CHAPITRE VI
Dernières ressources ramassées par Philippe IL Revers de Im France dans la guerre contre F Espagne : perte de Calais, de Bam, de Guinée, d'Ardres. Prise de La F ère par le roi. Licenciement forcé de farwde royale, les frontières partout couvertes. Proposition féodale au «etgneurs : leur parti et le parti protestant contenus. (Janvier-août (596.)
Les exactions auxquelles Philippe II a soumis tous les pays de sa vaste domliiatlon flepuis deux ans, lui fouroissent, au commencement de 4508, des ressoorees financières qui lai permettent de former de fprands armements sar terre et sur mer, de reprendre avec une nouvelle vigueur les hostilités contre la France, TAngleterre, la Hollande; mais ce sont les dernières ressources de sa moiMir» chie. — L'archiduc Albert d'Autriche, nommé par lut Rouvemeur des Paya-Bas espagnols, succède h Fuentes, prend le gouvernement et la conduite des armées le 43 février 1596. Il pale Tarmée espagnole, et y rétablit momentanéinent ta discipline (mars). Il arrête avec son conseil de guerre le plan de campagne, il résout de tenter de sauver La Fère, on introduls;int des secours dans la place, et en nrraohant le roi de ce siège, par Tattaque des villes frontières de la Picardie et du Boulenois. Il Jette un secours dans La Fère, mais ce secours est faible, et le roi ajoute à ses travaux d'investissement de manière à empêcher la place d*eu recevoir de nouveaux. — Précautions prises par Henri pour mettre nos priodpales villes en état de repousser les attaques. Il prescrit les mesures nécenalres pour que ('alnis ait des moyens suffisants de défense. Malheureusement ces or> dres ne sont pan exécutés, et ta ville manque d'une partie des ressources qui Tauraient mise à Tabrl de toute insulte : avidité et imprudence du gouverneur Bidossan. De Rosne, instruit de ces circonstances, décide le conseil espagnol A tenter la conquête de Calais. — Le roi suit attentivement les mouvements de l'armée espagnole, et déjoue ses projets contre Abl>eville et Moutreuil; mais ses lieutenants n'opposent aucun obstacle à sa marche et ft ses attaques. — De Rosne conduit une division devant Calais le 9 avril, enlève les abords de la place, le pont de Meulet et le Risban, et est Joint bientôt par l'archiduc Albert et le y ras de Tarmée espagnole : ils commencent le siège (41 avril). Vaine tentative de ta flotte hollandaise et des lieutenants du roi, Saint-Paul, Belin, Montlac pour introduire des secours dans la place (13 avril). Les Espagnols emportent le fan» bourg du Courgouet, et s^établissent au pied des remparts. Le roi quitte le camp de La Fère, et se porte avec un corps d*armée à la défense de Calais (15 arrll). Avant son arrivée , Tarniéc espagnole prépare une grande attaque : lAcheté des habitants, de la garnison, du gouverneur: ils rendent la ville A rarebidnc sans avoir soutenu un seul assaut : Bidussan , la garnison, une partie des habi* tants se retirent dans ta citadelle (17 avril). Le roi, arrivé 1»18 A Abberllle, y reçoit cette nouvelle. — Plan admirable de Henri pour réunir vingt sept mille hommes, fournis par la France, T Angleterre, la Hollande contre I*arroée espagnole, défendre contre ses attaques la citadelle de Calais, lui arraeber ta ville
SUCCESSION DES FAITS. i75
oa l'y aceabler. Les HollaDdalu et Maurice loi ont donné précédemment la pro* me&ae de lenr coocoura. Il envole Sancy en Angleterre pour presser Elisabeth de lui prêter un moment les seize mille hommes rassemblés par elle h Doavres. Il dépêche on exprès h Bidossan et à la garnison pour les informer quMIs seront secourus, et pour leur défendre, sur peine de la vie, de rendre la citadelle (18 avril). Ses efforts Inoals, sa marche par mer et par terre, d'AbbevIlle à Boulogne, pour rassembler des forces et réaliser son dessein : Il court deux fois danger de la vie (18 21 avril). De Boulogne, Il envoie à Bidossan nu renfort de soldats d'élite, avec une Imooense quantité de vivres, de munitions, d'outils (23 avril). Cam-; pagooly chef du secours, change les dLHpo<dtion& de Bidossan et de la garnison, et leur Inspire la résolution de défendre la citadelleà toute extrémité. Le roi assigne rendo-vous aux Anglais et aux Hollandais qu'il attend h trois lieues de Celais, pour aller de \k attaquer fermée espagnole. — Elisabeth déclare h Sancy qu'elle ne prêtera son armée à la France que sous condition que le roi lui abandonnera Calais reconquis par i>ffort des deux puissances : elle envole Sidoey porter à Henri la même déclaration : refus de Sancy et du roi : Henri tente mais en vain, de faire renoncer Elisabeth à cette exigence. Par Tordre de hi reine, les forces anglaises restent statlonnaires et Immobiles dans le port de Douvres. Les