‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 95 sur 158 · LIV. 11. CH. VI. RESULTATS QUE DOIT AVOIR L'AUC RATION · texte numérisé non relu

LIV. 11. CH. VI. RESULTATS QUE DOIT AVOIR L'AUC RATION

des catholiques royaux et des Polîtiques dans le parti de Henri. Les ligueurs français, ruinés par la guerre, las de l'aiïarcbie et du despotisme de leurs chefs, délestant et redoutant la domination étrangère, soupiraient après le rétablissement de l'autorité royale qui devait les délivrer de tous ces maux : séparés de Henri par la seule barrière de la religion, ils n'attendaient que le moment où il se ferait catholique pour lui porter avec effusiou leur obéissance. Dans les deux partis, les lumière^ supérieures des Politiques adoptaient également la souveraineté d'uo prince dissident et d'un prince orthodoxe. Enfin, parmi les catholiques royaux, la conversion du roi coupait dans leur racine même le Tiers-parti, les intrigues des princes du sang, des seigneurs ambitieux , des catholiques zélés. Car qui pouvfùt songer au jeune cardinal de Bourbon, ou au comte de Soissons, dès qu'ils n'auraient plussur Henri l'unique avantage du catholicisme? Or, ces trois partis, les catholiques royaux, les Politiques, les ligueurs français, formaient de beaucoup la majorité nationale, et, dans un mouvement général , comme il était arrivé lors de la révolte de la Ligue, comme il arrive toujours en France, ils devaient entraîner tous les autres.

Les dispositions des Parisiens étaient pour le roi un puissant encouragement à entrer dans les voies de la conciUatiou. Nous avons vu , dès la lin de l'année 1 S9 1 , la moitié de la Ligue française, dont le principal représentant était Baubray, passer aux Politiques '. Durant les premiers mois de 1592, la défection fit des progrès, et s'organisa en parti armé d'abord pour là défense des intérêts sociaux et nationaux, mais bientôt après pour le triomphe de ta cause du roi. Les Seize, privés de leurs chefs, mais épai^nés en masse par Mayenne, avaient renoué presque aussitôt leurs relations avec les Espagnols 1 Voyei ci-deB«i«, p. tSt, W8.

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Dl»>O8IT10N8 DE U BOUnGEOUIB DE PUUS. L'EXPEDIENT. 337

pour leur livrer Paris et la Franee, avaient annoncé ne reconnaître ni rautorité, ni ta puissance judiciaire du Parlement, avaient menacé de nouveau la classe bourgeoise. Du mois de janvier au mob de mai , les anciens Politiques, les ligueurs français devenus Politiques, se constituèreut en état d'association ayant ses assemblées, son point de réunion cbez les colonels qui devaient, chacun dans leur quartier, s'opposer aus Seize et aux Espagnols et les combattre. Cette pratique fut si bien menée et conduite, qu'au mois de mai 1592, treize des seize colonels, tous les quarteniers, excepté quatre, grand nombre de capitaines et de bourgeois, tout le Parlement, excepté cinq de ses membres, avaient embrassé ce parti. Dans ce même mois de mai , ils donnèrent une preuve éclatante de leur force et de leur résolution contre les Espagnols '. Si le roi parvenait à se concilier ceux des habitants qui restaient encore dans la Ligue française, qui continuaient à exiger qu'il changeât de leligion, il gagnait alors toute la population de Paris, à l'exception des Seize et des rares partisans de Mayenne.

Henri l'attira puissamment à lui par la première démarche qu'il fil pour se rapprocher de l'Eglise catholique. Dans les conférences pour la paix, qui eurent lieu entre ses négociateurs et ceux de Mayenne , depuis le mois d'avril jusqu'à la tîudu mois de juin de cette année, il fut convenu a qu'il prendrait un temps préSx pour se faire instruire, avec désir et intention de s'unir et joindre à l'Lglise catholique ; en outre, qu'il autoriserait les seigneurs de son paijti à députer vers le pape pour l'informer de sou intention, et concerter avec lui les moyens de son instruction. » On nomma cet accord l'expédient*. En dehors de l'abjuration formelle, c'était la plus grande

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338 UV. n. CH . VI. nSURKS COERCmVBS CONTRE LES TILLSB UGDEDSES .

avance qu'il put faire, qu'il eût encore faite aux catholiques, puisqu'il annonçait l'intention d'en venir prochainement à l'exécution. La nouvelle en fut bientôt répandue partout, et disposa d'une manière très sensible les masses en sa faveur.

