PARIS, ACHEVER CELLE DE LA NORHANDIE . ET COUVRIR LE NORD
qu'à des entreprises d'une importance limitée, qu'à l'attaque de villes de second ordre.
Henri employa le petit nombre de soldats restés autour de lui à l'exécution de deux desseins. Le premier était d'occuper celles des places voisines de Paris, dont il n'était pas encore maître, pour amener lentement cette ville à composition, par la souffrance continue, persuadé que quand le wrps de la Ligue serait frappé dans la capittde, les membres périraient bien vite en province. Le second était d'avancer la réduction de la Normandie, province qui nourrissait ses troupes, remplissait son épai^ne, lui permettait de recevoir incessamment les secours de la reine d'Angleterre. Il réussit dans cette double tentative. ïlais hors d'état de porter secours sur la vaste étendue du territoire, à tous les points du royaume menacés, et de lutter tout ensemble contre l'ennemi du dehors et l'ennemi du dedans, quand ils étaient d'accord pour l'exécution de leurs projets destructeurs, il vit, avec une impuissance et uub douleur égales, l'invasion étrangère faire chaque jour de nouveaux progrès, gr&ce au concours de la Ligne.
Dans ce qui est relatif à la guerre, les événements particuliu^ de l'année 1591 jusqu'à la fin du mois de septembre, se rapportent tous à ces deux points principaux. Dans l'ordre civil et religieux, de grands efforts furent tentés en vue de seconder ceux du roi, et des doctrines de salut pour le pays furent nouvellement et solidement établies au milieu des principe» de subversion déchainés.
Depuis la reprise de Gorbeil et de Lagny, le roi occupait, outre ces deux villes, celles de Melun, Saint-Denis, Poissy, Meulan, Mantes, et arrêtât une grande partie des vivres que Paris pouvait tirer des pays voisins. Les chefs de la Ligue voulurent rompre l'une de ces entraves, et.
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262 LIV. II. Cfl, Ili. St-DEPOR PEHDU ET HECOUVEIÈ. iOUKN. PES FARINES
daos cette intention, le chevalier d'Aumale, l'un des princes de la maison de Guise, surprit Saint-Denis, que le brave de Vie, gouverneur seulement depuis deux jours, n'avait pas eu le temps de mettre en défense La fin de l'entreprise fut désasteeuse pour les ligueurs. De Vie rassemblant et ralliant ses soldats éperdus, aidé des habitants qui combattirent valeureusement dans les rangs de la troupe, regagna la ville pied à pied. Dans sa retraite, le chevalier d'Aumale fut accablé et périt avec une partie de ses soldats (3 janvier 1591). La fin de ce grand champion de la cause prétendue catholique, fut digne de sa vie. D succomba pour s'être retiré trop tard devant l'ennemi, en s'oubliant à Thâtellerie de l'Epée royale dans les bras d'une courtisane. Le roi, à la Journée des Farines, essaya vainement de s'emparer de Paris au moyen des intelligences qu'il entretenait dans la place (30 janvier). Mais il réussit dans le projet de resserrer chaque jour Paris, et d'ajouter à ses souSrances. Après deux mois et demi d'un siège mémorable, il prit Chartres. La ville défendue par une garnison de six mille hommes, moitié soldats étrangers, moitié boui^eois aguerris, attaquée au début par le ravelin de la "porte des Espars,, qui était le côté le plus fort, opposa d'aïiord une vive résistance. Plus tard, les travaux furent portés vers le côté d'enbas, celui de Saint-André, près de la porte Rouaise, qui était le plus faible : la brèche fut alors incontinent et facilement ouverte. A quelques jours de là, Chastillon , fils de Coligny, versé dans les mathématiques et la mécanique, l'un de ces réformés en avance sur leur siècle par l'étendue de leurs connaissances, inventa et construisit un pont de bois couvert, qui permettait de franchir le fossé, de conduire les assiégeants, à l'abri de toute attaque, de la contrescarpe à la brèche. Les habitants échappèrent au danger d'être prb d'assaut eu se soumettant : le vendredî-saiot
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1 2 avril, Us capitulèrent ; le 1 9, ils ouvrirent leurs portes au roi, qui, dans les coutributions levées sur la ville , dans la vente des blés qu'on y avait entassés, trouva les moyens de fournir quelque t«aip3 à la solde de ses troupes régulières. Peu après, il compléta la conquête de Chartres par l'occupation d' Anneau et de Dourdan, et il intercepta alors presque entièrement , pour la <:apitale , les convois de la Beauce. Dans le même temps, Mayenne s'empara de Château-Thierry (11 avril], et, joignant cette ville à celle de Meaux , il rendit à la Ligue et à Paris le cours de la Marne moyenne et une portion des blés de la Champagne. Mais Henri leur enleva, par quelques dispositions militaires, cet avantage d'un moment. De plus, il prit Noyon le 19 août, après avoir successivement vaincu et dissipé quatre corps de troupes de Ligueurs envoyés au secours de la place ■. De la sorte il domina le cours de l'Oi^ sur un nouveau point, étendit et alfermit son autorité daus ce pays, alors annexé à .la Picardie. Paris élait dès lors enveloppé presque partout de villes royales. Dans ce réseau chaque jour plus serré, il n'y avait plus que Dreux, Pontoise, Soissons et Meaux qui rompissent encore et empêchassent la contiouité.
