de la ville, passa alors de la détresse à une bornble famine. La bouillie d'avoine et de scm, qui tenait lieu de pain, devint le luxe des riches. Le peuple fiit réduit à manger les chiens, les rats, les herbes crues, les débris jetés dans les' ruisseaux. Quand ces hideux aliments lui manquèrent, il s'en prit aux cadavres mêmes, puis aux os de ses pères. Une femme mangea ses enfants morts, et peu après expira elle-même de remords et d'horreur. Les gens du peuple firent du pain avec les os broyés du cimetière des Innocents (1 6 août) : c'est ce que l'on nomma le pain de M"" de Montpensier. Cette nourriture était aussi meurtrière que la faim : ils mouraient à tas dans les rues; chaque joiu* il en périssait deux cents, trois cents ; les bras ne sulfisaient pas pour les enterrer; trente mille succombèrent par le supplice de la f^m '.

Les chefe de cette multitude virent d'un œil sec ses atroces souffrances. Le duc de Nemours, gouverneur, le chevalier d'Aumale, M"' de Montpensier, tous les princes de la maison de Guise, tous ces étrangers étaient bien résolus à laisser périr Paris et la France entière, plutdt que de renoncer à leur ambition et à celle de Mayenne leur

I p. Coméio, Mém. de U Ligop, t. iv. p. S90-19S, 19e-S97. — Tbuanus, I. jax, §§ S, 4, t. [t, p. S6S-g71. — I.eatoile, Begist. jonro. de Benri IV, p. 1« B, M A, 3S A, S8 B.

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RUNANITÈ DU HOl : CRUAUTÉS DES UGUBDR8. RÉVOLTES A PARIS. 245

chef. Les Seize craignaient la corde qu'ils avaient méritée pour les meurtres et les vbls dont Ils s'étaient souillés, et iltf livraient leurs concitoyens par milliers à la mort pour échapper eux-mêmes au supplice. Henri seul eut pour le peuple des sentiments de Français et des entrailles de père. Pendant la durée du blocus, il avait souffert que les paysans amenassent des vivresauX assiégés et que ses soldats leur en présentassent au bout de leurs piques. Au deruier moment, sa pitjé s'étendit avec les souiFrances. K II ne faut pas, dit-il, que Paris soit un cimetière; je ne veux pas régner sur des morts. Aimant mieux faillir aux règles de la guerre qu'i'i celles de la nature, consultant la ùenne qui a toujours esté pleiue de clémence, rompant la barrière des lois militaires, et considérant que ce pauvre peuple estoit chrétien et que c'estoient tous ses sujets, il accorda premièrement passeport pour toutes les femmes, lilles, enfants et escolieta qui voudroient sortir. Lequel s'estendit enfin k tous les autres, jusques à ses plus cmels ennemis, desquels même il eust soin de commander qu'ils feussent humainement receus en toutes lœ villes où ils se voudroient retirer. » Ce départ de toutes les bouches inutiles eut lieu le 20 août '.

L'enthousiasme religieux qui, quatre mois durant, avait animé le peuple d'un courage sauvage, mais empreint d'une sorte de grandeur dans son égarement, avait cédé aux tortures de la faim et aux approches de la mort. Le fait seul de cette multitude demandant grâce à Henri et la recevant avec reconnaissaoce, sufËrait pour prouver qu'on a altéré et faussé l'histoire en représentant le peuple de Paris, animé comme un seul Iiomme, et jusqu'au bout, d'un sentiment d'invincible horreur pour l'hérésie et pour le prince qui la professait; mourant avec l'héroïsme du

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Si6 LIV. II. CH. 11. NËGOClAnONS PERFIDES. AnniVÉE DES ESPAGNOLE.