n résolut d'attaquer leurs résolutions par un autre cVMé, de les décider à se séparer de la révolte et à se soumettre, en employant les moyens de la contrainte, en même temps que ceux de la persuasion. B renonça contre Paris et les principales villes de la L^e à la guerre des batailles et des sièges, avec des armées coûteuses ; il leur fît la guerre de la gêne et des privations, au moyen des blocus avec des postes fortifiés. En interceptant pour elles le cours des grandes rivières, il les priva de la plus grande partie de leurs provisions et de tout commerce. Ainsi, dès le 12 mai, il fit fortifier Quillebeuf, à l'embouchure de la Seine, de manière k empêcher tous les navires, grands et petits, de remonta jusqu'à Rouen. Mayenne fit uo grand effort pour prendre Quillebeuf et pour délivrer Rouen; mais il échoua contre l'héroïque résistance des habitants et dn gouverneur Bellegarde (20 juillet). Leroipritcontrejdu- ' sieurs grandes villes de la Ligue des mesures coercitives analogues à celles adoptées contre Rouen. Par une surveillance plus active, il amena les gouverneurs commandant dans les villes royales, situées autour de Paris, à ne plus laisser passer des vivres, moyennant ai^nt : dès lors tous les passages des convois furent interceptés, hormis deux, celui du câté de Dreux, et celui du côté de Cbàteau^Thierry par la Marne. Henri coupa ce dernier, pendant les mois d'août et de sept^nbre, en faisant construire à Gonmay, dans une lie de la Marne, k trois lieues au-dessus de Paris, un nouveau fort, dont il donna la garde k l'incoi^

et priiiiùpaleineot 270. — Uémoirea de Madame Dnplesaù, 1. 1, p. SIT- SM. — VUleroj, Apol. at dise., t », p. tBMBI.

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l'étrille-badauds, assemblées des DOURGBOtS, LE3SÉM0NNEUX. 339

ruptible Odet, fQs de La Noue : ses soldats nommèrent ce fort Etrille'badauds' .

La disette rentra dans Paris, la ville s'émut profondément; les anciens et les nouveaux Politiques se réunirent le 28 septembre chez rabb&de Stûnte-Geneviève. On est heureux de retrouver dans cette circonstance l'intervention du clei^é gaUican, du clergé éclairé, et les sages iospiratioDS de l'évêque M"", de Gondy. D fut décidé que, pour échapper à de nouveaux désastres et finir les misères de Paris, il fallait faire la paix et reconnaître le roi, qui recevrait les hahitants humainement et leslaisserait jouir de l'exercice de la religion catholique romaine. Ils convinrent de travailler à sa reconnaissance, en faisant tout ce qni serùt en leur pouvoir pour son avancement, et pour la ruine de ceux qui voudraient y contredire. A l'effet de s'entendre, de concerter leurs mesures, de prendre le signal et le mot du guet, ils désignèrent les maisons d«^ quatre colonels, entre lesquels Daubray, dans les quartiers de l'Université et de la Cité, du Louvre, des Halles, du la Grève. Les Ligueurs français suivirent ce mouvement, quoique de plus loin, en décidant qu'il y avait lieu de lui envoyer une députatibn pour le semondre de se faire catholique, et le reconnaître après son abjuration : de là leur vint le nom de Sémonneux"^.

Henri donna une nouvelle satisfaction à leurs scrupules reli^eux, imprima une nouvelle force au mouvement de défection qui se manifestait au sein de la Ligue, eu envoyant, le 4 octobre, comme ambassadeur au pape Clément VIU, le cardinal de Goody et le marquis de Pisany. Il les chaînait de témoigner au pontife : « Qu'il ne

< p. Cajet, 1. lï, p. BTl-aTi , SSS B. — ThnaDU8, 1. c p. las. — LeetoUe, p. 9i A.

1 P. Cayet, L iv, p. t>S A, les deux dernières lignes, toile, p. 9S B, ligoeB 1, 1.

340 Ur. H. CE. Tl. JLmASSADE AU PAPE. ARHfcT DD PARLSlRlfT.

n serait rien omis de sa part pour mntenter le pape et tes ■ catholiques qui affectionnaient son instructioa. » A ces avances, il joignit une lettre adressée par lui-même à Clément VDl. Enfin il obtiqt de Venise et du grand-duc de Toscane qu'ils emploieraient- leur médiation et leur crédit pour ménager fia réconciliation avec le Saint-Siège'.

L'effet de ces mesures, combinées avec les nouveUes dispositions militaires prises par le r»i, ne se fit pas attendre. Le 11 octobre, le Parlement de Paris rendit un arrêt portant que Mole et Séguier seraient députés au duc de Mayenne pour lui exposer la misérable condition de Paris et l'extrémité à laquelle les habitants étaient réduits. Cette première démonstration, partie du Parlement, fut suivie d'une autrebeaucoup plus sérieuse faite par la bourgeoisie. Un grand nombre de boui^eois , anciens et nouveaux Politiques, se réunirent sur divers points de la ville, et mirent en avant la proposition de traiter avec Henri, et d'obtenir de lui la liberté du labourage et du commerce pour Paris et les autres villes de la Ligue. En conséquence, à la suite d'assemblées particulières des quartiers, ils allèrent à l'Hôtel-de-ville demander une assemblée générale pour prévenir les malheurs qui les menaçaient (12, 16, 21 octobre). Le mouvement de la population allait fi priver Mayenne du droit de guerre etde paix, à détruire sa lieutenaiice-générale, à se soumettre au roi^.

Mayenne, pour ronjurer ce danger, accourut à Paris le 24 octobre avec un corps de cavalerie et les troupes composant les garnisons de deux villes voisines. Les réunions et les délibérations des boui^ois continuèrent,

■ Lettres mi^ves da B octobre au pape et au grand-duc de Toacane, t. m, p. 61(-eT7. — Tbuanua, Uiiit., 1. oili U£m., t. XI, p. SS6A. — Villero;, Apol. et dite., t. ii, p. 199 B.

