EXTRÊME DANGER DE LA FRANCE
assemblée d'EtatS'généraaz chargés de faire l'élection et de déférer la souveraineté. L'incertitude ne portait plus que sur le terme et le lieu de la convocatioa. Il était im- [tossible que la décision d'une pareille assemblée, pour peu qu'on la rendit respectable par la composition de l'assemblée elle-même, n'eût pas la plus grande autorité, et, dans la lassitude des partis, n'obtint pas de nombreuses adhésions. Si le choix des députés appelait à la couronne Philippe U ou sa 611e, cet acte législatif doublait la force qu'il tirait de ses armées, de son argent, de ses nombreux partisans en France, et pouvait tolit emporter et tout décider sur-le-champ en sa faveur. Si l'élection avait lieu en faveur â'uu prince de la maison de Guise ou du jeune cardinal de Bourbon, ce candidat catholique, accepté par les royaUstes zélés et ambitieux, devenait pour Henri un rival redoutable ; la guerre civile se ranimait plus vive que jamais ; les deux partis s'affaiblissaient et se minaient l'un par l'autre : Philippe II, survenant à la fin de la lutte avec des forces supérieures, tes écrasait tous deux, el subjuguait encore la France, seulement à terme et avec quelques délais, au lieu de le faire présentement et sans remise.
Ces dangers épouvantaient Henri IV, Rosny, Duplessis-Mornay, le chancelier Chevemy, tous les hommes politiques qui avaient sondé le plus profondément la plaie de la France, et qui connaissaient le mieux le secret de la situation. Voici le témoignage de Rosny : « La plus- » part des notables personnages catholiques, teuans le « parti du roy, disoient qu'ils avoient trop temporisé et » trop longtemps supporté un roy huguenot, au préju- » dice de leur conscience. Qu'il falloit le supplier, voire » mesme le sommer de se faire catholique dans un temps » .préfixe ; et à fautte de ce faire, se joindre à ceux de la » Ligue, et tous ensemble procéder à l'eslection d'un roy
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328 LIV. II. en. VI. TÉMOIGNiUiES A CET ÉGARD DBS CONTEMPORAINE.
n de leur religion, soit des princes de son sang, ou autres » à défaut de ceux-là. » Duplessis-Momay écrivait, au mois de mai, dans l'intimité de l'amitié : « ,Le3 Ligueurs » et nous, nous sommes sur un précipice, incertains qui » y jettera son compagnon ; en danger, même en le pousn sant, de tomber en même temps ({ue lui.... Le remède » aux maux de la France ne se peut trouver que dans » une bonne paix, autrefois utile, maintenant plus que » nécessaire, n On voit dans un autre contemporain que les souverains étrangers jugeaient comme les nationaux de l'extrême péril du roi : « Tous ses voisins, dit-il, com- * mençaient desjà à traiter avec lui comme avec un sou- » verain dépossédé. » Enfin, le duc de Roban, esprit supérieur, qui, au commencement du règne de Louis XIII, jugeait froidement une situation et un péril passés, ajoute : « Philippe II poussa les affaires si avant que le V royaume de France n'est échappé de ses mains que par » miracle'. » Quelques publicistësmodemesout prétendu que Philippe II était hors d'état de garder la France, en supposant qu'il put en faire la conquête, et que la domination espagnole n'aurait pas pris plus racine dans notre pays que la domination anglaise n'était parvenue aulrefois à s'y affermir. Nous croyons moins à leurs conjectures qu'au jugement des.hommes politiques haut placés et pratiques que nous venons de rapporter, et que confirme utie étude approfondie de la situation. Mais même en admettant leur opinion pour vraie, il resterait encore que la délivrance du pays aurait été achetée par une uou-
1 Sull;, Œcoa. ro;., c. ti, p. lOO. — Dupleasis-Moma;, Uéiuoii« i LafODlaini^ du 16 mui, el lettre au premier président de Rouen, t. t, p. 835. 8S1. ~ Madame Duplea^â, Mémoires, l. i, p. ïll. — Discour» de M. le duc de Rohmi sui' l'affaire de la LÎgae , citË dans la Satire Méoippée, t. i, p. B5, édit. 17Î6. — Clieveruy, Méinoirej, coUecl. Michaud, t. X, p. 522 B,
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