C'étaient les seules vtUes dont la capitale tirât désormais des provisions : sans être réduit aux horreurs de la famine essuyée naguère, Paris éprouvait la disette, et il ue souffrait pas moins de la totale interruption de son commerce ; le marchand était sans proGt, le peuple sans travail et sans moyens d'existence ^. Tous s'indignèrent, et un notable changement s'opéra alors dans
' Lettres de Henri IV, de» 8, ( janïier, 19 et 49 avril, »0 jn0et, 1, 7, 19 BoQt, t. m, p. BS3-335, 376 et saïTanleB. — Mémoires de la Ligue, t. IV, p. B(*-845. — CUévernj, mtm., t. X,p. 509,810.— P. Cayet,l. t, p. 3et, 163, tes, 169, S97, 398. — Thuanus, 1. Cf, § 11, t. V, p. 61, 6* ftt Buir. — Sullj, CEcon. roy., c. !S, p. St. - LeBtoile, p. SO B.
1 P. Cayet, 1. m, p. »S A.
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264 LIV. II. CB. m. LE P8DPLE DE PARIS PASSE AUX POUnQDES.
l«urs dispositions. Tandis que la majorité de la bourgeoisie, échappée aux tortures de la famine, était revenue aux sentiments de la Ligue française, à l'averâoD pour un roi hérétique,lepeuple,plus3en3ibleàses besoins que Sdèle à ses opinions, les artisans, le petit commerce se montnûeat prêts à déposer les armes, à reconnaître Henri, et passaient au parti des Politiques. Voici à cet égard la déposition d'un témoin oculaire ; « Le commun peuple, qui voyoit qu'on ne le repaissoit que de beies, et que tout le secours qu'on leur promettoit n'étoit que vent, mesdisoit à pleine bouche du duc de Mayenne, ef le donnoit au diable avec la guerre, nonobstant les sermons de leurs curez et prédicateurs, dont ils esloient tous bercés, et commençoient à ne s'en plus guères soucier. Ds ne se soucioient qui l' emportas!, pourvu qu'on les mist en repos '. » La force était du côté de Mayenne, des Seize et de la garnison espf^ole, dont nous parlerons bient<)t : ces nouveaux sentiments du peuple demeurèrent donc comprimés en ce moment; mais ils entrèrent pour beaucoup dans les événements dont Paris fut le théâtre à la fin de cette année, et, plus tard, l'occasion donnée, dans le dénoùment de la situation.
Tandis que le roi s'étendait en Beance et en Picardie, ses lieutenants soumettaient à sa domination plusieurs villes et districts de Normandie qui ne l'avaient pas reconnu jusqu'alors. Le duc de Montpensier prenait Avranches, et achevait ainsi la réduction de la basse Normandie; dans la haute, Biron et son fils soumettùent Caudebec, Harfleur, Fécamp, Louviers, et ne laîssuent plus guère à la Ligue que Bouen et le Havre (du mois de janvier au 6juin)(iS91)».
< Lestoile, p. GO B.
* Leltrea de Heori IV du 11 récrier, de^ S et 9 mars, t. III, p. 1(0, m, tao, sst. — p. Cayel, 1. ui, p. MS A, à la On; WT, SS8, >t7.
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