* Lcetoile, p. it A, dernier paragraphe, et B, § 1 et deruier; p. M A. §1; Suppléin-, p. 98 A.

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HOUVRIfErfT DE DEFECTION A PARIS. RESISTANCE 0

malgré sa présence. Dans les assemblées parliciilières des quartiers de Paris, treize sur seize décidèrent que l'on sommerait le roi de Navarre de se faire catholique, parce que le seul raolit de la religion séparait de lui le plus grand nombre de ses sujets, tesqueb n'attendaient que d'être rassurés dans cette crainte pour poser les armes. Us demandèrent eu même temps que l'on traitât avec lui de la liberté du commerce et du trafic. Cette résolution, prise le 26 octobre, dut être portée par leurs députés A l'assemblée générale de rH6tel-de-ville. Le lendemain 27, la Cour des comptes prit les mêmes conclusions, et chargea son président d'Ormesson de les porter à Mayenne, et^d'insis> ter auprès de lui pour qu'il avisât à faire la paix'.

A cet entraînement de la bourgeoisie vers la conciliation et vers l'autorité légitime, Mayenne opposa tous les UDoyens de résistance que lui offrirent le pouvoir exécutif dont il était détenteur, sa politique rusée, son alliance intermittente avec l'Espagne et Rome, ses ennemies il est vrai, mais plus ennemies du roi, habituées à se réunir avec lui contre Henri, dans les moments de péril commua, sauf à le combattre lui-même plus tard, quand la victoire serait acquise. 11 opposa ses troupes et la garnison espagnole k toute manifestation armée de la population parisienne. Le nouveau légat, le cardinal Séga, avait reçu du pape un bref daté du 1 5 avril, par lequel il était délégué pour procurer l'élection d'un roi catholique, à l'exclusion de Henri, qui, disait le bref, persécutant les catholiques, les animant tous les jours les uns contre les autres, protégeant les hérétiques, ne pouvait jamais remplir le trdne de France. Mayenne, à l'aide de la surprise et peut-être de la complaisance de trois des quatre présidents qu'il avait nommés l'année précédente, fit enregistrer au Par-

1 Lettres missives du t( octobre, t. lu, p. 683. — LeeloUe et som Snpplëot., p. 96 A, SB A. — Mém. de Marillac, L. ii, p. U6 B.

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3i2 LIV. II. CB. VI. LE LÉGAT, LA SORBONNE. NOUVELLES

lement, le 27 octobre, les facultés du tégat, qui comprenaient précisément l'élection d'uu roi catholique. Les yrédicateurs tonnèrent dans toutes les chaires contre les Politiques eties Sémonneuz. Aux fête» de la Toussant, Boucher et Cueilly les excommunièreiit et les privèrent des sacrements dans leurs paroisses : les Seize les insultèrent et les menacèrent partout. La Sorbonne déclara que toulrproposition tendant à traiter avec le Béarnais età le presser d'embrasser le catholicisme était inepte, séditieuse et impie (3 novembre).

Cette croisade contre Henri et contre la paix n'intimida ni n'arrêta les bourgeois. Ils firent deux assemblées générales à l'Hôtel-de-viUe, le 31 octobre et le 4 novembre, dans lesquelles furent agitées les deux propositions : 1* de traiter avec le roi de Navarre de la paix pour obtenir le commerce et le trafic libres, et rendre' ainsi les vivres et les denrées au peuple « tant atténué et nécessi- » teux qu'il n'en pouvoit plus; » 2° d'inviter Henri à se faire catholique pour mettre Bn aux troubles. Mayenne survint pendantla délibération du4 novembre. Il annonça que Paris ne pouvait traiter avec Henri sans les autres villes de la Ligue, sans les princes lorrains et les seigneurs de l'Union ; que les États-généraux qui allaient prochainement s'assembler décideraient de tous les grands intérêts du parti et de la France : il ajouta qu'il traiterait en ennemi quiconque proposerait désormais d'entrer en accommodement avec le roi de Navarre, de l'inviter ou de le sommer de se faire catholique. A ce mot, l'assemblée se leva et se rompit, estimant sa liberté opprimée par ce langage. La bourgeoisie suivit son dessein avec une fermeté inébranlable. Une nouvelle assemblée se réunifie 6 novembre, et, malgré la présence de Mayenne, elle décida qu'une députation serait envoyée au roi fi pour ob- » tenir la liberté du commerce et du trafic en ce royaume.

J.,r,l,z<,.f,C00gIf

ASSEMBLÉES 0B6 B0URGK0I8. ARRÊT DO PUtLEMENT Dl CHALOKS. 343

» sans laquelle l'on ne poavoit plus subsister en attendant u sa venue, ce que le duc fut contraidl d'agréer contre » son intérêt et son intenUoD ' . » En effet, des négociations s'oovTirent avec le roi, que la Ligue française avait dû jusqu'alors, en sa qualité d'hérétique, combattre à outrance sous peine de sacrilège : la barrière entre loi et le peuple était renversée ; un premier pas, et un pas immense, était fait vers la paix, qui devait détruire la lieutenancegénérale et la puissance usurpée de Mayenne.