Hollandais de leur ctttd, .soit lenteur dans leurs préparatifs et leur marche, soit crainte d^Elisabetb, n'envoient pas à Henri un seul des quatre mille soldats qu'ils lui ont promis, — Henri, hors d'état d'attaquer avec ses seules forces l-armée espagnole dans Calais, attend et espère un changement de dispositions et de conduite cbex ses alliés, et songe en attendant à jeter de nouveaux secours duos la citadelle. DeRosne et Albert préviennent ce changement et ces secours, en donnant Tassaut à la citadelle. Le.s assiégés repoussent deux foU victorieusement les ennemis : A une troisième attaque, les Espagnols s>mparent de la brèche : remarquable et désastreux Incident de la fin de la résistance. Massacre d'une partie de la garnison, captivité du reste, les Espagnols maîtres de la citadelle: butin qu'ils font dans Calais (24 avril). Après la prise de cette ville, ils font succe<isivement la conquête de Ham, de Guines, d*Ardres. — Le lol après avoir réduit La Fère à capituler le 16 mai, y entre le 22. Cette conquête balance en partie les revers delà France : Henri en fait ressortir l'importance. Dans l'armée et dans l'ordre civil, une partie dc'.s chefs de la nation reprennent courage et confiance pour l'avenir daus la continuation de la lutte contre l'Espagne : ce retour viril ne pénétre pas sur-le-cbarop dans toutes les classes de la nation. Le roi cherche à fortifier les sentiments mâles et courageux par la punition des offlclers, et particulièrement de Beltn, qui cette année et la précédente ont donné l'exemple de la lâcheté. Il songe k se servir de l'armée naguère employée an siège de La Fère pour la reprise des villes conquises par l'Espagnol. Licenciement forcé de cette armée par manque d'argent : corps d'armée maintenu sons le drapeau : les frontières garanties sur tous les points do royaume. La diversion faite aux attaques contre la France par la guerre que Tarchlduc Albert porte sur le territoire hollandais, les pertes essuyées par son armée au siège de Hutst, la mort de de Rosne viennent en aide au roi et au royaume (août). L*oplnion pnbllque ne se rend un compte suffisant ni de cette dlmlnotloo de In force militaire de l'Espagne, ni des soins et des efforts da roi, partout heureux, excepté sur un point. Les partis en le voyant contraint de congédier ses troupes au momeut où il aurait le plus d'intérêt de les retenir, jugent sa fortune abaissée sans retour et s'agitent d'un bout de la France h l'autre. Proposition féodale des seigneurs dans Saint-Quentin : le roi déjoue les desseins de cette faction. Intrigoea et actes hostiles des chefs do parti protestant : agitation parmi les réformés, et projets de scission mis en avant dans l'aaaemblée de Loodon. Patriotique
1 76 LIV. V. cil. VI. DERNIÈRES RESSOURCES RAMASSÉES PAR PHILIPPE II.
et utile loterventlon d#! Du PlnsIs-MorDay. HeorI envole def dépotés «as réformés, traite avec eux , prévient une mptore et ane révolte à umId araiée (90 Juillet 1596).
Les exactions auxquelles Philippe II avait soumis ses peuples en 1594 , les sommes auxquelles il avait taxé les banquiers espagnols , italiens et flamands, ses sujets , ne lui avaient fourni que des rentrées insuffisantes en 1595 '. Mais ces mesures fiscales, après avoir fait attendre longtemps leurs effets , les produisirent au commencement de 1 596, et procurèrent pour le moment à Philippe des ressources financières considérables. Il avait en main l'argent nécessaire pour faire de nouvelles levées , payer ses armées de terre et y rétablir la discipline, préparer de formidables armements maritimes, lutter avec vigueur contre la France et la Hollande, menacer l'Angleterre d'une invasion. Mais il avait tiré en même temps de ses [)euples les dernières ressources qu'ils pouvaient lui fournir. Si , dans les deux années qui allaient suivre, il ne prenait pas à la guerre un ascendant marqué sur ses ennemis, s'il ne leur infligeait pas ((uelques-uns de ces revers qui ne se réparent pas, il devait lui-même, au milieu de l'épuisement de sa monarchie, se trouver contraint d'accorder à ses adversaires une paix sans aucune satisfaction pom* son ambition , sans compensation pour l'Espagne , après les ruineux sacrifices auxquels il l'avait condamnée.
Il avait investi du gouvernement des Pays-Bas le cardinal archiduc Albert, prince de la branche allemande delà maison d'Autriche et frère d'Ernest, auquel il destinait la main de sa fille Claire- Eugénie, quand le ^ape aurait relevé le cardinal de ses vœux. Par son ordre, Albert avait
» Pour les levées d'argent ordonnées par Philippe 11 en 1594, voir le tome 1, p. 577 : pour l'étal de gône où il restait en 1595, à la fin du siège de Cainbrai, voir le tome II, p. 112, 118.