‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 12 sur 344 · MONTMORENCY LUI ENLÈVE VIENNE ET DÉCONCERTE SES DESSEINS · texte numérisé non relu

MONTMORENCY LUI ENLÈVE VIENNE ET DÉCONCERTE SES DESSEINS

gence, une porte, et enfin Lyon tout entier. » D'où il résultait que Tune des quatre grandes villes de France, Lyon, et tout le pays circonvoisin couraient risque de rentrer sous la domination de la Ligue. Contre cet actif et dangereux ennemi, le roi employa utilement les négociations auprès des gouverneurs des villes ligueuses, et le concolurs de Montmorency, qui, après avoir échangé ses prétentions aristocratiques et ses projets d'indépendance dans le Languedoc, contre la charge de connétable, ne songeait plus qu'à honorer sa nouvelle dignité, et à rétablir le royaume dont il était devenu la seconde personne. Montmorency amena du Languedoc dans le Lyonnais cinq mille hommes qui arrêtèrent d'abord les progrès de Nemours. Le connétable s'empara ensuite avec beaucoup d'habileté de Montluel, ville de la Bresse, qui appartenait alors au duc de Savoie. En logeant une partie de ses Languedociens dans ce poste, il rompit le blocus de Lyon au nord-ouest , et déconcerta le dessein de Nemours sur cette ville. Il pratiqua en même temps Dizimieux qui commandait pour Nemours dans le fort Pipet, principale citadelle de Vienne. Profitant de la mésintelligence survenue entre cet officier d'une part, le gouverneur de la ville et la garnison italienne de l'autre, ébranlant sa fidélité déjà chancelante, par des offres d'argent et de dignités auxquelles tous les chefs de la Ligue se montrèrent accessibles, il lui persuada de livrer sa citadelle, dont l'occupation entraîna la réduction de Vienne (24 avril 1595). La perte de cette place importante, la seconde ville du Dauphiné, ne fut guère moins sensible à Nemours que celle de Lyon même, et renversa tous ses projets. « Ce ftit, dit un contemporain, le coup d'état qui amena avec lui le repos de tout ce pays là. » Le connétable affermit ces premiers succès au milieu du mois de mai, par la défaite des troupes du duc de Nemours, par la nécessité

24 Liv. V. CH. 1. l'aide du roi est indispensable au connétable.

où il le réduisit de fuir en Savoie, par la réduction de Saint-Pourçain sur la frontière de la basse Auvergne et du Bourbonnais. Mais ces avantages, considérables en soi, n'étaient encore que précaires et incomplets. La fortune de Nemours pouvait encore être relevée par un effort des armées de la Savoie et de l'Espagne, et ses gouverneurs tenaient bon dans un grand nombre de villes du Lyonnais propre, des annexes du Lyonnais, de la basse Auvergne. Ce n'était pas avec ses cinq mille hommes que le connétable pouvait faire tête à l'étranger qui s'avançait, subjuguer les villes par la force ou l'épouvante, abattre les restes de la révolte , établir solidement la domination royale dans tous ces pays. Aussi Montmorency priait-il, pressait-il le roi d'accourir avec des forces suffisantes pour consolider son ouvrage, habilement élevé mais encore chancelant, et poiu* le compléter *.

* La relation contemporaine dans P. Gayet, 1. Vïï, p. 661-663. — D'Aubigné, t. ni, 1. IV, ch. 7 (et non 6). Thuanus, 1. CXUI, t. V, p. 611, 512. — Sully, QEcon. roy., ch. 60, p. 191. « Le connestable de » Montmorency vouloit essayer de faire valoir et donner quelque » lustre à ceste espée fleurdelisée qui luy avoit esté nouvellement » mise en main... Il avoit traitté par argent et promesses avec le sieur » Dizimieux. » ^ Manuscrit du secrétaire de Philippe du Bec« folio 46 verso. « Le 20« de may, avons sçeu la deffaitte de la trouppe de » mgr. de Nemours par M. le connestable, et sa fuitte en Savoye, et » la reddition de Saint-Pourçain. » Ce passage fixe la date de ces trois faits, que la narration extraite par Cayet, p. 679 B, place ou semble ^ placer quatre mois plus tard. — Montmorency craint, et craint avec raison que le connétable de Castille, parti du Milanez avec une armée, après avoir rétabli les affaires de Mayenne en Bourgogne, ne vienne secourir le duc de Nemours dans le Lyonnais et les pays voisins. C'est ce que témoigne Sully au même chapitre 60, p. 191 B. « Sur » cela les nouvelles estoient venues à M. de Montmorency que le » connétable de Castille estoit passé d'Espagne en Lombard ie où il » faisoil de grandes levées, et bruire avec éclat ses armes et ses des- » seins pour entrer en France.. .. Ces nouvelles entendues par le con- » nestable de Montmorency, il commença d'entrer en appréhension que » ce faix trop pesant ne luy tombast sur les bras. Et pour éviter cet » inconvénient, usoit-il de telles sollicitations pour faire advaucer » le roy. »

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