Quelques jours après, le Parlement royaliste et politique de Châlons rendit un arrêt conservateur des droits et de l'autorité de Henri, seconda les dispositions de la bourgeoise de Paris, et augmenta les chances de salut du pays. L'arrêt du Parlement de Châlons rendu te 18 novembre portût, que les rebelles, aprèsavoir tenté d'usurper la couronne par une guerre qui avait couvert la France de sang et de ruines et y avait introduit l'Espagnol, s'efforçaient maintenant d'obtenir, par l'élection d'un roi, ce que les armes et la victoire n'avaient pu leur donner; que leur entreprise, contraire à la loi de Dieu, aux principes delà primitive Eglise, aux Ubertés de l'Église g^cane, devait amener la ruine de l'État par la violation de la loi fondamentale relative à la succession, en armant & tout jamais la moitié de la nation contre l'autre ; qu'ils soutenaient et autorisaient l'élection projetée et l'usurpation qui devait la suivre d'une bulle du pape et des pouvoirs ou facultés du légat. En conséquence, le Parlement donnait un ajournement personnel contre le légat, et déclarùt criminels de lèse-majesté tous ceux qui assisteraient auxËtats de Paris *.

■ ThuanuB, 1. cni. Dana la traduction t. xi, p. S09.—Le8toile, p. 96 B, 9T A, 99 A et 93 A; Sopplém., p. lOS A, B, pour le texte de la dëciâon de U Sorbomte. — Uimoirea de Marillac, t. u, p. M B. — Uémoires de la Ligue , t. v, p. ITS. — Uémoires de Qievenij, t. s , p. S19 A. — P. Matlbieu, Hial. de Henri [V, 1. i, p. III-IIS.

■ MémoiieB de la ligne, t. t, p. 170-178. — P. Cayet, 1. tr, p. 40B>

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3ii UV. II. CH. VI. SDCCÈS DB LIEDTBNhNTS DU ROI DANS LES PROVINCEfi.

. La fortune des armes qui avait abandonné Henri au siège de Rouen et à Craon, durant les premiers mois de cette année, lui revint dons les derniers mois de 1592, et aida heureusement les Parlnuents, la bourgeoisie et le roi. Turenne, auquel Henri avait l'annéf! précédente procuré la main de l'héritière de Bouillon et la princi' pauté de Sedan, paya en 1592 sa dette de recontiabsance au roi et à la France , par les avantages qu'il remporta sur le duc de Lorraine. Ce prince, après avoir menacé et ravagé la Champagne pendant une partie de cet(4^ année, ht attaquer la petite ville de Beaumont par son grand maréchal d'Âmblize et une armée de 2,800 hommes. Bouillon la mit eu déroute le 1 4 octobre, lui tua sept cents hommes, lui fît quatre cents prisonniers, délivra Beaumont, et au commencement de décembre enleva au duc de Lorrmne la ville de Dun, située à huit lieues de Sedan. En Languedoc, tous les gouverneurs royaux des provincesvoisines, ayant compris que la prise de Villemur ouvrirait à Joyeuse et à l'invasion espagnole les provinces centrales du royaume, se réunirent pour sauver cette place. Ils attaquèrent l'armée de Joyeuse composée de 6,000 soldats, la plupart fournis par Philippe 11, en tuèrent deux mille , dispersèrent le reste, réduisirent Joyeuse luimême à une fuite honteuse dans laqiielle il trouva la naort (19 octobre). Son frère, le capucin Ange de Joyeuse, prit le commandement après lui ; mais le parti hispano-Ugueur, considérablement affaibU, sollicita une trêve du gouverneur royal Monlmorenci, et fut désormais réduit à l'inaction. En Provence, d'Épernon releva le parti royal et reprit Antibes au duc de Savoie. Eu Dauphiné, Lesdiguières avec les moyens les plus restreints, avec -une armée de quatre ou cinq mille hommes, conçut et exécuta le dessein d'un grand capitaine. Pour arracher le duc de Savoie de la l'rovence et du Dauphiné, il porta la guerre en Savoie.

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CONVOCAnON DES ÉTATS I>E LA LIGUE. 3i6

n entra dans ce pays le 26 septembre, se saisitd'abord de la Pérouse, vainquit les Savoyards à VigOQ, leur enleva Staflarde et Briqueras, les défit de nouveau à GarzigUana, et conquit Cavoiirs (5 décembre). Il fortifia avec soin cette place et Briqueras, et établit ainsi les Français à seize milles de Turin, au cœur des États du duc. A la fin du xvi* siècle, la guerre ne présente pas une suite d'opérations plus bardies et plus heureuses tout ensemble '.

Les affaires de la Ligue et de l'Espagne commençant ainsi à se défaire partout, comme parlent les contemporains, Mayenne et Pbilippell tentèrent de les rétablir par la prompte convocation des Ltats~généraux''et l'élection d'un roi. Ci^tte mesure devait à la fois affaibUr Henri en lui suscitant un compétiteur, et rendre à l'Union de la cobésion et de la force, en lui donnant un chef qui tirerait son autorité et sa puissance des suffrages d'une assemblée en apparence nationale. L'élection ouvrait de .plus une nouvelle carrière aux prétentions du lieutenantgénéral et du roi catholique.

