‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 115 sur 344 · LIV. V. CH. VI. HBNRI PROJETTE DE PROLONGER LA DÉFENSE DE LA · texte numérisé non relu

LIV. V. CH. VI. HBNRI PROJETTE DE PROLONGER LA DÉFENSE DE LA

France, ne put rien faire pour elle : il fut retenu par des ordres si formels et si précis de la reine, qu'il n'osa quitter le port de Douvres. Ainsi jusqu'au dernier jour les Anglais nous laissèrent sans aucun secours. Les Hollandais de leur côté et le comte Maurice, après s'être engagés pour quatre mille soldats , ne nous en envoyèrent pas un, soit qu'ils missent dans leurs opérations une désastreuse lenteur, soit plutôt qu'ils craignissent d'ajouter à rirritation d'Elisabeth, à la violence des procédés dont elle avait usé à leur égard, depuis qu'ils nous avaient accordé des secours pour le siège de La Fère *. Abandonné de ses alliés, le roi restait à Boulogne avec les seuls corps de troupes françaises, et ces corps réunis ne formaient pas la moitié de l'armée espagnole, doublement retranchée derrière ses lignes et derrière les murs de Calais ; il ne pouvait songer à l'attaquer. Il tourna donc toutes ses vues vers la conservation delà citadelle de Calais, espérant la sauver, et par elle reprendre la

* Davila, 1. XV, t. III, 2» partie, p. 64-66. « La flotte angloise cpiôîque » rassemblée dans le port de Douvres, et prête à mettre à la mer, » et oit retenue par les ordres de la reine, avec laquelle les ambassa- )) deurs de France, et surtout Saucy, qui venoit de passer en Angleterre » pour ce sujet, traitoient des conditions auxquelles les troupes An<];ioi- » ses débarqueroient. Sancy qui s'étoit abouché avecle comte d'Essex » avoit conçu de grandes espérances de faire débarquer les Anglais, » et avec leur renfort, de pouvoir secourir le château de Calais dans le M temps marqué ; mais le comte dTssex ne fut pas aussi actif que » Sancy le désiroit.... En vain Sancy lui remontra combien le besoin » étoit pressant, et la brièveté du terme accordé ^lux assiégés, et que » la conservation de Calais interressoit également les deux couronnes, » i7 ne put le faire changer d'avis. » — Thuanus, 1. GXVI, §7, p. 608, « Rex qui Anglos non satis bona fide ineo negotio versari videret. » Du Vair, Advis sur la const. de l'état d'Angleterre, p. 1172, 1173. « Le » comte d'Essex est aujourd'huy celuy qui a plus de faveur, et le » grand Trésorier ccluy qui a plus de maniuient.... La reyne a mer- » veilleuscmept & cœur la confiance que ceux des Estais (les Hollan- » dais) ont au Hoy. Et depuis le secours qu'ils ont donné au dit » seigneur, elle n'a point cessé de les poursuivre de luy rendre l'argent » quUls luy doivent. »

CITADELLE. LA CITADELLE PRISE D'aSSAUT PAR LES ESPAGNOLS. 197

ville. Ces espérances étaient raisonnables. En premier lieu, le renfort qu'il avait donné à la garnison permettait de défendre la citadelle, en supposant que les forces qu'avait maintenant Bidossan fussent bien employées : ajoutez que puisqu'il avait jeté un premier secours dans le château, il pouvait bien se flatter d'y en introduire d'autres. En second lieu, il pouvait et devait supposer un prochain changement dans les dispositions de ses voisins. De Thou témoigne formellement que les Anglais ne tardèrent pas à reconnaître qu'ils ne pouvaient rien faire de plus dommageable et de plus menaçant pour eux que de laisser les Espagnols s'établir à Calais * : il ne s'agissait donc que de gagner du temps, jusqu'à ce qu'ils fussent revenus de leur erreur. Mais dans la vie des peuples et des souverains, il est des instants où tout tourne contre eux : la France et le roi se trouvaient dans l'un de ces moments. Le 24 a\Til, de Rosne et Albert battirent la citadelle depuis le matin jusqu'au milieu du jour. Bidossan, guéri de ses craintes et revenu à l'honneur, la garnison faisant valeureusement son^ devoir, reçurent avec vigueur les Elspagnols, et les repoussèrent deux fois : encore un effort, et selon toute apparence, l'ennemi était repoussé; les chances de salut pour la citadelle, les chances de secours que Henri lui réservait, étaient maintenues et conservées. Les historiens contemporains prétendent que cet effort pouvait être fait et qu'il ne le fut pas. A la seconde attaque, Bidossan avait été tué d'un coup de canon : Campagnol qui avait pris le commandement après lui , continuait la défense avec la même intrépidité. Les chefs gardèrent jusqu'au bout le courage et le respect d'eux-mêmes; mais ils furent trahis par leurs soldats, et par ceux de leurs soldats dont on devait attendre qu'ils manqueraient les

^ Thuaous, l. CXVI, § 11, p. 608. « Posiea coDsilii de non mittendis » auxiliaribus, fii>i Caieto tradito, pœnituit. »

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