‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 11 sur 344 · POLITIQUE DE L'ANGLETERRE A L'ÉGARD DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

POLITIQUE DE L'ANGLETERRE A L'ÉGARD DE LA FRANCE

Ces raisons ne sont pas sérieuses, et c'est dans l'étude des faits, dans la correspondance et les mémoires des diplomates du temps qu'il faut chercher la situation respective des deux cours, le secret des desseins du cabinet de Londres.

Evidemment la politique anglaise à l'égard de la France entre dans une période nouvelle. De 1589 à 1595, Elisabeth a généreusement secouru le roi et notre pays dans leur lutte contre Philippe II. De 1595 à 1598, elle change de sentiments et de conduite. Tant que la moitié de la France a été armée contre l'autre, tant que notre pays a été déchiré et faible, il a trouvé l'Angleterre favorable. Mais depuis que Henri a abattu la moitié de la Ligue, et qu'il se préparée écraser le reste ; depuis que le royaume s'est reconstitué et replacé au rang des grandes puissances de l'Europe, dès ce moment il a trouvé l'Angleterre inquiète et hostile. Les deux ambassadeurs français, Sancy et Duvair, exposent ainsi à Elisabeth elle-même et à ses ministres, sans s'exposer à une réfutation , la politique anglaise à partir de 1595. « Il semble qu'aujourd'hui l'ac- » croissement du roi soit suspect à la reine d'Angleterre. . . » Depuis qu'elle a vu la fortune du roi se rendre plus » favorable, elle lui a dénié tout secours, comme si elle » eût été jalouse de sa grandeur *. » C'est bien là le secret des combinaisons et des démarches d'Elisabeth. Cédant aux suggestions de Guillaume Cécill, lord Burghley,grand trésorier et son principal ministre, elle s'applique à affaiblir la France par l'Espagne, à miner Henri IV par Philippe n , à élever l'Angleterre de tout ce dont ils s'abaisseront l'un et l'autre. Le système est der refuser d'abord tout secours à la France, plus tard de ne lui en

* Sancy, Discours à Elisabeth , dans la Dégociation d'Angleterre , p. 1145. — Duvair, Advis sur la constitution d'Angleterre, p. 1173, éd. in-fol. 1641.

20 LIV. V. CH. 1. c'est la politique de l'intérêt privé et bu MOMENT

accorder que de mesquins, d'insuffisants, ne donnant aucun moyen de terminer la lulte , propres seulement à l'alimenter. La combinaison dépasse bientôt cette politique de bascule. L'Angleterre va à d'autres projets plus hostiles contre notre pays, portant atteinte à son honneur et à sa sûreté, car elle essaye d'entamer son territoire, de s'approprier ses villes maritimes, de le mettre dans sa dépendance.

Tels sont les faits qu'établissent invinciblement les lettres du roi, les lettres et mémoires de ses ambassadeurs, de son ministre des affaires étrangères Villeroy, de Sully, la correspondance et les demandes officielles d'Elisabeth elle-même. Tel^st le jour sous lequel ces documents présentent les projets et les calculs de l'Angleterre. Elle vise à l'abaissement du roi et du royaume. Cette politique de l'intérêt privé, de l'intérêt présent , manquait de loyauté envers la France, à l'égard de laquelle elle violait nonseulement les promesses faites, les engagements pris, mais même les conditions et les lois de toute alliance. Elle manquait de hautes vues et de prévoyance. En effet, la solennelle discussion du mois de mai 1596, démontre que le grand moyen pour l'Angleterre de prévenir les armements maritimes de l'Espagne, de retenir sur le continent les troupes dont elle pouvait charger ses flottes pour une descente en Angleterre, était que l'Angleterre envoyât elle-même ses armées combattre de concert avec celles de la France et de la Hollande, sur le continent, et surtout sur la frontière des Pays-Bas. Les événements de cette même année 1596 prouvèrent bien mieux encore qu'en se refusant à cette combinaison, l'Angleterre s'exposait au danger sérieux d'une invasion et d'une conquête, dont un hasard, un bonheiu* inespéré la garantirent seuls. Enfin cette politique manquait de grandeur, car eij laissant échapper l'occasion d'abaisser l'Espagne

VICES DE CETTE POLITIQUE POUR LA FRANCE, L'EUROPE ET L*ANGLET. f\

sans retour, elle ajournait indéfiniment les garanties de sûreté et de repos pour l'Europe entière, le triomphe de la liberté politique et religieuse de tous les peuples.