Mayenne, qui avait annoncé les États-généraux dès 1 389, les avait éludés pendant deux ans, espérant que la victoire et les intrigues lui livreraientla souveraineté. Au mois d'août 1 59 1 , il avait réuni quelques députés à Reims; mais ce n'était là que le vain simulacre d'une assemblée. En 1Q92, il lui avait fallu en venir aux effets, à une convocation sérieuse. En effet, d'une part, il était lié par les engagemenU solennels pris à Libons-Saintot, et il avait besoin plus que jamais des secours de l'Espagne pour résister àHenri; d'im autre côté, un vote national lui était nécessaire pour arrêter la défection au sein de la Ligue ^.

F, p. ISÏ-iee, 179-181, 77g-7B9. — P. Cajel, -Thuanus, lih. cui, §§ 16, 17, t. t, p. 150-

) Voyez les DominalioiM de dépolés ft Paris, au mob de mai, pour

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3i6 LIV. II. CH. V. PROJETS DU DUC DE P&RKE.

Le duc àe Panne voulait que l'on dnt les États-généraux à Reims ou à Soissons, villes voisines de la Flandre, tandis qu'il entrerait dans le royaume avec une arméede 20,000 hommes. La plupart des députés devaient être gagnés d'avance par l'or de l'Espagne; et le 30 mai 1592, Famëse s'entendit avec Diego d'Ibarra pour la répartition d'une somme de 200,000 écus entre ceux qui avûentdes chances à la députation. En suf^Mssant que l'assemblée se montr&t moins docile que ne l'espéraient les Espagnols, elle devait être domptée, asservie par leurs troupes. Cette armée mettrait en même temps à la raison Mayenne et les grands de la Ligue, et réduirait les peuples à l'obéissance passive par la force. Elle se saisirait facilement de Reiins ou de Soissons pendant la tenue des États qu'elle serait chargée de protéger, et de là étendrait la domination absolue de PhilippesurMeaux et sur Paris, déjà occupés par ses garnisons, intimidés et entraînés par le vole des Etats-généraux. Toutes les forces, tout l'argent, dont le roi catholique pourrait disposer ultérieurement, seraient employés à consolider et à étendre l'occupation

Mayenne connut ce vaste et formidable projet, dont ses coupables liaisons avec l'Espagne fesaient remonter , pour une si lai^e paît, la respoDsabiUté jusqu'à lui. Il essaya de le traverser en concluant d'abord avec tous les princes de la maison de Lorraine un pacte de famille pour la défense de leurs communs intérêts, et en arrêtant ensuite, d'accord avec eux, que les États-généraux, selon Je conseil de Jeannin et de Villeroy, seraient assemblés k P&tis, où la présence de 40,000 bourgeois armés rendait bien plus difficile et bien plus aventureuse une vidence contre

l'assemblée du moU d'août 11191, LestoilB, p. M B. — Villeroji t. il, p. 176 A. — Leltre de Majeune du IS novembre 1591. — Extraite det regislrea de l'bdiel de ville de Beima, dlés dans l'Appendice des ÊUIsgéuâraiu de 1&9S, p. ^9%, 79B.

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SA MORT, ÊV&nilCNT C&PITiL DANS LA CIHCONSTANCB. 347

ies députés de la Ligue ( 1 " octobre) . Mais le duc de Parme protesta contré cette résolution, en faisant entrer en France ï'avaat-garde de l'armée espagnole (20 novembre). On ne voit pas que Mayenne, qui manquait déjà de forces suffisantes pour résister aux attaques du roi seul, ait eu à sa disposition ub seul régiment pour protéger la mesure relative k la tenue des États^énéraux à Paris, ni pour s'opposer aux conquêtes du djic de Parme dans la Gham* pagne, la Picardie, l'Ile-de-France. Il se lançait lui-même el jetait le royaume dans l'inconnu, et pouvait n'en sortir que pour trouver un abîme.

Un événement, où se marque la protection visible de la Providence envers la France, la tira du nouveau et grave danger où la précipitait Mayenne. Dès le 1 1 octobre, le duc de Panne avait éprouvé à Bruxelles les mortellesconséquences de la blessure dont il avait été atteint sous Caudebec. Le 2 décembre, il succomba à Arras, au moment même où il avait commencé et où il pressait sa troisième invasion dans le royaume. Philippe II perdait en lui le seul capitaine dont les talents pussent lui assurer de grands et durables succès dans la guerre de France. 11 perdait le seul homme dont la gloire et l'ascendant imposassent dans les Pays-Bas à l'armée espagnole mal payée : aussi après sa mort, elle se dispersa, se mutina, mit au pillage les villes de la Flandre, et particulièrement Maubeuge. De plus, sa mort rompait le seul lien qui tenait unis les soldats italiens et les soldats espagnols : dès lors les Italiens se prirent contre les Espïignols d'une haine irréconciUable, et servirent PbiUppe avec une désaffection et une mollesse que tout son despotisme ne put vaincre. Enfin Famèse, dont les talents politiques égalaient les talents guerriers, avait une con- . naissance et une expérience des afftdres, des hommes, des partis en France, qui manqua complètement au duc

