LIV. V. CH. VI. INCIDENT MALHEUREUX DE LA FIN DE LA DÂFENSE
derniers de cœur. Après la seconde attaque, les femmes et les habitants réfugiés dans la citadelle, commencèrent à remplir Tair de leurs cris et de leiu^ gémissemeiits, et ébranlèrent la garnison. Les soldats de Matelet, les soldats du secours, qu'on croyait devoir se faire tuer jusqu'au dernier sur la brèche, donnèrent au contraire aux autres l'exemple de la lâcheté. D'Aubigné raconte ainsi ce déplorable incident : « Je vous dirai pour chose étrange qu'on n'en connaissoit pas un parmi ces trois cents. . . qui en autre occasion ne se fust signalé. Et toutefois quand les Espagnols qui avoient fait jouer une mine au château, se présentèrent à l'assaut, hormis quatre ou cinq,' l'épouvante se mit telle parmi eux qu'ils aimèrent mieux aller se faire égorger à cinquante ou cent pas de la brèche, que de demeurer derrière un parapet de terre, qui restoit encore, et de repousser l'ennemi*. » Campagnol et Matelet, qui s'étaient placés à la tête des trois cents pour combattre, n'étant plus entourés que de morts, furent contraints de se rendre prisonniers. Dès qu'ils eurent mis bas les armes, le reste de la garnison n'opposa plus qu'une faible résistance : après la brèche, les Espagnols emportèrent les derniers retranchements et n'eurent guère plus qu'à tuer. La ville avait capitulé le 17 avril; la citadelle fut forcée le 24, et Calais tout entier demeura au pouvoir des étrangers. Huit cents soldats furent passés au fil de l'épée. Les vainqueurs firent un butin de 500,000 écus du temps, plusde 5,490,000 francs d'aujourd'hui ; outre bon nombre de canons, ils trouvèrent dans la place une prodigieuse quantité de vivres et de munitions : la guerre pour eux aUmentait la guerre *.
* D'Aubigné, t. III, i. IV, c. 9, p. 359, 360 : Torthographe du temps n'est pas conservée.
* Thuanus, 1. CXVI, § 6, t. V, p. 601, 602. — Davila, l. XV, t. lU, V partie, p. 67.— Bentivoglio, 1. XIX, t. IV, p. Î3, Î4, Paris, Desaint, 1769, in-12.