De nos relations avec l'Angleterre, passons à celles avec la Hollande. La Hollande au début de la guerre, et pendant prescjue toute cette année 1595, ne nous fournit aucun secours, ne nous prêta aucune assistance. Encore placée sous la dépendance étroite de l'Angleterre par le protectorat qu'elle a subi, la dette qu'elle a contractée, les places maritimes qu'elle a livrées, elle ne suit d'abord forcément d'autre politique que celle de cette puissance. Elle se laisse en outre entraîner au calcul que la France portant tout le faix de la guerre contre l'Espagne, une favorable occasion lui est' offerte, en réservant toutes ses forces pour elle seule, d'agrandir son territoire aux dépens de Philippe H. Elle employé une partie de sa force militaire à ces entreprises, et laisse reposer l'autre *. Ce n'est que plus tard, au mois de novembre 1595, qu'elle fait acte d'alliée à notre égard, et quoique ce soit dans une mesure restreinte, cet acte lui vaut l'animadversion de l'Angleterre.

Le roi n'ayant plus à compter sur ses alliés pour aucun grand effort en commun, réduit aux seules ressources que lui fournissait la France, espéra que bien employées par ses lieutenants comme par lui-même, elles suffiraient pour repousser l'invasion espagnole. Entre les cinq points

* Sully, (Econ. roy., ch. 59, p. 190 A. « Le roy se laissa emporter » à faire cette déclaration de guerre (à Philippe II), sur les persuasions » des ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande... En quay, comme I) i'exfjérience le vérifia depuis , ils pensèrent plus à leurs affaires qu'à n celles de la France. » — Lettre de Villeroy, dans les Mémoires de Du Plessis, t. VI, p. 461, eu date du 26 février 1596. « Nous avons advis » de toutes parts que les ennemis se préparent à attaquer quelque )) place. En quoi nous sommes très mal assistez de nos voisins, lesquels » se reposent mainteruuit à l'ombre du feu qui nous consume, o

22 LIV. V. GH. l. PROGRÈS DU DUC DE NEMOURS. IL MENAGE LYON.

du royaume menacés à la fois, deux devaient subir le principal effort de l'étranger. C'était d'une part la frontière du Nord et la Picardie, contre lesquelles se portaient les troupes ennemies parties dès Pays-Bas ; c'était d'une autre la frontière de l'Est et les provinces de Lyonnais et de Bourgogne, que menaçaient les armées parties de la Savoie et du Milanez, aidées des forces que Nemours et Mayenne conservaient encore. Le roi était bien résolu à se porter de sa personne au devant de l'ennemi : la question n'était pas pour lui s'il se battrait, mais où il se battrait, et il n'avait guère à hésiter sur le point où il irait chercher les dangers. Dans la France du nord, tout reconnaissait sa loi depuis l'année précédente. Dans le Lyonnais et la Bourgogne, au contraire, la Ligue restait puissante, tout était encore indécis et en péril, et les instantes sollicitations des lieutenants de Henri l'entraînaient de ce côté.

Dans Je Lyonnais, le duc de Nemours, redevenu libre au mois de juillet de l'année précédente, avait rassemblé ses partisans, et reçu du duc de Savoie un secours de trois mille Suisses des cantons catholiques. Avec ces forces, il avait raffermi sa domination dans Thizy , Thoissey , Feurs, Saint-Germain, Saint-Bonnet, Montbrison, Vienne, Ambert, Saint-Pourçain, sans compter ce qu'il tenait au pays de Dombes : il était sur le point de se rendre maître de tout le plat pays du Forez , du Beaujolais, du Lyonnais propre, du nord-ouest du Dauphiné, d'une portion de l'Auvergne. Il avait commencé le blocus de Lyon, avec le dessein et quelques chances de ramener cette ville sous son obéissance. D'Aubigné dit dans son style familier et énergique: « Il commençoit beau ménage... Il for moi t des blocus au-dessus et au-dessous de Lyon , espérant ou le faire rendre par nécessité, ou en haussant le courage à ceux qui tenoient encore pour lui, pratiquer une intelli-

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