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348 LIV. II.CB. VI. DÉCADENCE DEH AFFAIRES DE L'eSPAGNE.

de Féria, son successeur, Daus le temps que Philippe éprouvait cette pert« irréparable, il voyait le désordre et répuiseaient dans ses finances se dévdopper d'une manière alarmante, et il était réduit à n'envoyer à ses ministres que le tiers des sommes nécessaires aux affûres de France '. Au milieu de la dissolution imminente et déjà commencée de la Ligue, le roi catholique avait à recourir à des mesures d'uqe énergie et d'une puissance extraordinùrea s'il voulait se saisir de la souveraineté en France, comme l'avait supérieurement vu le duc de Parme. Et contrairement à ce qu'exigeaient le temps et l'état des partis, les moyens de la force et ceux de la politique s'affaiblissaient tous à la fois entre les mains de Philippe II.

Nùment et absolument, cette décadence des aflaires de l'Espagne, sans détruire entièrement, diminuait le danger qu'avait couru l'indépendance de la France, du temps de Farnèse. Mais poiu* qu'elle ne profitât pas à l'ambition de Mayenne, échappé aux. étreintes de Philippe, aulantqu'olle servait àl'intérèt du pays; pour qu'elle ne fournit pas au duc les moyens de ranimer et d'éterniser !a guerre civile ; pour que la supériorité du parti royal et national, du parti de la paix, devint décisive, il fallait que ce parti ne perdît pas du cdté des nationaux ce qu'il gagnait du cdté des étrangers : il fallait que les dispoâtions de la Ligue française ne changeassent pas ; qu'elle restât attachée au roi et aux Politiques ; que Mayenne ne parvint pas à la ramener vers lui, et à débauclier à Henri le Tiers-parti et les catholiques zélés.

Mayenne fit une dernière tentative, un suprême efficHi

■ Pour ces deux paragraphea, papiers de Simaiicaa, cote A, S7/t9l. — Villeroy, Apol. et dise., t. Xi, p. ÎOl B, SOS. — I,esloLle et sod Supplém., p, 97, 108 B. — P. Cajel, 1. lï, p. (OS-tOS. — UUres miuîTeg des T et SI décembre, t. ui, p. 708, 710.

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MESURES PRISES PAR HATENNE POUR nELEVBH SON PARTI. 349

pour ranimer l'ardeur et le dévouement des ligueurs guisards, et pour regagner et rattacher à sa cause les ligueurs françfds. En traitant avec les premiers, il s'adressa à l'intérêt personnel : parmi les seigneurs qui avaient suivi sa fortune et celle de sa famille, il éleva à. la dignité <le maréchaux de France La Chastre, de Rosne, Boisdau phiD, Saint-Pbl, et à celle d'amiral Villars, le défenseur <ie Rouen : cette nomination, faite dès le mois de décembre 1 592, reçut sa publicité et sa consécratioB en Parlement au mois de janvier de l'année suivante. Avec les ligueurs français, Mayenne fit agir d'autres mobiles. Le 22 décembre, il obtint du Parlement de Paris un arrêt qui cassât celui du parlement de Chàlons, comme portant atteinte au respect dû au Saint-Siège. Ses émissaires envoyés à Rome, joignant leurs importunités à celles des ministres espagnols, empêchèrent Clément VIII d'accueillir les avances du roi et de prêter une oreille favorable à ses ambassadeur^ Gondy et Pisany. Boucher et les . prédicateurs de la Ligue eurent grand soin d'en répandre la nouvelle à Paris du haut des chaires, et intimidèrent la conscience des catholiques, en prétendant qu'ils ne pouvaient reconnaître Henri et traiter avec lui, sans fouler préalablement aux pieds l'autorité du pape (27 décembre). En même temps arrivait à Paris le cardinal Pelevé, archevêque de Reiras, qui devait présider dans les États de la chambre du clergé, et qui, animé contre le roi d'une haine irréconciliable, essaya de la communiquer à plusieurs des chefe de la bourgeoisie, avec lesquels il se mit en rapport. Tous ces membres du clergé ligueiu' étaient plus favorables à Philippe II qu'à Mayenne ; mais le duc se servait d'eux pour nuire à Henri, et comptait sur son adresse et sur la mauvaise fortune présente du roi catholique, pour les empêcher de porter les choses aux extrémités où ils voulaient les conduire.

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350 UV. II. CH. VI. SON MANIFESTE DU Si DÈCEmitB, SES CALCULS.