martyre plutôt que de traiter avec lui et de le reconuaitre. La fausseté de cette assertioa est bien mieux démontrée encore par les faits suivants. Deux conspirations, nommées Journées de la paix ou du pain, furent ourdies dans l'intérïeurde Paris, à onze jours de distance, pour livrer la ville au roi (27 juillet et 8 août). Elles échouèrent ; mais là part que presque toute la boui^eoisie et te Parlement Brissony avaient prise était si manifeste, que le gouverneur Nemours et les Seize, craignant qu'ils ne livrassent d'un moment à l'autre la ville à l'ennemi, furent contraints, pour les calmer et les endormir, d'envoyer au roi, avec l'assentiment de la Sorbonne, une dêputation chargée de traiter des conditions de la paix et de la reddition de la ville. Les Parisiens avûent donc plus envie de capituler que de mourir. L'ardeur et les égiû*ements du zèle religieux étant ainsi tombés, la voie de la réconciliation de Paris et de la France ligueuse avec son roi était ouverte.

Mais la perfidie des princes lorrains et de quelques serviteurs de Henri traversa cet heureux accommodement. L'archevêque ligueur de Lyon, chef de la députation, qui avait le secret du duc de Nemours, demanda au roi et obtint de soumetti^ les conditions du traité à Mayenne : celui-ci feignit de n'avoir rien tant à cœur <]ue la paix, et traîna les négociations en longueur. Les uns et les autres ne voulaient qii'un délai, au moment oîi un seul effort du roi devait nécessairement le rendre maître de Paris, et où quelques jours suffisaient pour conduire le duc de Parme jusque sous les murs de cette ville. Ce délai, ils parvinrent à se le ménager. D'un autre côté, plusieurs chefs de l'armée royale, qui voyaient dans la fin des troubles le terme de leur importance et de leur pouvoir, tinrent Henri inactif, en interceptant les avis et enjui cacliant l'entrée en France de l'armée espagnole,

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LE ROI, VIOLEKTÉ PàH BIRON, COHDVIT L' ARMÉE k CHELLES. 247

jusqu'à ce qu'elle fût arrivée à Meaux '. Rien cependant n'était encore perdu sans ressource, comme on va le voir; mais de nouvelles trahisons bien plutât qu'une erreur impardonnable, achevèrent de ruiner la fortune du roi.

Famèse, duc de Parme, partit des Pays-Bas, à la tête de treize mille hommbs, et joignit à Meauz le duc de Mayenne et son corps d'armée, qui s'étûent portés de Laon à Meaux. Quand le roi fut informé de ces événements, il agita avec son conseil le parti qu'il avait à prendre. D'accord avec les plus vieux chefs, il était d'avis de laisser seulement un corps de cavalerie devant Paris, et de se porter avec le gros de l'armée à Claye, à trois lieues en deçà de Meaux. Le maréchal de Biron fit rejeter cette résolution,- et sur son avis l'armée fut conduite à Chelles au lieu de Ctaye. Sur le choix de ces deux positions, voici le témoignage du ligueur Villeroy : u On disoit que si Sa Majesté eust deffendu le passage de Claye, dont l'abord est très difficile, à cause d'uo ruisseau qui y passe, qui est accompagné d'un marais fangeux, et qu'elle eust laissé quelque cavalerie à l'entrée de Paris pour empescher l'entrée des vivres et la sortie des habitants, elle eust acculé le duc de Parme, et l'eust contrainct de prendre un autre chemin ou de combattre en ce passage avec désavantage. Quoi fifisant, peut-être que les Parisiens, qui n'en pouvoient plus, eussent été contraincts de composer et venir à la raison. Ledit duc de Parme craignoît fort, estant à Meaux, lorsqu'on lui représenta le chemin qu'il falloit qu'il tint, que Sa Majesté prist ce conseil. De sorte qu'il fust très aise, quand il trouva ce passage abandonné ; encore plus quand il sçeut que Sa Majesté avoit

1 Ponr ces deux paragraphe», Mëm. de la Ligue, X. iv, p. 148-199, ta, 813, ai?. — Lestoile, Regiut jouro., p. U A. Î7 A, B. — Thua-

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