EufiD Mayenne fit à l'opinion publique un appel, et présenta aux ligueurs français uu espoir très-dangereux pour le roi. 11 publia une déclaration raisonnée et adroite, destinée à justifier sa conduite, à rejeter sur Henri tout l'odieux des malbeurs publics, à détacher de son parti, et à entraîner dpna celui de la Ligue, te Tiers-parti et les catholiques zélés qui jusqu'alors, tout eu traversant le roi, en intriguant contre lui, étaient pourtant restés sous ses drapeaux. Dans ce manifeste, il cherchait à établir que la Ligue avait légitimement combattu, et devait continuer à combattre un prince qui s'était placé lui-même hors de la coutume et de la loi de la France. Tous les rois de ' France, depuis Qovis, disait-U, avaient suivi la foi catholique : à leur sacre, ils promettaient de vivre et de mourir dans cette foi, de la défendre et de la maintenir, d'extirper l'hérésie; sur ce serment était fondé celui d'<>béissance et de fidélité que leur prêtaient leurs sujets : les États de 1576 et de 1588 avaient converti radicalement l'antique coutume en loi fondamentale de l'État, et exclu du trdne, comme incapables, tous les [vinces hérétiques. Mayenne ajoutait que Henri avait perdu tous ses titres à ia royauté pour les catholiques de la Ligue, parce qu'il était excommunié par l'Eglise et privé, des droits qu'il pouvait prétendre; pour les catholiques royaux, parce qu'il ajournait depuis quatre ans la promesse qu'il avait faite à sou avènement de se convertir et d'abjuirer dans les six mois. S'il parvenait à établir son pouvoir d'une manière incontestée, la religion catholique serait perdue dans le royaume, comme le prouvaient les violences de ses Parlements contre le Saint-Siège. Mayenne exhorbul les princes et les seigneurs royaux à se séparer des hérétiques et à abandonner le roi. Quelque détermination qu'ils prissent, il les invitait jusqu'à trois fois, dans le cours de sa déclaration, à députer im certain nombre

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ABBftT DU PARLEXBNT DE PARIS DU 23 DBCBHBnE. 361

-d'entre eux aux États qui allaient s'ouvrir, et à prendre avec eux des mesures eu comœun pour sauver l'État et la religion. Ce manifeste, émis le 24 décembre 1592, fut enregistré an Parlement et publié le 5 janvier 1593.

I^a grande adresse de Mayenne, comme le remarquent les contemporains, consistait en ce qu'il ouvrait une combinaison dfuis laquelle la paix, si ardemment désirée par la Ligue française, pouvait être obt^ue sans traiter avec le roi, et en s'ad^essant aux seigneurs de son parti. La question de la paix étant dégagée de celle de la soumission envers Henri, 11 restait que la croyance de ce prince, suivant la déclaration, menaçait le catholicisme, et Mayenne appelait la Ligue française k défendre la reli gion, sans s'exposera périr ni à subir la domination espagnole. Le lieutenant^général espérait, de plus, qu'au milieu des négociations qui s'ouvriraient nécessairement, il attirerait à lui h Tiers-parti et les catholiques royaux, et réduirait ainsi Henri aux dernières extrémités ' .

Ce dernier assaut, livré par Mayenne à la conscience et aux convictions des catholiques des deux partis, troubla un moment les esprits, mais ne put les égarer. On ne larda pas à reconnaître que la paix avec le roi était le seul moyen sur de mettre fin aux calamités et aux dangers de la France, et que hors de là ou ne trouvait que périlleuses incertitudes. La Ligue française et les catholiques royaux agirent en conséquence. A la fin de l'arrêt du 22 déêemlM^, qui cassait cdui de Cfaàlona, les membres du Parlement de Paris insérèrent cette clause mémorable : « Que les États-généraux estoient convoqués uni- D quement pour procéder à la déclaration et establisse-

> Pour ces trois paragrqtfaeB, LeatoJle, p. lOB A, B, 109 B,I18 B. — Uémoires de HariUac, t. u, p. S(9 A, B. St7 B. — DéclaralioD de Uayenne dans lu incieimeB loistruicaiMS, l.xv,p. 4t41. — Mémoires de Cbevem;, t. i, p. MB B, SSO B.

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362 UV. 11. CH. VI. «ËPULSION POUfl LES ETATS DB LA LIGUE.

» ment d'uD prince catholique français, suivant les bit » du royaume ; lesquels mois de déclaration et estabUsse- » ment renversoieut tous les desseins d'élection et de n nouveauté '. i> En premier lieu, l'exclusion était mm donnée au roi d'Espagne , à sa fille , à Mayenne et à tous les princes lorrains, puisque les Etats dêvaieni se conformer aux lois du royaume et à la succession héréititaire. En second lîeii, Henri devait être reconnu pourra à l'exclusion des autres membres dé sa famille et des princes du Tiers-parti, dès qu'il deviendrait catholique par l'abjuration. Cet arrêt si important, fpij- maintenait inébranlables les résolutions prises par la bourgeobie à l'Hàlel-de-vilIe, a été ignoré de tous les historiens Diadèmes : c'est la préface et l'explication du mémorable arrêt du 28 juin 1 593.

Mayenne avait fixé d'abord l'ouverture des États de la Ligue au 20 décembre 1592 : à cette date, un petit nombre seulement de députés étant rendus à Paris, il remit successivement les htats au 17, puis au 25 janvier 1593. Tandis que les députés arrivaient isolément et leutemeot, les sentiments de réprobation qu'inspirait cette assemblée éclatèrent à Paris et dans les provinces. Parmi les bourgeois, les uns ne considéraient et ne se rappelaient qu'une chose, c'est que Mayenne et les princes lorrains avaient introduit les Espagnols sur quatre points du territoire, et leurs garnirons dans nos villes, dans Paris même : ils voyaient en outre entrer aux ÉtiUs des députés, « lesquels estoient pour la plus part factieux, néces- » siteux, ennemis du repos public, tramez du bien d'au- N truy, eslus et venus exprès pour favoriser les desseins » des Espagnols?. » Aux yeuxdecesbourgeois, quis'ar-

> Mémoires de Manllat, t. xi, p. S4t B, M6 A. — Pièces à la suiu dea Ëlau de 1591 doua les DocuhkiiU ioédiu, p. 7(4. ■ Le ligueur ViUeroj, Apol. et didc., t. xi, p. lOS U.

J,.,l,z<,.:f,G00gIf

HBPULSION POUR LES ÉTATS A PARIS BT DANS LES PROVINCBS. 353

rètaient aux îaiis extérieurs, et ne sondaieut Di la situation, ni l'opposition intéressée du lieulennot^éoéral, une pareille assemblée et Mayenne n'étaient que les instruments d'une prochaine infamie, n'étaient que des traîtres, destinés à livrer le royaume à l'Espagnol, comme les États-(;énéraux de 1420 et le traité de Troyes avaient livré la France à l'Anglais '.Du reste, dans la Quctuation des événements, un retour subit de fortune survenu à Philippe 11 pouvait donner raison à leurs craintes. D'autres boui^eois, plus initiés auxsecrets delà politique et au jeu des partis, pensaient que la mort du duc de Parme etl'épuisement actuel de l'Espagne mettaient Mayenne en mesure de résister au roi catholique, et de combattre avec succès dans les États les dispositions des députés vendus à l'étranger. Ceux-là se rapprochèrent momentanément de Mayenne et pactisèrent avec lui, mais uniquement pour ruiner les prétentions de Philippe II, et pas du tout pour favoriser celles du duc '. Ainsi le cardinal Séga, légat du pape, ayant publié le 1 5 janvier 1 593 une exhortation adressée à tous les catholiques du royaume, dans laquelle, après avoir proclamé l'inhabileté de Henri à occuper le trtoe, il les exhortait à concourir de tout leur pouvoir à l'élection d'un roi catholique, du Vair, membre du Parlement, l'un des députés de Paris aux États-généraux, et l'un de ceux qui se montraient disposés à soutenir Mayenne dans ses combats contre les Espagnols, fit au légat une anonyme mais vigoureuse réponse, dans laquelle il battait en brèche l'élection, et maintenait ainsi les droits du roi Henri IV contre les prétentions de Phi-

■ D'Aubtgué, 1. m, c. IS, p. 9TS.

* D'Aubigné, I. m, c. 18, p- S16: a 11 sembla que le duc deUayenne » eCit repris une nouvelle vigueur par la mort d'un rival qui lui ostoi! » son lustre, et encore celte baiue d'Espagne, et l'eapérauce trancbëe » au delior», apprit aux Parisieus qu'il Talloil ie r^oncilier à ceduc; > ce qui ae fit en ayfiaraict et pour un lemjis. ■

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354 LIV. II. CH. VI. ACTES D'OPPOSinON AUX ÉTATS DB LA UGDB.

lippe II et contre celles de Mayenne tout ensemble. Dans les rangs de la bourgeoisie, la Ligue françûse se tint donc attachée aux sentiments et aux dispositions qu'elle avait embrassés depuis le commencement de 1 592.

Quant au petit commerce de Paris, formant la partie honnête du peuple, il se montrât comme toujours, ardent, passionné pour l'indépendance de la patrie, sans aller chercher si Mayenne, publiquement allié des ^lagnols, était secrètement leur ennemi, et les combattrait dans les Ët&ts. Aussi les marchands de sablon, les meuniers et leurs garçons, injuriaient journellement Mayenne et les États de la Ligue, a Le curé de Saint-Eustacbe , » méprisant la difiScuIté de la religion, preschoit hardi- » ment pour que l'on tndtàt avec Henri avec pleine qua- » lité de roi, et esmouvoit ses paroissiens qui se comp- » toient au nombre de 16,000 portant armes, n Celait le quartier des Halles, qu'on représente si faussement dans quelques histoires récentes comme le foyer de la Ligue. Enfin de Thon témoigne que, dans les provinces, les États-généraux étaient l'objet d'un blâme général el de publiques attaques. Sully el Lestoile nous apprennent que, dans toutes les grandes villes de la Ligue, la majorité partageait l'entraînement des habitants et du Parlement de Paris vers la paix, vers un accommodement avec le roi, parce que ces viDes ne souffraient guère moins de la guerre et des blocus que Paris, et ils nomment Amiens, Abbeville, Troyes, Reims, Orléans, Poitiers, Lyon, Riom, Arles, Aix et même Toulouse '-.

' Exbortalion de Monseigneur le cardinal de Plaisance, légal da pape, aux catholiques, etc. Dans les Uémoired de la Ligue, t. v, p. iSt- ■06 , entre autres passages, on trouve le suivant à la p. SOS : n Le ■ crime de rtcognoisire pour roi un k^éliqtie relapt et obatiné tous u semble trop atroce et éaonne pour vous en contesacr coupables. 11 Puisque soa obstioalion l'a deya privé de lout lu droiU qu'il pou- B voit pritendre, il veX. temps maiulenant que vous descouvriei hôrdi-

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